Moreau, Martial

Biographie


Né à Saint-Georges-la-Pouge (Creuse). Commis en bâtiment. Il sollicita le 14 décembre 1830, la décoration de Juillet. Il joignait à sa demande un exposé, ainsi rédigé, de sa conduite : « Le 28 juillet, Moreau (Martial), que les événements du 27 avaient profondément ému, quitta son travail, s’arma de son fusil, se munit de dix-huit cartouches provenant d’un plus grand nombre que lui-même avait faites dès la veille et le matin, et sortit pour aller combattre les soldats de la tyrannie.

»Arrivé à la Grève, il entendit le canon sur le pont Notre-Dame, ce qui lui confirma que l’affaire était commencée. L’ennemi arrivant sur la place de l’Hôtel de ville par le pont d’Arcole, il s’y battit. Forcé de se retirer sous l’arcade Saint-Jean, il y épuisa toutes ses munitions. Ne pouvant s’en procurer d’autres sur les lieux, il retourna chez lui pour en chercher de nouvelles.

»Revenu au combat, il marcha, au milieu de la mitraille, sur l’artillerie de la garde, en ce moment postée rue Saint-Denis, près la halle, et tirant sur le peuple. Arrêté par des citoyens qui, comme lui, voulaient la liberté, ils le conduisirent contre une compagnie de grenadiers de cette garde, venant du Pont-Neuf et se dirigeant sur l’Hôtel de ville, en suivant les quais. Moreau les attendit à bout portant, essuya leur feu et fit plusieurs décharges. Ces militaires ayant fait halte en amont du point au Change, il ne cessa de tirer sur eux, et, les voyant se porter au pont Notre-Dame, il alla s’embusquer rue Saint-Jérôme, d’où il les tirailla, soit à leur passage, soit en les suivant, jusqu’à ce qu’ils eurent pris position au pont d’Arcole. Ceci dura environ vingt minutes. Prenant lui-même position au pont qu’ils venaient de quitter, il tira constamment de là sur le pont d’Arcole jusqu’à ce qui ne resta plus que le factionnaire dans sa guérite. Le poste évacué, il alla rue de la Tannerie, où il continua son feu jusqu’à la nuit.

»Le 29, plusieurs ouvriers étant venus le rejoindre, il partagea avec eux ce qui lui restait de provisions et ils allèrent ensemble s’emparer du poste des pompiers de la rue Saint-Antoine, en face Saint-Paul. Ce poste s’étant joint à son détachement, ils prirent des balles à la tour Saint-Jacques, de la poudre à l’Hôtel de ville, et, par ses soins, six hommes en confectionnèrent des cartouches. Tous se dirigèrent à l’attaque du Louvre, où personnellement il soutint et essuya le feu le plus vif, notamment à une barricade.

»En ce moment, un élève de l’Ecole polytechnique étant arrivé et s’étant écrié : “Mes amis, cessez le feu ! au Louvre sans tirer un coup de fusil !” ils s’y précipitèrent à la course et y entrèrent.

»Après avoir tiraillé contre les Suisses dans l’intérieur du Louvre, Moreau, tantôt seul, tantôt accompagné, se dirigea sur la place du Carrousel, où, s’apercevant de la retraite des Suisses par les jardins et jugeant sa présence plus utile là où se faisait entendre la fusillade, il passa par les chantiers du Louvre, franchit les barricades et les obstacles, prit position au coin de la rue Pierre-Lescot et de là, poursuivant les soldats de porte en porte, il aida à les refouler et parvint ainsi jusqu’au numéro 219 bis de la rue Saint-Honoré.

»Les grenadiers se réfugièrent dans la cour du Palais-Royal. Par suite du feu qu’ils essuyaient, quatre en sortirent, faisant main basse et se dirigeant du côté des Tuileries. Moreau et ceux qui étaient près de lui tirèrent dessus et en tuèrent deux. Accourant de suite sur la grille du palais, il vit la troupe qui était dans la cour, lever en l’air la crosse du fusil et demander à se rendre.

»Il n’y avait plus de danger à craindre, le poste de Moreau n’était plus là. Aussi, courant à la porte du côté du Théâtre-Français, il y vit un jour de deux pouces et le factionnaire qui était derrière disant : “Nous nous rendons mais je n’ouvre pas.” Il mit son fusil dans cette ouverture, força la porte, s’empara du poste et des armes qu’il distribua à ceux de ses camarades qui n’en avaient pas. Le capitaine vint alors lui serrer la main et lui dit : “Mon ami, depuis hier, quoique forcés de nous battre, nous désirons nous rendre, faites cesser le feu !” Moreau étant allé chercher ses camarades, ils désarmèrent les prisonniers et les armes furent par lui distribuées au peuple, sur la place en face le palais.

»Les grenadiers qui étaient dans la maison du chapelier, vis-à-vis le Français, manifestaient l’intention de se rendre. Moreau, croyant qu’ils ne recommenceraient pas le feu (il fut trompé car ils tirèrent depuis), leur envoya à cet effet un capitaine et deux grenadiers déjà rendus et désarmés, et s’achemina vers les Affaires étrangères où les gendarmes s’étaient barricadés.

»Après avoir coupé un panneau de la porte donnant du côté du boulevard des Capucines, Moreau entra dans la cour et désarma quelques-uns des gendarmes qui s’y trouvaient et qui ensuite allèrent rejoindre ceux qui étaient dans l’intérieur des bâtiments. Il voulait, ainsi que d’autres, y pénétrer pour opérer un désarmement général. Mais, cédant aux instances de M. Roland, qu’il croit employé au ministère, qui promettait que ces gendarmes allaient se rendre, qu’ils ne demandaient que la vie, il les attendit au passage pour leur faire effectuer cette promesse. Cependant l’effervescence du peuple était au comble.

»En ce moment, M. Casimir Perier arriva, donnant le bras à une dame. Il s’adressa à Moreau et à ceux qui étaient avec lui et leur ayant dit : “Au nom du pouvoir dont je suis revêtu et au nom de l’humanité française, laissez la vie à ces gendarmes, ils sont criminels mais laissez-leur la vie !” Les gendarmes furent respectés. M. Laffitte qui survint quelque temps après leur tint à peu près le même langage. Il ne fallait rien moins que ces recommandations toutes puissantes pour maintenir les patriotes qui avaient tant souffert des attaques de ces agents détestés du pouvoir déchu.

»Moreau apprenant que les Suisses étaient aux Champs-Elysées, il y allait. Mais, sachant bientôt qu’il était mal informé et s’apercevant que le glorieux drapeau ne flottait pas encore sur le palais Bourbon, il entra chez le libraire de la rue de Bourgogne, qui l’aida à en confectionner un, et il l’arbora lui-même sur ce monument. Il fit crier aux vétérans Vive la liberté ! mais le factionnaire ne voulant pas proférer ce cri il lui ôta son arme et la donna à un ouvrier.

»Remontant ensuite la Seine, il arriva au corps de garde du quai, lequel est couvert en plomb, au moment où des ouvriers qui se disaient être de la tour Saint-Jacques, commençaient à le découvrir, et il en empêcha la dégradation. Puis, s’étant nanti de nouvelles munitions, il partit pour Saint-Cloud dans l’intention de donner à sa patrie les mêmes preuves de son dévouement.

»Ainsi, pendant ces deux mémorables journées, Moreau, tour à tour seul ou accompagné, tour à tour chef ou soldat, suivant l’occurrence et d’après l’impulsion du moment, Moreau, toujours courageux s’est précipité partout où il y avait du danger. Beaucoup d’ennemis sans doute sont tombés sous ses coups ; mais tout entier au combat, il ne les a pas comptés. Pour lui, nul repos qu’après le succès, et, vainqueur à Paris, il voulait l’être encore à Saint-Cloud. Les hasards ont respecté ce brave et le plomb mortel et le fer qui moissonnaient autour de lui tant de victimes ne l’ont pas atteint.

»Content d’avoir fait pour son pays ce qu’il considérait son devoir, il n’a sollicité ni place ni récompense pécuniaire.

»Aujourd’hui qu’un prix plus analogue à ses sentiments est décrété pour les braves de la grande semaine, Moreau sent battre avec force son noble cœur, et, se rappelant qu’il n’a combattu que pour la gloire, il verrait avec un juste orgueil le signe de l’honneur, qu’il a si bien mérité, décorer sa poitrine. » Il joignait à sa demande un certificat ainsi rédigé : « Nous, soussignés, qui avons combattu pendant les journées de Juillet, attestons à qui appartiendra que les faits énoncés dans le présent exposé sont exacts et conformes à la vérité. Nous les certifions comme témoin. Comme camarades, nous verrions avec plaisir que le sieur Moreau, Martial, obtînt, pour prix de sa belle conduite, la décoration que la munificence nationale a votée. » Signé : Lefort, demeurant 25, place de la Madeleine ; Bonard, François, demeurant 25, place de la Madeleine ; Passé, marchand de vins, demeurant 27, rue Saint-Germain-l’Auxerrois ; Malherbe, demeurant 32, rue illisible (Saint-Germesor ?) ; Desargillière, 32, rue illisible ; Deffez, demeurant 32, rue illisible ; Gonet, demeurant 32, rue illisible. Mangeot certifiait avoir confectionné le drapeau pour la chambre des députés, et Vasseur, concierge de la Chambre des députés, apostilla la déclaration de Mangeot. Il joignait, de la même manière, une lettre du secrétaire de Casimir Perier, qui regrettait de ne pouvoir faire apostiller sa demande par son maître : « M. Perier, tout entier aux affaires publiques, est obligé de négliger même ses affaires personnelles et n’a pour ainsi dire pas le temps de respirer. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Moreau demeurait 50, rue Saint-Germain-l’Auxerrois en 1830. Archives de Paris VD6 281 n° 1.

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