Miel, Edme, Marie

Biographie


Né le 23 mai 1777 à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or). Médecin dentiste. Il fut tué le 28 juillet rue des Prouvaires, dans le service de la garde nationale, qu’il tentait de réorganiser et dont il était ancien capitaine. Dondeuil, François, Romain (voir ce nom), dans l’exposé qu’il fit de sa propre participation, donnait les indications suivantes sur les circonstances de sa mort : « Le 28, je partis à 10 heures de la place des Italiens, me rendis aux Petits-Pères, lieu du rassemblement. Après différentes marches, nous nous sommes organisés place de la Bourse. Le dentiste, M. Miel, nous commandait. Nous avons descendus la rue Montmartre, remonté la pointe Saint-Eustache, pris la rue des Prouvaires. Arrivés près la rue Saint-Honoré, nous nous trouvâmes en face d’un corps de troupe de ligne (je crois du 5e). Aussitôt notre colonne fut ébranlée. Cependant on revint aussitôt à la charge. Alors on nous reçut avec un feu de peloton bien meurtrier qui bientôt dégénéra en feux de file. Refoulé par la colonne, je tombais, la jambe prise dans la buffleterie d’un homme qui venait d’être tué. Un autre, d’un certain âge, tomba aussitôt à mon côté, il était frappé à la tête. C’est dans cette affaire que fut tué notre chef. Ainsi renversé sur le malheureux, qui ne respirait plus, je restai longtemps exposé à un feu meurtrier. Enfin, je me levai, déchargeai mon coup de fusil et fus joindre mes camarades dans le marché. » Dutertre, François, Marie, dans l’exposé de sa propre participation au combats, laissait des indications sur les circonstances dans lesquelles Miel fut tué. Ainsi, écrivait-il : « […] Le 28 à midi je me suis rendu à la place des Victoires, où nous étions déjà réunis cinq à six mille personnes lorsque nous fûmes dispersés par les troupes. Je suivis un officier de la garde nationale, que depuis j’ai su s’appeler Miel parce que sa femme, qui avait su que j’étais à ses côtés quand il fut tué vint me demander où il avait été enterré. Je l’avais suivi rue des Prouvaires, où nous essuyâmes une décharge du 15e de ligne, qui tua trois gardes nationaux sur quatre qui seuls avaient le costume de la garde nationale. Après avoir épuisé mes cartouches ce fut dans la giberne d’un de ces gardes nationaux que j’en puisais car seul je tins embusqué au coin de la rue des Prouvaires […]. » Le Journal des débats du 5 août 1830 fit les commentaires suivants, en relatant les circonstances du décès de Miel : « Rarement les guerres civiles ont fait couler un sang plus pur et plus généreux ! Rarement une âme plus belle anima une plus noble figure ! N’est-ce pas pitié de penser qu’il suffit de la balle d’un mercenaire étranger, qui vit et meurt sans s’appartenir, pour ôter de ce monde un homme libre, utile, qui avait une bonté d’ange, qui se servait de la science, non pour se pousser aux places, mais pour soulager ses semblables, qui était plein de vertus, de sympathie, de bons exemples ; un de ces hommes dont on dit quand ils meurent : il n’y a que les bons qui s’en vont ! Car ils sont si rares sur cette terre, que quand la mort les a rencontrés au hasard, ainsi qu’elle fait toujours, il semble qu’elle les ait cherchés !…

»Puisse ce douloureux hommage rendu au brave M. Miel, adoucir les regrets de sa famille, et apporter quelque soulagement à sa veuve et à ses enfants qui se tiennent dans leur maison, à pleurer amèrement, pendant que les cris de victoire retentissent dans les rues !…

»Nous sommes heureux de dire que les nombreux établissements auxquels M. Miel était attaché comme chirurgien-dentiste, ont offert spontanément à son gendre, M. le docteur Leloutre, praticien habile et de beaucoup de savoir, la survivance du titre que M. Miel remplissait avec autant de zèle que de talent. »

Le National du 9 août 1830 publia, quant à lui, l’article suivant : « Aujourd’hui que chacun relève ses morts, que chaque famille, chaque ami montrent avec une joie douloureuse l’ami, le père, le fils qui ont survécu à l’admirable et patriotique élan de la semaine dernière, ou pleurent amèrement ceux qui ont succombé, nous devons un souvenir à l’une des plus nobles et des plus regrettables victimes des trois journées.

»François Miel, chirurgien-dentiste de la maison d’éducation de Saint-Denis, chevalier de la Légion d’honneur et membre de plusieurs sociétés savantes, est mort atteint d’un coup de feu dans la matinée du 28 juillet.

»Tous ceux qui ont connu M. Miel, les naïves habitudes de sa vie d’étude et d’observation, ses mœurs si tranquilles, si pleines de candeur et de bonhomie, son âme si facile aux devoirs, aux plaisirs, aux émotions, aux tendresses de la famille, tous ceux-là comprendront combien est digne d’admiration le dévouement qui a jeté ce généreux citoyen au-devant de la mort.

»S’armer et aller combattre quand on a dans le sang toute la chaleur, toute la force de la jeunesse, quand on commence ses devoirs de citoyen, quand on ne tient au monde par aucun des liens du père ou de l’époux, se jeter, tête baissée, dans la mitraille, quand la vie est amère et rude, quand chaque jour est une longue tâche mêlée de peines, il y a sans doute en cela beaucoup d’honneur et de courage ; mais avec des cheveux blanchis, avec une santé fragile et délabrée, réclamer sa place au combat ; mais s’exposer à perdre une vie douce et molle, quand on aime cette douceur et cette mollesse ; mais faire ainsi, après avoir, dès longtemps, payé sa dette au pays et gagné son repos ; mais placer la patrie au-dessus des larmes et du désespoir de sa femme et de ses enfants, quand on aimait sa femme et ses enfants par-dessus toutes choses, c’est là vraiment un beau, un complet patriotisme.

»Ce que nous venons de dire, M. Miel l’a fait. Le mercredi matin, 28 juillet, dès le premier signal, il avait revêtu son uniforme d’ancien capitaine de la IVe légion, et, malgré les prières et les pleurs de ceux qui l’entouraient, il marchait à la tête de quelques gardes nationaux vers l’Hôtel de ville, prenant sa route par la rue des Prouvaires : c’est en cet endroit, au milieu d’une épouvantable fusillade, que la balle mortelle est venue le frapper, et souiller de sang et de boue cette noble figure, où étaient empreintes toutes les bonnes pensées de son âme, toutes les qualités et l’intelligence de son esprit.

»Pas un des amis de M. Miel ne perdra le souvenir de ce brave et excellent homme ; et déjà nous apprenons qu’au profond regret de sa mort se mêle un vif intérêt pour la famille qu’il laisse dans la douleur. Tous les établissements dont M. Miel avait mérité la confiance par son zèle et son rare talent viennent d’offrir la survivance de son titre à son gendre, M. Le Loutre, jeune praticien, d’ailleurs plein de savoir et d’habileté.

»En 1814 et en 1815, M. Miel avait combattu l’étranger sous les murs de Paris ; mais ce n’était point encore pour lui le temps de mourir. Il devait augmenter les regrets qui lui survivent par quinze années de plus d’une vie studieuse, utile, remplie tout entière par d’honorables travaux, et terminée par un noble exemple. »

Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Le 14 décembre 1830, devant Me Deshayes, notaire, comparurent :

Bapst, Jacques, Evrard, joaillier, demeurant 30, quai de l’Ecole ; Alard, Marie, Joseph, Louis, Jean, François, médecin en chef de la maison d’éducation de Saint-Denis, demeurant 19, rue Hautefeuille. Ils attestèrent que Miel, Edme, Marie « capitaine dans la IVe légion de la garde nationale parisienne […] a été tué dans la journée du mercredi 28 juillet dernier, en s’occupant du service de la garde nationale ». Miel laissait une veuve, Letellier, Elisabeth, Nicole, née le 19 mars 1789 (mais le 21 mars 1789 in Archives nationales F/1dIII/34 et in Archives nationales F/1dIII/38 B) à Rouen (Seine-Maritime) (elle-même fille de Letellier, Jean, entrepreneur des ouvrages du roi, et de Clérisseau, Marie, Nicolle, son épouse), qui fut pensionnée de cinq cents francs et à qui fut accordée, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes ; et deux filles, une qui était déjà mariée, et une autre, Eugénie, Anne, née le 10 novembre 1818 (par erreur le 11 novembre 1818 in Archives nationales F/1dIII/38 B) à Paris, qui fut pensionnée de sept cents francs et à qui fut accordée, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Le conseil de famille des orphelins était composé de la mère et de Glandaz, Antoine, Sigismond, avoué, subrogé-tuteur, demeurant 87, rue Neuve-des-Petits-Champs en 1831. Eugénie ne sera pas placée dans une institution, sa mère préférant la garder avec elle et s’occuper elle-même de son éducation. En la Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet rapportait au sujet de l’orpheline : « Reste confiée aux soins de sa mère. Modeste aisance. Au-dessus de pressants besoins. La mère est très estimable, remplissant tous les devoirs de bonne mère. […] A acheté une petite propriété d’une valeur de douze mille francs au nom de l’orpheline. » Le frère de Miel fit publier, en 1832, une notice biographique sur Edme, Marie, ainsi rédigée : « Parmi les citoyens morts pour la défense des lois et de la liberté, les 27, 28 et 29 juillet 1830, il en est plusieurs dont on peut dire, sans partialité, qu’ils se détachent en relief sur ce fond d’héroïsme. A leur tête, j’ose placer mon frère. Indépendamment de sa position sociale et de sa prééminence dans une des branches de l’art de guérir, son âge, son grade de capitaine dans la garde nationale, l’honneur d’avoir été frappé sous l’uniforme, au premier rang, et peut-être le premier, dans la plus décisive des trois journées, m’autorisent à le mettre en avant de ce glorieux cortège.

»Le sacrifice qu’il a fait à sa patrie est incalculable : considération, aisance, bonheur domestique, charme de l’amitié, délices des arts, au premier appel, il a tout immolé. Tout a été perdu pour lui, jusqu’à la triste prérogative d’une sépulture distincte. Les honneurs publics rendus à sa mémoire n’en laissent pas moins à ses proches le regret de ne pouvoir aller pleurer sur sa tombe dans la solitude ; ce recueillement d’une pieuse douleur est interdit à ses parents et à ses amis. Sa famille n’a pu que planter un drapeau en son honneur sur la fosse commune, où il gît confondu dans la foule des braves, et la notice que je publie est le seul monument qu’il soit au pouvoir des siens de lui consacrer.

»On ne doit pas s’attendre au récit de faits éclatants. Il ne s’agit pas d’un de ces personnages placés dans les hautes régions de la société, et dont l’exemple, au surplus, est à peu près inutile au commun des hommes. C’est l’histoire privée, mais non vulgaire, d’un simple particulier, qui, ayant vécu dans l’estime de ses concitoyens, fut un héros en mourant pour eux. Dans le cours ordinaire des choses, la vie de mon frère, pleine de bonnes œuvres, eût été suivie de bénédictions ; mais les détails en seraient restés dans le souvenir des seuls amis. L’acte sublime qui la termina, l’a couronnée de gloire, et l’auréole s’en réfléchit sur cette vie tout entière. La fortune semble ainsi permettre que quelques-unes de ces existences, qui furent un tissu de vertus pratiquées en secret et de devoirs accomplis sans témoins, se produisent de temps en temps au grand jour, pour devenir une leçon profitable à tous.

»Quel dévouement fut plus généreux que celui de mon frère ? Il n’avait ni places, ni fortune, ni distinctions à obtenir d’une révolution, quelle qu’elle fût. Les chances du hasard n’avaient plus de prise sur sa carrière ; il avait conquis son avenir. Un des praticiens les plus renommés de la capitale, il possédait tous les avantages qui sont le fruit de la confiance publique, et il lui était permis d’en jouir comme de son propre ouvrage. Sous tous les régimes politiques, ces justes prérogatives du talent et de la conduite lui étaient acquises ; son nom, tel qu’il se l’était fait, était assez honoré. Son ambition était donc satisfaite à tous égards, et sans les prévoyantes sollicitudes du père de famille, il pouvait se croire arrivé à l’heure du repos.

»Mais les atteintes progressivement portées à nos institutions le tourmentaient ; une âme de cette trempe ne pouvait être indifférente à un système de gouvernement en opposition avec les lois constitutionnelles du pays, et souvent il s’en expliquait avec chaleur.

»Tout à coup le pacte social est violemment rompu ; un attentat impie mutile cette Charte, dont le maintien avait été juré devant Dieu et devant les hommes ; les libertés de la France sont en péril, l’ordre public est menacé. Mon frère n’entend plus que la voix de la patrie. Il s’arrache à ses affections, à ses douces habitudes, aux jouissances de son esprit et de son cœur ; citoyen avant tout, il court où l’appelle son devoir de citoyen, et il succombe en l’accomplissant. Ce sacrifice, digne des temps antiques, a quelque chose de si spécial, qu’outre le panégyrique commun à tous les martyrs de Juillet, mon frère a droit à un hommage particulier. C’est à moi qu’il appartient de le lui rendre, à moi, qui lui survit seul de notre nom, qui l’aimait comme un frère et comme un fils, qui ne puis me consoler de sa perte qu’en le faisant connaître tel que l’ai connu. Cet hommage, ô mon frère ! sera ta biographie ; je l’écrirai pour la gloire de ta famille, pour l’honneur de ta ville natale, pour l’exemple de tes concitoyens. Ta vie, je le répète, fut plus remplie de vertus que d’actions brillantes ; mais ta mort t’a rendu immortel ; admis dans le Panthéon français, tu as mérité le monument que l’histoire consacre aux hommes célèbres : le dévouement civique est la première des illustrations chez un peuple libre.

»Edme, Marie Miel naquit le 23 mai 1777 à Châtillon-sur-Seine, petite ville de Bourgogne, devenue célèbre par les événements de 1814. Jean Miel, notre père, organiste et bon musicien, enseignait la musique ; Claudine Louis, notre mère, était fille d’un sculpteur habile et dessinait bien. Mon frère était mon puîné de deux ans. Toutes les impressions de son enfance développèrent en lui le goût des arts, qu’il avait sucé avec le lait. Comme il était doué d’une rare dextérité manuelle, le violon fut mis de bonne heure entre ses mains. Le jeune musicien surpassa les espérances qu’il avait fait concevoir. Il est vrai que son éducation musicale fut suivie avec la plus tendre sollicitude.

»Mais cette occupation ne satisfaisait pas entièrement son instinct d’adresse et de combinaison. Notre père avait un atelier de menuiserie et de lutherie : il ne voulait pas que son fils se servît, même dans ses jeux, des instruments de l’ouvrier, craignant qu’un exercice trop fatigant ne lui appesantît la main. Mon frère trouvait le moyen de se procurer furtivement les outils dont il avait besoin et, transportant son établi dans le lieu le plus éloigné de la maison, il devenait adroit et inventif, en dépit des précautions paternelles. C’est que la force de l’organisation le dominait, Aussi industrieux par l’intelligence que par les doigts, il réussissait dans tout, ce qu’il voulait entreprendre ; il apprenait par les yeux ; il lui suffisait d’avoir vu faire une chose pour la faire lui-même, et presque toujours du premier coup. Mais point de latin, point de grec, point d’humanités. Au bout de deux ans à peu près perdus au collège, mon père l’en retira. L’étude des langues anciennes était peut-être la seule pour laquelle Miel n’eût point d’aptitude. Cependant, comme il parlait et écrivait très bien sa propre langue, ce désavantage semble accuser plutôt l’imperfection des méthodes en usage alors que découvrir un côté faible dans cette excellente tête. Quoi qu’il en soit je note le fait, parce qu’il ne fut pas sans influence sur sa carrière.

»La révolution éclata ; les projets d’art s’évanouirent ou furent ajournés. Une levée extraordinaire d’hommes eut lieu dans les départements de l’Est ; Miel fut enrôlé, quoiqu’il n’eut guère plus de seize ans. Comme sa croissance avait été rapide, il était grand, effilé et paraissait d’une constitution faible ; mon père s’opposait à son départ et insistait sur ce motif d’exemption. Tranquillisez-vous, lui dit l’officier ; avant trois mois, votre fils sera le plus bel homme du régiment. La prédiction se vérifia. Le maniement des armes, les manœuvres militaires, les fatigues du camp, fortifièrent bientôt un adolescent qui semblait né pour tous les exercices du corps ; l’équitation, l’escrime, la natation lui devinrent familières ; il excella jusque dans la danse. En même temps son âme s’exaltait aux premiers accents et aux premiers combats de la liberté. A son retour, c’était un des hommes d’élite dans une localité remarquable par la beauté de sa population. Ainsi, d’une voix unanime, il fut désigné pour faire partie du contingent que le district de Châtillon devait fournir à l’école de Mars. Un tel choix était un ordre auquel il n’y avait pas à résister.

»L’école de Mars était établie dans la plaine des Sablons, en face du bois de Boulogne. On n’a jamais bien connu le but réel que le Comité de salut public s’était proposé, en plaçant ainsi sous sa main trois mille jeunes gens armés, la fleur de la jeunesse française. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y mettait le plus grand intérêt puisque la création de l’Ecole polytechnique fut subordonnée à celle de l’école de Mars. L’objet apparent et avoué de l’institution était de préparer des défenseurs, des fonctionnaires, des citoyens, qui, vivant sous la tente, prenant les repas en commun, travaillant sous les yeux des représentants du peuple, fussent convaincus de bonne heure quils appartenaient à la famille générale, avant dappartenir à la famille particulière. C’étaient les termes du décret.

»Cette éducation était celle de Sparte. Elle semblait destinée à former des hommes aveuglément dévoués au système d’alors, des espèces de séides, qu’on préparait, par le régime militaire le plus rude, à une obéissance passive, et que l’on maintenait dans un état de séquestration complet. Sous ce rapport, comme sous bien d’autres, les prévisions des fondateurs furent étrangement trompées, puisque la seule participation de l’école de Mars à un acte public fut d’entourer l’échafaud de Robespierre, deux jours après le 9 thermidor.

»L’isolement où Miel était tenu et le peu d’aliment que des exercices et des évolutions fournissaient à un caractère aussi avide d’apprendre, le livrèrent à un ennui qu’il ne pouvait vaincre. Son aptitude à réfléchir demeurait inactive, et les objets d’étude lui manquaient. Mais cet esprit curieux sut en trouver où il n’en aurait probablement pas existé pour d’autres que pour lui. D’après la discipline rigoureuse du camp, il n’y avait point d’hôpital séparé ; les malades étaient traités sous des tentes qui formaient une espèce d’ambulance. Miel passait à circuler autour de ces dépôts le temps dont il lui était permis de disposer ; il y rencontrait de jeunes chirurgiens avec lesquels il lia connaissance. De ce moment, il eut ce qu’il lui fallait, une société, des conversations instructives et des livres.

»Ces livres étaient des ouvrages de médecine. Miel se familiarisa peu à peu avec les leçons de cette science, et par ses propres lectures, et par les explications qu’il reçut de ses nouveaux amis. Ceux-ci l’admirent avec eux dans l’intérieur des tentes. Bientôt il fut en état de leur être utile auprès des malades. L’extrême facilité de conception dont il était doué, son habileté rapidement croissante dans les détails des pansements, et surtout les comptes qu’il rendait des changements survenus dans l’état des malades pendant l’absence des médecins, intéressèrent en sa faveur. L’attention des chefs se fixa sur lui, et il suffisait qu’il fût connu pour être apprécié. Au bout de quelque temps, il obtint l’exemption d’une partie du service militaire, qu’il remplaça par un autre service auprès des malades. Pour prix de ses soins, il reçut, à titre de gratification, la récompense qui pouvait le flatter le plus, un certain nombre de livres de médecine, les premiers qu’il ait eus.

»Un cours d’anatomie, qui s’ouvrit à l’école de Mars fortifia son goût pour les études médicales. Après la dissolution du camp, rentré dans ses foyers, il continua de s’en occuper avec ardeur et succès. A cette époque, le gouvernement, obligé d’improviser un service de santé pour les armées et les hôpitaux militaires, envoyait des élèves spéciaux dans les diverses écoles de médecine de France. Miel obtint au concours une place d’élève pensionnaire à celle de Strasbourg, d’où il fut appelé par les autorités départementales de la Côte-d’Or a l’hôpital militaire de Dijon. Trouvant dans cette ville attique toutes les ressources dont il avait besoin pour achever son instruction, et toujours entraîné par un penchant héréditaire, il consacrait aux arts tous les loisirs que ses devoirs lui laissaient. Il apprit à dessiner et modeler sous le célèbre professeur Devosges ; il modelait avec facilité et avec talent, même des camées. La connaissance de l’art plastique lui fut très utile dans la suite pour une branche importante de la chirurgie de la bouche ; car il put modeler lui-même, et par conséquent mieux que tout autre, des pièces dont la forme rigoureusement exacte faisait le mérite et la difficulté. Bientôt il ne tarda pas à comprendre que la musique ne pouvait plus être pour lui qu’un art d’agrément, et il quitta le violon pour le violoncelle, instrument dont il jouait d’une manière fort remarquable comme amateur. Ce talent le fit rechercher dans la société, et lui procura des relations utiles.

»Cependant ses connaissances médicales, acquises sans méthode et sans suite, devaient être fort décousues. Il sentit la nécessité de les lier par une doctrine régulière ; il vint à Paris, et il eut le courage de les reprendre en sous-œuvre, c’est-à-dire de les recommencer. Elève distingué, il fut admis à l’hospice de perfectionnement, puis à l’Hôtel-Dieu comme interne ; partout il se signala par la sagacité du coup d’œil, par la profondeur et la netteté de l’observation, par la rectitude du jugement, par l’adresse de la main.

»Miel réunissait toutes les conditions nécessaires à un succès de vogue dans la haute chirurgie. Mais une certaine timidité naturelle, qui était la suite de sa rare modestie, et une sorte de défiance de lui-même, inspirée par cette lacune de sa première éducation où les langues anciennes n’avaient pas trouvé place, auraient peut-être rendu ce succès problématique. Le titre de docteur, qui, aux yeux des gens du monde, complète le médecin, lui manquait. Il sentait le besoin de ce grade ; mais après avoir pu en acquérir le savoir, il n’avait pas osé en conquérir le diplôme. D’un autre côté, il était impatient de mettre un terme aux sacrifices que la tendresse de ses parents les déterminait à s’imposer pour lui. Cette position lui donna l’idée de se consacrer à une spécialité de l’art de guérir. Sûr de sa probité, il choisit avec discernement celle qui avait été le plus livrée à l’empirisme : il fut dentiste. Il fit l’apprentissage de cette profession, d’abord sous Laforgue, opérateur habile, puis sous Lavéran, qui passait alors pour le plus versé dans la pathologie de la bouche.

»Plein de candeur et de droiture, il crut pouvoir seul, sans appui, sans prôneurs, se faire une clientèle. Il forma donc un établissement à Paris, mais sans réussite. Il essaya aussi de s’établir en Allemagne, et ne fut pas plus heureux. Là, sa bourse étant épuisée, il chercha une ressource dans le talent qu’il avait toujours cultivé depuis son enfance. Mais dans ce pays, où la musique fait partie de l’éducation populaire, il eut plus d’une fois le désappointement de trouver, dès la première leçon, des élèves plus habiles que leur maître. Dans la suite, il racontait plaisamment ces disgrâces.

»Le temps des épreuves ne fut pas de longue durée. Ses parents et ses amis, qui l’avaient vu quitter Paris avec regret, l’y rappelèrent ; il y revint. Peyre le jeune, architecte du gouvernement, lié avec Miel comme musicien, venait d’être nommé architecte de la Légion d’honneur, et chargé de réparer l’hôtel de la grande chancellerie ; il l’attacha au bureau des bâtiments. Mon frère s’y rendit très utile par la multiplicité et la variété de ses industries, quittant au besoin les écritures et les calculs pour dessiner des plans et des détails de construction, mouler des ornements, panser de malheureux ouvriers qui se blessaient en exécutant les travaux. C’est dans ce poste qu’il connut Dupré, aujourd’hui l’un de nos plus habiles peintres. Le jeune artiste venait tous les jours au bureau, pour apprendre l’architecture. Il se forma entre mon frère et lui une de ces liaisons sur lesquelles l’absence ni le temps n’ont aucune prise. Je dois à cette amitié le portrait placé en tête de cette Notice.

»Attaché à l’administration de la Légion d’honneur, Miel fut admis dans les réunions musicales où se trouvait l’illustre Lacépède, grand chancelier de l’Ordre ; il lui inspira personnellement beaucoup de bienveillance. Ce savant était idolâtre de l’art des sons, et il avait chez lui des concerts, dont Miel fit partie. Pendant qu’on réparait l’hôtel, le plus ancien ami du chancelier faillit être étouffé sous un écroulement de matériaux. Miel, qui se trouvait là, eut le bonheur de le dégager, et probablement de lui sauver la vie. Cet événement redoubla l’intérêt que Lacépède portait à mon frère.

»Les changements survenus dans sa fortune le mirent en état de succéder au cabinet de Lavéran, son véritable maître. Ce respectable vieillard le traita constamment en fils d’adoption ; il aimait à dire qu’il était heureux de se voir remplacé par un disciple qui lui ferait honneur. La maison impériale d’Ecouen s’étant organisée, Lacépède y attacha mon frère en qualité de dentiste ; il lui donna le même titre à la maison impériale de Saint-Denis. Ces honorables marques de confiance firent entrer dans sa clientèle la plupart des grands établissements d’éducation, l’Ecole polytechnique, le collège d’Henri IV, celui de Sainte-Barbe, et les principaux pensionnats de la capitale. Sa nouvelle position tourna au profit de la science. Chargé de soigner la bouche d’un grand nombre d’enfants et d’adolescents des deux sexes, il était dans une position très favorable, et peut-être unique, pour observer le passage d’une dentition à l’autre. Ce fait curieux pour le physiologiste, est, pour le dentiste, plus intéressant encore, puisqu’il s’agit d’exécuter à temps les opérations qui doivent favoriser l’arrangement régulier de la seconde dentition. Mais comme la marche du phénomène est cachée dans l’épaisseur des os maxillaires, l’observation en est difficile. Miel étudia pendant près de vingt ans le mystère de cette transition ; il publia successivement à ce sujet plusieurs mémoires, qu’il accompagna de ses propres dessins. La Société médicale d’émulation, dont il était membre, accueillit ces essais, et les inséra dans son recueil. Le juge le plus compétent de ces travaux, le grand Cuvier, avait bien voulu lire en manuscrit la première dissertation, et il l’avait lui-même annotée de ces mots encourageants Jengage lauteur à continuer ses recherches ; il est dans la bonne voie. Mon frère fut docile au conseil de l’homme de génie ; il consacra presque toute sa vie de praticien à épier en ce point le secret de la nature ; enfin il exposa son système de doctrine dans un ouvrage imprimé en 1826, et intitulé Recherches sur lart de diriger la seconde dentition, ou Considérations théoriques et pratiques sur les rapports entre les deux dentitions dans lhomme et sur le mode daccroissement des mâchoires (un vol. in-8°, avec planches). Il en résulte que l’arc maxillaire ne prend pas d’extension entre la première dentition et la seconde, et que les dents secondaires destinées à placer les dents de lait n’ont que la même étendue pour se loger. Si les nouvelles incisives sont augmentées de volume, il n’y a pas pour cela un allongement de la courbe antérieure ; il y a seulement une inversion de rapports et un échange d’espaces entre les incisives et les petites molaires. A la première dentition, les dents centrales sont petites et les latérales grosses ; A la seconde, les dents centrales sont larges et les latérales étroites. Mais la régularité de l’arrangement des dents nouvelles exige toujours que celles-ci soient dans un juste rapport de dimension avec les premières ; s’il y a disproportion, tout arrangement régulier devient impossible ; à la dent qui manque de place, les dents voisines opposent une résistance qu’elle ne peut vaincre ; elle se déjette donc nécessairement, et ce désordre persévère pendant toute la vie, à moins qu’on ne supprime la dent déviée, ou celle qui a provoqué la déviation ; c’est-à-dire que la nature, abandonnée à elle-même, demeurerait impuissante, et que l’art seul peut rétablir le rapport normal. C’était au surplus le précepte des meilleurs praticiens. Ainsi les nouvelles recherches physiologiques loin de jeter aucun doute sur la bonté des traditions n’ont fait que confirmer celles-ci. Mais comme l’opportunité de ces pratiques était contestée par d’imposants adversaires, il importait d’en asseoir la théorie sur une base solide et désormais inattaquable. C’est le service que Miel a rendu à son art et il n’y a plus aujourd’hui aucun dissentiment entre les dentistes. Des faits observés finement et jusqu’alors inaperçus, des vues neuves aussi justes que profondes, des analogies tirées de l’anatomie comparée, d’heureux emprunts faits à la géométrie, des calculs précis, une logique serrée, une force de déduction peu commune, une polémique pleine de mesure, un empressement remarquable à saisir toutes les occasions de rendre justice aux devanciers, un style qui porte la conviction dans l’esprit, parce qu’il est le produit de la conviction, telles sont les qualités qui font sortir cet écrit de la ligne vulgaire. Lacepède avait permis que l’ouvrage parût sous ses auspices ; mais il mourut avant l’impression. Mon frère n’en plaça pas moins le nom de son bienfaiteur en tête de cette dédicace, hommage posthume de la mémoire du cœur.

»Il fut lié avec toutes les célébrités médicales de son époque. Pelletan, qui avait été son professeur et qui le distinguait, Bourdier, médecin de l’impératrice Marie-Louise, le baron Larrey, Gall et Spurzeim, dont il embrassa les idées avec ardeur, le docteur Duval, son confrère, qui le suppléait et qu’il suppléait, en cas de maladie, les docteurs Duméril, Roux, Marc, Gorce, Cullerier, Jadelot, Biett, Rougeot-Desessarts, Alard, Ferrus, avaient pour lui autant d’estime que d’affection ; les trois derniers étaient ses intimes ; la plupart fréquentaient sa maison ; tous furent ses amis et, de plus, ses clients. Quand ils étaient condamnés à quelque opération de la bouche, c’était à lui qu’ils s’adressaient, et j’ai vu chez mon frère plus d’un médecin renommé quitter le fauteuil du salon pour aller s’asseoir sur celui du dentiste.

»En 1809, Miel épousa Elisa Letellier, dont il a eu deux filles. L’éloge de cette compagne de sa vie est dans la vivacité et la persévérance des sentiments qu’elle sut lui inspirer. Elle contribua non seulement à son bonheur, mais encore à l’agrément de sa société. Des hommes distingués dans tous les genres en faisaient partie, et leur conversation le rendait heureux. On s’y occupait des sciences et des arts, des arts surtout, dont les produits décoraient en grand nombre son habitation. Parmi ces produits, on remarquait plusieurs monuments de famille, des sculptures de notre aïeul, des dessins de notre mère, une vue de la maison paternelle, ouvrage du peintre Bouhot, notre compatriote et notre ami. Mon frère aimait à s’entourer de ces souvenirs. Les artistes se plaisaient chez lui, et, au milieu d’eux, il semblait être un des leurs ; aussi se considérait-il comme leur appartenant par ses goûts et par ses essais. Désintéressé, comme le sont généralement les artistes, il aurait été peiné de recevoir d’eux la moindre rétribution dans l’exercice de son état. Par suite de ces relations aimables avec de grands talents il put jouir de tout ce que les arts ont de plus attrayant et de plus enchanteur. Il eut des relations musicales, où les premiers virtuoses, Baillot, Baudiot, Lamare, Tariot, Norblin, Vidal, Guesnée, Launer, Tulon, Boufflil exécutaient des morceaux choisis. Nicolo, qui chantait en s’accompagnant du piano, y faisait entendre les prémices de ses opéras. David, le restaurateur de notre école de peinture, le baron Gros, son illustre disciple, Granet, Dupré et Bitter ses élèves d’une date plus récente, Prud’hon, Van-Spaendonck, Bertin, Thiénon, Bouhot, Jacob, Jacotot, les frères Devéria, Horace Vernet, qui vient de terminer a Rome un portrait de Miel qu’il avait très avancé en partant pour l’Italie et dont sans doute s’enrichira notre prochaine exposition du Louvre ; le statuaire David, le ciseleur Delafontaine ; Jacquet, l’habile mouleur du Musée royal ; les architectes Fontaine, Peyre Huyot, Guénepin, Trocquet, qui s’honore de faire remonter ses rapports de confiance avec Miel à plus de trente années ; les graveurs Bervic, Henriquel Dupont, Toschi, Victor Texier ; le graveur en médailles Dépaulis ; tous aimaient mon frère, tous l’encourageaient ; tous étaient étonnés de ses dispositions et reconnaissaient en lui, d’une commune voix, l’organisation de l’artiste. Lui-même excellait dans la représentation des objets relatifs aux sciences, et les dessins arabesques improvisés par lui décelaient une imagination, une verve, une adresse à tirer parti de tout, qui auraient fait honneur à l’ornemaniste le plus habile. Ses idées sur l’art en général étaient saines, parce qu’elles avaient été puisées à de bonnes sources ; elles étaient solides et justes, parce qu’il les avaient raisonnées et coordonnées. Il y avait, selon lui, dans les arts, une partie technique à la portée de tout le monde, et bien avant que les méthodes de l’enseignement élémentaire ne se fussent dirigées vers cet objet, il voulait que le dessin entrât, comme l’écriture dans toute éducation, pour toutes les professions et pour toutes les fortunes. Les jouissances que lui procuraient les arts libéraux n’avaient pas refroidi son amour pour les arts mécaniques ; il était ravi de ce qu’il y avait d’ingénieux dans les procédés industriels ; il s’arrêtait curieusement devant les fenêtres des ateliers, et s’il était alors dans la compagnie de quelqu’un, il fallait que son compagnon de promenade partageât cette curiosité. Naïf dans ses admirations, il n’imaginait pas un plus grand plaisir à procurer à ses amis que de les faire assister à une séance de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.

»Croirait-on que tant de bonhomie s’alliait avec une fermeté stoïque, quand il s’agissait d’un grand intérêt ? Dans ces circonstances, Miel prenait son parti de sang-froid, et, une fois pris, il exécutait sa détermination avec une force et volonté inébranlable. Abnégation, dévouement, résolution réfléchie et arrêtée, soumission calme à la nécessité, tel était l’homme. Lors de la réorganisation de la Garde nationale, en 1813, il fut nommé capitaine et, à la première invasion, il fut envoyé avec sa compagnie dans le parc de Monceau, séparé de l’ennemi par un simple fossé, assez large, mais peu profond. Avant de s’y rendre, il dit à sa femme et à ses enfants Vous mêtes plus chers que la vie mais quelque chose crie ou fond de mon cœur que le bonheur particulier doit céder à lintérêt général. C’était la maxime de l’école de Mars, fortement gravée dans son âme. Il partit le cœur serré, et de ce poste périlleux, il écrivit à sa femme Je suis à toi à la vie et à la mort. C’est ainsi qu’en 1814, il préludait à 1830.

»Sa vie entière fut consacrée à la bienfaisance, ou plutôt, elle fut la bienfaisance en action. Son obligeance savait prendre toutes les formes ; ses nombreuses relations sociales lui permettaient de l’exercer de mille manières et toujours efficacement. De toutes les vertus morales, aucune n’est plus favorable que celle-ci au développement d’un caractère ; comme elle doit se modifier elle-même selon les maux qu’elle veut soulager, elle semble analyser l’âme, et elle en manifeste toutes les nuances par la diversité des services qu’elle rend. Quelle qualité voulez-vous connaître en mon frère ? Son courage ? Fort jeune encore, il se précipita dans la Seine en face de Passy, pour aller à la nage, au secours d’un enfant qui se noyait, et il le sauva. Son active et persévérante sollicitude ? Un autre enfant vient le trouver un matin, et le prie d’acheter ses dents. Mon frère croit qu’il s’agit de dents humaines enlevées sur un sujet mort pour servir à réparer les brèches d’une bouche vivante, art qui n’est pas nouveau dans le monde puisque l’Antiquité nous a transmis des râteliers postiches conservés dans les tombeaux. Miel demande donc à voir les dents. Le malheureux enfant ouvre la bouche, et montre la belle denture de la première jeunesse. Saisi d’indignation, mon frère veut savoir quel est le misérable qui envoie faire une telle proposition. L’enfant répond en pleurant qu’il a oui dire que les dentistes achetaient des dents, et qu’il vient offrir les siennes pour procurer quelque soulagement à sa mère. C’était la veuve d’un officier de santé qui avait péri dans la Campagne de France ; délaissée par le gouvernement, elle était dans une profonde détresse. Miel donne à l’enfant les premiers secours ; dès le soir même, il visite la mère, à laquelle il fait obtenir, quelque temps après, une pension, puis il met à ses frais le fils en apprentissage. Veut-on connaître sa grandeur d’âme ? Un élève distingué de l’Ecole normale sans fortune, mais un peu son parent, lui fut adressé par un ami commun. Les premiers mots de conversation le frappèrent et croyant découvrir quelque chose d’extraordinaire dans le regard du jeune homme, d’où jaillissaient des éclairs : Cest un homme de génie quil faut conserver à la France, s’écrie-t-il, et aussitôt il l’admet à faire partie de sa famille, pourvoit à son éducation médicale, lui procure plusieurs places, et lorsqu’une ardeur immodérée pour l’étude eut malheureusement consumé l’existence de ce fils d’adoption, il soigne ses derniers moments comme aurait fait un père.

»On l’a vu recueillir un pauvre petit ramoneur, qui, dans un feu de cheminée, suffoqué par la chaleur, était tombé dans l’âtre sans connaissance ; non content de le secourir, Miel le questionne avec intérêt, et trouvant qu’il réunit de bons sentiments à une figure heureuse, il lui fait apprendre un métier meilleur. Un jour, il se rencontre à dîner avec le maire d’un village de Bourgogne, qui, pillé par les Cosaques, s’était réfugié à Paris avec sa femme et sa fille. La famille était ruinée et sans secours. Miel voit des larmes dans les yeux du vieillard. Aussitôt il quitte la table sans rien dire, sort et ne rentre que pour annoncer à ces braves gens qu’il leur a procuré du travail. Il n’en reste pas là ; il obtient pour les vieux époux un poste honnête et stable dans un des pensionnats de sa clientèle, et comme le sexe de leur enfant était un obstacle, il s’en charge et il l’élève avec ses propres filles. Une autre fois, un jeune chirurgien se présente à lui, sans autre recommandation que sa jeunesse et son infortune ; il lui fait la peinture d’une position désespérée, et le prie de lui apprendre l’état de dentiste, offrant pour tout dédommagement une éternelle gratitude. C’était encore un compatriote malheureux. Miel ne se borne pas à l’instruire ; il le soutient, il le défraye et ne discontinue ses soins que quand son disciple est arrivé à une indépendance certaine, lui cédant même les nombreux clients qu’il avait dans la province natale, où le jeune homme va s’établir. Ces deux derniers traits sont connus de toute la Bourgogne ; c’est la reconnaissance qui les a publiés ; ils achèvent de montrer à quel point l’obligeance de Miel était prompte, spontanée, compatissante, délicate, ingénieuse, infatigable ! Que de larmes furent séchées par mon frère ! Que de personnes sont sorties de chez lui, consolées par les secours de sa bienfaisance, en même temps que soulagées par ceux de son art ! Combien de fabricants et de marchands ont trouvé dans sa libéralité les moyens de faire face à de pressants besoins ! On l’a vu engager son argenterie, recourir même à des emprunts, pour empêcher telle maison de suspendre ses paiements. Il est tel peintre, tel musicien, qui, sans sa généreuse hospitalité, n’aurait pu attendre l’à-propos si nécessaire à un début dans la carrière des arts. L’être bienfaisant semblait se multiplier en lui par le nombre et la diversité de ses bienfaits.

»Comme médecin, Miel obtint la confiance par son talent, l’estime par son caractère, le respect par sa probité. Sa pratique ne fut jamais frelatée par le charlatanisme ; il en avait horreur. On le savait, et ses décisions en avaient d’autant plus d’autorité. Toutes les personnes qui le consultaient, étaient sûres d’entendre la vérité sans détour ; le langage qu’il leur adressait, franc, mais persuasif, il les décidait sans peine aux opérations qu’il avait jugées indispensables ; il venait à bout même des enfants. Profondément versé dans la connaissance des affections de la bouche, il trouvait, pour les cas difficiles, des ressources inattendues, et laissait rarement le malade sans espérance. Le célèbre docteur Roux s’exprime ainsi dans un mémoire sur la Staphyloraphie, ou suture du voile du palais, publié en 1825 : « Jespère beaucoup plus de la compression que de lautre moyen. Le difficile est de trouver pour cette compression un procédé qui nentraîne pas de trop grands inconvénients. Pour y parvenir, je me suis entouré des lumières dun dentiste avec qui je suis lié damitié depuis longtemps, M. Miel, dont on connaît la solide instruction et le zèle pour les progrès de lart quil cultive. Ensemble nous avons dirigé un jeune mécanicien fort habile, dans linvention dun appareil. » La mort prématurée de mon frère a été une perte difficilement réparable pour la spécialité à laquelle il s’était voué. La note de sa main, trouvée par sa veuve dans ses papiers d’étudiant, et placée en tête de cet écrit, prouve qu’il s’était fait de bonne heure la plus haute idée des obligations du médecin ; il les a toutes remplies.

»Comme homme, il rencontrait toujours dans son premier mouvement une inspiration généreuse, et ce premier mouvement se terminait souvent par un acte de bienfaisance. Il fut attaché pendant quinze ans à un dispensaire et jamais le pauvre ne réclama vainement son secours ; il était rare qu’il ne s’associât pas à un projet conçu dans des vues philanthropiques. La bienfaisance était pour lui un besoin, et voilà pourquoi, malgré ses talents et une riche clientèle, il n’a laissé à sa famille que l’exemple de ses vertus. Sa physionomie ouverte et pleine de bonté annonçait la candeur et la sensibilité de son âme ; toutes les nobles sympathies étaient dans son cœur. Au commencement d’une discussion, son langage avait quelque chose de timide et d’embarrassé ; pendant quelque temps, son opinion ne se manifestait guère que par une pantomime expressive ; mais peu à peu il s’animait, sa voix s’accentuait, et son énergie, graduellement développée, finissait par trouver les tours les plus vifs et les mots les mieux appropriés. En même temps, le ton, le geste, le regard étaient si doux, si conciliants, qu’on était persuadé avant d’avoir été convaincu ; on arrivait insensiblement à n’attribuer la différence de sentiment qu’à une manière différente d’envisager les choses, et on faisait volontiers le sacrifice du sien. Jamais un ami de Miel ne le quitta mécontent ; jamais un étranger ne se sépara de lui sans le désir de le revoir. Il y avait je ne sais quoi de progressif et d’irrésistible dans l’influence qu’il exerçait, ce qui faisait dire quil se vissait dans l’amitié de tout le monde. Dans les relations de la vie privée, il était d’une simplicité naïve, tendre dans ses affections, facile dans son intérieur, bienveillant, condescendant, et son caractère, ses habitudes mêmes retenaient quelque chose du caractère et des habitudes de ceux qu’il aimait et avec lesquels il vivait. Personne n’apprécia plus que lui le bonheur domestique ; personne n’en sut jouir mieux. Il se délassait de ses travaux en instruisant lui-même ses enfants, et il ne manquait pas de faire concourir les arts à la leçon, qui devenait un plaisir. Dans sa famille, chez ses clients chez ses confrères, chez les artistes, dans la classe ouvrière, il ne connut que des amis.

»Comme citoyen, ses principes furent inébranlables ; il comptait ses sentiments politiques au nombre de ses devoirs. Zélé partisan des doctrines sagement libérales, il fut lié avec plusieurs chefs de l’opposition constitutionnelle ; mais son patriotisme fut toujours exempt de passion, et jamais esprit plus libre ne fut en même temps plus esclave des lois ; aussi voyait-il dans l’existence de la garde nationale, non seulement le maintien de l’ordre, mais le maintien de la loi, mais une garantie pour la liberté ; et quand, au nom de la loi et de la liberté, il est appelé à payer de sa personne, son action n’a rien d’impétueux ; l’enthousiasme, quelque noble qu’en eût pu être le motif n’y entre pour rien : c’est la raison, c’est la conscience, qui sont ses guides ; c’est le calme et l’impassibilité de la loi. A cet égard, mon frère a devancé l’éducation constitutionnelle ; il est le modèle du citoyen tel que cette éducation élaborée par le temps et les institutions doit le faire en France.

»Cependant sa belle conduite était depuis longtemps remarquée. Ses services dans la milice civique, joints à ceux qu’il avait rendus à son art, avant été mis sous les yeux du Roi, la croix de la Légion d’honneur en fut la récompense Ce ne fut pas pour Miel une vaine décoration Accoutumé à prendre à la lettre, et dans leur sens absolu, les mots et les choses, il voyait moins dans ce signe une distinction obtenue qu’une obligation imposée. Il fut fidèle à ce qu’il regardait comme un nouvel engagement contracté.

»Il avait demeuré pendant vingt-quatre ans sur le quai de l’Ecole, qui fait partie du IVe arrondissement municipal de Paris ; il était capitaine en premier de la 3e compagnie de chasseurs du 1er bataillon de la IVe légion. Peu de temps après la stupide ordonnance du 30 avril 1827, qui licencia la garde nationale parisienne, il transféra son domicile à la place de la Bourse, dépendante du III e arrondissement. Le 28 juillet 1830, lorsque le tocsin de la révolution se fit entendre, Miel était dans un état de souffrance, et gardait la chambre depuis un mois. Une colonne de gardes nationaux les uns en uniforme, les autres en habit bourgeois, paraît sous ses fenêtres. Partie de la mairie du (ancien) IVe arrondissement après avoir fait une halte sur la place de l’Oratoire, vis-à-vis du Louvre, elle s’était remise en route par les rues du Coq et Croix-des-Petits-Champs, et s’était dirigée vers la place des Victoires. Là, elle avait fraternisé avec un bataillon du 15 e léger, qui débouchait aussi sur la même place par la rue de la Feuillade, puis elle avait suivi la rue des Victoires, pour prendre position rue des Filles-Saint-Thomas en face de la Bourse.

»A cette vue, Miel descendit sur la place, et demanda quelle légion stationnait là. Sur la réponse que c’était la quatrième : Mes amis, dit-il, je suis un ancien officier de votre légion, et quoique je nhabite plus votre quartier, je sens encore aux battements de mon cœur que je suis digne de marcher avec vous. Ainsi, ce cœur qui avait palpité si jeune aux accents et aux triomphes de la liberté retrouvait près de la vieillesse, l’énergie de ses premiers élans. L’offre fut accueillie par un hourra d’acclamations universelles,

»Rentré chez lui, Miel se fait apporter son uniforme ; il le gardait avec la conviction qu’il le reprendrait un jour, et que ce jour n’était pas loin. Sa famille, inquiète pour sa santé, alarmée de ses projets, combat sa résolution et le conjure de ne pas redescendre ; il avait surtout besoin de tranquillité et de repos. Un de ses proches le supplie de le laisser revêtir l’habit, et insiste vivement pour aller prendre sa place. Il sagit de maintenir lordre, lui répond mon frère, et cest laffaire de la garde nationale ; jy suis capitaine ; vous ne pouvez me remplacer. Tontes les représentations furent infructueuses et comme si les principes de l’école de Mars fussent encore revenus en ce moment à sa pensée dans toute leur force, les intérêts de la famille générale l’emportèrent de nouveau sur ceux de la famille particulière. Il sortit de sa maison pour n’y plus rentrer. Sa destinée devait s’accomplir.

»Il était environ midi. La colonne se partagea en trois divisions. Le capitaine Miel ici marcha en tête de celle qui prit sa direction par la rue Joquelet. On descendit la rue Montmartre et l’on revint par des Fossés-Montmartre sur la place des Victoires. Le 15e léger, qui l’occupait, et avec lequel on avait fraternisé deux heures auparavant tira cette fois quelques coups de fusil ; on y répondit. Un tambour fut blessé à la main.

»En présence d’un si grand danger, la colonne ne ralentit pas son mouvement. Elle le continua par la rue du Petit-Reposoir et ensuite par celle des Vieux-Augustins, jusqu’à la rue Coquillière. Cependant les esprits s’échauffaient ; à l’arrivée dans cette dernière rue, l’agitation était extrême. Le chef fit faire halte. Camarades, dit-il, jai confiance en vous ; si vous avez confiance en moi, je vous dirai que ce nest pas par ces cris et cette exaltation que nous parviendrons à notre but. Le sang-froid de cette allocution produisit son effet ; le calme se rétablit à l’instant même. On se remit en marche, et l’on déboucha par la rue Traînée dans celle des Prouvaires.

»La colonne s’arrêta en face de la halle à la Viande, pour faire les dispositions nécessaires à la résistance. Alors la troupe de ligne, placée à l’autre extrémité de la rue, manifesta l’intention de tirer. C’était un autre bataillon du 15e régiment, qui avait été disséminé sur tout ce quartier de Paris. Miel, l’épée sous le bras, s’avança vers l’officier de ligne, comme pour parlementer, et dans l’espoir de prévenir, s’il était encore temps, les maux qu’il redoutait. Après cette inutile démarche, il s’était rapproché de la colonne ; remarquant de nouveaux indices de fermentation, il avait ressaisi son épée, et venait d’étendre le bras, afin d’arrêter par ce geste les démonstrations hostiles. Malheureusement quelques coups de fusil partirent du côté des citoyens. La troupe riposta par des feux de peloton. Mon frère, de haute stature, encore grandi par le bonnet d’uniforme, et en avant du groupe armé, offrait un point de mire ; il fut atteint d’une balle à la tête, et tomba mort sur le coup, frappé par la main d’un Français. Sept ou huit citoyens eurent le même sort.

»Ainsi périt Miel, à l’âge de cinquante-trois ans, martyr de son dévouement à cette devise gravée au fond de son cœur, longtemps avant d’avoir été inscrite sur le drapeau de la garde nationale Liberté, Ordre public. Son corps fut transporté au corps de garde situé à l’angle de la rue de la Poterie, et qui fait face au marché des Innocents. II fut inhumé le lendemain à onze heures du matin, dans une fosse creusée sur la place du Marché, avec soixante autres victimes ; sépulture consacrée sous les doubles auspices de la religion et de la victoire, tombe que le culte pieux du peuple orne sans cesse de nouvelles fleurs. [Dans Notice sur les inhumations provisoires faites sur la place du Marché des Innocents, devant la colonnade du Louvre, etc., offrant le récit véritable et détaillé des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi ces inhumations, par N.-M. Troche, chef de bureau de l’état civil du 4e arrondissement, Paris, chez Delaunay, libraire au Palais-Royal, et à l’ancienne maison Postel, rue de la Monnaie, 22, 1837, p. 20, l’enterrement est relaté ainsi : « Le premier corps qui fut placé sur le lit de chaux que j’avais fait étendre au fond de la fosse, fut celui d’un garde national horriblement mutilé et couvert de son uniforme. On manifesta le désir de lui ôter son habit pour le conserver comme une noble dépouille ; mais je m’y opposai, attendu la difficulté et la perte de temps que cela eût occasionnées : il avait, outre plusieurs blessures, le bras gauche fracassé par la mitraille (quelques personnes ont pensé, mais on ne pourrait l’assurer, que ce cadavre était celui de M. Miel, célèbre dentiste).]

»Le nom de mon frère était très connu, et sa personne très aimée. La nouvelle de sa mort fit une grande sensation dans Paris ; beaucoup de citoyens, dans toutes les classes, y prirent une vive part. Les insignes de son grade, son épée, sa croix d’honneur, avaient été recueillis par un habitant de la rue des Prouvaires ; on les remit à sa veuve. Ces glorieuses reliques sont aujourd’hui la seule richesse d’une famille qui a tout perdu en le perdant. Louis-Philippe, instruit de ce malheur, nomma sur-le-champ le docteur Leloutre, gendre et successeur de Miel, à la place de dentiste des maisons royales de la Légion d’honneur.

»Miel partage en ce moment les hommages que la patrie reconnaissante décerne à ses héros. J’ai vu le Roi-Citoyen en célébrer lui-même l’inauguration, et, dans le grand anniversaire, prononcer énergiquement, en quelques mots, la plus éloquente oraison funèbre. Le Panthéon recevra la dépouille mortelle de mon frère. Déjà son nom y est buriné sur le bronze monumental. Ce nom illustre et cher décorera aussi le cénotaphe qui doit s’élever sur l’emplacement historique de la Bastille. Lorsque les habitants de Châtillon, en entrant dans la capitale, passeront devant cet imposant trophée, ils salueront les mânes de leur noble compatriote, et ils réfléchiront à cette fatalité qui fit naître aux mêmes lieux, et l’homme qui fut, malgré lui sans doute, l’instrument de ces ordres meurtriers, et l’homme qui en fut la première victime, comme pour faire détester encore plus les discordes civiles.

»Des honneurs publics furent également rendus à mon frère dans sa ville natale, le jour anniversaire de sa mort. L’autorité municipale avait fait dresser, dans l’église de Saint-Nicolas, un catafalque sur lequel était posée une urne en bronze, couverte d’un crêpe. Le monument était chargé de couronnes et orné de trophées. On y lisait:

AUX VICTIMES DE JUILLET,

LA PATRIE RECONNAISSANTE.

Puis, plus bas, après les dates 27, 28 et 29, entourées chacune d’une couronne :

A NOTRE COMPATRIOTE MIEL,

CAPITAINE DE LA GARDE NATIONALE,`

MORT GLORIEUSEMENT

A LA TETE DE SA COMPAGNIE.

Cet appareil simple et touchant, ces inscriptions plus significatives que les discours, remplirent dignement l’objet de la solennité. Toute la population fut émue. Les citoyens s’entretenaient avec attendrissement et avec respect d’une famille qui, pendant une longue suite de générations, avait constamment donné l’exemple des bonnes mœurs, de la droiture, de la concorde, de la simplicité, de toutes les vertus domestiques, récemment illustrée par un trait sublime de dévouement civique, et dont il ne reste plus dans le pays que les tombeaux. Mais je ne mêlerai pas les sombres images du deuil aux gloires de l’apothéose.

Crésus, dans son orgueil de monarque, demandait à Solon quel homme lui avait semblé le plus heureux. « C’est, répondit le philosophe, un citoyen d’Athènes, fort homme de bien, qui, après avoir été toute sa vie à couvert de la nécessité et avoir vu sa patrie florissante, a laissé après lui des enfants généralement estimés, a eu la joie de voir les enfants de ses enfants, et enfin est mort en combattant pour la patrie. » Cette définition semble avoir été faite exprès pour mon frère. » David d’Angers (voir ce nom), autre combattant de Juillet, fit de lui un portrait en buste, propriété du musée David d’Angers à Angers. Rémusat, journaliste au Globe et un des signataires de la protestation des journalistes, raconta, dans ses Mémoires, sur l’excitation populaire qui suivit les premiers jours de la victoire populaire : « Cette surexcitation nous rendit tous un peu malades. Dans la nuit du 30 au 31, je fus poursuivi d’une rage de dents, avec une agitation fébrile. En sortant de bonne heure, avant d’aller au bureau du journal, j’allais place des Victoires chez un dentiste qui se nommait, je crois, Miel. On me répondit qu’il était tué. Cela me guérit du mal de dents. » Miel, Edme, Marie demeurait 11, rue des Filles-Saint-Thomas, en face du Louvre, en 1830 ; la veuve 1, rue Neuve-de-Berry, ou 1, avenue des Champs-Elysées en 1831-1832. Le nom de Miel (E.-M. Miel) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Le Constitutionnel, 3 août 1830 ; Le Moniteur universel, 9 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 275 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 149-150 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 136 ; Précis des événements de juillet 1830, rédigé et publié par le sieur Duplessis, pharmacien rue de la Poterie, n° 1, lequel a donné les soins les plus assidus aux blessés ; qui a recueilli les corps des personnes tuées, dans le corps de garde des sapeurs-pompiers de la halle aux draps ; qui a pourvu, à ses frais, aux moyens de salubrité et à linhumation des victimes, Duplessis, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, FG 443 ms 1028 ; Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusquau 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 89, p. 96 pour l’enfant ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 96 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, (ancien) IIIe arrondissement, état des veuves ayant droit à une pension, avec enfant ou sans enfant ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) (on trouve le même document dans Archives de Paris VK3 23) ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Dondeuil, François, Romain ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Boussuge, Guillaume (qui était à ses côtés quand Miel tomba tué), idem in dossier Cambournac, Jean (dont Miel commandait la compagnie, quand il tomba) ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830 ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur lexécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de lordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de lEtat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 32-33 ; Mémoires de ma vie, Rémusat, Plon, Paris, 1958, T II, p. 353 ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gournay d’Arnouville de, Abel ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelines du (ancien) IIIe arrondissement et Commission des récompenses nationales, état des veuves des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (dossier de cinq états et 260 veuves) et état des orphelins de victimes de Juillet dont les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance ; Archives nationales F/1dIII/40 (année 1833, IIIe arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés); Archives nationales F/1dIII/67 ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins aussi état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIIe arrondissement, veuves et orphelins et aussi Commission des récompenses nationales, état des orphelins de victimes de Juillet, dont il paraît que les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état officiel des orphelins (ancien IIIe arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés ; Archives nationales F/15/4240 in dossier Dutertre, François, Marie ; Notice sur Miel le jeune, un des morts de Juillet, ornée de son portrait et dun fac-similé de son écriture ; dédiée à la garde nationale, par Miel l’aîné, chef de division à la préfecture de la Seine, chevalier de la Légion d’honneur, Paris, 1832, Vinchon fils et successeur de Mme Ve Ballard, imprimeur, rue J.-J. Rousseau, n° 8 ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 84, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841. Il y a une biographie complète de lui dans le Bulletin de lAcadémie nationale de chirurgie dentaire, 2005, notice rédigée par Zimmer, Marguerite. IL Y A UN PORTRAIT DE LUI.

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