Mahé, Théobald
Biographie
Propriétaire et électeur de Morlaix (Finistère). Rossignol et Pharaon relatent ainsi sa participation aux combats : « M. Théobald Mahé, de Morlaix, propriétaire électeur, âgé de trente-sept ans, blessé le 28 juillet, rue de la Tixéranderie, en face de celle du Mouton, d’une balle au poignet du bras droit, après s’être fait panser, n’en a pas moins continué de tirer sur les gardes royaux qui occupaient l’Hôtel de ville, et d’animer par son exemple et ses paroles les braves ouvriers qui s’étaient rangés sous ses ordres. Il était à la tête de quatre ou cinq dévoués qui, sur le quai Pelletier, au coin de la place de Grève, ont soutenu seuls le feu meurtrier du poste de l’Hôtel de ville, dont ils ont fini par se rendre maîtres. Il est entré aussi l’un des premiers au Louvre et au Palais-Royal. Dans la maison du café de la Régence, il s’est emparé de trois gardes royaux qui s’étaient réfugiés dans une armoire, leur a fait déposer les armes, et les a ensuite soustraits à la fureur du peuple. Malgré sa blessure, il n’est rentré chez lui et n’a quitté ses armes que le troisième jour, quand il a vu que le triomphe de la cause nationale était assuré. » Le National du 10 août 1830 et A. de Saintes, dans son ouvrage, parle de lui ainsi : « Ce brave citoyen, se trouvant l’un des premiers à prendre les armes contre nos assassins, fut d’abord arrêté par le peuple même qui le prit, à son audace, pour un agent provocateur. Relâché bientôt, il s’est porté aux premiers rangs, et, quoique blessé dès les premières attaques, il n’a pas cessé un moment de combattre jusqu’au dernier jour. On la vu, toujours en première ligne, dans tous les endroits où il y avait du danger, à l’Hôtel de ville, au Louvre, au Palais-Royal, et partout déployant une intrépidité qui ne s’est pas démentie un seul instant. » Le Constitutionnel du 12 août 1830 rapportait, quant à lui : « Mahé […] fut constamment devant l’ennemi pendant les trois jours et fut blessé d’un coup de feu rue de la Tixéranderie. » Crosnier (voir ce nom), dans le récit qu’il fit de sa propre participation aux combats de Juillet, nous donne les indications suivantes sur la conduite de Mahé : « Je vis à mon côté, au bas de la rue de la Poterie-Saint-Jean, près de la Grève, M. Mahé, électeurs de Morlaix (département du Morbihan) après avoir fait mordre la poussière à dix ou onze cuirassiers et Suisses, recevoir une balle à la main gauche ; se trouvant dans l’impossibilité de charger son fusil, cet intrépide défenseur de la liberté était tellement animé quoique grièvement blessé qu’il n’a pas quitté son poste qu’après en avoir mis à bas quand je dirais vingt je n’exagérerai pas, étant obligé de se faire charger son fusil. Moi-même, je l’ai chargé cinq à six coups et c’est avec toutes les peines possibles que nous sommes parvenus à le faire consentir à venir se faire panser chez Mme veuve Saint-Vanne illisible, même rue numéro 10 et à qui l’on doit toutes les obligations possibles pour la complaisance que ces honnêtes gens ont eue pour lui ainsi que pour tous ceux qui ont eu besoin de se rafraîchir ou panser. La porte de cette respectable maison a été ouverte à tous les braves qui s’y présentaient. Ce M. Mahé, après avoir été bien pansé et restauré, est revenu à son embuscade et a continué jusqu’au soir. » Il combattait en compagnie de Megevand, Jean-Baptiste, le 28 juillet à la pointe Saint-Eustache contre les Suisses qui occupaient le poste de l’hôtel de ville. Rue de la Tixéranderie au coin de la rue du Mouton, Megevand tomba tué d’un coup de feu ; Mahé prit dans la poche de celui-ci deux certificats dont il était porteur et les remit plus tard au limonadier du 6, place du Palais-de-Justice. Il signa, le 24 septembre 1830, le certificat suivant qui permit de déclarer le décès de Megevand, Jean-Baptiste : « Je, soussigné, Théobald Mahé, propriétaire et électeur de Morlaix, département du Finistère, demeurant à Paris, rue de l’Ouest n° 26, affirme et certifie avoir vu tomber mort à mes côtés, rue de la Tixéranderie, en face celle du Mouton, dans la journée du 28 juillet, un homme décoré, qui a été atteint d’un coup de feu en combattant contre les Suisses qui occupaient le poste de l’Hôtel de ville. Je déclare avoir pris dans la poche de cet homme deux certificats dont il était porteur et les avoir remis au limonadier de la place du Palais-de-Justice n° 6. » Une note de la Commission, écrite au crayon à papier, rapportait ainsi les activités de Mahé : « Le 27. A jeté des pierres à 3 heures sur les gendarmes boulevard des Capucines. Le soir est allé au Palais-Royal et chargé par les gendarmes. Fait transporter un homme tué à l’Ecole de médecine et excite le peuple à prendre les armes. Enfonce les boutiques d’armurerie. Le soir à 9 heures, rue du Roule est chargé par les gendarmes, reçoit un coup de sabre sur son chapeau. 28. Va à 8 heures du matin rue Saint-Martin, rue Mauconseil, s’arme d’une carabine au poste de gendarmerie du marché des Innocents. Va à la caserne de gendarmes faubourg Saint-Martin. Désarme avec le peuple un peloton d’infanterie sur le boulevard Saint-Martin. Marchand de papiers peints en face le château d’eau. Va à la Grève. Rue du Coquiller ? Blessé au coin de la rue du Mouton. Le 29. Va à l’Hôtel de ville à 6 heures du matin. De là au Louvre, place du Palais-Royal, rue Saint-Honoré. Va faire désarmer la garde au Palais-Royal. Blessé de plusieurs coups de feu le 29. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Les soussignés certifient qu’il est à leur connaissance que M. Théobald Mahé, propriétaire et électeur de Morlaix (Finistère), demeurant à Paris, rue de l’Ouest n° 26, a été blessé le 28 juillet d’une balle au poignet du bras droit, rue de la Tixeranderie au coin de celle du Mouton, en combattant à trente-cinq pas de distance contre les gardes royaux qui occupaient le poste de l’Hôtel de ville. Ils attestent que ce brave citoyen, auquel ils ont prodigué leurs soins, est retourné reprendre sa place après avoir donné à peine le temps de le panser et qu’il a continué de tirer sur les Suisses malgré sa blessure qui l’empêchait de charger lui-même son fusil. » Signé, le 19 août 1830 : Gouillaud, batteur d’or, demeurant rue de la Poterie-des-Arcis ; Vanne dit Pannetier, demeurant 10, rue de la Poterie-Saint-Jean ; Leclerc, plombier, demeurant 1, rue de la Poterie ; Peltier, demeurant 14, rue de la Poterie ; dame Sainte-Vanne ; Cartry, Auguste, négociant, demeurant rue de la Poterie-des-Arcis, qui ajoutait : « Il est impossible d’être plus brave et plus dévoué que ne l’a été M. Mahé, que j’ai pansé de ses blessures. » ; Soulan illisible, P., L., demeurant rue de la Poterie ; Feron, demeurant chez M. Roger rue de la Poterie ; Vion aîné, négociant, demeurant rue de la Poterie, qui précisait : « J’atteste avoir vu combattre avec une grande intrépidité une personne vêtue d’une redingote noire ayant le poignet droit blessé et qui a été pansée par M. Cartry. » Le deuxième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que M. Théobald Mahé, rue de l’Ouest n° 26, a été atteint le 28 juillet 1830 d’une balle à la partie antérieure et supérieure de l’articulation cubito-carpienne du bras droit, que cette balle a pénétré jusqu’à l’espace interosseux, que malgré la gravité de sa blessure, il est à notre connaissance que ce citoyen n’a abandonné le lieu du combat que le 29 au soir. C’est à cette époque que nous l’avons pansé pour la première fois à l’ambulance établie rue Saint-Denis n° 235 chez M. Houeix (voir Houeix, Jean-Baptiste), pharmacien. Nous avons remarqué en même temps la contusion de cinq balles mortes sur diverses parties du corps. Ce n’est qu’avec beaucoup de peine qu’on est parvenu à éloigner les accidents suites de la blessure principale, accidents qui avaient été augmentés par les fatigues du lendemain. » Signé, le 19 août 1830 : Barthez, demeurant 227, rue Saint-Denis. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) 1er arrondissement. En 1836, il était porteur d’un projet d’un étatblissement par actions pour l’éducation des bestiaux et l’exploitation de branches d’industrie qui s’y rattachent en Uruguay. Mahé demeurait 26, rue de l’Ouest en 1830-1832. Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 320 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 206-207 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 86 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 355 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, état nominatif des citoyens qui n’ont pas retiré de la mairie les croix et les brevets de la décoration de Juillet ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Crosnier ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) 1er arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/64 ; Archives nationales F/1dIII/66 in dossier Megevand, Jean-Baptiste ; Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 28e année, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs, p. 375 ; Morlaix en 1830, Marzin ; Projet d’un étatblissement par actions pour l’éducation des bestiaux et l’exploitation de branches d’industrie qui s’y rattachent, Paris, chez l’auteur 26, rue de l’Ouest, 1836.