Masson, Jean-Louis
Biographie
Né vers 1797 à Rouen (Seine-Maritime). Peintre en bâtiments. Il était porteur du certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine, chirurgien-major de la VIe légion, attaché à la Commission de secours du (ancien) VIe arrondissement, certifie que le nommé Masson, Jean-Louis, peintre en bâtiments, a éprouvé une distension, une espèce d’entorse du pouce droit, qu’il m’a dit avoir été produite par la chute d’un pavé, en construisant des barricades, le 28 juillet ; j’atteste que la première articulation de ce doigt a été longtemps gonflée et douloureuse, qu’il a été nécessaire d’y appliquer deux fois des sangsues et qu’elle reste encore un peu grosse. » Signé, le 5 juillet 1831 : Mélier (voir Mélier, François), médecin. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il reçut, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, un total de cent cinquante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il fut admis dans la 1re classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de cent vingt francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il reçut, en tant que blessé mais non décoré, un secours de cinquante francs, sur les fonds de la Commission de la souscription nationale, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution de Juillet. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre parfaite connaissance que le sieur Masson, Jean-Louis, demeurant rue Saint-Martin n° 279, a été grièvement blessé en travaillant aux barricades, rue Saint-Martin, le 28 juillet et qu’avant cet événement il était très dispos de ses mains, son état de peintre exigeant une grande disposition dans les doigts et que depuis cette époque il ne peut s’en servir sans éprouver de fortes douleurs, ce qui le gêne beaucoup dans ses travaux. » Signé, le 5 avril 1831 : Mennigaut, Adolphe, demeurant dans le quartier de la porte Saint-Denis ; Bruger, principal locataire, demeurant dans le quartier de la porte Saint-Denis ; Gourdoux, débitant de tabac, demeurant 234, rue Saint-Martin ; Dalibon, marchand grainetier, demeurant dans le quartier de la porte Saint-Denis. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions qu’il est à notre parfaite connaissance que le nommé Masson, Jean-Louis, peintre en bâtiments, demeurant rue Saint-Martin n° 279, est sorti armé pour défendre la cause nationale, qu’il est rentré chez lui épuisé de fatigue, qu’il est ressorti peu de temps après, ne consultant que son courage et son patriotisme, pour travailler aux barricades, où il reçut une blessure à la main droite, qui l’empêche encore maintenant de pouvoir se livrer à un travail continu. Nous certifions que le sieur Masson a toujours été d’une conduite digne d’éloges. » Signé : Genuit (voir Genuit, Louis, Victor), tourneur sur bois, demeurant 311, rue Saint-Denis ; Gourdoux, débitant de tabac, demeurant 234, rue Saint-Martin ; Laurent (voir Laurent, François ), argenteur, demeurant 39, rue du Ponceau ; Phalipon (voir Phalipon, Arsène, Cléophas), décoré de Juillet, capitaine de la VIe légion. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune et sans emploi. En décembre 1839, n’ayant travaillé que deux mois depuis le mois de mai précédent, « dans le plus grand dénuement, […] ayant épuisé toutes ses ressources et ses économies pour subvenir à ses besoins et à ceux de son épouse, qui manque aussi d’ouvrage », il sollicita un secours. En juillet 1839, le préfet de police envoyait au ministre de l’Intérieur les renseignements suivants le concernant : « Le sieur Masson, peintre en bâtiments, demeurant rue du Ponceau n° 39, m’a adressé une demande de récompense à raison du concours actif qu’il aurait prêté à l’ordre public dans les journées des 12 et 13 mai. J’ai fait prendre sur la conduite du sieur Masson dans cette circonstance des informations dont j’ai l’honneur de communiquer les résultats à Votre Excellence. Il est de nature à appeler sur cet ouvrier l’intérêt de l’autorité. Le 12, à 3 heures et demie, rue Royale-Saint-Martin, le sieur Masson désarma un insurgé porteur d’un fusil de chasse simple et qui cherchait à entraîner un hussard à la révolte. Il déposa ce fusil chez le sieur Thierry, grainetier, rue Vaucanson, n° 4, et se rendit ensuite rue du Vert-Bois et, vers 4 heures et demie, désarma un individu porteur d’un fusil de chasse double. Nous pouvons attester ce fait, ayant fait un rapport d’office, le 13, où nous rendions compte de cette circonstance qui s’est passée sous nos yeux. On dit Masson encore nanti de la baguette de ce fusil. Vers 5 heures, dans la même rue, Masson désarma encore un insurgé muni d’un sabre, qu’il tenait caché sous sa blouse. Tous ces objets furent déposés par lui le 13 chez un commissaire de police. Ces faits ont été confirmés par MM. Thierry, rue Vaucanson, n° 4 ; Vinangé même maison ; Jourdain, charcutier même maison ; Pille, rue du Vert-Bois n° 17 ; Lefevre, épicier, rue du Vert-Bois n° 20 ; Jacob, pâtissier, rue du Vert-Bois n° 22, Félix, boulanger. Toutes ces personnes font l’éloge de la conduite du sieur Masson, qui s’est montré ami de l’ordre et dévoué au gouvernement dans les journées des 12 et 13 mai, non sans courir quelques dangers. Masson ne fait pas partie de la garde nationale (et pourtant voir plus loin…). Une blessure qu’il reçut à la jambe aux journées de Juillet l’ayant mis hors d’état de pouvoir faire aucun service militaire. Les suites de cette blessure le gênent aussi beaucoup pour le travail de son état. Masson est décoré de Juillet (sous quel nom ?) et jouit d’une excellente réputation sous tous les rapports. Il est marié mais n’a pas d’enfants. Sa femme, ouvrière passementière, gagne environ trente sous par jour. » Il reçut un secours de cent cinquante francs en 1839. En 1841, dans une « misère affreuse », il sollicita un secours et obtint cinquante francs. En 1842, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Marié, sans enfant […], sa femme gagne aussi de l’argent et bien que ce ménage soit connu sous de bons rapports, il n’est pas malheureux. » Il reçut un secours de vingt-cinq francs puis un autre de quarante francs en 1842. En 1843, sans travail par suite d’une chute violente, dans le plus grand dénuement, il sollicita un secours et obtint vingt-cinq francs. Il reçut un secours de quarante francs en 1844, un secours de vingt-cinq francs en 1845. Il fit partie d’une délégation de décorés de Juillet (il est décoré sous quel nom ? c’est bien lui ?) (vers 1846), qui se plaignirent que, quoique pauvres, ils n’avaient reçu aucun don à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. Cette délégation fit parvenir au roi la lettre suivante (dont nous avons tenté de rétablir le sens et l’orthographe défaillants, N.D.A.) : « A Sa Majesté, le roi des Français, Sire, Messieurs les décorés de Juillet se font l’honneur de déposer aux pieds de Votre Auguste Personne leurs hommages et leurs souvenirs. Dans ce jour louable où nos bras et nos cœurs ont fait triompher la sainte cause populaire, nous venons de nouveau déposer dans le sein de Votre Auguste Personne et Famille notre honneur et nos serments. Nous, Sire, qui tant de souvenirs de Votre Auguste Personne ont de longtemps versé dans la coupe du malheur et de l’infortune le ruisseau du bienfait, nous venons déposer dans le cœur du père de la patrie, nos souffrances, nos privations et nos manques de travaux. Car si juillet est un jour de gloire, serait-il pour nous un jour de souffrance et de misère de plus ? non, Sire, votre âme et votre cœur généreux ne pourront souffrir que les triomphateurs d’une cause si belle et si juste soient à la poignée (sic) de la misère et de la souffrance. Sire, le trône de Juillet sur lequel sont placés Votre Personne Auguste et vos généreux enfants est l’arche sainte du peuple français, sur lequel l’âme et le cœur du roi brillent de la douceur et du feu de la liberté. Mal à qui y pense et malheur à qui y touche. Sire, ces héros, dont tant de fois on chanta la gloire, seraient-il oubliés par vous. Laisserait-on ces généreux enfants mourir de misère et de faim. Votre âme est trop belle pour nous priver de notre belle patrie. Car la patrie à l’ouvrier laisse le travail, c’est là son honneur ! Nous qui sommes des hommes de famille, nous qui sommes les héros de Juillet et le soutien de la monarchie présente et à venir, nous sommes pauvres, nous n’avons pu faire aucune économie cet été, par le manque de travaux, les substances chères, les loyers d’une cherté colossale et sans remise. Voilà la misère de ces héros, dont tant de fois on chanta la gloire. Sire, nous avons l’espérance que nos cris de détresse seront entendus par Votre Auguste Personne et généreux enfants et que le père de la patrie n’oubliera pas les héros de Juillet, que notre recommandation et supplique ne sera pas oubliée, que votre faveur y fera droit et justice. Vive le roi et la sainte cause de notre liberté. » (Voir la liste des signataires à Blanchard, Charles). Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1846. En 1847, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Favorablement représenté sous tous les rapports. Depuis quelque temps il manque d’ouvrage et n’a d’autres ressources que le produit du travail de sa femme, qui est ouvrière passementière. » Il reçut un secours de quarante francs en 1847. En 1849, les renseignements de police le décrivaient comme dans une position « assez aisée ». Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, un secours de cinquante francs en 1850, chaque fois à titre de médaillé de Juillet. En 1856, ayant perdu la vue depuis dix-sept mois, incapable de se livrer à aucun travail, il sollicita un secours et reçut cinquante francs. En 1859, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Masson est âgé de soixante-deux ans, ancien peintre, ne professant plus depuis trois ans, époque où il a eu une maladie qui l’a rendu presque aveugle. Il ne voit pas assez pour se conduire seul dans la rue. Sa femme est passementière, travaillant pour une maison de confection de passementerie militaire ; elle a une ou deux ouvrières et donne de l’ouvrage en ville. On donne ce travail comme peu lucratif, suffisant à peine aux époux Masson pour vivre, surtout en raison de ce qu’ils étaient avant la maladie du sieur Masson, qui l’a empêché de continuer son état de peintre. Le sieur Masson occupe depuis sept ans un logement de six cents francs par an, faubourg du Temple, n° 69, qu’il paye assez difficilement. Le sieur Masson se donne comme blessé de Juillet et dit avoir rendu des services au gouvernement en 1839, en désarmant des insurgés. On le donne comme très honnête. » Il reçut cinquante francs chaque année jusqu’en 1863. En 1863, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Il est atteint de cécité et de paralysie. Sa femme travaille à l’aiguille et gagne environ trois francs par jour, qui constituent les seules ressources de ce ménage. La position des époux Masson est réellement nécessiteuse : un secours leur viendrait fort à propos en aide en ce moment, une partie de leurs effets étant engagée au mont-de-piété. On a rien appris de défavorable sur le compte du sieur Masson. » Il reçut deux secours de cinquante francs en 1863. Le 2 mars ou 2 avril 1864, sur le boulevard, près de la caserne du prince Eugène, il fut renversé par une voiture, qui lui cassa le bras gauche ; la voiture ne s’étant pas arrêté, il ne put être indemnisé. Il reçut un secours de cinquante francs chaque année de 1864 à 1870. Il était garde national à la 2e compagnie du 3e bataillon de la VIe légion. Il demeurait 279, rue Saint-Martin en juillet 1830 ; 375, rue Saint-Denis puis 50, rue du Ponceau en 1831 ; 39, rue du Ponceau en 1839-1842 ; 50, rue Meslay en 1843 ; 48, rue du Ponceau en 1846 ; 69, rue du Faubourg-du-Temple (mais 109, rue du Fauborg-du-Temple in Archives de la préfecture de police AA 369, minutes 110-116 ), un logement de six cents ou trois cent cinquante francs par an, en 1849-1866 ; 214, rue Saint-Maur en 1867-1870. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du VIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 75 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Compte général des dépenses de la Commission des récompenses nationales du 7 octobre 1830 au 31 octobre 1831 (secours accordés par la Commission des récompenses nationales aux blessés qui n’ont été classés dans aucune catégorie, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831) ; Archives de Paris même référence VII Répartition des fonds de la souscription nationale, inscription des indemnités définitives ; Archives de Paris états nominatifs des blessés admis à la répartition des fonds de la souscription nationale, 2e classe et 1re classe ; Archives de Paris Répartition des fonds de la souscription nationale, Etat nominatif des blessés qui, étant décorés de la croix ou de la médaille, ont reçu, à l’occasion de l’anniversaire de Juillet un secours de cinquante francs et un habillement bourgeois ou un uniforme de garde national, et de ceux qui, n’étant point décorés, n’ont participé qu’au secours de cinquante francs ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement (sous le seul nom de Masson, demeurant 375, rue Saint-Denis) ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) VIe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives nationales F/1dIII/94 (où son dossier est apostillé comme Médaillé, son dossier est aux secours à divers titres) ; Archives nationales F 15 3791-3792 secours à divers titres ; Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 73 (où il est apostillé comme Médaillé), idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116 ; Archives de la préfecture de police AA 401.