Mauger, Louis, François

Biographie


Né le 18 décembre 1783 à Baudreville (Manche), fils de Mauger, François, laboureur, et de Courtel, Geneviève, son épouse. Il donnait lui-même plusieurs indications biographiques dans une lettre adressée à la Commission des récompenses nationales : « A l’époque de la république, les Anglais et les ennemis réunis menaçaient d’une descente sur les côtes de la Normandie. A cette époque, la levée en masse des habitants le porta sur Granville pour repousser en chasseur les ennemis. Le père de l’exposant, qui était agent municipal, et ses trois fils se rendirent sur le champ de bataille pour concourir à la défense de la patrie. L’exposant, le plus jeune des fils, y fut blessé et reçut une balle à la jambe gauche. » Puis il s’engagea comme marin et fut blessé à la tête lors d’un combat contre les Anglais. « Cette première action de dévouement lui fit obtenir la récompense du gouvernement, qui le fit admettre à l’âge de quatorze ans aspirant de la marine nationale. L’exposant, par suite de son dévouement à la défense de la patrie, s’est embarqué volontaire capitaine d’arme a bord de plusieurs corsaires armés en course contre les ennemis de l’Etat. Ce qui a fourni l’occasion à l’exposant de se venger contre les vexations des oppresseurs de sa patrie. Il a contribué par l’activité de son service à détruire, à capturer plus de cinquante à soixante bâtiments à l’ennemi. Ce qui n’a pas eu lieu que pour avoir reçu dans le cours de quatre années de service en course plusieurs blessures graves et notamment en montant à l’abordage des bâtiments capturés. L’exposant, dans le courant de son service maritime a été fait trois fois prisonnier en Angleterre et trois fois échappé des prisons d’Angleterre. L’exposant est rentré dans sa patrie et s’est rendu à Paris pour exercer ses réclamations de prise auprès du ministre de la Marine. L’exposant domicilié et propriétaire commune de Montrouge en 1814, époque de première entrée des ennemis, [quitte] volontairement son domicile pour se rendre sur le canal de l’Ourcq et la plaine Saint-Denis où l’exposant a combattu toute la journée. Il fut blessé de deux balles à la jambe droite. Il ne fut pas plus tôt rétabli qu’en 1815 il reprit les armes et s’est porté sur le terrain de Clamart pour combattre les Prussiens et où l’exposant fut blessé de deux coups de baïonnette, l’un sur l’œil droit et l’autre sur l’œil gauche [sans doute en défendant un officier supérieur, N.D.A.]. » Il s’était établi marchand de vins à Vaugirard, depuis la fin de l’Empire mais, expliquait-il « son dévouement […] lui a été des plus préjudiciable par les vexations les plus outrageantes de la part des agents du gouvernement déchu ». Il fut « sans doute le premier de la banlieue à [se] rendre en armes dans les rues de Paris, ce qui n’étonna point les autorités de Vaugirard, qui avaient songé le mercredi matin à [le] faire arrêter. » Si les deux premiers jours il réussit à sortir indemne des combats, il fut, le troisième jour, blessé d’un coup de feu reçu à la tempe gauche pendant l’attaque des Tuileries. Il était porteur du certificat suivant, à en-tête de la Maison de convalescence de Saint-Cloud : « Je, soussigné, chirurgien en chef dudit établissement, certifie que le nommé Mauger, Louis, François, âgé de quarante-sept ans, profession de marchand de vins, né à Daudreville, département de la Manche, demeurant à Vaugirard, est entré le 23 novembre à la maison de convalescence établie à Saint-Cloud pour y être traité des suites d’une blessure par arme à feu au côté gauche de la tête au-dessus de l’oreille, cicatrisée au moment de l’entrée mais avec présence sous la peau d’une partie de balle fort aplatie, laquelle a été extraite, sorti bien guéri de la blessure et de l’opération, ayant l’œil droit anciennement atrophié et se plaignant d’affaiblissement à la vue du côté gauche et qu’il en est sorti le 5 décembre […]. » Signé le 5 décembre 1830 : Dupuytren (voir ce nom). Il reçut un secours de soixante francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel (sous le nom de Munger sur les listes de Barbier). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la sous-préfecture de Sceaux. Son nom est inscrit sur liste provisoire des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 29 mars 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu et par éclat de balle à la temple du côté gauche, blessure à ouverture unique et à corps étranger perdu et extrait consécutivement ; blessure cicatrisée mais avec affaiblissement de la vue du côté gauche, l’œil droit étant perdu depuis longtemps. » Il fut admis dans la 5e classe des blessés et pensionné de six cents francs. Il fut promis, à l’unanimité des membres a de la Commission des récompenses nationales, comme digne de recevoir la Croix de Juillet et son nom fut même publié dans les listes du Moniteur mais des renseignements défavorables recueillis sur son compte entraînèrent la commission à lui refuser sa décoration. Le 21 mars 1831, il adressait la lettre suivante au général Lafayette : « Ce que j’ambitionnais le plus était bien certainement d’obtenir la décoration de Juillet. Je croyais y avoir quelques droits. Cependant, général, je n’aurais élevé aucune réclamation si la Commission en avait jugé autrement. J’aurais pensé que tous les élus étaient plus dignes que moi. Mais telle n’est pas ma position. J’ai été compris et dès le principe au nombre de ceux qui devaient recevoir la croix et cependant mon nom ne se trouve pas inscrit sur les deux listes insérées au Moniteur. Il m’est revenu, général, que mon nom avait été rayé dans une des assemblées de la Commission d’après le contenu d’une lettre qui lui avait été adressée. J’ignore, général, de qui est cette lettre mais je soupçonne fortement qu’elle parte du sieur Tulane, commissaire de police à Vaugirard, que je poursuis correctionnellement et qui, sans doute, aura eu recours à l’arme des lâches pour me nuire. Que ce soit de lui ou de tout autre, je dois déclarer que l’auteur est un infâme calomniateur. Ce n’est pas assez, général. J’ai le droit de demander quel est mon dénonciateur et c’est à vous, si bon juge de l’honneur, que je m’adresse pour le connaître. Etre rayé du nombre des braves est une tache dont un homme ne doit point être souillé à moins qu’il ne le mérite. Dans cette position, tous lui doivent justice et plus que toutes les autres la Commission, qui lui a infligé cette flétrissure, ne peut se refuser à lui faire connaître d’après quels renseignements elle a prononcé. C’est, général, avec une entière confiance que je vous demande le nom du misérable qui m’a déshonoré. J’ai été inscrit et j’ai été rayé. Pesez ces deux mots, général, et je ne doute point que vous n’accédiez à ma prière. » Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait à son égard l’ajournement de toute décision de récompense honorifique pour immoralité. Dans sa séance du 15 avril 1831, le même comité donnait l’information suivante : « Le comité demande à l’unanimité la radiation du sieur Maugé (sic), porté sur la liste de l’arrondissement de Sceaux ; sa moralité est très équivoque, sa maison est signalée comme le rendez-vous des vagabonds et connue parmi eux sous le nom de Boxon des bons enfants. » Dans sa séance du 21 avril 1831, le même comité des renseignements, laissait au sujet de Maugé (sic), demeurant bd des Paillassons, (sans qu’on sache quelle importance on doit y attacher), cette simple mention Immoralité, inscrite en face de son nom, sur une liste de décorés dont l’attribution d’une décoration faisait polémique. En mai 1831, Payen, président de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux, écrivait à Delestre, président de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement : « M. Mauger, sur la moralité duquel il a été donné des renseignements défavorables, est persuadé que cela ne peut venir que d’un des ennemis déjà condamné comme calomniateur. S’il vous est possible de communiquer la déclaration écrite qui le concerne, il se propose d’obtenir une réparation judiciaire qui détruise complétement les imputations dont il paraît avoir été victime. » En juillet 1831, cette même commission s’excusait dans ces termes : « Depuis lors, une enquête nouvelle et plus scrupuleuse nous a démontré que le motif de cette décision n’est nullement fondé. Nous regrettons beaucoup que cette fâcheuse erreur ait pu vous priver d’une récompense honorifique dont vous ont rendu digne vos actes de dévouement dans les journées de Juillet. » Mais il était trop tard et la faute, irréparable. Mauger écrivit une lettre qu’il adressa aux journaux La Tribune, Le Courrier français, Le Constitutionnel, La Révolution, Le National, dans laquelle il se plaignait de l’injustice qui avait été commise contre lui : « […] J’avais des ennemis d’opinion et d’intérêt […mais] j’étais certain que le comité se convaincrait par la plus légère information que je n’avais pu être que calomnié. Cependant je crus devoir demander communication de la dénonciation ; elle me fut refusée […]. » Le premier de ses dénonciateurs, continuait-il était « un homme qui m’en a voulu et m’en veut beaucoup encore de ce que je n’ai pu supporter de bonne grâce un acte arbitraire dont il s’est rendu coupable envers moi et de ce que j’ai porté plainte à la justice. Plus tard, le public connaîtra j’espère ce procès inouï qui dure seulement depuis huit mois malgré toutes mes instances pour qu’il soit mis à fin [sans doute s’agissait-il du commissaire de police de Vaugirard, qu’il poursuivit en correctionnelle pour attentat à la liberté individuelle, violation de domicile et abus de pouvoir, N.D.A.]. Mon second dénonciateur moins puissant mais non moins frénétique (ses antécédents ne le prouvent que trop ; ce n’est pas sa faute s’il n’a pas gagné le million promis pour la tête de Napoléon) s’était trouvé blessé de ce que j’avais usé de mes droits de créancier pour me faire payer ce qu’il me doit et de ce que je l’avais poursuivi en expropriation ». Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il reçut, à titre de cas exceptionnel, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Dans une lettre adressée par la Commission des réclamations de Juillet, présidée par Benard de Courtigis (voir ce nom) et établie 10, rue Neuve-Bourg-Labbé, au ministre de l’Intérieur et président du Conseil, son cas était cité en exemple comme quelqu’un dont les droits avaient été méconnus, précisant ainsi sa participation aux combats et les preuves qui avaient été fournies : « Mauger, Louis, François. Pièce de la Commission des récompenses nationales instituée etc. “M. Mauger, Louis, François, de Vaugirard, est au nombre des personnes qui se sont le plus distinguées dans les affaires de Juillet. Les blessures graves qu’il a reçues l’ont fait placer parmi les pensionnés. Grenelle, le 13 août 1831.” Signé : Payen. “Paris le 19 juillet 1831. A M. Mauger à Grenelle. Monsieur, plusieurs membres du Comité central des renseignements avaient reçu sur votre compte des dépositions défavorables, qui ont entraîné l’avis de la majorité du comité et ensuite de la Commission des récompenses nationales contre votre admission à la décoration spéciale. Depuis lors une nouvelle enquête et plus scrupuleuse nous a démontré que le motif de cette décision n’est nullement fondé. Nous regrettons beaucoup que cette fâcheuse erreur ait pu vous priver d’une récompense honorifique dont vous ont rendu digne vos actes de dévouement dans les journées de Juillet. Nous avons l’honneur de vous saluer.” Signé : Vitterce ; Besson-Lameyre ; Mauhany ; Tompel ; Rocher de la Fontaine ; Chevalier ; Delestre. Les commissaires du gouvernement, signé Grau Saint-Vincent ; Truelle et A. Guinard. Comment juger les regrets que donnent ici les membres de la Commission signataires de la pièce ci-dessus ? Rien obtenu. » En 1838, les renseignements de police recueillis sur son compte le disaient propriétaire et marchand de vins, 18, boulevard Neuf à Vaugirard (Seine) et ajoutaient : « On a rien appris de défavorable sur sa conduite et sa moralité. » Il reçut vingt francs de secours en 1839. En 1841, il sollicita des secours : « Presque aveugle, il ne peut plus se livrer à aucun travail qui puisse assurer son existence et, pour comble de malheur, il vient d’être victime d’un sinistre qui a détruit de fond en comble une petite maison dont il était propriétaire, ce qui le réduit à la dernière misère. » La police donna sur son compte les renseignements suivants : « Demeure […] dans une petite maison qu’il loue en partie à un marchand de vins, à raison de cent francs par an. Agé de 57 ans et presque privé de la vue, il ne peut se livrer à aucun travail et paraît être dans la misère. Sa conduite et ses antécédents sont assez bons. » En 1843, les mêmes sources rapportaient qu’il tenait des jeux à la barrière du Maine et qu’il se trouvait « par conséquent dans une bonne position ; sa réputation n’est pas des meilleures ». En 1848, il réclama la restitution de ses pièces qui avaient été saisies le 25 avril 1832 au cours d’une perquisition (sans doute l’affaire O’Reilly) à la Commission des réclamants de Juillet, présidée par M. Chauvin, 8, rue d’Alleray. Il demeurait au 18, boulevard Neuf (5, boulevard Neuf sur les listes du Constitutionnel et sur celles de Boulland) à Vaugirard (Seine) de 1813 à 1843 (mais bd des Paillassons sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 et in Archives de Paris VK3 29) ; 5, rue Saint-Fiacre toujours à Vaugirard en 1848 ; 40, rue des Entrepreneurs en 1856. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 36 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 40 ; Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 94 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de larrondissement de Sceaux, p. 114, liste des cas exceptionnels, p. 92, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 29, séance du 13 avril 1831, Dans sa séance du 15 avril 1831, séance du 21 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/66 ; Archives nationales F/1dIII/82 Commission des réclamations de Juillet, extrait de quelques dossiers pris sur le travail général de la Commission des réclamations et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIVe arrondissement, arrondissement de Sceaux, blessés de 5e classe, liste nominative des cas exceptionnels.

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