Mondroy, Pierre, Jacques, Casin

Biographie


Né le 4 avril 1797 à Guernetat (??) (Seine-Maritime). Ancien militaire, devenu ébéniste. Il rapportait dans ces termes sa participation aux combats : «Le 27, me trouvant sur la place du Palais-Royal à 3 heures du soir, voyant des gendarmes à cheval faisant plusieurs charges sur le peuple, je me suis retiré vu que je n’étais pas armé. A 7 heures, je me suis mis en marche pour me rendre à Chaillot, mon domicile. J’ai traversé la galerie neuve du Palais-Royal, pour me rendre rue Saint-Honoré près celle des Boucheries où je fus arrêté par un gendarme à cheval, qui m’apporté un coup de sabre sur l’épaule gauche et qui heureusement n’a coupé que la redingote. De là, je me suis rendu à Chaillot. Le 28 au matin, je me suis rendu comme d’habitude à mon ouvrage chez M. Papu, rue des Bons-Enfants n° 19 (ou 17 illisible). A 11 heures, j’ai parcouru avec un pistolet les environs de la place des Victoires avec un de mes amis, où nous avons vu le 53e de ligne qui nous a empêché le passage. En rétrogradant, nous nous sommes réunis à la cour des Fontaines où nous reçûmes plusieurs coups de fusil des gardes royaux. Ne vous voyant pas en force, nous rentrâmes à l’atelier. Le lendemain 29, je suis reparti pour Chaillot, où je suis arrivé à 4 heures du matin. De là, avec mes amis, nous nous sommes occupés à faire des barricades au bout de la rue Basse-Saint-Pierre, le long du quai. Nous avons reformé une autre barricade au pont d’Iéna. Après ces travaux finis, je suis rentré à la maison, rue des Batailles, n° 6 à Chaillot, mon domicile, pour prendre mon fusil. Nous nous sommes rassemblés au nombre de vingt-cinq et nous avons vu des chasseurs à cheval dans le Champ-de-Mars, qui étaient embusqués derrière le corps de garde. Nous nous sommes empressés de descendre le Trocadéro et de traverser la barricade du pont pour aller les attaquer. Quand nous fûmes au bout du pont, je me suis retourné : nous nous sommes plus retrouvés que cinq, dont un a reçu une balle dans l’épaule. Quand les chasseurs se sont aperçu que nous n’étions plus que quatre, ils ont fait une charge sur nous, où je suis tombé sous les pieds de chevaux. Ils ont après pris de nouveau la fuite par la barrière la Cunette. Je saisis ce moment pour me relever, pour me rendre à Chaillot au bout de la rue des Trois-Bornes pour empêcher l’infanterie de monter. Après, l’affaire finie, nous nous sommes empressés de porter secours aux prisonniers que nous avions faits. J’ai aperçu au bout de la rue des Batailles un sergent du 2e régiment de la garde, qu’on voulait fusiller. Je me suis jeté au milieu d’eux, où j’ai eu le bonheur de le sauver et je l’ai ramené chez moi et lui ai fourni des habillements pour le changer. Après je me suis rendu au poste de Chaillot, où j’ai été nommé par mes camarades commandant du poste pour maintenir le bon ordre, jusqu’au moment du départ pour Rambouillet, où je suis allé. » Un rapport de la mairie relatait les mêmes faits relatifs à sa participation aux combats : « Le 27, aux rassemblements du Palais-Royal et de la rue Saint-Honoré. Le 28, armé seulement d’un pistolet, il a combattu dans les environs de la place des Victoires et à la cour des Fontaines. Le 29, dès 4 heures du matin à Chaillot, a travaillé aux barricades de la rue Saint-Pierre, du quai et du pont d’Iéna. Il fut ensuite à la tête de vingt-cinq hommes pour attaquer les chasseurs dans le Champ-de-Mars mais, arrivé au lieu du combat, ils se trouvèrent cinq dont l’un fut atteint d’une balle dans l’épaule. Il est tombé foulé aux pieds des chevaux, il s’est relevé et a fait feu. Il s’est enfin rendu à Chaillot à la rue des Trois-Bornes et s’est opposé au passage de l’infanterie. Il a sauvé la vie à un sergent du 2e de la garde, son ancien ennemi, et il a commandé le poste de Chaillot jusqu’à son départ pour Rambouillet. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement (cest curieux ce XIIe arrondissement, quest-ce quil fait dans cet arrondissement ? surtout quune croix ça peut paraître beaucoup pour un ébéniste). Le jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 30 décembre 1830, à sept voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel et surtout in Archives nationales F/1dIII/39). Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques), auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1835, père d’une famille de trois enfants en bas âge, ayant son épouse constamment malade, se trouvant « dans la position la plus critique », « sincèrement attaché au gouvernement paternel du roi, pour lequel il a donné des preuves dans les mémorables journées de Juillet et plus encore dans les affaires du 5 et 6 juin, où le suppliant s’est présenté avec le 42e de ligne », obligé par suite d’une maladie de mettre tous ses effets au mont-de-piété, il sollicita des secours. Le préfet de police donna sur son compte les renseignements suivants : « Sa femme est portière rue des Batailles n° 18 à Chaillot ; cette place ne lui procure que le logement. Le pétitionnaire est homme de peine dans une fabrique de pianos ; il n’a que le produit de son travail pour élever sa famille. Sa position n’est pas heureuse ; il doit cent huit francs à son boulanger. On dit du bien de cet homme sous le rapport de la conduite et de la moralité. » Il reçut cinquante francs de secours en 1835. Il reçut un secours de quarante francs en 1849, un secours de soixante francs en 1850, un secours de soixante francs en 1851 et en 1853, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il demeurait 6, rue des Batailles à Chaillot en 1831 ; 18, rue des Batailles en 1835 ; 73, grand-rue de Chaillot en 1849-1851 ; 3, rue Pauquet à Chaillot en 1853. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le nom de Casin, Pierre, Jacques), idem Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104 (sous le nom de Cazin, Père) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques) ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 30 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques), idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques), idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques) ; Archives de Paris VK3 42 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/67 ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives nationales F/9/1156 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques), idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques), idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques), idem Proposition d’accorder à cinquante-six décorés et veuves de décorés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 3.100 francs, minutes 260-262, en date du 29 janvier 1853 (sous le nom de Cazin, Pierre, Jacques).

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