Monnéron, Claude
Biographie
Né vers 1806, fils d’un maçon de Meximieux (Ain). Ouvrier charpentier. Il fut blessé à la cuisse gauche par un coup de feu, alors qu’il combattait dans la rue Saint-Honoré. Il retourna, sitôt après la révolution, dans son pays. Le maire de Meximieux adressa le certificat suivant à la Commission des récompenses nationales, pour tenter de faire valoir ses droits ainsi que ceux de Thébaud, ou Thélaud, ou Thélan, Pierre, son cousin, lui aussi originaire de la même commune. Cette lettre était ainsi rédigée : « Aujourd’hui, 9 septembre 1830, devant le maire de Meximieux, soussigné, s’est présenté Monnéron, Claude, ouvrier charpentier, domicilié sur cette commune, âgé de vingt-quatre ans, lequel a déclaré qu’étant parti d’ici pour faire son tour, le 1er juin dernier, il s’était placé pour travailler de son état à Ris, bourg situé à environ cinq lieues de Paris, route de Lyon ; que le lundi 25 juillet suivant il était allé rejoindre le nommé Pierre Thélot, ouvrier charron, aussi domicilié en cette commune, qui travaillait à Longjumeau, village sur la route d’Orléans, d’où ils étaient partis ensemble pour Paris, où ils sont arrivés à 5 heures du soir ; qu’ils sont allés loger derrière le Palais-Royal, dans un garni où l’on reçoit les ouvriers, qu’ils y ont couché ; qu’ayant entendu du bruit dans la nuit, ils se sont levés le mardi matin de bonne heure et se sont dirigés vers le Palais-Royal, où ils ont vu des gens du peuple et des gendarmes morts ; qu’étant retournés déjeuner et ayant entendu sonner le tocsin et battre la générale, ils se sont rendus dans la rue Saint-Honoré, où il y avait grande foule ; que lui, Monnéron, ayant été armé d’un fusil par un bourgeois, qui le lui avait tendu par une fenêtre et ayant reçu des cartouches d’une femme, en peu d’instants, il s’était trouvé au premier rang, par suite de la foule qui augmentait toujours et avait feu sur les soldats qui étaient opposés et qui tiraient sur eux ; qu’ayant avancé et reculé alternativement dans la rue Saint-Honoré, il avait été blessé d’un coup de feu à la cuisse, beaucoup plus bas que le Palais-Royal, au moment où il était à genoux pour tirer ; que quoique blessé il avait toujours continué à se battre jusqu’au jeudi 28 juillet, ayant couché dans les rues et sur les places ; que le dernier jour, étant sur la place de Grève, dans une charge de cavalerie, il reçut un coup de sabre, qui ne fit que couper son chapeau à la forme et au rebord ; que le jeudi, souffrant de sa blessure, il était sorti par la porte Saint-Martin et avait couché dans un champ, où il avait pris du repos, dont il avait grand besoin ; qu’étant rentré à Paris le vendredi matin il avait rencontré sur le pont Louis-XV son camarade Thélot, qu’il avait perdu dans la mêlée depuis trois jours, lequel était aussi blessé à la jambe et au dos ; que l’un et l’autre étaient sortis sur-le-champ de Paris. En se dirigeant sur Orléans, où Thélot est entré à l’hôpital et d’où lui, Monnéron, s’est rendu à Meximieux ; qu’il ne connaît aucun des chefs qui le commandaient, à la réserve des élèves de l’Ecole polytechnique, qu’il a vu plusieurs fois à leur tête ; que n’ayant jamais été à Paris, il ne connaît ni les rues ni les places dans lesquelles il s’est battu et que ne sachant pas au juste pour quelle cause il avait combattu ainsi que Thélot, ils avaient soigneusement caché leurs blessures ou du moins ils n’avaient dit à personne qu’ils s’étaient trouvés dans les combats de Paris et y avaient été blessés. Sur notre demande, ledit Monnéron nous a représenté un pantalon bleu en drap, dont il était vêtu à Paris, lequel est percé de deux trous dans l’endroit correspondant à la blessure qu’il a reçue ; cette blessure, qui n’est point cicatrisée, est située à la partie intérieure de la cuisse gauche, elle l’empêche de travailler pour le moment et nécessite encore les soins d’un chirurgien. Il nous a aussi représenté son chapeau, qui est à haute forme, qui se trouve coupé sur trois à quatre pouces de longueur à la coupe et au rebord extérieur et dont la cime se trouve ouverte par une balle. Enfin, ledit Monnéron nous a déclaré qu’ignorant, ainsi que Théloz qu’il y aurait des récompenses pour ceux qui avaient soutenu ces combats glorieux, ils n’avaient pris aucune précaution pour constater qu’ils y avaient été présents et acteurs tous les deux. » Un certificat médical de Coletta, médecin à Meximieux, joint à ce témoignage, constatait la blessure de Monnéron, à la partie interne et moyenne de la cuisse gauche « comme le résultat d’un coup de feu ou de baïonnette ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. En 1831, le maire de Meximieux se plaignait que son administré Monnéron n’eût plus de nouvelles des démarches qu’il avait faites pour lui à la Commission des récompenses nationales, afin de faire valoir ses droits de combattant et blessé de Juillet. La Commission des récompenses nationales lui répondit que Monnéron n’était pas passé devant le jury médical et que, en conséquence, elle n’avait pu prendre de décision à son sujet. Le dossier de Monnérot et Thélot est apostillé de l’observation suivante : « N’ont aucun droit ni l’un ni l’autre. » Archives de Paris DM13 1 ; Archives nationales F/1dIII/67.