Mahé, Pierre, Marie, Noël
Biographie
Né le 22 germinal an VII à Paramé (Ille-et-Vilaine), fils de Mahé, Mathurin, marchand, et de Renal, Catherine, son épouse. Ebéniste. Il fut atteint en juin 1830 d’hémoptysie périodique et se trouvait en convalescence en juillet 1830, quand éclata la révolution. Il participa cependant aux événements et donna, le 25 septembre 1830, le récit suivant de sa participation : « […] Le 28 juillet dans la matinée vers 9 à 10 heures, étant sur le pas de porte de sa boutique, aux cris du peuple, d’une foule innombrable qui criait A bas le drapeau blanc, Mahé, au même moment a brisé la foule et se précipita sur le mur de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, pour monter sur l’enseigne et exécuter les mêmes cris du peuple. Les gendarmes étaient encore en faction et disparurent à l’aspect de Mahé ; il déchira le drapeau blanc, qu’il a aussitôt jeté sur le peuple, et il prit la fleur de lys, qui se trouvait au bout de la flèche et la brisa entre ses mains avec un cri mille fois répété Un drapeau tricolore, afin que le drapeau blanc soit remplacé de suite. Mais il ne fut pas écouté ; il descendit avec la flèche et la transporta à sa boutique, où il la déposa à la vue du peuple. Le surlendemain, Mahé se transporta à la mairie et demanda à parler à monsieur le maire ; ce qui lui fut accordé. Alors il lui demanda de remplacer le drapeau blanc par un drapeau tricolore. Le maire lui fit réponse qu’il n’avait point d’ordre et qu’il ne pouvait recevoir le drapeau tricolore. A quoi lui répondit Mahé qu’il n’avait point besoin d’ordre puisque dans ce moment le drapeau tricolore flottait sur la cité et les édifices de cette capitale. Après ce, monsieur le maire demanda à Mahé s’il était porteur d’un drapeau tricolore, qu’il se proposait de remplacer le drapeau blanc. Il lui répondit Oui ; Alors, apportez-le-moi voir. Ce qu’il fit à l’instant même. Monsieur le maire répondit au susnommé Votre drapeau est bien beau. Il est superbe, il m’est impossible de vous le refuser. Alors il dit à un bourgeois qui se trouvait là et qui avait des galons à ses habits d’aller faire mettre sous les armes les gardes nationaux qui se trouvaient sous la porte cochère et au tambour de battre un ban pendant que Mahé placerait le drapeau tricolore. Le maire lui dit aussitôt Il vous faut une échelle pour placer le drapeau. Mahé, d’un esprit vif et animé, répondit avec cette franchise d’un bon citoyen qu’il ne s’en était point servi pour déplacer le drapeau blanc et qu’il en avait encore bien moins de besoin pour placer le drapeau tricolore depuis aussi longtemps désiré et si cher à notre patrie. Alors pendant le temps que Mahé plaçait le drapeau tricolore, le poste de la mairie était sous les armes et le tambour battait un ban. » Mahé fit par la suite son service de garde national au marché des Blancs-Manteaux. Trois à quatre jours après, il tomba malade et dut s’aliter. La fatigue occasionnée par les trois journées provoqua un deuxième paroxysme de la maladie, puis un nouveau le 20 septembre. Le certificat médical suivant, à en-tête du cabinet de chirurgie du 8, rue des Trois-Pavillons au Marais, constatait la progression de sa maladie : « Je, soussigné, Jean-François Courhaut, ancien chirurgien-major des vaisseaux, chef d’ambulance dans les campagnes d’Egypte et Saint-Domingue et chirurgien en chef d’hospices civils et militaires, certifie que dans le courant de juin je portais mes soins à M. Pierre Mahé, menuisier-ébéniste, rue des Hospitaliers-Saint-Gervais n° 3, aujourd’hui rue de la Folie-Méricourt n° 35, lequel était atteint d’hémoptysie périodique, de laquelle maladie il était en convalescence lorsque emporté par son zèle patriotique il fut le premier qui d’assaut releva le drapeau blanc de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et lui substitua un drapeau tricolore à ses frais, attendu que cette mairie ne l’avait encore fait elle-même deux jours après ; que malgré son état de convalescence il a fait le service de la garde nationale au poste de la gendarmerie du marché des Blancs-Manteaux pendant les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet. Mais que soutenu par son courage pendant ces trois jours il s’est vu repris par un deuxième paroxysme de sa maladie qui a mis ses jours en danger, qu’en outre il vient d’essuyer des pertes qui ont altéré ses moyens d’existence et l’ont obligé de changer de domicile. En conséquence de son dévouement il a pensé qu’il pourrait avoir droit aux récompenses nationales et pour ce il m’a requis de lui délivrer le présent pour lui servir et valoir ce que de droit. Aujourd’hui, 20 septembre, un nouveau paroxysme s’est manifesté plus fortement que les précédents. Ce citoyen est dépourvu de moyens, privé de ses travaux par l’effet de sa maladie. Je crois conforme aux principes d’humanité qu’il aurait droit aux secours accordés aux victimes des journées mémorables de notre révolution. » Signé, le 20 septembre 1830 : Courhaut. Il devait mourir le 6 novembre 1830. Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Il avait reçu un secours de vingt francs, le 25 septembre 1830, un secours de vingt francs, le 28 septembre, un secours de cinquante francs, le 5 octobre, un secours de cinquante francs, le 13 octobre 1830, et un autre de cinquante francs, le 20 octobre 1830, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il laissait une concubine : Gallet, Julie, née le 2 prairial an II à Beauval (Somme), fille de Gallet, Pierre, François, tisserand, et de Olivier, Marie, Anne, son épouse. Le 28 mai 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIIe arrondissement, comparurent : Lebel, André, Jean-Baptiste, marchand bottier, demeurant 4, rue des Hospitaliers-Saint-Gervais ; Prot, Alfred, entrepreneur de peinture, demeurant 6, rue Neuve-Sainte-Catherine ; Chéron, Claude, Michel, serrurier, demeurant 7, rue des Hospitaliers-Saint-Gervais. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Mahé, Pierre, Marie, Noël et « savoir qu’il vivait depuis plusieurs années avec la demoiselle Juliet Gallet et qu’il était sur le point de se marier avec elle lorsque la dernière révolution est arrivée ». Le 1er juin 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIe arrondissement, comparurent : Notet, Nicolas, Louis, traiteur, demeurant 32, rue des Fossés-du-Temple ; Drujon, Augustin, marchand de vin, demeurant 30, rue des Fossés-du-Temple ; Deleers, Jacques, marchand de vin, demeurant 3, rue d’Angoulême. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Mahé, Pierre, Marie, Noël et savoir « qu’il est décédé à Paris le 6 novembre dernier, rue Folie-Méricourt n° 35, par suite des blessures qu’il reçut dans les trois journées de juillet 1830. Et qu’ils savent qu’il vivait depuis dix ans avec la demoiselle Julie Gallet, avec laquelle il était sur le point de se marier lorsque la dernière révolution est arrivée ». Elle reçut un secours de cinquante francs, le 10 novembre 1830, un secours de cinquante francs, le 29 novembre 1830, un secours de cinquante francs, le 13 décembre 1830, un secours de vingt-cinq francs, le 27 décembre 1830, un secours de quarante francs, le 10 janvier 1831, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Elle sollicita une pension de veuve. Cette pension lui fut refusée, la cohabitation n’ayant duré que deux années et les plus mauvais renseignements ayant été recueillis sur son compte par la préfecture de police : « Elle vivait depuis deux avec le sieur Mahé, ouvrier ébéniste. Ce jeune homme, attaqué d’une maladie grave de poitrine, crachait, dit-on, jusqu’à ses poumons. Il était alité, lorsque arrivèrent les événements de juillet 1830. Il se lève et va arborer un drapeau tricolore à une mairie. Là, se sont bornés ses exploits ; cet effort ne fit qu’aggraver sa maladie qui, prenant plus d’extension, le conduisit au tombeau en peu de jours. Il est donc faux qu’il soit mort en combattant. Ce malheureux pouvait à peine se soutenir sur ses jambes et ne pouvait combattre. La demoiselle Gallet, informée que des récompenses seront accordées aux veuves ou compagnes des combattants qui ont succombé, fait coïncider la mort de son ami avec les événements de Juillet et ne rougit pas de spéculer sur la cendre de Mahé, en faisant de sa mort naturelle une mort violente et étayant ses réclamations par un mensonge. On dit que ce subterfuge lui a réussi et qu’elle a touché diverses sommes plus ou moins fortes. Depuis rien n’a été plus hideux que sa conduite. On l’a vu donner asile immédiatement après le décès de Mahé à cinq ou six ouvriers ébénistes et tous couchaient chez cette fille, passant les nuits dans de dégoûtantes orgies, accompagnées d’un bruit épouvantable. Enfin, pour mettre le comble à ses honteuses turpitudes, aidées de ses hommes, elle a enlevé nuitamment tout son mobilier laissant trois termes de loyer non payés et le sieur Lerond, propriétaire de la maison, dans l’étonnement d’une juste indignation, comme on le pense bien après de semblables promesses, elle s’est bien gardée d’indiquer le nouvel asile qu’elle s’est choisie. » Le 24 juillet 1840, les restes de Mahé furent exhumés du terrain situé au cimetière du Père-Lachaise, où ils avaient été placés, puis renfermés avec ceux de quatre-vingt-sept autres victimes dans quatre sarcophages, afin d’être transférés dans le caveau prévu à cet effet sous la colonne de Juillet, construite place de la Bastille, pour honorer la mémoire de tous ceux qui moururent en combattant pour les libertés publiques. Mahé demeurait 3, rue des Hospitaliers-Saint-Gervais puis 35, rue de la Folie-Méricourt en 1830 ; sa concubine, même adresse en janvier 1831. Archives de Paris AP VD6 356 n° 5, (ancien) VIe arrondissement, Commission des récompenses nationales, compte général des recettes et dépenses depuis le 7 octobre 1830 jusqu’au 31 octobre 1831 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, II, Liste des veuves par suite des journées de juillet 1830, idem même référence III, Enregistrement des bons délivrés par MM. les membres de la Commission des blessés, contenant autorisation de délivrer des secours aux veuves, orphelins et blessés, sur le fonds de dix mille francs reçu à cet effet de la préfecture par M. Caius, maire du (ancien) VIe arrondissement et sur les souscriptions déposées entre les mains de M. Grondard, trésorier, idem même référence V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Compte général des dépenses de la Commission des récompenses nationales du 7 octobre 1830 au 31 octobre 1831 (secours accordés par la Commission des récompenses nationales aux blessés qui n’ont été classés dans aucune catégorie, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831) ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives nationales F 9 1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après ; Archives de la préfecture de police AA 420.