Marsay, Pierre
Biographie
Né le 21 janvier 1793 (mais le 16 janvier 1793 in Archives nationales F/1dIII/39 ; le 30 septembre 1793 in Archives de Paris VD6 288 n° 7) à Rochefort (Charente-Maritime). Ancien militaire. Restaurateur ou traiteur. Il eut sa femme tuée dans ses bras, de trois balles tirées par le 3e régiment de la garde royale, le 27 juillet vers 16 heures, au milieu de son salon, les croisées de la fenêtre étant fermées et alors qu’aucune hostilité contre les troupes n’était montrée depuis l’appartement (voir Flisé, Anne, Adélaïde). « De semblables atrocités, expliqua-t-il, rendirent alors l’homme le plus paisible rugissant et furieux comme un lion, en recevant le dernier soupir de ma femme. Je m’armais de suite contre le principe de l’esclavage et, me rappelant que sous l’Empire j’avais souvent fait preuve de courage, j’ai pensé qu’il n’était pas moins honorable de m’armer pour l’indépendance de ma patrie. Le patriotisme m’emporta et, pendant les trois glorieuses journées de juillet, j’ai plus de cinquante fois exposé ma vie, ne cessant de combattre qu’après la victoire. » La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « M. Marçay (sic), traiteur, rue Saint-Honoré, vis-à-vis le cloître, au premier, maison du boucher, est un de ces anciens braves aussi modestes que courageux, et dont le nom ne doit pas être passé sous silence. Après avoir fait mordre la poussière à plus d’un ennemi, ce courageux citoyen se vit forcé de fermer sa croisée pour échapper à une mort certaine. Se croyant ainsi à l’abri de tout danger, il regardait les progrès de l’ennemi, attendait une nouvelle occasion de se signaler. Hélas, il ne s’attendait guère au malheur qui le menaçait. A peine son épouse l’avait-elle rejoint, et au moment où il venait de lui passer le bras autour du corps, comme pour se reposer, que deux balles meurtrières vinrent la ravir pour jamais à ces embrassements ; l’une la frappa au milieu du col et l’autre, après avoir touché au plancher, vint l’atteindre au cou. On voit encore chez lui les désastres de la fusillade. » Ses faits et actions honorables furent ainsi consignés par la mairie de l’ancien IVe arrondissement : « Le sieur Marcet déclare s’être battu les 27, 28 et 29 juillet rue Saint-Honoré et place du Palais-Royal. » Il ne fut pas blessé. Les observations suivantes sont annotées à son dossier : « Le sieur Marcet, chez qui demeurait la dame Friset, devait produire une attestation, mais il ne l’a pas envoyée et il sera convenable de la lui redemander. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il signa un certificat en faveur de Samain, François (voir ce nom), pour attester la conduite de ce dernier pendant les journées de Juillet. Il signa un certificat en faveur de Gabrie, Frédéric, attestant que ce dernier avait « combattu pendant les trois mémorables journées de juillet dernier avec un courage vraiment digne d’éloges et que par ce fait il a mérité l’estime de tous ses concitoyens et qu’il s’est acquis des droits sacrés à la bienveillance du gouvernement ». Il prêta son serment de décoré et reçut sa Croix de Juillet, le 26 juillet 1831 à la mairie du IVe arrondissement. Peu après, il versa mille francs « en faveur de gouvernement de Louis-Philippe Ier, en cas de guerre pour animer la confiance et donner l’élan à des offrandes patriotiques. « Il signa, le 15 août 1831, le certificat suivant en faveur de Rieu, Paul, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, citoyens habitants et patentés de la bonne ville de Paris, certifions et rendons hommage à la vérité, que Riu, Paul (sic), tailleur, demeurant à Paris, rue des Vieilles-Tuileries n° 23, a continuellement combattu, les armes à la main, dans les mémorables journées de Juillet et n’a cessé de se porter là où était le danger ; qu’il était accompagné de son frère (voir Riu, Baptiste), qui a été tué à ses côtés. Nous certifions et attestons en outre qu’il est de bonnes vie et mœurs et que ses sentiments libéraux nous sont connus. » On trouve aussi dans le dossier du même Rieu, un résultat de l’enquête faite par un des commissaires de la Commission des réclamants, ainsi rédigé et qui fait encore mention de Bourriez : « Désigné par M. le président pour faire une nouvelle investigation, je me suis transporté chez M. Bourriez, décoré de la médaille de Juillet, rue des Vieilles-Tuileries n° 23, et chez le sieur Marcey (sic), traiteur, rue Saint-Honoré 197, signataires des pièces du sieur Rieu. Ces messieurs, dont la moralité est digne de foi, m’ont donné sur lui les renseignements les plus favorables. M. Bourriez m’a en outre déclaré que le 28 juillet le dit sieur Rieu avait combattu à ses côtés et le sieur Marcey m’a également déclaré avoir vu le sieur Rieu, rue Saint-Honoré, en armes et en faisant honorablement usage. Je pense donc que le sieur Rieu a bien mérité de la patrie. » Il signa, en 1831, le certificat suivant en faveur de Samain, François, Joseph, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, déclarons que le récit suivant est conforme à la vérité, ayant été témoins du courage et patriotisme déployés par François Samain, tailleur, demeurant rue Saint-Honoré n° 199, pendant les trois journées mémorables. Le 27 juillet, François Samain se trouvait à la tête d’un groupe assez nombreux qui s’était formé dans le jardin du Palais-Royal et qui fut refoulé par la gendarmerie et la garde royale sous la galerie d’Orléans, d’où l’on fut bientôt obligé de gagner la rue Saint-Honoré. Vers midi, la troupe stationna sur la place du Palais et les premières pierres qui furent lancées contre la troupe l’ont été par lui. La troupe riposta par une fusillade, le peuple par des pierres et cette lutte inégale dura toute la journée. Un capitaine de gendarmerie qui refoulait le peuple à coups de sabre fut renversé de son cheval par un éclat de pavé que lui lança sur la tête François Samain au coin de la rue du Chatre. A minuit le rassemblement des citoyens n’était pas dissipé, Samain à la tête d’un groupe commença à faire arracher les enseignes royales qui se trouvaient dans la rue Saint-Honoré, depuis le Palais-royal jusqu’à l’oratoire et cela au milieu des injonctions et des menaces d’un officier de la ligne. Le 28 dès 5 heures du matin, François Samain s’exposa aux premiers coups de fusil tirés par la garde royale sur le peuple. Il resta dans les environs de la place jusqu’à midi. A 1 heure. Il était rue du Roule, aidant à dépaver et barricader la rue. A 2 heures, il rejoignit un corps de volontaires qui passait rue du Coq-Saint-Honoré pour se rendre place des Victoires et qui vint prendre possession du poste des Messageries royales, rue Montmartre. Le 29, il assista à la prise de l’Archevêché, vint ensuite au Louvre, où il combattit avec les braves qui parvinrent à s’en emparer. De retour à la place du Palais-Royal, qui n’avait cessé d’être occupée par les troupes, nous l’avons vu réunir ses efforts à ceux des autres combattants et parvenir, après une demi-heure, à s’en rendre maître. Il fut placé comme factionnaire dans les appartements du duc d’Orléans maintenant Philippe Ier, où il veilla à ce qu’aucun dégât ne fût commis. Il fut ensuite chargé sur les 4 heures d’accompagner la charrette fatale qui transportait vingt-quatre de nos patriotes à la morgue. Il revint au poste du Louvre, commandé par un élève de l’Ecole polytechnique, où il resta jusqu’au vendredi à 5 heures du matin. Nous croyons que la conduite de François Samain mérite l’attention bienveillante du gouvernement. Si l’on accorde une distinction honorifique aux défenseurs de la patrie, nous nous réunissons pour la réclamer en sa faveur auprès de la Commission des récompenses nationales. » En 1840, ayant quitté son commerce depuis deux ans, il sollicita des secours, « forcé par un état de gêne considérable et bien malheureux ». La police donna, cette année-là, sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Marsay forcé, par suite de mauvaises affaires, de quitter son établissement, vers le commencement de l’année 1838, avait depuis cessé d’habiter [239, place du Palais-Royal, N.D.A.] et on l’a plusieurs fois inutilement recherché dans la capitale. D’après les nouveaux renseignements qui ont pu être recueillis, ce pétitionnaire qui se trouve actuellement dans un état misérable est logé par commisération chez un ami, rue Saint-Denis, n° 55, où l’on n’a rien appris de défavorable sur sa conduite et sa moralité. Tant qu’il a géré son établissement, il n’est jamais parvenu de plaintes sur son compte ; il jouissait même de l’estime de ses voisins et sa position est représentée comme digne d’intérêt. » Il reçut cent francs de secours en 1840. En 1848, la même administration ajoutait : « A perdu tout ce qu’il possédait dans un restaurant qu’il exploitait Grande-Rue des Batignolles, n° 3. Il est bien famé. » En 1849, placé « dans une affreuse position », il sollicita de nouveaux secours et reçut soixante francs, à titre de décoré de la Croix de Juillet, après qu’un rapport de police eut précisé qu’il était « favorablement représenté » et que sa position était « très nécessiteuse », puis quarante francs, au même titre, qu’il ne toucha pas qu’après que l’administration se fût aperçu qu’il avait changé d’adresse et demeurait désormais 8, rue du Caire, chez sa sœur. Il reçut quarante francs en 1850, En 1851, il sollicita une place de concierge dans un jardin national ou dans un collège, afin de ne plus importuner l’administration par ses sollicitations. Il reçut deux secours de soixante francs en 1851. Il demeurait à Paris depuis 1816 ; 197, rue Saint-Honoré en 1830 (in Archives nationales F/1dIII/39, in Archives de Paris Vbis1K4 1, in Archives de Paris VD6 3, in Archives de Paris VD6 277 in dossier Gabrie, Frédéric) ; 239, place du Palais-Royal jusqu’en 1838 ; 55, rue Saint-Denis en 1840 ; 1, rue Saint-Claude-Saint-Denis chez sa sœur en 1848 ; 8, rue du Caire (ou 7, rue du Caire deux fois in Archives de la préfecture de police AA 369, ou 81, rue du Caire in idem minute 90 et 92 mais la rue ne comportait pas de numéro 81) toujours chez sa sœur en 1849-1850 ; 6, rue du Caire en 1850-1851 ; 25, rue de Chabrol en 1851. Voir Leriche. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 198-199 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Gabrie, Frédéric ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Samain, François ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, Rapport sur les faits et actions honorables et les accidents éprouvés, et sur les autres renseignements recueillis et relatifs aux événements des 27, 28 et 29 juillet 1830 dans les rues […] faisant partie du IVe arrondissement municipal de la Ville de Paris (sous le nom de Marcet, Pierre) ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/65 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 73, idem Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 4.175 francs pour être répartie entre 95 décorés, combattants et veuves de Juillet domiciliés dans le département de la Seine minutes 90 et 92, idem 19 juin 1850, Emploi d’une somme de 705 francs provenant d’allocations non retirées par des décorés ou blessés de juillet 1830, minute 118, idem rapport du 18 juin 1850 et suivants, minutes 120-126, idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184, idem Demandes de renseignements sur des décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, 14 décembre 1851, minutes 208-209 ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier Rieu, Paul ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Samain, François, Joseph.