Mie, Justin

Biographie


Né le 30 brumaire an III (20 novembre 1794) à Périgueux (Dordogne), fils de Mie, Jacques, substitut de l’agent national, et de Mie, Jeanne, son épouse. Entré à l’Ecole polytechnique le 1er novembre 1813, sous-lieutenant à l’Ecole d’application le 1er octobre 1815, lieutenant en second d’artillerie le 6 février 1818, passé au 7e régiment d’artillerie puis au 2e régiment, lieutenant en premier le 8 juillet 1823 au 8e régiment d’artillerie, capitaine en second au corps d’artillerie le 21 septembre 1830 au 3e régiment d’artillerie, mis au traitement de réforme le 13 octobre 1832 ; il avait participé à la défense de Paris en 1814 et 1815, au cordon sanitaire mis en place à Bayonne en 1822, et à la guerre d’Espagne du 1er avril 1823 au 4 janvier 1824. Capitaine d’artillerie en retraite (touchant mille cinq cent douze francs de retraite annuels), il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications les circonstances dans lesquelles se passa la révolution de Juillet dans la ville de Rennes (Ille-et-Vilaine). Mie adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « J’ai l’honneur de vous exposer qu’en 1830, le 29 juillet, le général commandant la division militaire à Rennes ayant fait venir chaque régiment dans la caserne, se présenta pour passer la revue de celui dont je faisais partie. Arrivé à ma batterie, il nous annonça que nous allions partir de suite pour nous rendre à Nantes sous les ordres du général Des... illisible, qui recevait sous son commandement les troupes disponibles des garnisons voisines, pour résister aux premiers efforts de la révolution et soutenir la royauté attaquée, disait-il, par quelques factieux. A ces mots, je m’avançai vers lui et devant le régiment en bataille je lui déclarai que nous n’étions pas comme il le disait les soldats de Charles X mais les soldats de la nation et que nous ne marcherions que pour soutenir le peuple, sur lequel la troupe avait fait feu à Paris. Le général donna l’ordre de m’arrêter et de me désarmer, en assurant que je paierai de ma tête les paroles que je venais de prononcer. Heureusement, le matin nous avions réuni la délégation de nos sous-officiers et nous nous étions assuré leur concours. L’ordre du général ne put être exécuté. Pendant le tumulte occasionné par ma rébellion ouverte, j’envoyai, moi que la circonstance venait de faire le commandant naturel du régiment insurgé, un piquet de vingt-cinq hommes commandé par des officiers mes camarades ou mes chefs, arborer le drapeau tricolore à la division, à la préfecture, à la place et retenir aux arrêts les autorités déchues. Il était midi. A 3 heures, six de mes camarades du 8e régiment d’artillerie organisèrent environ deux mille hommes de la garde nationale et je restais pour prêter main forte à mes amis s’ils avaient été empêchés par le reste de la garnison. La veille au soir, nous nous étions réunis aux lieutenants patriotes de deux régiments d’infanterie qui tenaient garnison avec nous et nous ne leur avions demandé que de rendre nuls les efforts que feraient leurs chefs pour s’opposer à la révolution. Les faits que je viens de rappeler ont été rapportés par plusieurs journaux de l’époque, notamment par la Tribune. Je crois même que le général Bedeau ? illisible qui venait de quitter notre régiment et que je n’ai pas revu depuis cette époque, doit savoir tout ce qui s’est passé alors, peut-être même au besoin M. Marrast, maire de Paris, avec lequel M. Regnier illisible, préfet de la république, en a parlé en août et septembre 1830 s’en souviendrait. Quoique la révolution eût été faite à Rennes par la troupe, j’avais tenu à ce qu’elle passât immédiatement par le peuple, me rappelant des Cent-Jours. Aussi lorsque le calme revenu les choses furent assises à Paris, je laissais glisser de mes mains un commandement tout de confiance qui m’était échu parce que j’étais le plus compromis, dans les mains desquelles il n’aurait pas dû sortir. L’acte d’adhésion au gouvernement de Louis-Philippe dans le 8e régiment d’artillerie n’a été signé que par les officiers supérieurs parce que je protestai et offris de signer ma protestation en marge si cette adresse était faite au nom du régiment entier. La pièce doit se trouver au ministère de la Guerre. La garde nationale et le conseil municipal ayant fait une adresse pour demander au gouvernement de l’avancement en récompense de [ma conduite et de celle] de trois autres de mes camarades partie du manuscrit brûlée tout le monde à l’anéantissement de cette pièce, déjà couverte de plusieurs milliers (?) de signatures ; ce fait a été à la connaissance de toute la ville de Rennes et notamment du partie du manuscrit brûlée d’alors. Nommé capitaine à mon ancienneté, quoique proposé depuis sept ans après quinze ans de grade et dix-neuf ans de campagne, le 21 septembre 1830, je fus adjoint au commandement de la manufacture de Tulle. Les patriotes, connaissant la conduite que je venais de tenir à Rennes, vinrent se grouper autour de moi en me choisissant porte-drapeau. Ils me nommèrent en 1831 président de l’Association corrézienne. Dans cette position le gouvernement voulut m’éloigner de Tulle, m’envoyant à la manufacture d’armes de Maubeuge, où je forçais M. le général partie du manuscrit brûlée Neigre à me faire donner mon traitement de réforme pour mes opinions républicaines bien connues (cas prévu par circulaire ministérielle du maréchal Soult en 1832) puisqu’il refusait de me le donner pour d’autres causes. Ayant ainsi renoncé à ma carrière militaire, je rentrai à Tulle en octobre 1832 et y restais quoique mes intérêts dussent m’appeler à Périgueux jusqu’en 1836. Pendant ce temps, j’ai eu à subir une visite domiciliaire ordonnée par la Cour des pairs, en juin 1834, ayant pour objet la recherche de données qui devaient se rattacher au procès pendant à cette époque devant cette Cour (son nom est effectivement dans le livre index de la Cour des pairs volume 2). La preuve de ce dernier fait se trouve dans la déclaration de partie du manuscrit brûlée faisant avec moi partie du comité de l’Association corrézienne, dont trois sont actuellement représentants du peuple ; ainsi que par l’attestation du colonel d’artillerie partie du manuscrit brûlée d’armes de Tulle. Si vous pensez, citoyens, que celui qui a donné sa tête comme enjeu à la révolution de 1830, alors que la victoire n’était pas décidée à Paris et que pour lui à Rennes elle était fort incertaine ; que celui qui en 1831 n’a pas hésité à accepter la présidence de l’Association corrézienne, alors que tous les fonctionnaires membres de cette association étaient poursuivis par le gouvernement ; que celui qui en 1832 a renoncé à sa carrière militaire pour répondre à la confiance de ses coreligionnaires ; que celui qui en 1834 était appelé de par la Cour des pairs à aller grossir la phalange des républicains contre lesquels elle sévissait ; si vous pensez, je ne dis pas qu’il a droit à une récompense nationale mais à servir encore la république qui a été la religion de toute sa vie, je vous prierais de vouloir bien considérer qu’entré à l’Ecole polytechnique en 1813, mis à la retraite à quarante-sept ans, lorsque tous ses camarades de promotion sont encore en service et que les derniers, ceux qui n’ont dû leur avancement qu’à l’ancienneté, sont chefs d’escadron d’artillerie, vous serez convaincus que ce serait justice, en me rappelant au service, de me mettre à mon rang d’ancienneté dans ma promotion et que pour tous les sacrifices que j’ai faits à ma foi politique la Commission des récompenses nationales voudrait bien demander que je sois proposé pour le choix. Dans cette position, je pourrais, au lieu de rentrer dans mon arme, être nommé sous-intendant militaire de deuxième classe […]. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Les citoyens soussignés, anciens membres de l’Association corrézienne pour la liberté de la presse, déclarent que c’est à l’initiative du citoyen J. Mie, alors capitaine d’artillerie adjoint au directeur de la manufacture d’armes à feu, que les patriotes de la Corrèze durent en l’année 1831 la fondation de cette association destinée à propager le dogme républicain, à rallier en un seul faisceau les forces démocratiques du département et à les affilier au comité central de Paris. Le citoyen Mie fut nommé président ; il préféra l’honneur dangereux de lutter à notre tête contre les institutions liberticides de 1830 à l’avenir que ses services lui assuraient dans l’armée et il abandonna la carrière militaire en 1832 pour revenir préparer à Tulle, au milieu de ses amis, la réalisation des principes qui ont triomphé en février. Les patriotes de la Corrèze obtiendraient le prix de leurs propres efforts s’ils apprenaient que les services de leur ancien président, que son dévouement courageux, désintéressé, infatigable à la cause populaire ont été appréciés comme ils méritent de l’être par la Commission des récompenses nationales. » Signé, à Tulle le 18 juin 1848 (pour les noms lisibles) : Sage, avocat, président de l’Association corrézienne après la rentrée du citoyen Mie à Périgueux, maire de Tulle ; Bohie aîné ou Borie aîné, lieutenant de la garde nationale et secrétaire-trésorier de l’Association corrézienne en 1832 ; Fouillade aîné, membre de l’Association corrézienne ; Neuville, ancien membre de l’Association corrézienne ; Lacombe, capitaine de la garde nationale ; Fouillade, lieutenant de la garde nationale ; Beaudoin ; Bourgeois aîné ; Maillard, ancien et huissier et membre de l’Association corrézienne ; Maillard ; Saintipoly, ancien membre de la société ; Tramond, membre du conseil municipal, capitaine en premier de la garde nationale, membre de l’Association corrézienne en 1832. Suivaient deux apostilles. La première apostille, de Ceyras, représentant du peuple et anciens membre de l’Association corrézienne. La deuxième apostille, de Bonfi illisible, ancien délégué de l’Association corrézienne à la société centrale. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, qui de 1830 à 1836 était directeur de la manufacture d’armes de Tulle, certifie que M. Mie, Justin, alors capitaine d’artillerie servant sous mes ordres, reçut l’ordre de se rendre à la manufacture d’armes de Maubeuge pour y continuer son service mais qu’il préféra renoncer à sa carrière pour ne pas quitter ses amis politiques et pour continuer à présider l’Association corrézienne pour la liberté de la presse, que par conséquent il est revenu à Tulle et qu’il y a résidé jusqu’en 1836. » Signé, le 9 juillet 1848 : illisible, colonel d’artillerie. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Auguste Lamirande, vice-président du tribunal civil d’instance de l’arrondissement de Tulle, département de la Corrèze, déclare que dans les premiers jours de juin 1834 étant alors juge au même siège, je fus désigné par le tribunal afin de ramener à exécution, en qualité de juge d’instruction adjoint au magistrat titulaire une commission rogatoire émanant de la Cour des pairs, qui avait pour objet la recherche au domicile de M. Mie, Justin, capitaine d’artillerie en traitement de réforme demeurant à cette époque à Tulle, de divers documents qui, suivant la commission rogatoire devaient se rattacher à un procès politique dont était saisi la Cour. Je déclare que je me présentais au domicile dudit Justin Mie, accompagné du premier substitut du parquet, que je fis connaître à M. Mie l’objet de ma mission et je que je procédais immédiatement à son accomplissement. Je visitais les papiers de M. Mie ; il me serait difficile de me rappeler depuis un aussi long temps la nature des papiers et documents qui passèrent sous mes yeux mais je dressais un procès-verbal de mon opération et le procès-verbal doit être transmis en minute à la Cour des pairs par le chef du parquet au tribunal de Tulle car j’ai fait faire sur les registres du greffe d’inutiles recherches pour trouver soit la commission qui me fut donnée par le tribunal soit le procès-verbal de mon opération et il est presque certain que ces deux pièces ont été envoyées, en original, à la Cour des pairs et se retrouveraient dans le greffe de cette Cour. En foi de quoi et sur la demande qui m’en a été faite par M. Mie, je lui ai délivré la présente déclaration et attestation pour lui servir et valoir ce que de droit. » Signé, à Tulle le 2 juin 1848 : Lamirande. Mie fut recommandé par la Commission pour recevoir le grade de chef d’escadron dans l’artillerie, grade ajoutait-elle « qu’il aurait maintenant, même à l’ancienneté si sa carrière militaire n’eût été brusquement interrompue par une mise en réforme, motivée sur ses opinions républicaines ». Il demeurait à Tulle (Corrèze) en 1832-1836 ; 22, rue de Grenelle-Saint-Honoré, hôtel des Empereurs en 1848. Archives de la préfecture de police AA 403. Il est le père adoptif de Mie, Louis, futur député ; la compagne de Mie, Justin, Chirat, Marie, Marguerite Philipine, sera la mère adoptive de Mie, Louis, Jean-Baptiste, Philippe.

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