Monin, Hippolyte, César

Biographie


Né vers 1790 à Creully (Calvados). Négociant. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Dès que l’opposition aux ordonnances Polignac se manifesta, MM. Monin aîné et H. Monin, originaires du Calvados, habitant l’hôtel des Fermes, organisèrent la résistance la plus opiniâtre au centre même des corps armés qu’il fallait combattre. Ces deux citoyens, auxquels se réunirent plusieurs voisins et leurs compatriotes Hulot, Casimir Saillenfest, Crespin, Pommery, Macey, Godefroy, etc., s’établirent militairement dans le vaste hôtel des Fermes ; ils élevèrent des barricades, dépavèrent la rue, en même temps qu’ils faisaient imprimer, répandre et afficher la proclamation suivante : “Français, tous moyens de défense sont légitimes. Dépaver les rues, jeter des pavés çà et là à un pied environ de distance, afin de ralentir la marche de la cavalerie et de l’infanterie, monter au premier, deuxième et tous étages supérieurs autant de pavés que possible (au moins vingt à trente pavés par croisée) attendre tranquillement que des bataillons soient engagés au milieu des rues avant de faire aucune décharge. Que tous les Français laissent leurs portes, couloirs et allées ouverts pour le refuge de nos tirailleurs, et pour leur porter aide ; que les habitants soient de sang-froid et sans crainte. La troupe n’osera jamais y pénétrer, trop assurée d’y trouver la mort. Il serait bien qu’il restât un individu à chaque porte, pour protéger l’entrée et la sortie de nos tirailleurs. Français, notre salut est entre nos mains ; voudrions-nous l’abandonner ? Qui de nous ne préfère la mort à l’esclavage ?” Depuis le moment de leur réunion, aucun des hommes réunis dans l’hôtel des Fermes n’a quitté les armes qu’aux portes de Rambouillet après l’abdication ; la plupart étaient aux affaires du 28 et tous se sont trouvés à la prise du Louvre, d’où ils se sont portés immédiatement, partie sur le Palais-Royal, et partie sur les Tuileries et le Carrousel. Vers deux heures après-midi, le mercredi 28 juillet, MM. Monin aîné et Jardin, propriétaire de l’hôtel, se portèrent au milieu du 53e régiment de ligne. Ils y haranguèrent quelques officiers et s’efforcèrent de les rattacher à la cause nationale. Ce fut encore M. Monin aîné qui, le 28 juillet, fit escalader en dehors les terrasses de l’église Saint-Eustache, et y organisa une défense telle qu’aucun corps armé ne pouvait s’engager dans les rues Montmartre et Traînée sans y trouver la mort. Nous apprenons que la compagnie de garde nationale composée des citoyens du quartier, a pris le nom de compagnie de l’Hôtel-des-Fermes. » On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Parmi les habitants qui ont montré le plus de zèle et de dévouement pour la cause nationale, M. Monin aîné, du Calvados, mérite d’être particulièrement cité. Ce jour-même mardi, il réunit une trentaine de ses amis, qui le reconnurent pour leur chef et à la tête desquels on le vit, durant la grande semaine partout où il pensa que sa présence pourrait être utile. On avait déjà eu l’idée pour encourager le peuple de faire circuler de petits bulletins écrits à la main ; mais M. Monin aîné alla plus loin : il chercha et réussit à diriger le patriotisme des citoyens en leur indiquant le meilleur usage qu’ils pussent faire de leurs forces. Ce fut lui qui, le premier, adressa aux Parisiens une proclamation qu’il fit lithographier et distribuer dans la soirée du mardi 27 juillet. La voici littéralement : “Français, Tous moyens de défense sont légitimes. Dépaver les rues, jeter des pavés çà et là à un pied environ de distance, afin de ralentir la marche de la cavalerie et de l’infanterie, monter aux premier, second et tous étages supérieurs, autant de pavés que possible (au moins vingt à trente par croisée), attendre tranquillement que les bataillons soient engagés au milieu des rues avant de faire aucune décharge. Que tous les Français laissent leurs portes, couloirs et allées ouverts pour le refuge de nos tirailleurs et pour leur porter aide ; que les habitants soient de sang-froid et sans crainte. La troupe n’osera jamais y pénétrer, trop assurée d’y trouver la mort. Il serait bien qu’il restât un individu à chaque porte pour protéger l’entrée et la sorite de nos tirailleurs. Français, notre salut est entre nos mains ;voudrions-nous l’abandonner ? qui de nous ne préfère la mort à l’esclavage ! J’ai observé qu’à Paris, disait il y a cent soixante ans le fameux cardinal de Retz, dans les émotions populaires les plus échauffés ne veulent pas ce qu’ils appellent se désheurer.” […] On nous assure que M. Monin aîné, aussi modeste que brave, n’a rien demandé au nouveau gouvernement, qu’il s’est empressé d’entrer dans les rangs de la garde nationale, après la victoire du peuple, et qu’il a reçu de ses concitoyens la seule récompense qu’il ambitionnât : décoré de la Croix de Juillet, il a été nommé porte-drapeau à l’unanimité. […] Le plan de défense, proposé par M. Monin aîné fut adopté et suivi avec constance dans la journée du mercredi. […] [Le 28 juillet] M. Monin aîné, dont la proclamation publiée la veille même indiquait le plan de défense généralement adopté dans la journée du mercredi. Accompagné de MM. Lapareillé et Vicard, il se rendit au poste de la pointe Saint-Eustache, où il trouva quelques sapeurs-pompiers. Secondé de ces soldats, ils escaladent le mur, parviennent à la terrasse de l’église, font sonner le tocsin et transporter dans le pourtour une quantité considérable de pavés afin d’en écraser toute troupe assez imprudente pour chercher à pénétrer sur ce point. Ils accrurent ainsi la confiance de la population de ce quartier, dont l’exaspération était alors extrême. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 13 janvier 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Armé le 28 au matin, s’est rendu à la rue Saint-Honoré participer à la proclamation pour exciter à la résistance. Le 29, au Louvre, rue Saint-Honoré, a contribué à empêcher le pillage au Palais-Royal. Rambouillet. » On trouve dans un certificat délivré par Dupart (voir Dupart, Paul, Amable) en faveur de Mlle Saint-André, Félicité, un témoignage de l’activité de Monin, Hippolyte, César dans les journées de Juillet ; le passage le concernant était ainsi rédigé : « […] Ayant resté à la Bourse pendant les journées de juillet et m’étant réuni dès le 27 avec MM. Monin, frères, rue de Grenelle-Saint-Honoré, pour nous opposer aux ordonnances, je dois déclarer, etc. […]. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 13 janvier 1831, à une voix pour la croix, huit voix pour la médaille et une voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il signa, en août 1831, le certificat suivant en faveur de Delville, Emmanuel, Joseph, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je déclare avoir vu M. Delville, armé d’un fusil, au camp de Cognières. » Il demeurait 55, rue Saint-Honoré (mais 55, rue de Grenelle-Saint-Honoré in Archives de Paris VK3 33 ; 55, rue Saint-Honoré in Archives de Paris VK3 34 ; 55, rue de Grenelle-Saint-Honoré dans le certificat quil signe in Archives de la préfecture de police AA 384 dossier Delville, Emmanuel, Joseph) en 1831. Le Courrier français, 9 août 1830 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 167-169, 180, 330 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 13 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la médaille, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Delville, Emmanuel, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Saint-André, Félicité mademoiselle.

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