Louet, Pierre
Biographie
Né en 1808. Marchand de vin. Il fut blessé le 23 février 1848, alors qu’il combattait avec son fils, Brutus. Dans la lettre qu’il adressa, le 15 juillet 1848, à la Commission des récompenses nationales créée après la révolution de Février, il faisait valoir ses titres à une récompense et rappelait la conduite qu’il avait tenue en juillet 1830 : « Aux citoyens membres de la Commission des récompenses nationales, section des combattants de Février. Citoyens, j’ai l’honneur de vous soumettre ci-après l’appréciation de ma conduite politique, certifiée par des citoyens dont les noms et actes patriotiques sont connus. Le 26 juillet 1830, je résiste aux injonctions et menaces d’emprisonnement qui me sont faites par le commissaire de police du quartier Saint-Sauveur, relativement à la remise des journaux de l’opposition, que je refuse énergiquement de lui remettre. Le 27, je prends les armes et rue Saint-Martin, je reste, moi quatrième sur onze, combattant en criant Vive la liberté ! Vive la république ! et résiste à une deuxième décharge faite par le 3e de la garde. Depuis ce moment, je n’ai cessé de combattre et me suis trouvé aux Innocents, à l’Hôtel de ville, au Louvre et aux Tuileries. La victoire remportée, je refuse la croix et toutes récompenses nationales, ne voulant rien tenir de la nouvelle monarchie. En juin 1832, je combats à côté du citoyen Rabouin à Saint-Mery et partout où il y a du danger. J’ai le bras gauche, abîmé d’un coup de baïonnette. En février, je fais partie de la colonne qui assiste à la remise d’armes du 21e de ligne, caserne Clichy, me trouve avec les citoyens Rabouin, Genni (Janin comme plus bas sans doute ?) et Bleton sous les fenêtres d’Odilon-Barrot, où on proclame la république. Je combats avec mon fils Brutus, âgé de seize ans, au Château d’eau, Palais-Royal. J’assiste à la prise des Tuileries. Je termine en disant que le 23 au soir j’étais à la décharge du 14e de ligne, boulevard des Capucines, d’où avec plusieurs des citoyens j’ai aidé à porter les morts au National. En partant, en criant Vive la liberté ! A bas la tyrannie ! c’est en ce moment que Brutus reçut une balle à la fesse gauche. Citoyens, je n’ai pu être moins court. J’ai sept enfants, de grandes charges, je vous supplie de prendre ma position en considération, confiant dans votre équité et votre justice, je vous serai reconnaissant d’apprécier et de juger mes actes !... » Sa lettre était apostillée par Rabouin « combattant de juin et de février », qui certifiait de plus que Brutus Louet avait été blessé à ses côtés, le 23 devant le ministère des Affaires étrangères ; Bleton, A. (voir Bleton, Pierre, Guillaume, Antoine), « décoré de Juillet, combattant de Février », demeurant 43, rue Laffitte ; Jannin, François (voir ce nom), apprêteur d’étoffes, demeurant 8, rue du Caire, qui ajoutait : « Pendant les trois jours de juillet 1830, je n’ai pas quitté le citoyen Louet ; en février, il a combattu à mes côtés avec son fils au Château-d’eau » ; Nicod, caporal des sapeurs-pompiers de la Ville de Paris, « combattant de février », demeurant 5, rue Jean-Jacques-Rousseau ; Dubois, ébéniste, demeurant 20, rue Cardinet aux Batignolles ; Coulougne illisible, propriétaire, demeurant aux Thermes ; Adnet illisible « combattant de juin, barricade Saint-Mery et Février », demeurant 84, rue d’Orléans aux Batignolles ; Magen illisible, ex-adjoint au maire, sergent de la 7e compagnie, demeurant 56, rue Saint-Louis (aussi sans doute aux Batignolles), qui ajoutait : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Louet a diverses fois combattu à mes côtés et notamment au Château d’eau et aux Tuileries, en février dernier, et que pendant les derniers événements je l’ai vu dans les rangs de la garde nationale. » Laplace, Napoléon, Pierre, François (voir ce nom), qui ajoutait : « En février, j’ai fait rencontre du citoyen Louet à la prise du Château d’eau, où il combattait vaillamment. » Baudoz, marchand de vins en gros, demeurant 51 bis, rue des Dames aux Batignolles, qui ajoutait : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Louet est homme d’honneur et rempli de zèle pour la cause de la république raisonnable et raisonnée, et qu’il a toujours été l’ami de l’ordre. » Quinlier ou Quilion illisible, homme de lettres, demeurant 17, rue Pavée-Saint-Sauveur, qui ajoutait : « Il est à ma connaissance personnelle que le citoyen Pierre Louet s’est toujours fait remarquer par son pur et inaltérable patriotisme ; qu’il a combattu dans les rangs des défenseurs de la liberté en juillet 1830, juin 1832 et février 1848 et qu’il a des droits légitimement acquis à une récompense nationale. » Il reçut un total de deux cent cinquante francs après la révolution de Février. Il sollicita la distinction honorifique et une place de directeur de bascule au chemin de fer de Paris-Rouen, et aux Batignolles si possible. Il signa, en 1848 peu après la Révolution de Février, le certificat suivant en faveur de Collignon, Paul, François : « Nous, soussignés, certifions, chacun en ce qui nous concerne, les faits suivants : que le citoyen Collignon, Paul, a donné des preuves du plus pur attachement à la cause républicaine, qu’en 1830 il combattait pour la liberté, en 1831 comme volontaire polonais, en 1832 à la barricade Saint-Merri et qu’en février 1848 il faisait son devoir aux barricades du quartier du faubourg Montmartre, où il n’a pas craint de se rendre quoique à peine convalescent d’une grave maladie, dont il est encore très souffrant. » Il signa, le 23 juillet 1848, la lettre suivante adressée par Jannin, François à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa propre participation à la révolution de Juillet. Cette lettre était ainsi rédigée : « […] Le 27 juillet, sur les 4 heures du soir, nous partîmes du café de l’Isère, rue Saint-Denis, au nombre de onze, sous la conduite du citoyen Pierre Louet (voir ce nom), gérant dudit café. Arrivés au carré Saint-Martin, nous essuyâmes une décharge presque à bout portant du 3e de l’ex-garde, qui nous réduisit de onze à quatre. Dans ce moment, mêlés au rang des combattants, nous jurâmes, aux cris de Vive la république ! de vaincre ou de partager le sort de nos compagnons. A minuit, le 3e dut se retirer en désordre. De là, nous nous rendîmes à la Poste, gardée par le 53e de ligne. Nous fraternisâmes avec des grenadiers de ce régiment et nous les emmenâmes passer la nuit avec nous au café de l’Isère. J’assistai, le lendemain 28, au terrible combat de la place des Innocents. Après l’entière retraite des troupes, je marchai à l’Hôtel de ville, défendu avec acharnement par les Suisses, qui faisaient des sorties au pas de course jusque dans les rues adjacentes. D’après le conseil du citoyen Louet, je forçais la boutique d’un serrurier, où nous trouvâmes des barres de fer, qui nous servirent de leviers pour faire ouvrir les portes d’allées. A partir de ce moment, les défenseurs de la royauté parjure furent de plus en plus resserrés. Nous restâmes maîtres de l’Hôtel de ville le 29 au matin. De là, nous nous rendîmes à l’attaque du Louvre et des Tuileries et nous fîmes partie du peuple vainqueur qui entra dans le palais des rois. […] En 1832, au convoi du général Lamarque, je suivis accompagné de mes amis et notamment du citoyen Louet, une forte colonne qui partit du pont d’Austerlitz, sous les ordres du citoyen Rabouin et nous nous rendîmes maîtres un moment de tous les postes du (ancien) VIIIe arrondissement. Je ne me retirais qu’après la fatale et héroïque défense de Saint-Mery. […] Le 22 février 1848, j’ai aidé à briser sur la place de la Concorde la rampe qui retient les voitures du côté de la rue Saint-Florentin. Repoussé jusqu’à l’église Saint-Roch par la garde municipale, j’arrachai avec le peuple la grille de l’église. Le lendemain 23, j’ai contribué à élever les premières barricades dans la rue Saint-Denis, entre les rues Guérin-Boisseau et du Caire. Ce fut un signal électrique ; toutes les rues adjacentes se hérissèrent de barricades en un clin d’œil. Je partis, en qualité de volontaire, dans les rangs de la compagnie de la garde nationale, recommandé par le capitaine Lesserré (voir Leserré, Charles ?), sur la place du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.). Je combattis avec elle à l’attaque du Château d’eau et je pris part à la prise des Tuileries. Tels sont citoyens, mes états de service républicains. C’est à vous de décider si j’ai bien mérité de la patrie et si j’ai quelques droits à une récompense nationale. Décerné par vous, qui êtes de si bons juges en fait d’actes de bravoure pour la cause démocratique, je me ferai un devoir et un honneur de l’accepter. » Louet apostillait comme « combattant de toutes les époques et blessé de juin 1832 » la lettre de la mention suivante : « J’atteste que tous les faits qui sont exposés dans cette demande se sont passés sous mes yeux et que le citoyen Janin a combattu à mes côtés pour la république dans toutes les occasions et dans tous les endroits qu’il rappelle, aussi modeste que brave, il ne dit que la vérité pure et simple, sans rien amplifier. » Il signa, le 1er juin 1848, en faveur de Rabouin, Narcisse, Nicolas, quand ce dernier fit valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa propre participation à la Révolution de Février ; ce certificat était ainsi rédigé : « Nous, combattants de Février, certifions que le citoyen Rabouin, dès le 23 février au matin, fut toujours au milieu des groupes de patriotes, que le soir il faisait partie de ceux qui furent manifester leur indignation devant le ministère Guizot ; que, là, il se fit remarquer par son empressement à donner des soins aux blessés par suite de la décharge faite sur le peuple par des soldats du 14e de ligne, notamment à son ami Bleton, qui reçut un coup de baïonnette en désarmant un soldat qui allait atteindre le citoyen Rabouin ; qu’il accompagna les morts au National, parcourut les boulevards avec le peuple, criant Vengeance ! passa une partie de la nuit à faire des barricades avec les citoyens Louet, fils (Louet, Brutus, N.D.A.) et père. Que le lendemain il fut du nombre de ceux qui avec nous reçurent les armes du bataillon du 21e régiment d’infanterie de ligne, caserné rue de Clichy, et nous portâmes par la rue de la Ferme-des-Mathurins sous les fenêtres d’Odilon-Barrot, d’où le citoyen Garnier-Pagès agitait un drapeau en disant au peuple assemblé : Mes amis retirez-vous ! Au nom de mon honorable ami M. Barrot, je vous promets la réforme. A quoi le citoyen Rabouin répliqua Il ne s’agit pas de la réforme ! Vive la république ! cri qui devint général et que la colonne répéta en se dirigeant sur les Tuileries. Nous certifions en outre que ledit jour 24, le citoyen Rabouin était à la Chambre des députés, à l’Hôtel de ville, que les 25 et 26, il rendit d’utiles services à la poste et à la préfecture de police ainsi qu’au ministère de l’Intérieur et que partout, dans ces grands événements il joignit à une grande énergie l’esprit d’ordre et de républicanisme qui le caractérise. Nous ajouterons que le citoyen Rabouin, père de famille, combattit à la barricade Saint-Merri (5 et 6 juin 1832, N.D.A.) jusqu’au dernier moment, revêtu du costume de capitaine du 4e hussards et fut blessé par une balle au-dessus de la cheville droite, ce dont il porte les marques avec une autre blessure à la hanche gauche. Il mérite d’être récompensé par le gouvernement d’après les gages de dévouement qu’il a donnés à notre immortelle révolution de Février, les persécutions qu’il a éprouvées, les perquisitions qu’il a subies et la perte de sa fortune. » Il signa, en 1848 et comme « combattant de toutes les époques, blessé de juin 1832 », le certificat suivant en faveur de Thory, Pierre, Eugène, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Je certifie que le citoyen Thory s’est comporté avec un rare courage pendant les trois journées de Février, commandant et excitant le peuple au combat. Le 22, je l’ai rencontré aux Champs-Elysées et aux barrières de l’Etoile, du Roule et de Monceau. Le 23, nous passâmes une grande partie de la journée ensemble, excitant la haine contre l’infâme monarchie. Le 24, je vis le citoyen Thory entrer un des premiers aux Tuileries. M’entendant crier Vive la république ! il se joignit à nous avec le citoyen Adnet, qui ne cessèrent le répéter ce cri pendant tout le temps que nous fûmes au Tuileries. » Il était marié et père de sept enfants en 1848 ; il demanda l’admission de son fils Brutus à l’école des arts et métiers d’Angers ou de Châlons. Il demeurait 7, rue de la Santé-Prolongée aux Batignolles en 1848. Archives nationales F/1dIII/93 (dossier ouvert au nom de Louet, Brutus, Pierre) ; Archives de la préfecture de police AA 379 in dossier Collignon, Paul, François ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Jannin, François ; Archives de la préfecture de police AA 410 in dossier Rabouin, Narcisse, Napoléon ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Thory, Pierre, Eugène.