Mismers, Louis
Biographie
Ancien militaire, devenu ouvrier cloutier, employé chez Chartron, cloutier du 17, rue du Faubourg-Saint-Denis depuis 1825, il sollicita, en 1831, la décoration de Juillet. Il joignit à sa demande un Détail sincère et véritable de mes actions dans les trois journées mémorables de la révolution, les 27, 28, 29 juillet 1830, ainsi rédigé : « Dès le premier jour, je me suis empressé de me réunir aux braves et nous formâmes les barricades à la porte Saint-Denis. J’étais armé d’un sabre de cavalerie ; sans monture, je me mis à la tête de trente à quarante braves et nous nous rendîmes à un poste d’infanterie de ligne situé rue Mauconseil près celle Saint-Denis. Nous désarmâmes les soldats ; de là nous en fîmes autant au poste à la halle des Innocents, après nous fûmes place du Châtelet au poste de la gendarmerie. Je m’emparai de l’armement de l’un d’eux et m’opposai à ce que l’un de ces braves avec lequel j’étais mît le feu au café du Veau qui tète. Je parvins à éteindre la torche qu’il tenait allumée. Après cette action, nous vîmes arriver sur nous six gendarmes, venant du pont de l’Hôtel-Dieu et du pont Notre-Dame. Une lutte assez vive s’engagea et ils fuirent. Nous étions rendus au quai aux Fleurs et après retournés à la place de Grève. Je restai à combattre avec les braves jusqu’à 4 heures du soir et quelle fut ma surprise en voyant mon fils âgé de onze ans, ayant sous sa blouse une giberne qu’il avait ramassée ; n’étant pas sans crainte pour ses jours, j’insistai pour qu’il retourne à la maison. Je l’accompagnai. Arrivé sur le boulevard Saint-Martin, la garde royale faisant feu, je me mis sur les rangs et tirai mes deux derniers coups de fusil, faute de munitions. Je me retirai dans le faubourg Saint-Martin pour tâcher de m’en procurer, n’ayant pu y parvenir je tentai de repasser, il me fut bien difficile, la porte se trouvait envahie par la garde royale et les gendarmes tenaient le faubourg. Cette position me contraignit à m’embusquer dans une maison, n° 20 ; j’avais alors quelques cartouches. Je voulais faire feu par moment, mais les gens de la maison s’y opposaient. Je vis alors un blessé. Je m’empressai de lui porter secours, mais il expira sur moi. Dans cet intervalle les troupes battirent en retraite vers la porte Saint-Denis. Je fus aussi rejoindre les camarades. Je faillis être atteint par deux balles qui me frôlèrent la tête. Que vois-je ? encore mon fils, regardant les victimes mortes. Je le ramenai chez moi alors et, un moment après, je sortis et passai la nuit dans la ville avec les camarades. Le lendemain nous nous rendîmes place du Palais au Château, après avoir subi le feu de part et d’autre je fis un gendarme prisonnier à qui j’ai porté tout secours, faisant promesse de ne plus servir contre nous. Témoignant le désir de s’en aller chez lui, le marchand de vins où je le conduisis alors lui procura des vêtements […]. Je repris ma route pour rejoindre les braves. Je me réunis à la compagnie franche et nous montâmes en voiture pour Rambouillet. Je suis revenu à pied, escortant les pièces de canon que l’on a conduites à la place de Grève. Le général Lafayette nous passa en revue et nous fit délivrer des vivres. Je rentrai chez moi et, remis de mes fatigues, étant simple ouvrier cloutier, je repris mon marteau et actuellement quoique infortuné j’ai l’honneur de faire partie de la IIIe légion de la garde nationale, 1re compagnie de chasseurs, 2e bataillon. » Il joignait deux certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, propriétaires, commerçants patentés domiciliés à Paris, y demeurant dans le quartier du faubourg Saint-Martin faubourg Saint-Denis et ceux adjacents, certifions bien avoir à notre connaissance que le sieur Mismers, Louis, ancien militaire, demeurant Faubourg-Saint-Martin n° 34, ouvrier cloutier, marié, ayant un fils de l’âge de onze ans, a donné pendant les trois mémorables journées toutes preuves de son sincère dévouement pour la défense de la liberté ; que foi peut être ajoutée au Détail de ses actions jointe au présent. Sa bravoure et son bon cœur ayant fixé notre attention, nous lui avons délivré le présent pour lui rendre hommage et lui servir en cas de besoin. » Signé, le 16 novembre 1830 : Morland, fruitier, demeurant 20, rue du Faubourg-Saint-Martin ; Chartron (voir ce nom), demeurant 17, rue du Faubourg-Saint-Denis ; Lambert, marchand de vin ; Guillet ; Moisy, marchand de vins, demeurant 2, place du Châtelet ; Labbay, demeurant 33, rue du Faubourg-Saint-Martin ; Eudeline, demeurant 9, rue des Nonandières ; Lanoue, demeurant 7, rue du Faubourg-Saint-Denis. Le second certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Chartron (voir ce nom), fabricant cloutier, rue du Faubourg-Saint-Denis n° 17, certifie que le sieur Mismers est employé chez moi depuis six ans comme ouvrier cloutier, qu’il est père de famille et a besoin de secours ; que c’est un homme tranquille et qu’il a rendu des services dans les journées de Juillet. » Signé, le 1er mai 1831 : Chartron (voir ce nom), fabricant cloutier, demeurant 17, rue du Faubourg-Saint-Denis. Mismers, Louis demeurait 34, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1830-1831. Archives nationales F/1dIII/67.