Lotin, François
Biographie
Né vers 1800. Homme de peine ou broyeur de couleurs, Combattant de Juillet. Le 24 octobre 1830, sur le quai de Gesvres, il criait à la foule qui l’entourait : « Si tout le monde était comme moi, on ne nous dicterait pas des lois, et s’il le faut, je serais l’un de ceux qui sauraient résisté à l’autorité qui nous gouverne, et mon bras enfoncera le poignard dans le sein de Philippe Ier. La garde nationale est contre nous, mais c’est égal ! En avant, marchons ! » Engagé à être plus circonspect dans ses propos, Lotin fut emmené chez un marchand de vins voisin, Viard, par deux ouvriers. Là, malgré les conseils, il réitéra ses imprécations, cria A bas le gouvernement ! et Vive Napoléon ! et ajouta « qu’il serait au besoin le boucher du roi, qu’il le saignerait pour s’abreuver de son sang ». Il fut arrêté peu après. Les renseignements transmis par le préfet de police faisaient état d’une conduite peu régulière et qu’il s’adonnait à la boisson : « Il a déclaré avoir été mis plusieurs fois au corps de garde pour avoir, suivant ce qu’il dit lui-même, bu un coup de trop ; mais il ne paraît pas avoir jamais été l’objet de poursuites judiciaires. » Il comparut, le 6 janvier 1831, devant la cour royale de Paris. Il plaida l’ivresse dans laquelle il se trouvait au moment des faits et prétendit aussi que son état de broyeur de couleurs exerçait une influence fâcheuse sur sa situation morale et physique. Pour désobéissance aux lois, rébellion et pour avoir publiquement proféré des cris séditieux, il fut condamné au maximum de la peine, c’est-à-dire deux années de prison, trente francs d’amende et aux frais. Il présenta, sans succès, une demande en grâce, en mai 1831. Il était détenu à la centrale de Poissy, où – selon le directeur –, il se conduisait bien. Dans sa lettre de demande en grâce, il donnait le détail de sa conduite en juillet 1830 : « Il faisait partie de la compagnie de M. Petit-Morel, négociant, rue des Arcis. Il s’est porté armé dans tous les endroits les plus périlleux : il a été vu dans la rue des Coquillers par M. Charles Lexnès, homme d’affaires de MM. Simon et Baron, propriétaire de la maison rue de la Verrerie, n° 40. Il combattit vaillamment rue Saint-Jacques-la-Boucherie et fut remarqué par M. Chazel, marchand de vins. Tout en se battant à chaque minute, il prodiguait ses soins aux blessés et aidait à les transporter chez M. Barabet, marchand de bouteilles, rue de la Tannerie. Il fit partie de ceux qui prirent la caserne de l’Ave-Maria ; enfin, le 29, vers 11 heures du matin, dans le jardin de la mairie, place Royale, il a sauvé la vie au capitaine de vaisseau qui a ramené le général Lafayette en France et qu’un misérable voulait assassiner après lui avoir porté un coup de barre de fer, et il tira sur ce lâche assassin en lui donnant la mort. Tous ces faits sont constatés par un certificat légalisé par M. le commissaire de police, qui est joint à ma première demande en grâce et par le témoignage de MM. Camus et Cattu, négociants rue des Arcis, n° 77, qui en ont connaissance parfaite. » Il demeurait 40, rue de la Verrerie en 1830. Archives nationales BB 24 100-115 ; le National, 7 janvier 1831 ; la Gazette des tribunaux, 7 janvier 1831 ; L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-sixième, 8 janvier 1831 n° 1734 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.