Mège, Jean-Baptiste

Biographie


Médecin, reçu le 24 juin 1813 à la faculté de Paris. Il sollicita dès 1825 la croix de la Légion d’honneur, en récompense des services qu’il avait rendues pendant les épidémies de 1813 et de 1814, envoyé par le ministre de l’Intérieur dans les départements du nord-est de la France pour contenir la propagation de l’épidémie de typhus et tenter de faire connaître la nature de la maladie et les moyens les plus efficaces à employer pour la contenir. Malgré les remerciement de maires des localités touchées, de préfet et du doyen de la faculté de médecine, malgré que cette distinction lui eût été promise, Mège se plaignait de n’avoir jamais été décoré. Le prince de Talleyrand appuya sa demande en ces termes : « […] M. Mège a, je crois, quelques titres à cette faveur. L’habileté et le désintéressement avec lesquels il exerce depuis neuf ans la médecine, soit à Paris soit à Valençay, où il vient chaque année dans le temps le plus propre à vacciner les enfants, ajoute encore à la conduite vraiment honorable qu’il a tenue en 1813 et 1814 lors de l’épidémie qui désolait, à cette époque, les départements du Nord-Est, où il fut envoyé par le ministre de l’Intérieur. Vous me permettrez de vous faire observer, M. le ministre que M. Mège n’a jamais reçu du gouvernement aucun traitement ni rétribution pour cette mission assez dangereuse et que la seule récompense qu’il ait demandée et que le gouvernement lui avait fait espérer, la croix de la Légion d’honneur, il est encore à l’attendre de la justice et de la bienveillance de la nouvelle administration. J’aime à croire qu’enfin aujourd’hui M. Mège sera plus heureux si vous voulez bien partager l’intérêt bien vif que je lui porte. » Le 30 août 1830, dans une lettre adressée à Guizot, ministre de l’Intérieur, toujours afin de solliciter la décoration de la Légion d’honneur, il donnait les indications biographiques suivantes : « En 1813, je fus envoyé par le gouvernement dans les départements du nord-est de la France, pour y combattre le typhus qui les dévastait. En 1814, je fus le seul des médecins de Paris qui voulut repartir pour le même objet ; les autorités locales firent au ministère de l’Intérieur et au doyen de la Faculté des rapports favorables sur les deux missions dont j’avais été chargé. Une lettre de vous, monsieur le ministre (Guizot était alors secrétaire général du ministère, N.D.A.) et que je possède encore me fait espérer la décoration de la Légion d’honneur et une place. Je n’ai obtenu ni l’une ni l’autre et, pour toute récompense, le conseil de l’université de 1823 m’a éliminé d’un concours public parce que j’avais fondé une école d’enseignement mutuel et que quelques-uns de mes écrits étaient empreints de libéralisme. » Dans une lettre adressée à la Commission des récompenses nationales, il faisait l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue en juillet 1830 : « Le 26, jour de la publication des fameuses ordonnances, j’ai, en présence de plusieurs personnes qui se trouvaient chez moi, lacéré le portrait du roi parjure, que j’avais dans mon salon, et j’ai été les répandre dans la rue de la Paix. J’ai parcouru divers quartiers de Paris pour encourager l’insurrection commençante et j’ai proclamé que le moment du plus sacré des devoirs était arrivé. Le 27, j’ai secouru sur place plusieurs blessés. Le 28, j’ai revêtu mon habit de chirurgien major de la garde nationale et relevé et soigné sur les lieux mêmes des fusillades un grand nombre de blessés, que je faisais ensuite conduire chez eux ou à l’hôpital, suivant leur volonté. Ce même jour, dans la rue Montmartre, vers 2 heures et demie, le jeune Colonge (voir Colonge, Isidore), ferblantier, rue Feydeau, n° 7, est tombé à côté de moi, frappé d’une balle qui, après avoir fracturé le bras gauche, est entré dans la poitrine, où elle est resté. La promptitude de mes soins a préservé ce brave jeune homme d’une mort certaine ; il est presque guéri maintenant et il est inscrit à la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En sortant de chez lui, je me suis dirigé vers le Palais-Royal et étant dans la rue de Valois, j’ai cru que j’allais être tué par un soldat de la garde royale qui a étendu roide un autre passant comme moi. Le 29, je continuai le même service et tandis qu’on mitraillait encore sur le boulevard des Capucines, j’ai harangué un détachement de la garde royale posté rue de la Paix à l’entrée du petit bout de la rue Neuve-des-Augustins. J’ai décidé le capitaine Hamont qui le commandait à mettre bas les armes et nous nous sommes embrassés aux cris mille fois répétés de Vive la charte ! Vive la liberté ! M. Casimir Perier, qui était aux fenêtres de M. Noël, notaire, a été témoin de ce fait et je me suis empressé d’aller lui donner le nom de ce brave capitaine. Je me suis ensuite rendu chez M. Laffitte, d’où je suis parti avec le général Sebastiani dans l’intention d’aller à l’Hôtel de ville, où le général pensait que mon ministère pourrait être utile. Mais, chemin faisant, la rencontre de plusieurs blessés m’a obligé de quitter le général pour les secourir. Heureusement qu’il était encore avec moi quand un attroupement s’est formé autour de nous et qu’on voulait me maltraiter à cause des boutons à fleur de lys qui se trouvaient à mon habit de chirurgien. Le général calma le bruit et les menaces. Il fut reconnu et moi de même par des gens qui m’avaient vu faire des pansements dans les rues. Dès lors, les invectives se changèrent en cris de Vive le général Sebastiani ! Vive la garde nationale ! Quelques heures après, un boulanger de la rue Montmartre, n° 157, le sieur Auzoule, témoin d’un pansement assez long que je venais de faire devant chez lui, me fit entrer dans sa boutique pour m’offrir un rafraîchissement, dont j’avais grand besoin car j’étais exténué de fatigue et de soif. J’avais aussi fait faire dans ma rue des barricades, auxquelles j’avais travaillé moi-même plusieurs heures sous les coups de fusil qui se tiraient alors sur le boulevard des Capucines. Le 30, M. le colonel Zimmer me chargea d’organiser une ambulance dans le (ancien) Ier arrondissement et me donna un ordre pour M. le maire, qui voulut bien mettre à ma disposition une des salles de sa mairie, mais qui heureusement ne servit pas. Le 3 août, M. le commandant en chef de la garde nationale me fit, sur ma demande, délivrer un ordre pour le camp de Rambouillet, où je m’empressai de me rendre. Je n’ai pu faire que cela, Monsieur, mais je l’ai fait avec tout le dévouement que vous me connaissez à la cause que nous avons enfin gagnée et pour laquelle je n’ai cessé de me montrer le zélé défenseur depuis quinze ans, tant par mes écrits que dans mes autres actions. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il est sur une liste des décorés (et sans doute de la croix) de la mairie du (ancien) Ier arrondissement in Archives de Paris VD6 92 mais nulle part ailleurs... Il demeurait 9, rue Saint-Florentin en 1835 ; 52, rue Neuve-Saint-Augustin en 1830-1833 ; 13, rue de la Michodière en 1838 ; 46, rue Saint-Anne en 1854. Archives de Paris VD6 91 ; Archives de Paris VD6 92, liste des décorations du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sage-femme qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusquau 31 mai 1833, idem pièce 3164 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1838, idem pièce 3173 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1854 ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIV/M/8 Récompenses honorifiques.

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