Monin, Napoléon, Pierre, Edouard, Victoire
Biographie
Né le 12 juin 1804 à Clermont (Oise). Fils d’un capitaine, tué à la bataille d’Eylau, il avait eu un grand-père tué dans un combat naval contre les Anglais, deux oncles tués à Gênes et plusieurs cousins tués en Russie. Professeur de langue française. Il adressa, le 1er septembre 1830, la lettre suivante au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales : « […] De tout temps, un penchant invincible, qui s’est encore accru avec l’âge, m’a porté vers l’état militaire. Mon enfance avait été bercée dans cette heureuse pensée que vint détruire les funestes événements de 1814. Plus tard, lorsque l’Hellénie reconquérait son antique liberté, mon cœur, vivement ému au récit de vos exploits généreux, n’aspirait qu’à marcher sur vos glorieuses traces mais mes démarches, ainsi que le prouvent les deux lettres ci-jointes, n’eurent pas le résultat que j’espérais et je dus encore renoncer à mon plus cher désir. Mais aujourd’hui que la France, régénérée, promet à ses enfants de nouveaux jours de gloire, une nouvelle lueur d’espérance est venue ranimer mes désirs. Je serais fier de consacrer ma vie au service de mon pays et d’entrer dans une carrière où la noble conduite et la triste et glorieuse fin de mon père me serviraient de modèle. Le résultat de ma demande pourra rendre mon destin plus heureux mais jamais influer sur les sentiments d’admiration que vous m’avez inspirés. Je suis, etc. » Il joignait effectivement à sa lettre un courrier à en-tête de la Société philanthropique en faveur des Grecs, en date du 22 juin 1826, qui regrettait de ne pouvoir accepter de l’envoyer en Grèce pour prendre du service « attendu qu’il a suspendu tout envoi de personnel, faute de fonds pour cet objet » ; et un autre courrier, en date du 13 juin 1826, du secrétaire particulier de Casimir Perier, qui l’informait que Casimir Perier ne pouvait rien faire pour accéder à sa demande de prendre du service pour la cause des Grecs, qu’il ne faisait pas partie du Comité militaire grec ou de la Société philanthropique en faveur des Grecs et qu’il convenait de s’adresser à M. Ternaux, président de cette dernière société. Il sollicita une lieutenance ou un emploi dans une des administrations du gouvernement. Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier : « Nous, soussignés, nous faisons un plaisir d’attester qu’il est à notre connaissance que, dans les journées mémorables de notre révolution, M. Monin a pris une part active dans les divers événements qui ont caractérisé cette grande époque. » Signé le 28 août 1830 : Renault, …ce, clerc de notaire, demeurant 20, rue des Grands-Augustins ; Petitmengin, demeurant 20, rue des Grands-Augustins. Le deuxième : « Je me fais un devoir de déclarer que M. Monin, Napoléon, Pierre, Edouard, Victoire, étudiant, que je rencontrai le 29 juillet dernier sur la place de l’Odéon au nombre des braves qui allaient combattre pour la liberté se joignit à moi et ne me quitta pas de toute la journée. Ce brave jeune homme donna à l’attaque du Louvre et à celle des Tuileries de grandes preuves de courage et, par son intrépidité, a montré qu’il était digne d’être compté parmi les citoyens qui ont le mieux mérité de la patrie. » Signé le 28 août 1830 : Charrasse, Louis (voir Charrasse, Louis, François ?), « membre de la Légion d’honneur et ancien officier de la grande armée de Napoléon », demeurant 4, rue des Mathurins-Saint-Jacques, chez M. Esportelle, marchand épicier. Le troisième : « Je certifie que j’ai rencontré dans le Louvre et aux Tuileries M. Monin, Napoléon, étudiant en droit, combattant contre les Suisses et gardes royaux. Je certifie en outre que le zèle qu’il a déployé à exciter les citoyens en a engagé plusieurs à s’armer pour voler à la défense de la liberté. » Signé, le 28 août 1830 : …ulhiar, conducteur des ponts et chaussées, caporal de la 1re compagnie du 4e bataillon de la … légion de la garde nationale, demeurant 61, rue Quincampoix. Le quatrième : « Je, soussigné, que le sieur Monin était au nombre des combattants que je recueillis chez moi le 29 juillet après la prise des Tuileries. Il était armé, harassé de fatigue et mourant de faim. Je me fis un devoir de lui donner tous les soins que réclamait son état ainsi qu’à ses autres compagnons de guerre. » Signé le 28 août 1830 : Poquet, maître tailleur, demeurant 25, rue de Chartres. Le cinquième : « J’unis ma vois aux témoignages honorables qui attestent combien la conduite du jeune Monin a mérité d’éloges dans ces circonstances si glorieuses et si heureuses pour la France. Uniquement mu par cette noble passion qui fait les grands hommes, l’amour de la liberté, M. Monin, digne fils d’un capitaine français mort au champ des braves (à Eyleau) n’a point hésité à exposer sa vie pour la défense de l’honneur de la patrie, oubliant qu’il la devait aussi à la meilleure des mères dont il est le seul soutien. Puisse ce beau dévouement être remarqué des hommes à qui la France confie ses destinées et valoir à ce jeune citoyen une récompense digne de lui et de ceux qui doivent la lui décerner. » Signé, le 28 août 1830 : Conen de Prépean, homme de lettres, garde national, demeurant 2, rue Saint-Hyacinthe. Le sixième : « Je, soussigné, chirurgien aide-major de la garde municipale de Paris, certifie que le sieur Monin, Napoléon, a agi honorablement dans les affaires des 26, 27, 28 29 juillet et que ce brave jeune homme n’a pas cessé de montrer son courage en commandant au Louvre et aux Tuileries, où je l’ai vu dans les rangs, se signaler. » Signé, le 5 septembre 1830 : Fitz, Patrick (voir ce nom), demeurant 13, rue de Chartres. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté à la 2e compagnie du 2e bataillon du 42e régiment de ligne, caserné à Lyon en 1831. Il demanda une indemnité de première mise d’équipement. Il avait reçu trois cents francs comme indemnité de première mise auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, le 13 juillet 1831 devant le préfet de la Vienne, où son régiment était en garnison ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il donna procuration à Aladenize, Sylvain, tanneur, demeurant 2, rue Censier, pour retirer en son nom auprès de la mairie, sa croix et le brevet qui l’accompagnait. En 1833, il sollicita des secours, à cause de la longue maladie de sa mère, qui l’avait placé dans une situation financière désastreuse. Le ministère de la Guerre donna sur son compte les renseignements suivants : « […] Objet de notes favorables sous le rapport de l’instruction et de la conduite ; seulement, on le signale comme ayant une tendance à des opinions démocratiques. Il a été noté, en outre, comme n’ayant pas de fortune. Je dois également vous faire connaître qu’au mois d’octobre dernier des plaintes m’ont été adressées contre M. Monin par M. Royer-Collard, professeur à la faculté de Droit, que cet officier poursuivait de ses violences et ses menaces dans le but de lui faire épouser sa sœur ; les remontrances qui lui avaient été adressées par ses chefs avaient été sans effet sur lui et un mariage que sa sœur contracta sur ces entrefaites put seul mettre un terme à la conduite répréhensible qu’il a tenue dans cette circonstance. » Il fut nommé lieutenant toujours au 42e de ligne, le 13 décembre 1833, mis en non-activité par retrait d’emploi le 6 octobre 1834, nommé ieutenant au 26e de ligne le 24 août 1838, capitaine le 9 juillet 1843, mis en non-activité par retrait d’emploi le 19 juillet 1849, nommé capitaine au 12e régiment d’infanterie légère le 29 novembre 1849, capitaine de carabiniers le 21 août 1854, chef de bataillon au 88e de ligne le 30 octobre 1857 ; il fit les campagnes d’Afrique en 1838, 1840, 1842, 1844, 1850 et 1851, d’Italie en 1859. En 1852, capitaine au 12e régiment d’infanterie légère, ayant vingt-deux ans de service effectif et neuf campagnes, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur. En 1859, chef de bataillon au 88e de ligne, il fut nommé officier de la Légion d’honneur. Il mourut le 18 août 1859 d’une apoplexie froudroyante à l’hôpital de Vincennes. Il demeurait chez sa mère, institutrice, 21, rue des Deux-Ecus en 1826 ; 20, rue des Grands-Augustins dans le faubourg Saint-Germain en 1830-1831 ; 43, rue Monsieur-le-Prince en 1833 ; sa veuve, 119, rue du Faubourg-Saint-Antoine en 1859. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (par erreur sous le nom de Mouin, Napoléon) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 (par erreur sous le nom de Mouin, Napoléon) ; Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, lieutenants de la 1re liste qui ont reçu trois cents francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets ; Archives de Paris VK3 11 ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sous-lieutenants nommés sur la proposition de la Commission des récompenses nationales et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/67 ; Bulletin des lois, partie supplémentaire, n° 288, 1852, p. 884 ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1908/1.