Marchal, Auguste, Léonard
Biographie
Potier en terre. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales afin de relater la part qu’il avait prise aux combats de Juillet : « Je suis un des citoyens qui portèrent le cadavre de la première victime de la révolution de Juillet par les rues de Paris pour exciter l’indignation des habitants. Nous fîmes une halte au poste de gendarmes du marché des Innocents, auxquels nous fîmes crier Vive la Charte ! Vive la liberté ! Ensuite nous le portâmes sur la place des Victoires, où nous jurâmes ainsi qu’une partie des spectateurs d’en tirer vengeance et, dans ce moment, un caporal du poste qui fournit une sentinelle près la statue de Louis XIV vint, accompagné d’un soldat, pour la relever et nous les désarmâmes tout trois, en les contraignant de crier aussi Vive la Charte ! Vive la liberté ! et après avoir parcouru une infinité de rues nous fîmes les plus grands efforts pour déterminer les citoyens à prendre les armes. Et ce n’est que lorsqu’on déposa ce cadavre à la morgue que je retournai chez moi, où j’arrivai à minuit. Le 28 à 4 heures du matin, je me trouvais déjà aux portes Saint-Martin et Saint-Denis, occupé à faire des barricades et suis un des premiers qui aient arrêté des voitures chargée de meulières passant sur le boulevard. A peine avions-nous terminé les barricades et monté des pierres sur la porte Saint-Denis lorsque le 3e de la garde et les cuirassiers arrivèrent pour prendre les positions que nous occupions et que nous ne pûmes défendre qu’à coups de pierres, n’ayant encore que quelques fusils et malgré ce désavantage nous avons soutenu la lutte pendant une heure environ avant de perdre nos positions. Pendant ce combat, nous apprîmes par une personne décorée de la croix d’honneur mais que je ne connais pas, que des caisses remplies de fusil de chasse à piston et de pistolets venaient d’arriver à la douane. Alors je quittai les barricades derrière lesquelles je combattais pour courir chercher les armes desquelles je viens de parler. J’arrivai à la douane, précédé ou suivi par deux à trois cents citoyens. Nous enfonçâmes la porte cochère, nous choisîmes celles des caisses qui contenaient des armes et nous les prîmes. Nous étions à peine armés lorsque les lanciers, qui avaient été avertis par un employé de la douane de ce qui s’y passait, arrivèrent et se disposaient à nous charger après nous avoir tiré quelques coups de pistolets. Comme j’avais eu la précaution de me procurer de la poudre et des balles, avant d’avoir un fusil et ayant eu le temps de le charger, je me plaçais en embuscade derrière la troisième ou quatrième borne depuis la porte de la douane et de son côté. Dans ce moment l’officier qui commandait le premier peloton s’avança quelques pas pour reconnaître le terrain alors je fis feu de mes deux coups et cet officier tomba. Je suis d’autant plus autorisé à croire que c’est moi qui l’ai tué que dans ce moment personne ne fit feu que moi. Las lanciers ayant exécuté sans succès leur charge, firent un mouvement rétrograde sur le boulevard et nous allâmes rejoindre les combattants de la porte Saint-Denis. Nous avions à peine tiré trois ou quatre coups de fusil chacun que nous fûmes accablés par la mitraille et la fusillade de la garde (3e régiment) et obligés de fuir dans toutes les directions. Ayant remarqué que le marchand de vin à droite en entrant dans le faubourg Saint-Denis faisait feu en entrouvrant sa porte, j’entrai chez lui et continuai de l’imiter pendant environ une demi-heure, où nous cessâmes de tirer pour ne pas attirer sur nous toute la troupe qui se trouvait sur ce point puisque les citoyens avaient été repoussés de toutes leurs positions. Voilà la part que j’ai prise, ce jour-là, aux combats qui se sont livrés, croyant ne devoir pas parler des marches et contremarches que j’ai faites le restant de la journée, sous les ordres du capitaine Bacheville. Le lendemain 29 à 7 heures du matin, je suis descendu de Belleville, sous les ordres du capitaine Bacheville, qui avait commencé de nous réunir auprès Saint-Gervais (mon domicile alors). Nous arrivâmes à la place de Grève vers les 8 heures à peu près, par la rue du Mouton, dans laquelle nous nous sommes battus avec acharnement et avons perdu beaucoup de monde. Enfin, secondés par les citoyens qui faisaient feu par les croisées et de l’autre rive de la Seine, nous sommes parvenus à chasser la garde et les Suisses qui occupaient ce point. Après quelques instants de repos, le capitaine Bacheville nous mena au Louvre pour nous faire prendre part au combat et à la prise de ce palais mais nous n’avons pas eu le temps de combattre longtemps parce que les Suisses ou gardes royaux ont été forcés peu après notre arrivée. Immédiatement après nous avons été faire des perquisitions dans tout le palais des Tuileries pour chercher des Suisses et, n’en trouvant pas, nous avons été nous joindre aux citoyens qui combattaient les Suisses ou gardes royaux de la rue de Rohan et Saint-Honoré. Le combat terminé, notre commandant nous a ralliés et nous a conduits à la Bourse, où nous avons passé la nuit. Le général Dufour (Dubourg ?), qui y a aussi passé la nuit, nous donna pour mot d’ordre Patrie. Une sentinelle qui par mégarde fit partir son fusil fit prendre les armes à tout le monde. Je n’ai quitté la Bourse que quarante-huit heures après et d’après l’ordre que j’avais le 30 au soir. Je fus continuer le service que j’avais dû faire à la Bourse à la Chambre des députés, où je fus enfin relevé le lendemain. Voilà l’exposé vrai de la part que j’ai prise aux journées de Juillet. Si la Commission désire d’autres renseignements, je suis en mesure de lui fournir tous ceux qu’elle pourra désirer. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 26, rue Gracieuse dans le faubourg Saint-Marceau. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le seul nom de Marchal) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le seul nom de Marchal) ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la médaille, (ancien) XIIe arrondissement (sous le seul nom de Marchal).