Littré, Maximilien, Paul, Emile
Biographie
Né le 1er février 1801 à Paris. Etudiant en médecine. Il était l’ami de Farcy, Jean, Georges, qui devait mourir d’un coup de feu dans la poitrine, le 29 juillet place du Carrousel, à l’entrée de la rue de Chartres. Thonus, Guillaume, Jacques, Louis, dans l’exposé qu’il fit de sa propre conduite, fournit des renseignements précieux sur les circonstances de la mort de Farcy et sur l’amitié qui unissait les deux hommes : « […] M. Farcy (ancien élève de l’Ecole normale, professeur de philosophie, l’un des rédacteurs du Globe et du Lycée, me touchait quand il a été frappé mortellement d’une balle : il est tombé dans mes bras, en me donnant le poignard dont il était armé. M. Littré, médecin rue des Maçons-Sorbonne n° 3, son ami, qui combattait à côté de nous, armé d’un fusil et revêtu de son uniforme de garde national, m’a aidé à le transporter chez M. Garnot, marchand de vins, rue du Beaujolais, où il expira bientôt. […] M. Farcy était venu au combat avec M. Littré, son ami ; n’ayant pu se procurer à l’instant un fusil, il s’était armé d’un sabre et d’un poignard appartenant à M. Collin (peintre, rue d’Enfer, n° 33), un autre ami. M. Littré sentant l’insuffisance de ses armes contre des fusils et des balles, le pressait de se retirer “puisque, répondit-il, les fruits de la victoire seront pour nous, nous devons être présents au combat”. Presque aussitôt, il fut mortellement frappé. » Le Globe du 1er août relate : « Les amis de notre collaborateur G. Farcy, dont nous avons annoncé hier la mort glorieuse et déplorable, lui ont rendu aujourd’hui les derniers devoirs. Un cortège nombreux, que saluait la douleur publique, a conduit au Père-Lachaise sa dépouille mortelle portée par les élèves de l’Ecole préparatoire, digne héritière de l’Ecole normale dont M. Farcy fut un des plus brillants élèves. M. Guignaut, M. Geruzez, l’un de nos collaborateurs, et M. Littré, qui avait partagé les dangers de notre ami, ont improvisé de touchants adieux sur sa tombe. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Une lettre du général Fabvier, adressée le 18 mars 1831 au ministère de l’Intérieur, indiquait : « MM. Littré, qui réclament pour seule récompense de leur conduite dans les journées de Juillet, la réparation d’une injustice commise au préjudice de leur mère, Mme veuve Littré, qui a été frustrée de la pension à laquelle elle avait droit par suite de trente-cinq années de services militaires et administratifs de Michel Littré, leur père et son époux, décédé le 20 décembre 1827, chef de bureau à l’administration des contributions indirectes. La Commission [des récompenses nationales, N.D.A.], monsieur le ministre, ayant reconnu la conduite au-dessus de tout éloge, de MM. Littré dans notre révolution de Juillet, a décidé que leur demande vous serait renvoyée avec instante prière d’appuyer de tout votre crédit la réclamation de ces honorables citoyens. » La réponse du baron Louis, ministre des Finances, fut négative, Michel Littré n’ayant totalisé que vingt-deux ans de services civils dans l’administration – son service militaire et ses services dans les fonctions de directeur de l’octroi d’Angoulême, en 1802, ne rentrant pas en ligne de compte – et le nombre nécessaire d’années étant de vingt-cinq ou trente ans. Le ministre écrivait être désolé mais devant se montrer particulièrement strict dans ce genre d’affaires. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Après des études médicales, Littré fut journaliste au National. Nous empruntons aux Mémoires de Chambolle le passage que ce dernier a consacré à Littré : « Carrel, pour rétablir l'équilibre entre les dépenses qui s'étaient accrues et les recettes qui diminuaient de jour en jour, songea à faire quelques suppressions dans le personnel. Parmi les rédacteurs, il y en avait un plus instruit, plus laborieux que tous les autres, qui était toujours de bonne heure à son poste et qui le quittait le dernier ; mais il était modeste, taciturne, d'une physionomie peu avenante, et je ne crois pas que Carrel, bien qu'il passât tous les jours près de son bureau, lui eût jamais adressé la parole. Ce fut le premier qu'il pensa à supprimer. En voyant sur le tableau son nom qui était alors parfaitement inconnu, il me demanda quel était l'emploi de ce rédacteur. Je lui appris qu'il s'occupait de traduire et de mettre en ordre les nouvelles étrangères. “Eh bien ! me dit-il, ce travail rentre dans les attributions d'Albert Stapfer ; désormais, il le fera seul, l'autre peut donc être supprimé.” J'insistai pour qu'il conservât, dans son propre intérêt, un homme qui se prêtait à toutes les tâches et qui n'était au-dessous d'aucune. Jacques Dubochet, qui l'avait vu à l'œuvre, confirma mon témoignage et nous fûmes écoutés. Cet inconnu était le futur académicien dont M. Dupanloup n'a pu empêcher l'élection, le penseur dont je n'ai pas besoin d'apprécier ici les doctrines, M. Littré, ce savant honnête homme à qui des travaux de premier ordre ont valu une si juste notoriété. Il n'a jamais rien su de ce qui s'était passé à ce moment ; plus tard, estimé de Carrel autant qu'il méritait de l'être, il est devenu un de ses principaux collaborateurs et son ami. » Il publia différents travaux littéraires, puis son dictionnaire. Il mourut le 2 juin 1881 et fut enterré au cimetière du Montparnasse. Il demeurait à l’Hôpital des Enfants-Malades en 1830-1831 mais 3, rue des Maçons-Sorbonne en 1831 in Archives nationales F/1dIII/36. Le National, 3 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, nom des personnes qui se sont particulièrement distinguées p. 274 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 in dossier in dossier Thonus, Guillaume, Jacques, Louis ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Retours sur la vie, Appréciations et Confidences sur les hommes de mon temps, Chambolle, Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 106.