Montenat, Pierre, Janvier

Biographie


Né vers 1784 (ou en 1793 in Archives de Paris, VD6 631 n° 1 et in Archives nationales F/1dIII/38 A ; en 1794 selon son casier judiciaire) à Paris. Ancien militaire au 9e de hussard, ayant perdu un doigt de la main droite au siège de Magdebourg en 1814, congédié sans vouloir reprendre du service en 1814, devenu compagnon maçon. Il fut blessé par un coup de baïonnette au tendon fléchisseur de l’annulaire droit. Il avait déjà perdu l’auriculaire droit dans les campagnes de 1813 et 1814 près de Magdebourg. Sitôt pansé, il retourna se battre et participa à l’expédition de Rambouillet. Il était porteur de plusieurs certificats, dont il ne reste que les copies. Le premier, ainsi rédigé (les signatures n’ont pas été recopiées) : « Nous certifions que M. Montenat, ouvrier compagnon maçon, demeurant rue du Rocher n° 14, s’est battu vaillamment pour la liberté, le 28 et 29 juillet, qu’il a reçu un coup de baïonnette dans la paume de la main droite, le 28 rue Saint-Honoré au coin de la rue d’Orléans, qu’il s’est encore battu le 29 malgré sa blessure, enfin qu’il a été à Rambouillet. » Le deuxième : « J’ai vu le susnommé se battre. Je lui ai donné des consultations pour sa blessure, il n’a pu travailler depuis ce temps. » Signé : Morel de Rubempré, docteur, rédacteur en chef de l’Ami du peuple. Le troisième : « J’ai vu ledit Montenat se battre vaillamment. » Signé : Desmottes, demeurant 1, rue d’Orléans. Le quatrième : « Je certifie que le nommé Montenat est entré à la maison avec le médecin Morel le 28 juillet 1830. » Signé : Bazard, Joseph, demeurant 47, rue du Four-Saint-Honoré. Le cinquième : « Je soussigné certifie que le nommé Montenat a combattu le 28 juillet depuis 4 heures de l’après-midi jusqu’à minuit au coin de la rue des Poulies et celle Saint-Honoré et qu’il a reçu une blessure à la main et a tué plusieurs Suisses. » Signé : Morion, propriétaire du café 118, rue Saint-Honoré. Un autre nom apparaît mais sans que le certificat fût conservé : Laforest, électeur au 5e collège, propriétaire du Bazar, 23, boulevard des Italiens, demeurant 62, rue Neuve-des-Mathurins. Marié et père d’un enfant, il reçut un secours de soixante-dix francs en août et de soixante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il devait quarante francs de dettes diverses avait pour dix francs de reconnaissance au mont-de-piété. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut un secours de dix francs le 2 août, un secours de vingt francs le 6 août, un secours de quarante francs le 12 août, un secours de vingt francs le 18 août, un secours de quarante francs, pour solde, le 25 août 1830 auprès de la Commission de secours de la mairie du (ancien) Ier arrondissement (bien cent francs de secours auprès de la mairie in Archives nationales F/1dIII/34 mais cent dix francs in Archives de Paris VK3 48 ; cent francs in Archives de Paris VK3 28 mais rayé avec la mention Repris de justice inscrite à la main et aussi Rien à donner Voleur sur une autre liste ; bien un secours de dix francs le 2 août, un secours de vingt francs le 6 août, un secours de quarante francs le 12 août, un secours de vingt francs le 18 août, un secours de quarante francs in Archives de Paris VD6 121 n° 2, liasse 3 état des sommes données aux blessés [soldé]) puis un secours de cent francs à partir du 12 octobre 1830 auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 11 décembre 1830, la conclusion suivante : « N’a été atteint, dans les journées de Juillet, d’aucune blessure par arme à feu, par arme blanche ou autre qui aient laissé des traces apparentes. En conséquence nous estimons que le susnommé n’a aucun droit à une récompense nationale. » La demande de pension qu’il avait présentée fut, en conséquence, rejetée. Il fut admis, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, dans la 1re classe des blessés avec une indemnité de trois cents francs versés sur une année. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de cent vingt francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Le 16 décembre 1830, il fut l’objet d’une lettre du commissaire de police du quartier du Roule au maire de son arrondissement, qui mettait en garde la Commission des récompenses nationales contre les prétentions de Montenat à une décoration honorifique ; Montenat avait eu jusque-là une « conduite très peu exemplaire », était un repris de justice, et un élève égyptien avait porté plainte contre lui pour les menaces dont il avait fait l’objet de sa part pendant les journées de Juillet. Le commissaire de police faisait savoir qu’une plainte avait été déposée devant le procureur du roi et faisait transmettre le récit des faits tel qu’il était fait par l’élève égyptien, Mohamed Hastof, demeurant 27 bis, rue du Rocher. Ce récit était ainsi rédigé : « A la révolution de juillet dernier, j’ai été victime d’un vol, dont le montant s’élève à près de cinq cents francs et dont l’objet est un sabre de Damas dont la poignée était d’or massif. Voici l’exposé des faits et le nom du coupable. Le jeudi 29 juillet 1830, vers les 10 heures du matin, une trentaine d’individus armés, à la tête desquels était le nommé cadet Montena, ouvrier maçon, demeurant rue du Rocher, cul-de-sac d’Any, n° 14, se présentèrent chez moi, rue du Rocher, n° 27 bis, et me demandèrent des armes. Je répondis que je n’en avais pas ; à ces mots, le susdit cadet Montena me dit qu’il allait fouiller toute la maison et ajouta que s’il trouvait quelque arme il me brûlerait la cervelle. La première partie de la menace fut aussitôt exécutée : commode, secrétaire, armoire sont d’abord visités ; la cheminée fut escaladée, mon lit, bouleversé, et toutes ces recherches faites avec une effrayante brutalité. Un sabre précieux était caché entre les matelas de mon lit. Cadet Montena, qui avait [illisible, exécuté] seul la perquisition ci-dessus, s’en empara avec colère et ordonna à sa bande de me brûler la cervelle. On me traita de gueux et de coquin. Ses compagnons se refusèrent à cet acte de barbarie et firent même tous leurs efforts pour calmer la fureur de ce monstre. J’obtins avec beaucoup de peine de garder le fourreau du sabre. Il était couvert d’or et nullement nécessaire pour se battre. Je demandai aussi qu’on me laissât la poignée, qui était d’or massif ; mais ici mes prières furent vaines, le sabre fut emporté. Une heure après la poignée avait disparu du sabre. Un nommé Milon, qui accompagnait cadet Montena dans son excursion chez moi, sait et peut prouver qu’il a enlevé lui-même et vendu la poignée d’or de mon sabre ; d’ailleurs on l’a vu, peu d’instants après ce vol monter à la barrière, armé seulement de la lame. Le lendemain vendredi, ce brigand, seul et armé d’un pistolet chargé, avec lequel il gesticulait de manière à m’effrayer, se présenta de nouveau dans ma maison ; il me demanda de le suivre à la barrière, où il voulait que je lui paye à boire. Pour éviter le tête à tête de cet homme dangereux, je l’entraînai chez M. Cauvin, portier de la maison, où je lui payai une bouteille de vin. Je n’ai eu cette condescendance que pour l’apaiser et éviter de le contrarier, de crainte qu’il ne se portât contre moi à quelque voie de fait plus dangereuse encore que le vol d’un sabre. M. Viard, sculpteur et marchand de vin de cette rue, est venu à mon secours en ce moment ainsi que quelques autres individus du quartier et sont parvenus à m’en débarrasser. Jugez de mon étonnement, monsieur le commissaire, je viens d’apprendre que ce vil et indigne individu postule pour une croix et pension et qu’il est sur le point de les obtenir. J’ai déjà fait plusieurs démarches auprès des autorités pour obtenir au moins que mon sabre ou sa valeur me fût rendue ; tous mes efforts ont été infructueux. J’aime à croire, monsieur le commissaire, qu’en m’adressant à vous, votre zèle bien connu et votre autorité me feront obtenir justice et me mettront à l’abri de nouvelles invectives de la part de mon spoliateur. » On trouve dans son dossier une lettre qu’il écrivit à la Commission des récompenses nationales alors qu’il était détenu à la prison de La Force : « N’ayant pu me présenter moi-même pour l’époque fixée pour les récompenses accordées aux blessés de Juillet et me trouvant dans cette catégorie et porté sur les contrôles de votre arrondissement où est mon élection de domicile, étant en ce moment détenu à la maison d’arrêt de La Force, je vous prierai donc, monsieur le maire, de faire attention qu’il n’y a aucunement de ma faute sur le retard de ma présentation et qu’ayant droit à cette récompense je compte sur votre bonté pour me compter au nombre de ceux à qui elle est accordée sous votre administration. » Selon le parquet du tribunal de première instance de la Seine, en date du 19 août 1831, il était alors détenu comme prévenu « d’avoir sciemment recelé et vendu une montre en or volée par la femme Auger avec laquelle il vit en concubinage ». Le parquet joignait son casier judiciaire, ainsi rédigé : « Montenart (sic), Pierre, Janvier, […] conduit à La Force : le 19 décembre 1814 pour voies de fait graves, libéré le 28 du même mois ; le 12 avril 1815 pour vol, libéré le 19 mai suivant ; le 13 juin 1815 pour voies de fait et désertion, libéré le 2 août suivant ; le 6 avril 1816, sous les noms de Montenat, Pierre, ou Lefranc pour vol. Condamné à cinq ans de réclusion par arrêt de la cour d’assises le 9 juillet suivant ; exposé le 1er août même année ; le 5 septembre 1815, pour coups portés à un invalide en fonctions ; condamné à six mois de prison par jugement correctionnel le 21 du même mois ; […] porté […] le 23 avril 1831 comme disparu de Paris, où il était assujetti à une surveillance à vie ; en cas d’arrestation, doit être conduit devant M. le préfet de police. » Il demeurait 8, rue Maison-Neuve en 1814 ; 14, impasse d’Any au 32 bis, rue du Rocher en 1830-1831 ; sa mère, 18, rue de la Petite-Voirie en 1830. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 36 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 39 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du Ier arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 66 ; Archives de Paris VD3 8, révolution de 1830, secours, pensions, orphelins de Juillet 1830-1835 ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, liste des blessés indemnitaires de la 1re classe, compte établi du 1er août 1830 au 31 août 1831 ; Archives de Paris VD6 121 n° 2 mairie du (ancien) 1er arrondissement, liasse 3, état des sommes données aux blessés (soldés), idem liasse 4 (trois documents à son nom), idem liasse 7 liste des secours aux combattants ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; Archives de Paris VK3 18, Bordereau nominatif des combattants de Juillet qui ont reçu à la mairie du (ancien) Ier arrondissement sur les fonds de la souscription nationale, le paiement des 120 francs accordés par ladite souscription ; Archives de Paris VK3 26, (ancien) Ier arrondissement de Paris, état des habitants du (ancien) Ier arrondissement qui ont été blessés dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 et Commission de la souscription nationale, mairie du (ancien) Ier arrondissement de Paris, état nominatif des blessés de la 1re classe dont les bulletins individuels ont été remis le 19 octobre 1831 au bureau de la Souscription nationale à la préfecture de la Seine ; Archives de Paris VK3 28, Commission des récompenses nationales de 1830, listes de noms de combattants bénéficiaires de secours pécuniaires, Ier arrondissement (ancien), idem même référence un récapitulatif alphabétique des secours donnés aux combattants avec indication précise des dates, idem même référence registre de la Souscription nationale, blessés de la 1re catégorie de la 2e classe ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 10 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (206) citoyens qui quoique non blessés dans les journées de Juillet ont prétendu au bénéfice des articles 5 et 6 de la loi du 13 décembre ; Archives nationales F/1dIII/41 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Ier arrondissement, blessés de 1re classe.

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