Lyon ville de
Biographie
Un rapport, en date du 22 janvier 1832, du préfet du Rhône à la Commission des récompenses nationales instituée à Lyon ainsi rédigé, apporte des éclaircissements sur les événements qui eurent lieu à Lyon : « Rapport du préfet du Rhône à la Commission des récompenses nationales instituée à Lyon. Messieurs. Vous êtes appelés donner votre avis sur les Récompenses nationales à décerner à Lyon, en vertu de la loi du 13 décembre 1830.
Le délai d’un mois que vous aviez jugé nécessaire pour compléter l’instruction de cette affaire, et que vous m’aviez chargé de demander au ministre de l’Intérieur, ayant été accordé, votre travail doit être terminé avant la fin de janvier.
Pour éclairer vos décisions, j’ai cherché à me procurer les documents les plus complets sur les citoyens qui, au terme de l’article 14 de la loi du 13 décembre 1830, peuvent avoir droit à la reconnaissance nationale par suite de leur résistance aux ordres arbitraires du gouvernement déchu.
Pour obtenir ces documents, j’ai dû m’adresser aux citoyens que l’opinion publique a signalés comme ayant pris la part la plus active à la courageuse et patriotique résistance énergiquement et si hautement manifestée par la ville de Lyon. Vous êtes d’autant plus à même de juger de juger de l’exactitude des résultats des investigations auxquelles j’ai cru de mon devoir de me livrer, qu’il n’ait aucun de nous, messieurs, qui n’ait participé à cette noble et glorieuse révolution et aux événements presque miraculeux qui ont signalé à Lyon la grande semaine de Juillet.
Comment cette belle révolution a-t-elle pu s’accomplir sans verser une seule goutte de sang ? sans compromettre un seul instant l’ordre public ?
Est-ce bien à Lyon ? Cité si cruellement déchirée il y a peu de jours, sous le prétexte du malaise d’une partie de sa laborieuse population !...
Est-ce bien dans cette même ville qu’un événement aussi grave, qu’une révolution aussi complète, aussi heureuse a pu s’opérer sans aucun de ces combats qui ensanglantent partout ces grandes scènes ?
Quelle est donc la puissance qui a su animer cette vaste et juste insurrection et maintenir si habilement les flots impétueux de cette grande tempête politique ?
On ne peut pas se le dissimuler : si elle eût été livrée à elle-même, si elle eût été abandonnée à sa fougue trop souvent aveugle, la force matérielle n’aurait eu ni la volonté ni le pouvoir de prévenir l’imminente collision dont votre belle cité était alors menacée et qui, peut-être plus encore que dans ces derniers jours, l’aurait couverte de sang et de deuil.
Votre révolution n’a été si belle et si pure de sanglants sacrifices que parce qu’elle a été habilement dirigée, que parce que d’ailleurs elle était fondée sur la toute-puissance de la justice et de l’opinion.
Vous avez déjà triomphé par votre énergique et sage constance, avant même que fût venu le jour où le despotisme appela le dernier combat par ses absurdes et imprudentes provocations.
Vous l’aviez vaincu dans vos batailles électorales !
Honneur donc à votre cité tout entière, pour le triomphe complet et glorieux qu’elle sut remporter aux élections peu de jours avant le dernier attentat du despotisme.
Cet appel à votre propre souvenir doit aussi reporter votre pensée sur tous les généreux citoyens qui n’avaient pas cessé de combattre avec vous pour la liberté et l’ordre public, longtemps avant que cette devise, inscrite sur nos patriotique bannières, fût sortie des barricades de Juillet.
Pourrez-vous ne pas reconnaître qu’ils ont tous bien mérité de la patrie, ces courageux et persévérants défenseurs de la liberté, si vous les retrouvez encore, dirigeant avec leur énergie habituelle, leur longue expérience et leur sagesse, les glorieux mouvements de Juillet.
Vous les retrouverez et les reconnaîtrez aisément dans le tableau synoptique je mets sous vos yeux.
Vous y retrouverez ceux qui m’ont été signalés comme ayant puissamment concouru à notre heureuse révolution, sans se laisser arrêter par la crainte des dangers qui menaçaient leur tête.
La première manifestation publique d’opposition contre le gouvernement déchu à l’occasion de la publication des ordonnances eut lieu à la bourse, le 29 juillet à 2 heures.
On s’ajourna aux Brotteaux pour le soir ; là, une chaleureuse allocution fut prononcée par M. Mornand dans une réunion de plusieurs milliers de citoyens, au café du Grand Orient, présidée par M. Tissot. Dans cette réunion, une commission fut nommée pour procéder à l’organisation de la garde nationale. Voici les noms des membres de cette commission qui s’assembla le lendemain chez M. Tissot, à 7 heures du matin : MM. Chèze, Dupasquier, Bayard ; Zindel ; Larat ; Prévôt ; Maupetit ; Rémond ; Ladevèze ; Teulié ; Thierry Brolemann.
L’assemblée chez M. Tissot fut en outre composée de MM. Alexandre ; Briandas ; Dupasquier neveu ; Claude Peyraud ; Etienne Billon ; George ; Mornand ; Flacheron ; Manéchalle.
On y a procédé à la nomination de quatre bataillons, sous le commandement de MM. Zindel, Manéchalle, Bontoux et Dupasquier oncle. Des capitaines furent nommés ; mais cette organisation n’ayant pas eu de suite et ayant été remplacée par celle dont il sera parlé tout à l’heure il n’en doit plus être question.
Une assemblée fut convoquée par les soins de M. Tissot pour le même jour à 4 heures du soir au bureau du Précurseur. Soixante-quinze à quatre-vingts notables citoyens y furent appelés. Cette assemblée fut présidée par M. Duplan. Des commissions furent nommées pour aller déclarer aux autorités que les citoyens entendaient s’armer et s’organiser en garde nationale pour leur sûreté. C’est commissaires furent : MM. Gilibert ; Duplan ; Dépouilly, Charles ; Glatzmann ; Chèze ; Gros ; Tissot.
A 9 heures, la Commission se retira, laissant à M. Alexandre le soin de présider à une organisation provisoire de la garde nationale. Il y procéda avec l’assistance de MM. Lara, Perrin, Montmartin, Vincent, agent de change. Etaient présents en outre, MM. Gaspard Dorel, ex-agent de change ; Dupasquier neveu ; Ruffier aîné ; Roux, de la maison Chaîne ; Brondel ; Ricard jeune ; Lafont, notaire et Alexandre fils jeune.
Vingt-six compagnies furent organisées, et les officiers reçurent avec l’avis de leur nomination la note de la circonscription de leur compagnie et l’avis d’être rendu au bureau du Précurseur à 7 heures du matin.
Ceux qui s’y rendirent reçurent l’ordre d’assembler leurs compagnies et de se réunir sur le quai de Retz. Se rendirent : MM. Second, qui commanda la compagnie ; Barre, qui commanda la compagnie ; Dupasquier, qui commanda la compagnie ; Depouilly, Charles, qui commanda la compagnie ; Chèze, qui commanda la compagnie ; Sirurguet, qui commanda la compagnie ; Gizerd, capitaine, qui commanda la compagnie ; Brossette, lieutenant ; Burdet, sous-lieutenant ; Gizier aîné, qui commanda la compagnie ;Vidalin, qui commanda la compagnie ; Reverchon, huissier, qui commanda la compagnie.
M. Victor Arnaud, qui refusa le grade de capitaine, se rendit comme simple grenadier. M. Rémond, Isaac fit de même.
M. Spréafin illisible se rendit sur le quai des premiers.
M. Mollard-Lefèvre fit de même ;
M. Boutoux, Paul, ayant été refusé pour commandant par sa compagnie, se rendit en simple soldat.
Le samedi 31 juillet, aucun événement de Paris n’étant encore connu à Lyon, la commission qui s’était spontanément formée la veille pour diriger les mouvements, quitta le Précurseur à 7 heures et demie du matin pour se placer entre l’hôtel de ville où siégeaient les autorités réunies entourées de la garnison. Le local choisi fut le café de la Minerve vis-à-vis le Grand Théâtre, à l’angle de la rue du Griffon. Siégeaient à cette commission jusqu’à 1 heure : MM. Gilbert ; Mornant ; Dépouilly ; Chèze ; Faye ; Terme ; Alexandre ; Bodin aîné ; Coubayon ; Tissot, se relevant alternativement. A 1 heure, M. Tissot resta seul au siège de la commission jusqu’à près de 5 heures.
Je mets sous vos yeux 1er) la liste donnée par M Zindel des patriotes qui se rendirent les premiers en armes sur le quai, le samedi matin. 2e) celle des 50 hommes qui furent détachés pour occuper le poste de l’hôtel de ville. 3e) la liste des citoyens de la compagnie commandée par M. Thibaud (ou Chboud) qui furent sous les armes le 31. De semblables listes ont été demandées à MM. Second, Dépouilly, Chèze, Dupasquier et Gizerd mais elles ne me sont pas encore parvenues. 4e) liste des citoyens qui se rendirent en armes sur le quai, commandés par M. Gizier aîné. Je livre à vos investigations les demandes particulières et autres documents qui me sont parvenus. La Commission, après avoir entendu le rapport qui précède, ayant vérifié les divers documents relatifs aux récompenses nationales sur lesquelles elle est appelée à donner son avis, arrête : que de nouveaux renseignements seront recueillis et que, pour compléter l’instruction de cette affaire, MM. Zindel, Prévost, Ladevèze, Gizerd, Gizier aîné, Eugène Second, Charles Dépouilly et Chiboud seront convoqués à la séance prochaine, fixée au vendredi 27 de ce mois à 11 heures du matin.
Séance du 27 janvier 1832.
Présent M. de Gasparin, chevalier de la Légion d’honneur, préfet, président ; M. Duplan, chevalier de la Légion d’honneur, procureur général près la cour royale de Lyon ; Tissot, Thomas ; Dupasquier, Thomas ; Chèze, tous les quatre membres du conseil municipal appelés à former la Commission des récompenses nationales. M. Charles Dépouilly, chevalier de la Légion d’honneur, ex-colonel de la 1re légion de la garde nationale, M. Zindel, officier de la Légion d’honneur, ex-capitaine de la garde nationale ; M. Prévost, officier de la Légion d’honneur, ex-chef de bataillon de la garde nationale ; Gizerd, ex-capitaine de la garde nationale, maire de la commune de Sainte-Foy ; Gizier aîné, ex-capitaine de la garde nationale ; Chibout, ex-officier de la garde nationale ; et Ladevèze, convoqués à cette séance pour fournir à la Commission les renseignements propres à l’éclairer sur l’objet de son travail, sont introduits. La Commission, procédant à l’examen scrupuleux des droits que les citoyens de Lyon et du département du Rhône peuvent avoir à des récompenses nationales en vertu de la loi du 13 décembre 1830 pour la résistance la plus courageusement et la plus énergiquement manifestée aux ordres arbitraires du gouvernement déchu, considérant qu’une immense partie de la population de Lyon aurait des droits réels à la reconnaissance nationale pour sa résistance spontanée aux derniers actes du gouvernement déchu ; mais qu’en prodiguant les honneurs et les distinctions ce serait leur ôter l’éclat qui en fait tout le prix ; Adoptant la liste qui lui est présentée par les citoyens qu’elle a fait convoquer à cette séance, liste à laquelle elle n’a cru devoir ajouter que les trois qui la terminent :
Arrête : article 1er la liste des citoyens à présenter au gouvernement pour participer aux récompenses nationales, en vertu de l’article 14 de la loi du 13 décembre 1830, est réduite aux noms qui suivent : 1. Morin. 2. Mornand. 3. Tissot. 4. Larat. 5. Perrin. 6. Alexandre. 7. Tabard. 8. Brolemann (Thierry). 9. Zindel. 10. Prévost. 11. Ladevèze. 12. Rochon. 13. Unldy. 14. Arnaud, Jacques. 15. Burder. 16 Lambert (de l’hôtel de ville). 17. Floret, Félix. 18. Lafond, décoré de la Légion d’honneur. 19. Volozan. 20. Solard. 21. Laforest, Emile. 22. Doux. 23. Gigandet. 24. Briandas. 25. Tornier. 26. Chevillard. 27. Bonger-fore. 28. Lenoir, commissaire en soierie. 29. Garnier, Ferdiand. 30. Rubini. 31. Petit, Alexandre, associé de Bussetton. 32. Henaud fils. 33. Brun, Régis, ex-banquier. 34. Lecourt, Louis. 35. Tarut, ancien officier. 36. Carrier, ex-lieutenant de la garde impériale. 37. Sirurguet, Félix, changeur. 38. Anselme, ex-chef de musique de la 1re légion. 39. Charpy, caissier de Martin Cabaret. 40. Peyravier ; élève chez M. Nepple. 41. Moulet, chapelier. 42. Garnier, fabricant de châles. 43. Spréafier. 44. Béruse fils aîné. 45. Godard, ex-agent de change. 46. Nicol, chef de bataillon de la garde nationale de Morenant ?47. Schisler. 48. Larrivière. 49. Banne, instituteur chez Grand-Perret. 50. Hotelard, architecte. 51. Vidalin aîné, teinturier. 52. Faure, caissier chez Coubayon. 53. Tonnelier père. 54. Rizzetti. 55. Dumont fils, ex-lieutenant. 56. Molliard, ex-caporal. 57. Cagnard, dessinateur. 58. Célard fils. 59. Neyras. 60. Bonjour, Camille. 61. Darmès. 62. Godiot. 63. Manéchalle, ex-chef de bataillon. 64. Pelletier, Baptiste, pharmacien. 65. Dupasquier, Louis, François, neveu, ex-marchand de soie. 66. Galanin. 67. Vetard-Seigneuret. 68. Vesin. 69. Reynaud, fabricant aux Capucins. 70. Dardes, commissaire. 71. Vernes, Félix. 72. Moarand. 73. Victor, Arnaud. 74. Carle, demeurant rue de la Gerbe. 75. Gizerd, maire de Sainte-Foy. 76. Second, Eugène. 77. Dépouilly, Charles. 78. Paul Bontoux. 79. David Vincent, agent de change. 80. Firmin Gentelet. 81. Frédéric Maille. 82. Henri Rey, agent de change. Membres de la Commission de la maison Boutoux, qui sont restés constamment à leur porte. 83. Gilibert. 84. Tabareau. 85. Chèze (Mornand, Second, Dépouilly, Charles déjà portés ailleurs. 86. Dardel. 87. Trollier, médecin. 88. Faye. 89. Dupasquier, oncle (Alexandre, déjà porté ailleurs). Ont porté le drapeau tricolore à Saint-Etienne et ont couru des dangers à Saint-Chamond : 90. Guindrand, peintre. 91. Devançon, Eugène. 92. Farge, rentier. 93. Dimoncely, Dominique. 94. Prunelle, maire de Lyon. 95. Terme, adjoint au maire de Lyon.
Article 2. Sur le rapport qui lui a été fait en faveur de M. Adolphe Dupasquier, la Commission reconnaît que ce jeune homme qui est du nombre des citoyens de Lyon qui ont pris les armes dans la matinée du 31 juillet, a droit aux récompenses nationales ; la Commission, informée d’un autre côté que ce jeune homme désire suivre la carrière militaire, sollicite pour lui une sous-lieutenance dans l’armée, bien convaincue qu’il ne peut qu’honorer le corps des officiers par son courage, son instruction et sa bonne conduite.
Article 3 le présent rapport sera transmis à M. le président du Conseil, ministre secrétaire d’Etat de l’Intérieur, à la diligence de M. le préfet du Rhône. »
Le rapport de la Division des gardes nationales et des affaires militaires, en date du 11 février 1833 et adressé au ministre de l’Intérieur, tirait les conclusions suivantes sur le travail des différentes Commission des récompenses nationales instituées dans les départements : « Des Commissions furent formées dans 39 départements, pour lesquels des demandes avaient été faites. 28 d’entre elles ont jugé qu’il n’y avait lieu de faire aucune proposition sur les réclamations qui leur étaient soumises et dont le nombre s’élevait à 186. Onze Commissions ont conclu à des propositions de croix, de médailles, de pensions et de secours, en voici le détail : Ardèche : 1 médaille ; Ariège : 2 croix ; Gard : 5 pensions de veuve, 11 pensions d’orphelins, 2 pensions de blessés et 9 indemnités pour blessure reçue ; Gironde : 6 croix, 2 médailles, 3 pensions de veuve, 5 pensions d’orphelin, 3 pensions de blessé et 5 indemnités pour blessure reçue ; Loire-Inférieure : 3 croix et 14 médailles ; Orne : 2 croix ; Rhône : 101 croix ; Seine-et-Oise : 2 croix et 3 médailles ; Loire-Inférieure : 26 croix et 38 médailles ; Vendée : 1 croix et 1 médaille ; Haute-Vienne : 2 croix. Soit un total de : 145 croix, 59 médailles, 8 pensions de veuve, 16 pensions d’orphelin, 5 pensions de blessé, 15 indemnités pour blessure reçue et 3 sous-lieutenances. Les pensions demandées pour les départements du Gard et de la Gironde furent accordées sans objections et inscrites au trésor pour un montant total de 12.000 francs. Les indemnités une fois payées et s’élevant à 10.700 francs furent également ordonnancées. Quant aux croix et aux médailles, M. de Montalivet pensa que toutes ne devaient pas être allouées et que plusieurs Commissions étaient sorties des limites posées par la loi, cette loi ayant entendu n’accorder de récompenses honorifiques qu’aux citoyens qui avaient couru risque de la vie, ou qui avaient fait ce que M. de Montalivet appelait des actes. Le travail des départements de l’Ariège, du Rhône, de la Vendée, de la Haute-Vienne et de l’Orne […] et les demandes faites pour l’Ardèche, la Gironde, la Loire-Inférieure, Seine-et-Oise et la Seine-inférieure furent seules accueillies. La croix et la médaille demandées pour la Vendée furent remplacées par deux indemnités en argent de 4.000 francs chacune. Quant à Lyon, le refus de sanctionner le travail qui y est relatif tient à des circonstances particulières qu’il importe d’expliquer. La demande de 101 décorations dans une ville où il n’y avait eu aucune collision armée, où il n’avait été organisé qu’une résistance passive parut avec raison extraordinaire. Des observations furent adressées le 10 février 1832 au préfet du Rhône, qui convoqua de nouveau la Commission municipale qu’il présidait pour l’engager à apporter des modifications à son travail, auquel elle avait donné beaucoup trop d’étendue. La Commission n’eut aucun égard aux observations qui lui étaient faites et, par une nouvelle délibération motivée, persista à laisser ses propositions dans tout leur ensemble. Le préfet du Rhône, en transmettant cette délibération émettait l’avis que refuser d’y donner suite serait mécontenter un grand nombre de citoyens et concluait à l’adoption du travail tel qu’il avait été présenté. Sa lettre porte la date du 25 février 1832. Le 3 juillet suivant, le préfet revint sur l’opportunité d’accueillir intégralement les propositions de la Commission mais, tout à coup, par une lettre du 14 du même mois, il fait connaître que la distribution de croix de Juillet à Lyon, deux ans après la révolution de 1830, pouvait avoir les plus graves conséquences et pouvait fournir l’occasion de désordres sérieux ; cette mesure étant repoussée par l’opinion publique qui la regardait ou comme trop tardive ou comme n’ayant point été méritée par des actes assez signalés. De nombreux refus de la croix spéciale ou de la prestation du serment étaient projetés et connus à l’avance. Le préfet insistait donc pour que le travail relatif à Lyon fût annulé. Il envoyait à l’appui de son opinion deux journaux de nuances différentes qui, d’accord sur ce point, blâmaient hautement la mesure projetée. Le 15, le préfet envoie une lettre que lui avait écrite M. Prunelle, maire de Lyon, pour le prévenir qu’il refuserait la croix de Juillet que la Commission avait cru devoir lui accorder qu’il le priait en conséquence de faire rayer son nom de la liste des propositions. M. Prunelle annonçait qu’un citoyen venait de lui faire connaître sa détermination de refuser également la distinction qui lui était accordée et il ajoutait que ce refus ne serait pas le seul et que la distribution de croix à Lyon ne serait bien vue de personne et ne pourrait occasionner que du scandale. Ces opinions venaient corroborer l’intention première du gouvernement de n’accorder que peu ou point de décoration au département du Rhône et déterminait M. de Montalivet à ne point donner son assentiment aux propositions faites par la Commission de Lyon. Une demande de sous-lieutenance pour jeune homme n’eut également aucune suite. Le nombre de croix accordées fut en conséquence réduit à 37 et celui des médailles à 58 pour tous les départements. Opinion. Toutes les Commissions départementales, celle du Rhône exceptée, n’ont attribué la décoration et la médaille qu’à des actes. Il n’y en a pas eu à Lyon. Il y en aurait eu sans doute, mais les circonstances n’y donnèrent pas lieu. Nul doute que des dissidences, des querelles, des écrits n’éclatassent à la suite d’une distribution qui serait faite. Il faut d’ailleurs songer au serment dont on ne saurait dispenser les décorés et il est connu que quelques-uns ne le prêteraient pas. Plusieurs appartiennent à l’opinion républicaine. Pourquoi donc courir ces risques et ces probabilités de discordes au moment de la réorganisation de la garde nationale et surtout des différents qu’a occasionnés la nomination des prudhommes ? Mon avis est de maintenir la résolution qu’avait prise M. de Montalivet. » Signé : Imbert, maître des requêtes. Archives nationales F/1dIII/81, Rhône.