Milon, Alexandre, fils aîné

Biographie


Il adressa, le 9 août 1830, la lettre suivante au colonel de la Ire légion de la garde nationale, alors qu’il servait dans la 4e compagnie du 2e bataillon : « Mon Colonel,

»J’étais à peine relevé d’une maladie qui m’avait mis six semaines aux portes du tombeau, lorsque le tocsin de la liberté a sonné. Le sang de mes concitoyens versé par les sicaires de la tyrannie a ranimé mes forces et j’ai saisi des armes pour les venger ou mourir. Il n’appartient de raconter ses actions qu’à un orgueilleux. Je vous dirai donc que je n’ai quitté mes armes que lorsque j’ai tombé d’épuisement et que tant que mes forces ont répondu à mon courage j’ai fait le mieux qu’il m’a été possible.

»Mon Colonel, on me fait l’honneur de m’incorporer dans votre légion c’est la chose qui est le plus capable de flatter mon orgueil. Cependant, mon Colonel, j’ai vingt-cinq ans, je suis l’aîné de ma famille et mes économies aidaient un père presque septuagénaire et une mère d’une santé débile ; la longue et terrible maladie que je viens de faire ayant épuisé mes faibles ressources j’aurais pu, comme tant d’autres, qui même étaient cachés aux jours du danger, réclamer des secours à ma mairie, ayant tous les gens établis de mon quartier témoins de ma conduite ; mais j’ai marché sous le feu des ennemis de notre liberté sans trembler et j’aurais pâli en allant tendre la main. J’ai mieux aimé supporté des privations en silence.

»Mon Colonel, je ne demande rien que votre protection. Que par votre bienveillance j’obtienne le moindre emploi. Je vous donnerai des répondants notables de ma moralité et de celle de ma famille. Je ne demande pas un emploi brillant. Le moindre sera pour moi une grande faveur, qu’il suffise à ma subsistance et ce que je pourrai économiser servira à soulager ma famille.

»Si vous ne pouvez exaucer ma demande, Colonel, que votre bonté m’accorde seulement l’équipement qu’il m’est plus qu’impossible de fournir et je tâcherai de m’occuper en montant des gardes pour les personnes que leurs affaires domestiques forceraient de rester chez eux. Vous savez qu’il est impossible à un ouvrier de faire le service et son travail. Mon état m’étant défendu depuis longtemps, j’adopte celui des armes, heureux si je puis mourir en étant utile pour une cause aussi belle que celle de notre liberté.

»Vous pouvez, mon Colonel, faire prendre des renseignements sur ma moralité chez M. Reis, entrepreneur de menuiserie et électeur du (ancien) Ier arrondissement, rue de Surène n° 8, chez le docteur Paul Reis, rue de la Ferme-des-Mathurins n° 50, chez Mme veuve de feu M. Hubillon, homme d’affaires rue Martel n° 10, chez M. Julien Jeune marchand de vins au coin de la rue Saint-Lazare et de la rue Sainte-Croix, qui fut témoin de plusieurs de mes actions dans les jours des 28 et 29 juillet, ainsi que le nommé Chaudière, tenant la cave rue Saint-Lazare à la musette.

»De plus le docteur Sibille rue Boudreau n° 1, pourra vous rendre compte de l’état où il m’a vu le 29 juillet dernier, au pâté des Italiens, au moment où, allant escorter un panier de cartouches pris à la caserne de la Pépinière et que je faisais porter à la garde nationale posté à la Bourse, je tombai accablé de sueur, de fatigue et de poussière, lorsque M. Ledisant, notaire, me fit entrer au café Amand (en face du théâtre des Italiens, N.D.A.), où il me fit rafraîchir et commanda que l’on eût soin de me donner tout ce que j’aurai besoin.

»Beaucoup de gens ambitieux, qui se cachaient aux jours du danger, font maintenant force pétitions aux premiers chefs du gouvernement, pour obtenir les récompenses que tous les braves citoyens ensevelis dans l’oubli ont gagné au péril de leur vie, mais mon caractère n’étant pas d’être solliciteur je m’adresse à vous, Colonel, et, si vous daignez me protéger, ma seule ambition sera de pouvoir par mon zèle à vous servir vous prouver ma reconnaissance et mériter votre estime. Recevez, etc. »

Le colonel fit parvenir au maire la pétition, en l’apostillant favorablement et en précisant avoir fait vérifier les faits avancés par Milon. Il adressa, le 30 décembre 1830, la lettre suivante au préfet de la Seine afin de réclamer la décoration de Juillet et rappeler les circonstances dans lesquelles il avait été nommé employé à la préfecture de police par le nouveau pouvoir : « Après avoir combattu dans nos glorieuses journées, j’ai employé tous les moyens qui étaient en mon pouvoir pour dissiper tout rassemblement tumultueux. Je suis monté, seul, au milieu de tous les serruriers, rassemblés au nombre de quatre mille au carré Saint-Martin, où j’ai failli être écharpé par ceux qui les poussaient à se porter au tumulte en Palais-Royal. Je suis parvenu à les haranguer, à les détourner de leur dessein. La pièce que je joins ici est la proclamation que j’ai rédigée, après avoir été nommé leur premier chef. M. Girod de l’Ain, instruit de ma conduite, m’a fait l’honneur de me féliciter dans une audience et m’a donné une place dans son administration. Je n’ai fait jusqu’ici aucune réclamation parce que j’aurais rougi que l’on m’offrît une somme d’argent à titre de récompense. La seule récompense que je réclame de votre bienveillante justice est un signe d’honneur et c’est de vous seul que je désire l’obtenir, si vous m’en jugez digne aux pièces que j’ai l’honneur de vous présenter. Il en existe d’autres qui furent publiques, notamment le Journal de Paris du 12 septembre 1830. » Il joignait à sa demande un certificat du docteur Sibille, qui attestait l’avoir rencontré dans les journées de Juillet : « Ce brave jeune homme, n’écoutant que son courage, se joignit aux défenseurs de la liberté, au risque de perdre la vie, déjà compromise par une affection de cœur, qui avait nécessité, peu de jours avant, d’abondantes saignées. Le jeune Milon n’a cessé de combattre pendant les journées de Juillet et il n’est rentré chez lui qu’après le triomphe complet de la population parisienne. » Ce certificat était apostillé par Favre-Beauvais, Louis, capitaine, demeurant 54, rue Saint-Lazare. Il joignait aussi à sa demande la proclamation qu’il avait rédigée, expliquait-il, « après avoir calmé l’effervescence de tous les serruriers et m’être fait nommer leur chef ». Cette proclamation était ainsi rédigée : « Les commissaires de la députation des serruriers en bâtiment de la ville de Paris, à tous les entrepreneurs et à leurs camarades. Messieurs, notre rassemblement de mercredi paraissait alarmer les autorités. Cependant nous en appelons à tous les citoyens de Paris et à vous-mêmes, messieurs, si aucune exaction n’a été commise. Si nous demandions une augmentation dans le prix de notre travail, vous pourriez dire que c’est une coalition mais ce que nous demandons c’est au nom de l’industrie nationale. En effet, messieurs, chacun de nous désire exceller dans son art et comment y parvenir sans la géométrie et le dessin ? Or ce n’est qu’après notre travail que nous pouvons prendre ces deux études et, comme vous le savez, il est des plus pénibles ; ainsi en quittant à 8 heures, harassés de fatigue, il faut que nous allions prendre nourriture, nous ne pouvons pas nous rendre en classe avant 9 heures. Ainsi, messieurs, de cette façon, nous ne pouvons pas prendre repos avant minuit et quand nous travaillons un peu loin de notre domicile il faut que nous soyons levés à 5 heures. Ainsi, messieurs, nous vous prions d’entendre notre réclamation. Vous le savez, en redoublant de courage dans le cours de nos travaux, nous pouvons aisément regagner une heure. Déjà un grand nombre de nos maîtres ont conçu la justice de notre demande. Aussi nous les regardons comme nos pères et si jamais la fortune, inconstante, les plongeait dans les revers c’est alors que nous nous coaliserons pour leur prouver notre reconnaissance. Et vous, mes amis qui nous avaient choisis pour vous conduire, nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour vos intérêts. Mais surtout point de rassemblement, nous les désavouons. Notre insurrection n’a duré qu’un jour, elle a trop duré puisqu’elle a pu alarmer nos magistrats. Songez qu’ils sont nos défenseurs et nos pères. Ecoutez ce que M. le préfet nous a dit lui-même : “Mes enfants, venez m’exposer vos réclamations. Si elles sont justes j’y ferai droit, votre confiance en moi me flatte et me fait plaisir !” Quel est celui d’entre vous qui pourrait résister à un tel langage ? Voyez, c’est avec des paroles de bienveillance, c’est au nom de la patrie que nos magistrats nous invitent à l’ordre. Ainsi si quelque agent jésuitique caché vous provoquait au trouble, livrez-le entre les mains de l’autorité. Déjà deux d’entre eux ont été tancés par vous de la bonne manière ; mais cela ne suffit pas, un reptile venimeux ne cesse de mordre que lorsqu’on l’a mis hors d’état de le faire et c’est à la loi à en faire justice. Quant à nos amis, s’il s’en trouvait d’exaltés, ramenez-les à la raison. Notre seule devise doit être calme et confiance. Nous savons que quelques individus étrangers à notre cause se sont permis de tirer des certificats, qu’il nous avait conduits avec calme. Certes leur mérite est bien grand mais nous les remercions de leurs bonnes intentions, nous n’avions nullement besoin d’eux pour observer l’ordre. Nous en appelons à tous les citoyens. » Signé : Milon ; Sévère ; Fabre ; Villard ; Wavra illisible ; Porvais illisible. Le préfet de la Seine, Odilon Barrot, avait ainsi donné son avis sur cette affiche : « Je pense que l’affiche de cette proclamation de MM. les ouvriers est utile. Elle est juste même car elle est une protestation très honorable et très énergique contre les reproches qui leur étaient adressés. Je prie mon collègue, monsieur le préfet de police, de permettre la publication de cette pièce. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. On trouvera, de la même manière, dans un certificat que Boisseau, Jacques, Clément produisit devant la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, le récit de cette même manifestation. Ce certificat était ainsi rédigé : « Le soussignés, ouvriers selliers, carrossiers, menuisiers, charrons, forgerons et serruriers en voitures, demeurant tous à Paris, tant en leur noms qu’aux noms de leurs camarades dont ils étaient commissaires, certifient que M. Clément, Jacques Boisseau, ancien notaire, demeurant à Paris, rue Chantereine n° 42, s’est présenté, le dimanche 15 août 1830, accompagné du sieur Alexandre Milon, ouvrier menuisier, à notre réunion à Montmartre, maison de la Boule-Noire, en face la barrière des Martyrs. Que M. Boisseau, seul, par son attitude, ses discours et sa franchise a gagné notre confiance, établi l’ordre parmi nous et a calmé les esprits échauffés. Qu’après la résolution prise par l’assemblée d’aller porter au roi la pétition qui contenait nos demandes, M. Boisseau nous en exposa l’inopportunité, en appela à notre amour pour le prince (il savait déjà comme toujours tromper, note de Boisseau mais en 1848 !!) et nous détourna de cette idée. C’est alors qu’il fut résolu d’aller à la préfecture de police, marche qui a eu lieu dans le plus grand ordre et avec le plus grand calme, par les soins de M. Boisseau. Qu’au moment de partir, deux officiers de la garde nationale de Montmartre, M. Borginet (de Grenoble) capitaine, et Delomel, lieutenant, vinrent au nom de la commune, inquiète, s’informer de l’objet de notre réunion. M. Boisseau tranquillisa ces messieurs, les engagea à nous accompagner avec lui, ce qu’ils acceptèrent. Quelques observations s’élevèrent dans le sein de notre assemblée sur la présence de ces messieurs mais M. Boisseau fit sentir que la vue de leurs uniformes à notre tête serait un moyen de tranquilliser les habitants de Paris sur un rassemblement aussi considérable (deux mille ouvriers environ). Nous nous plaisons à délivrer le présent certificat à M. Boisseau, comme une preuve de notre admiration de sa belle conduite dans toute cette affaire et de notre reconnaissance pour tous les soins qu’il a donné à nos intérêts, le dimanche 15 août et le lundi 16. Nous avons reconnu dans M. Boisseau l’homme vraiment conciliant, l’ami de l’ordre, en un mot de bon citoyen, et nous certifions encore que c’est à sa voix que l’assemblée s’est dissoute à Montmartre au retour de la préfecture. » Signé à Paris, le 21 septembre 1830 : Florence, demeurant 10, rue des Martyrs ; Rioudé, demeurant 5, passage Navarin dans la rue Saint-Lazare ; Chanu, demeurant 33, rue Bleue ; Roy, demeurant 104, rue Saint-Lazare ; Bleau, demeurant 103, rue Saint-Lazare ; Barré, demeurant 13, rue Cadet ; Guilmm sic, sans adresse. Il demeurait 103, rue Saint-Lazare en 1830-1831. Archives de Paris VD6 55 n° 3, certificats et recommandations à l’intention des gardes ayant participé aux Trois Glorieuses ; Archives de Paris VD6 91 ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Boisseau, Jacques, Clément Voir Milon, Louis, Alexandre ? même adresse en tout cas… Il nest pas sur les listes de médaillés in Archives nationales F/1dIII/39 (cest lautre Milon,, Augustin, Casimir, Henry, qui est inscrit…).

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