Millotte, Louis, Emile

Biographie


Né le 4 juin 1810 à Lure (Haute-Saône). Elève de l’Ecole polytechnique. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Millotte : « Pendant la nuit [du 28 au 29 juillet, N.D.A.], on avait fait un projet. Les habits de l’Ecole polytechnique, fort en baisse la veille, c’est-à-dire avant que l’insurrection fût déclarée, étaient, au contraire, fort considérés depuis que l’insurrection avait grandi.

Ce projet qu’on avait fait pendant la nuit, c’était d’aller, au point du jour, chercher des habits à l’Ecole polytechnique.

En conséquence, Charras, vers quatre heures du matin, sonnait à la grille avec un de ses amis nommé Lebeuf (voir Lebœuf, Edmond).

La hausse se faisait sentir même à l’Ecole : concierge et professeurs reçurent à merveille les deux réfractaires, on les embrassa, et, selon leur désir, on leur donna des habits.

Je me rappelle un détail : c’est qu’ayant trouvé un habit Charras ne put probablement pas trouver un pantalon ; avec son habit bleu d’uniforme, il portait un pantalon gris, ce qui était bien faible comme tenue.
Les deux amis habillés et surtout coiffés – le chapeau joue toujours un grand rôle dans les insurrections –, ils s’acheminèrent vers la place de l’Odéon.

En route, on leur annonça une distribution de fusils qui se faisait dans la rue de Tournon.
En effet, on venait de prendre la caserne de gendarmerie, et l’on avait, avec un certain ordre, organisé une distribution de mousquetons, de pistolets, de sabres et d’épées.

Charras et Lebeuf se mirent à la queue ; mais, lorsqu’ils arrivèrent aux bureaux, on ne voulut leur donner que des épées, attendu, disait-on, que les élèves de l’Ecole polytechnique, étant tous officiers de droit, et, en leur qualité d’officiers, étant destinés à commander des détachements, devaient recevoir des épées, et non des fusils.

Les instances de ces deux jeunes gens, si vives qu’elles fussent, ne purent rien changer au programme ; on leur donna des épées, et pas autre chose.

Un élève d’une taille colossale et d’une force herculéenne n’accepta pas aussi facilement que Lebeuf et Charras cette législation improvisée ; il saisit le distributeur au cou, et commença à l’étrangler en disant qu’il ne le lâcherait que contre un fusil.

Le distributeur parut trouver la raison bonne ; il s’empressa de donner un fusil au gaillard qui faisait sur lui une application si sensible de cette branche de la philosophie qu’on appelle la logique.

L’élève s’éloigna armé comme il désirait l’être.

C’était Millotte (voir Millotte, Louis, Emile), qui fut depuis représentant du peuple, et qui siégeait, à l’Assemblée législative, près de Lamartine et de notre ami Noël Parfait (voir ce nom).

Millotte est aujourd’hui l’un de nos plus honorables exilés. » Dumas cite aussi le nom de Millotte parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Selon le rapport que fit, en date du 15 février 1831, Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 de Adolphe Robert et Gaston Cougny donne sur son compte les indications biographiques suivantes : « Représentant du peuple en 1848 et en 1849, né à Lure (Haute-Saône) le 4 juin 1810, de Sigismond Millotte, procureur impérial, et Pierrette Vigneron, mort à Lure le 17 avril 1854, il entra à l’Ecole polytechnique en 1829, prit part avec ses camarades à la révolution de 1830, et fut décoré de juillet. Il fit sa carrière dans l’artillerie, où il était parvenu au grade de capitaine, quand il fut élu, le 23 avril 1848, représentant de la Haute-Saône à l’Assemblée constituante, le 3esur 9, par 54.817 voix. Il fit partie du comité de la marine, et vota :

- pour le bannissement de la famille d’Orléans ;

- contre les poursuites contre L. Blanc et Caussidière ;

- contre l’abolition de la peine de mort ;

- contre l’impôt progressif ;

- contre l’incompatibilité des fonctions ;

- contre l’amendement Grévy ;

- contre la sanction de la Constitution par le peuple ;

- pour l’ensemble de la Constitution ;

- contre la proposition Rateau ;

- contre l’interdiction des clubs ;

- contre l’expédition de Rome ;

- pour la demande de mise en accusation du président et des ministres.

Il s’était montré, après l’élection présidentielle du 10 décembre, hostile à la politique de l’Elysée. Réélu, le 13 mai 1849, par le même département, à l’Assemblée législative, le 3esur 7, par 30.705 voix (63.844 votants, 98.904 inscrits), il siégea dans la minorité républicaine et quitta la vie politique au coup d’Etat de 1851. Chevalier de la Légion d’honneur, du 15 janvier 1836. » Nous empruntons aux Mémoires de la Commission darchéologie et des sciences historiques de la Haute-Saône la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Fils de Sigismond Millotte, procureur impérial, naquit à Lure le 4 juin 1810. Elève à l’Ecole polytechnique, il prit une part très-active aux journées de Juillet, pendant lesquelles Lafayette en fit un de ses aides de camp. Décoré de Juillet, il voulut refuser une distinction que ne partageaient point tous ses camarades d’école, et songea même, croyant le but de la révolution faussé, à donner sa démission. Il céda néanmoins aux instantes sollicitations de son père, et entra comme sous-lieutenant-élève à l’école d’application de Metz. Envoyé au 10e régiment d’artillerie, il partit immédiatement pour l’Afrique, où il se distingua spécialement à Mostaganem, traversant de nuit, avec douze hommes seulement, le camp des Arabes pour aller chercher les munitions qui manquaient à la place. Il fut blessé d’un biscaïen à l’épaule en rentrant dans la ville. Aux combats qui eurent lieu en 1836 sur les rives de la Tafna, il se fit remarquer de nouveau, et fut créé chevalier de la Légion d’honneur la même année. En 1848, il était capitaine en premier, en garnison à Douai, lorsque les électeurs du département de la Haute-Saône le nommèrent à une très-grande majorité (54.817 voix sur 79.336 votants) représentant du peuple à l’Assemblée constituante. L’année suivante, le même mandat lui fut donné pour l’Assemblée législative, par 30.705 suffrages sur 63.844 votants. Obligé, par suite des événements politiques qui marquèrent le mois de décembre 1851, de s’expatrier momentanément, il put revenir bientôt dans sa ville natale, où il mourut le 17 avril 1854, de la rupture d’un anévrisme auquel les chagrins de l’exil avaient fait prendre un rapide développement. Modeste, serviable, désintéressé, le capitaine Millotte était démocrate ferme, sincère, ne transigeant jamais avec ce qu’il considérait comme un devoir. Electeur censitaire sous le gouvernement de Louis-Philippe, il ne consentit dans aucune circonstance à voter pour un candidat ministériel, notamment lors de la candidature du général Cubières. Après le 2 décembre 1851, il refusa le serment, voulant rester fidèle à des convictions que lui semblait heurter le régime nouveau qui venait de s’établir en France. » Selon l’Histoire de lEcole polytechnique de Gaston Pinet, il fut rayé des cadres et déporté en 1852 (mais rien n’est moins sûr). Il demeurait à l’Ecole de Metz en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Sedillot, Jean-Baptiste (où il est dit que Sedillot avait « marché sur Rambouillet et fait plusieurs gardes et patrouilles sous les ordres ») ; Mémoires de la Commission darchéologie et des sciences historiques de la Haute-Saône, tome III, Vesoul, 1962, p. 178 ; Histoire de lEcole polytechnique, Gaston Pinet, Paris, chez Baudry, 1887, p. 149, Répertoire de lEcole polytechnique, Marielle, chez Mallet-Bachelier, Paris, 1855, p. 160.

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