Montigny-Champon
Biographie
Colonel de la garde nationale de Lille. En septembre 1831, la division des gardes nationales et des affaires militaires du ministère de l’Intérieur sollicitait en sa faveur la décoration de la Croix de Juillet : « M. Montigny-Champon, colonel de la garde nationale de Lille sollicite la décoration spéciale. Sans connaître les événements qui se passaient à Paris dans les trois journées, ce brave officier s’est mis à la tête du mouvement populaire qui a éclaté dans le département du Nord. C’est à son courage, à la force de son caractère, à l’esprit de sagesse qu’il a déployé dans ce mouvement qu’on a dû de n’avoir point à déplorer de malheur à Lille. Ses soins et son activité ont suffi pour organiser la garde nationale et sa fermeté a préservé la ville du pillage. Cependant malgré ses droits, la décoration spéciale, but de ses espérances, ne lui a point été décernée. M. le préfet du Nord en rappelant tous les titres de M. le colonel Montigny-Champon à la reconnaissance nationale fait remarquer que cet oubli a produit un fâcheux effet sur l’esprit de ses concitoyens ; c’est tout à la fois dans le but de dissiper cette impression et comme un acte de justice que cet administrateur insiste pour que M. Montigny-Champon reçoive la décoration spéciale. » On peut lire dans son dossier la lettre suivante rédigée par la même division des gardes nationales : « […] C’est surtout aux efforts de cet officier, à son courage, ainsi qu’à la fermeté dont il a fait preuve, à l’époque de la révolution du 1830, quand on a dû le maintien de la tranquillité publique dans cette importante cité. Mais déjà, au mois de décembre dernier, le roi sous les yeux duquel a été placé l’état des services de M. le colonel Montigny a bien voulu lui conférer le titre de chevalier de la Légion d’honneur. En accordant une récompense aussi honorable à celui d’entre eux qui a su faire respecter les droits de tous Sa Majesté a dû prouver aux Lillois combien elle savait apprécier leur dévouement et leur patriotisme. Une nouvelle récompense est-elle nécessaire pour ajouter à cette conviction ? Ne serait-il pas à craindre, au contraire, que la proposition formulée en faveur de M. Montigny-Champon, si elle était accueillie en ce moment, ne fît naître une foule de prétention qu’il importe de ne point soulever ? Peut-être penserez-vous, Messieurs, qu’eu égard à cette considération et à la faveur récemment accordée par le roi à M. le colonel de la garde nationale de Lille, on pourrait ajourner, sans aucun inconvénient, la suite qu’il serait convenable de donner à la demande de la décoration spéciale qui vient de m’être faite en son nom ? » Le 3 novembre 1831, la préfecture du Nord faisait, à son sujet, parvenir la lettre suivante au ministère de l’Intérieur : « M. Montigny-Champon, colonel de la garde nationale de Lille a désiré que je vous témoignasse la surprise d’avoir été omis dans la distribution de Croix de Juillet, tandis que quelques personnes de cette ville l’ont obtenue bien que leurs services ne pussent prévaloir sur les siens. J’ai accueilli la demande M. Montigny-Champon quoique la Commission des récompenses nationales ayant clos son travail il fût peu probable que l’injustice faite à son égard pût être réparée. A la demande de M. de Montigny, j’ai joint ses états de service. Ils sont honorables. Je vous prie de vouloir bien vous les faire représenter. M. Montigny a reçu la décoration de chevalier de la Légion d’honneur mais cette grâce n’a été en quelque sorte qu’une restitution. M. Montigny avait reçu en 1815 la même décoration sur le champ de bataille. Nous nous flattons de l’espoir de posséder prochainement Sa Majesté. Elle voudra sans doute que son voyage soit signalé par quelque promotion. Je vous prierai donc, M. le ministre, de présenter M. Montigny-Champon pour le grade d’officier de la Légion d’honneur. Cette récompense me paraît due à ses anciens services, à ceux qu’il ne cesse de rendre et à sa courageuse conduite en Juillet. Il est le colonel d’une des plus belles et des plus importantes gardes nationales du royaume. Vous avez bien voulu faire accorder à M. Braeme, parce qu’il était le plus ancien capitaine de la garde nationale la décoration à laquelle aspire M. Montigny, son colonel. J’ose vous assurer que la ville entière verrait avec une vive satisfaction la demande que je vous fais pour M. Montigny favorablement nationale, est monté à l’assaut et a fait mine de vouloir tirer sur les émeutiers, qui ont de suite évacué la rue. On nous apprend que cet honorable citoyen est très grièvement blessé. » Il était très lié à Leleux (voir ce nom), éditeur en 1830 de l’Echo du Nord. Une lettre que dernier lui adressa, en mars 1831, en témoigne : « Je t’envoie, mon digne ami, quelques exemplaires de l’imprimé que tu me demandes (voir le texte cité plus haut). J’y joins autant de ma dernière chanson que les connaisseurs ont trouvée assez bonne, pour une chanson de province. Quant à mes services, tu les connais. Tu sais que j’ai seul, sans l’assistance de personne, fondé et maintenu un journal constitutionnel à Lille ; que j’y ai mangé quarante mille francs de mon patrimoine, que j’ai subi dix condamnations, quatre emprisonnements et que j’ai failli être assassiné en 1820 par des officiers de la garde royale qui sont venus le soir m’attaquer chez moi, après l’assassinat du duc de Berry. Je n’ai demandé rien jusqu’à ce jour ; mais si le gouvernement veut récompenser mes services passés, ce sera pour moi un aiguillon, un encouragement à en rendre de nouveaux, pourvu qu’il ne se sépare pas e la natron. Tout à toi d’amitié » Il fut blessé dans la répression de l’émeute, à Lille le 23 mai 1848. Il demeurait hôtel de Bruges, rue Neuve-des-Bons-Enfants, à Paris, en mars 1831. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Nord ; la Gazette des tribunaux, 25 mai 1848. Il fut sans doute décoré de la Croix de Juillet ? Il apostilla ainsi la demande présentée par Fossart : « Le colonel commandant la garde nationale de Lille certifie l’exactitude des faits mentionnés dans la présente pétition et recommande à la bienveillance de la Commission des récompenses nationales le sieur Foissard (sic). »