Mie, Louis, Auguste

Biographie


Né le 18 octobre 1801 à Périgueux (Dordogne). Imprimeur. On trouve dans Balzac journaliste, le tournant de 1830, les indications suivantes : « Le 27 juillet, parce que le Temps et le National, riches de leurs appuis politiques, sont distribués gratuitement dans les rues, le Sylphe rêve d’une métamorphose extravagante. L’imprimeur républicain Mie reçoit l’ordre – et déclare son intention [Archives nationales F/18/95, 1830, pièce 3414] – de tirer à un million [lire cent millions, N.D.A., conformément à la demande déposée aux Archives nationales] d’exemplaires la petite feuille littéraire discrètement libérale que Balzac lisait avec délices à la Grenadière quelques jours auparavant, et à laquelle le roi lui-même avait souscrit quatre abonnements le 1er mai 1830 [Archives nationales O/3/2219-2220, pièce 983]. Mais la machine administrative tourne toujours le 27 juillet, et le bureau de la Librairie alerte aussitôt le préfet de police : “On doit conclure d’un tel tirage probablement exagéré que cette feuille rédigée dans un très mauvais esprit, sera distribuée à la main et répandue dans tous les quartiers de la capitale. Or, comme elle n’a point encore été autorisée, je vous prie de faire saisir, partout où besoin sera, et de donner également des ordres pour que les dispositions du second paragraphe de l’article 4 de l’ordonnance du 25 juillet soient, s’il y a lieu, exécutées.” L’autorité n’eut pas le temps d’appliquer les fatales ordonnances, mais le “journal rose” tricéphale, qui se résorba dans lAigle (à une seule tête) [LAigle, journal de la liberté politique et littéraire faisant suite au Sylphe, journal des salons. Le premier numéro de l’Aigle sort le 3 août. Déclaré par Selligue à mille exemplaires in-fol le 1er août (Archives nationales F 18 111)], dut renoncer presque aussitôt à être le journal de la révolution. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Dans une lettre par laquelle Fassenoz, Pierre, Joseph (voir ce nom) se plaignait de n’avoir pas été récompensé de sa participation aux combats, il laissait des indications sur la conduite de Mie : « Le 29 juillet, un officier de l’état-major de la Bourse s’adressa à moi, ainsi qu’à mes camarades, en nous prévenant qu’il devait y avoir une forte affaire sur ladite place et que ce serait sans doute la décision de tout. Mais les barricades n’étant pas de résistance qu’il nous invitait d’en construire de nouvelles. D’après cette allocution, je me transportais de suite chez M. Mignon, serrurier, pour lui demander des pinces pour arracher les pavés et il me répondit les avoir données le 28 et qu’on ne les lui avait pas rendues. Un instant après, ayant appris qu’elles étaient déposées chez M. Auguste Mie, imprimeur rue Joquelet, n° 9, j’allais les chercher et je trouvai M. Mie se promenant seul dans sa cour, qui me remit une pince et trois barreaux de fer. De là, je retournai chez le serrurier, qui alluma sa forge et moi tirant le soufflet et frappant sur lesdits barreaux pour les transformer en forme de pinces. Ensuite, je les transportais vers mes camarades et nous nous mîmes de suite à l’œuvre, qui nous fut commandée pour former de nouvelles barricades désirées par le quartier général. On nous ordonna en outre de monter des pavés dans les maisons ; nous prîmes des merlins, faute de masses pour les briser. Nous en montâmes une quantité suffisante pour écraser un bataillon chez Mme Guidon, propriétaire, rue Notre-Dame-des-Victoires, n° 15, qui était à Versailles dans ce moment. Nous avions dix croisées à cette époque, cinq sur la rue des Victoires et cinq sur la rue des Filles-Saint-Thomas, plus d’une voie de bois à notre disposition dans la cuisine. Nous fûmes requis à garder ce poste, où nous restâmes jusqu’à minuit. Ensuite, vu qu’il n’y avait rien à craindre de ce côté, nous nous retirâmes chacun chez nous. Il est surprenant, Messieurs, que le sieur Mie soit décoré, attendu qu’il n’a pas quitté sa porte de plus de trente pas ce jour-là. Ayant adressé un certificat constatant mes faits des trois mémorables journées à Monsieur le préfet de police pour entrer dans la garde municipale que l’on formait à cette époque, M. Charlemagne me demanda ce que j’avais de ce certificat. Je lui dis l’emploi que j’en avais fait. Sur quoi, il me prescrivit d’aller le chercher, qu’il se chargeait de le remettre lui-même à la Commission et qu’il me ferait recevoir ce que de droit appartient à ceux qui se distinguèrent dans la grande semaine. Il me dit plusieurs fois que j’étais porté pour la médaille et une récompense. Je le rencontrai avec la décoration, il me demanda si j’avais reçu une lettre, alléguant que je devais incessamment la recevoir du jour au lendemain. Depuis cette époque, n’ayant rien entendu en ma faveur, je lui demandai mon certificat, qu’il dit être dans son dossier, lequel j’ai retiré pour vous le présenter. J’ignore si l’ancienne Commission l’a vu. J’ai l’honneur, etc. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la Révolution de Février. Le comité d’enquête sur la distribution des récompenses nationales retint le témoignage suivant sur son compte : « Pierre Lafon, docteur en médecine, ex-commissaire du gouvernement de la république dans le département du Lot, déclare que le 24 février de 11 heures à 1 heure, il a rencontré aux Tuileries le citoyen Auguste Mie, aujourd’hui représentant du peuple. Le citoyen Auguste était harassé de fatigue et portait comme un trophée un schako de garde municipal, qu’il avait pris sur la place du Château-d’Eau. Nous sommes allés ensemble au National ; nous y avons pris les noms des membres du gouvernement provisoire et les avons proclamés sur toutes les barricades depuis les bureaux du National jusqu’à l’Hôtel de ville, en provoquant les cris de Plus de Bourbon ! Vive la république ! Auguste Mie, je le répète était accablé de fatigues ; il était encore à jeun au moment où nous sommes arrivés à l’Hôtel de ville vers 3 heures, mais il trouvait dans son âme républicaine une énergie qu’il savait communiquer à tous les patriotes qui se pressaient autour des barricades pour l’entendre. » Signé, le 17 août 1848 : Lafon, Pierre, médecin, ex-commissaire du gouvernement de la république dans le département du Lot, demeurant 5, rue d’Alger. Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il demeurait 9, rue Joquelet en 1831 ; 50, rue des Martyrs en 1848. Balzac journaliste, le tournant de 1830, Chollet, Paris, Klincksieck, 1983 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Fassenoz, Pierre, Joseph ; Archives nationales O/3/2219-2220, pièce 983 ; Archives nationales F/18/95, 1830, pièce 3414 ; Archives de la préfecture de police AA 403.

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