Marie, Charles, Ambroise

Biographie


Né le 31 mars 1806 (bien le 31 mars 1806 dans son acte de naissance ; mais par erreur le 30 mars 1806 in Archives nationales F/1dIII/34 et in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension) à Saint-Germain-de-Tallevende-la-Lande-Vaumont (Calvados), fils de Marie, Ambroise, papetier, et de Secourable, Françoise, son épouse. Militaire de la classe 1826, libéré en 1828. Compagnon menuisier. Il fut blessé d’un coup de feu reçu à la cuisse, le 28 juillet place des Victoires. D’abord soigné à l’ambulance établie au bureau du Journal du commerce, 10, rue Saint-Marc, il fut ensuite transféré à l’hôpital Beaujon. Marié, il reçut un secours de cinquante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Le certificat suivant constatait la blessure qu’il avait reçue : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, attaché en qualité de chirurgien à l’ambulance établie pendant les journées de juillet 1830, au bureau du Journal du commerce, rue Saint-Marc n° 10, certifie que le nommé Charles Marie, âgé de vingt-cinq ans, a été transporté à ladite ambulance le 29 juillet 1830, pour y être traité d’une blessure grave à la cuisse droite, en combattant dans la journée du 28. J’atteste que ladite blessure, consistant en une plaie produite par une balle qui avait traversé toute l’épaisseur de la cuisse entre le fémur et l’artère crurale, a été accompagnée d’accidents qui ont mis en danger les jours du malade. Je déclare en outre qu’après neuf jours de traitement à l’ambulance, le dénommé ci-dessus, dans un état fort grave, a été transféré à l’hôpital Beaujon, où il a reçu les soins de MM. Marjolin et Blandin, qui pourront donner les renseignements nécessaires sur la gravité et la durée des accidents qu’ils ont observés chez ce blessé. » Signé, le 4 avril 1831 : Dubourg (voir ce nom), médecin, demeurant 4, rue Neuve-Saint-Marc. Suivait le certificat suivant : « Je, soussigné, capitaine de la 2e compagnie, 4e bataillon, IIe légion, certifie que le nommé Charles Marie a été soigné pendant neuf jours par M. le docteur Dubourg, à l’ambulance établie le 28 juillet par mon père dans un des appartements de sa maison, rue Saint-Marc n° 10. Il a été transporté à cette ambulance le 29 juillet, ayant eu la cuisse, percée d’une balle. » Signé, le 5 avril 1831 : Phayer, demeurant 10, rue Saint-Marc. Le 7 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIe arrondissement, comparurent : Pigault, Louis, marchand de vin, demeurant 5, rue Gramont ; Philippe, Louis, Pierre, fruitier, demeurant 8, rue de Gramont ; Mouton, Pierre, Ambroise, bottier, demeurant 10, rue de Gramont. Ils attestèrent connaître Marie, Charles, Ambroise et savoir « qu’il a été atteint d’une balle qui lui a traversé la cuisse entre le fémur et l’artère crurale, le mercredi 28 juillet 1830, place des Victoires […] à midi, qu’il a été transporté le jeudi 29 juillet à l’ambulance établie hôtel Montmorency et que neuf jours après il a été transporté à l’hospice Beaujon et en est sorti le 15 octobre suivant ». Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Marie, Charles sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 4 janvier 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu, à la cuisse droite, de sa partie moyenne, antérieure et interne vers sa partie postérieure et supérieure au bas de la fesse, blessure qui a été suivie d’inflammations et d’abcès tant à la cuisse qu’à la jambe et qui a donné lieu à des difficultés et des douleurs dans les mouvements du membre. » Il fut admis dans la 3e classe des blessés et pensionné de quatre cents francs. Il lui fut, en tant que blessé de la 3e classe, accordé, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il signa, le 14 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Jodot, Henriette, épouse Winkelmans, quand cette dernière tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, déclare qu’ayant combattu dans les journées de juillet 1830, je fus blessé à la cuisse d’une balle venant du 53e de ligne, place des Victoires et de là transporté par ordre de M. Daguerre (voir Daguerre, Jean-Jacques), médecin à l’ambulance de la rue Saint-Marc n° 10, maison de M. There, que je dois mon rétablissement à Mme Henriette Jodot, femme Winkelmans, qu’elle n’a cessé de me prodiguer les soins les plus assidus ainsi qu’à tous les patriotes qui se trouvaient dans ladite maison. C’est pour quoi et sur sa demande que je m’empresse de lui donner le présent certificat, en reconnaissance de ses soins et pour lui servir et valoir ce que de droit. » De la même manière, dans son certificat que Daguerre, Jean-Jacques délivra à Jodot, Henriette, il précisait les faits suivants : « Je, soussigné, déclare que Mme Henriette Jodot, femme Winkelmans, marchand tailleur, demeurant à Paris, rue Marsollier n° 11, a, dans les journées de juillet 1830, prodigué aux blessés de l’ambulance de la rue Saint-Marc n° 10, les soins les plus généreux. J’affirme en outre que je suis persuadé que c’est à son extrême sollicitude que le nommé Charles, menuisier, décoré de Juillet, rue de Gramont n° 10, doit d’avoir conservé la vie. » On trouve aussi dans son dossier le certificat suivant, concernant ses parents : « Je, soussigné, André, Simon, maire de la commune de Mondrainville, canton de Tilly-sur Seulles, certifie que Françoise Secourable, femme de Marie, Aimable, Ambroise, a été à notre service pendant quatorze ans en qualité de cuisinière, où elle s’est toujours conduite d’une manière irréprochable sous tous rapports. Il est à ma connaissance que son mari a été atteint d’aliénation mentale depuis environ douze à quinze ans, ce qui le met hors d’état de travailler et met sa femme dans le besoin. Son fils aîné, Marie, Charles, la soutenait, mais ayant été blessé à Paris dans les journées de Juillet, où il travaillait en qualité de menuisier, il lui est devenu impossible d’envoyer des secours à sa mère, qui est dans l’indigence. Elle a second fils, ouvrier comme l’aîné, mais étant marié il n’est d’aucun secours à sa mère, ayant sa famille à soutenir. » Signé, le 6 avril 1831 : Simon, André. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il demeurait 10, rue de Gramont en 1830-1831. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 103 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 95 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Marie, Charles, Antoine) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/65 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIe arrondissement, blessés de 3e classe ; Archives de la préfecture de police AA 417 in dossier Winkelmans ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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