Morin, Léon
Biographie
Né en 1805 à Charleville (Ardennes). Etudiant en médecine. Il fut légèrement blessé par une balle le 29 juillet à l’attaque de la caserne de Babylone. Il fut soigné à l’hôpital Necker. De nombreux journaux relatèrent à son sujet : « M. Morin (Léon), élève de l’Ecole de médecine, et neveu de M. Morin, chef d’institution, a eu le corps traversé d’une balle. On espère le conserver à la vie. » Et dans le même ouvrage p. 84-85 : « Lettre adressée à M. le doyen de l’Ecole de médecine. Les soussignés, tous élèves en droit ou en médecine, ont l’honneur d’appeler votre attention sur le jeune Léon Morin, étudiant en médecine, dont ils se plaisent à reconnaître unanimement et l’intrépidité et la noble conduite. Il est à leur connaissance et ils affirment tous que leur condisciple Morin : Le 28 juillet dernier, à 10 heures du matin, sortit en armes pour voler au secours du peuple qu’on égorgeait près du Palais de justice, et qu’arrivé au pont Saint-Michel, il renversa d’un coup de feu un des lanciers postés à la tête du pont ; qu’après ce premier succès, accompagné de Petit Dugour, étudiant en médecine, il se rendit à Bercy, dont il souleva les habitants, s’empara d’un poste et saisit dans une maison particulière dix fusils desquels il arma dix nouveaux défenseurs de nos droits qui, une heure après, en même temps que lui, et sur différents points, attaquèrent les divers postes de la Grève ; que le 29 il se trouva à l’attaque de la caserne de Babylone, s’avançant aux premiers rangs, et animant ses camarades par ses discours et surtout par l’exemple de son courage, jusqu’à ce que, frappé d’une balle à la région du foie, il tomba presque mourant entre les bras de son ami Verny, et fut transporté rue de Sèvres, à l’hôpital Necker, où, malgré la gravité de sa blessure, on est rassuré sur son état. Sachant qu’il a plus au prince généralissime du royaume de mettre à votre disposition les récompenses destinées aux plus courageux élèves de l’école, les soussignés prennent la liberté, M. le doyen, et regardent comme un devoir de porter à votre connaissance les faits ci-dessus, afin d’éclairer votre justice, et d’appeler votre bienveillance sur celui qu’ils en jugent digne. » Il adressa à la Commission des récompenses nationales le récit suivant de sa participation aux combats : « Mercredi 27 juillet, traversant la rue Saint-Honoré à 5 heures du soir, je rencontrai un malheureux qu’une balle venait de frapper à la jambe. Je lui fis un premier pansement. A 9 heures, je proposai à plusieurs de mes amis, dans le but de procurer des armes aux ouvriers du faubourg Saint-Germain, de nous rendre maîtres, à la faveur de la nuit, du passage dit cour du Dragon dont chacune des boutiques était pleine de vieilles armes. Cette proposition n’eut pas de suite. Mercredi 28 à 10 heures et demie, on annonça au café Belhomme, faubourg Saint-Germain, que les lanciers tiraient sur le peuple près du palais de justice. Armé d’un fusil à deux coups, je m’y dirigeai aussitôt avec trois camarades en la présence desquels je sacrifiai deux de ces assassins. A midi, j’étais à Bercy avec un étudiant en médecine. Nous y soulevâmes les esprits et nous emparâmes d’un poste et d’une douzaine de fusils dans une demeure particulière. Plus de deux cents hommes s’étaient réunis sous notre direction. Je les quittai pour quelques instants. Je venais à Paris afin d’aviser au moyen de les armer. J’eus le bonheur d’apprendre d’un pompier que plus de trois cents fusils se trouvaient à la caserne rue du Vieux-Colombier. Plein de joie, je cours de nouveau à Bercy mais dans leur impatience nombre de nos gens ne m’avaient point attendu. Je les trouvai près du Jardin des plantes, leur communiquai ma découverte et les engageai fortement à en profiter. Quant à moi, j’étais déterminé à marcher sur la Grève. Je continuai ma route en m’adjoignant tous les hommes armés que je pus rencontrer. J’y combattis jusqu’à la fin de l’engagement. Je ne dois point omettre que, rue Traversière-Charenton, je pansai un malheureux ouvrier blessé à mes côtés par des lanciers de deux quartiers de balle. Jeudi 29, je marchai avec le faubourg Saint-Germain contre la caserne des Suisses située rue de Babylone. J’étais préposé à la manœuvre d’une pièce d’artillerie. Mais, depuis un quart d’heure des ordres nous tenaient inactifs rue de Sèvres tandis qu’une vive fusillade se faisait entendre au pied de la caserne. C’est là que m’appelait le devoir. Je ne tardai point à y tomber, percé d’une balle. S’il plaît au généralissime du royaume d’approuver ma conduite, s’il la juge digne de quelque récompense, la plus précieuse dont il puisse m’honorer serait le titre d’aide-major dans le régiment qui doit porter son nom. » Il était inscrit sur la liste des personnes à secourir ou secourues en août 1830 auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Le Figaro, en date du 19 septembre 1830, donnait l’avis suivant, relatif à Delattre (voir Delattre, Louis, Charles), qui venait de mourir des suites des blessures qu’il avait reçues à l’attaque de la caserne de Babylone : « M. Delatre de Rougemont, qui, pendant les trois jours, avait donné le premier le signal d’aller attaquer la caserne Babylone, où il fut blessé grièvement, vient de mourir. Un convoi digne d’un héros lui a été fait, et son corps, porté par ses nombreux amis, a été déposé au cimetière Montmartre, escorté de trois cents gardes nationaux et de cent vingt jeunes gens. M. Morin (voir Morin, Léon), son ami, a prononcé sur sa tombe un discours qui arraché des larmes à tous les assistants. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Proposé pour un emploi de chirurgien aide-major par la Commission des récompenses nationales, il fut nommé chirurgien aide-major, le 6 janvier 1831 et affecté au 13e régiment de ligne. Il signa comme « blessé le 29 juillet à Babylone » le 23 août 1830, un certificat en faveur de Boutteville, Marc, Lucien, pour attester que ce dernier avait été présent à l’attaque de la caserne de Babylone et s’y était « battu courageusement ». Il signa, le 14 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Ramel, François : « Nous certifions que le nommé François Ramel a été blessé dans les mémorables journées des 28 et 29 juillet à la caserne Babylone, où il s’est conduit en brave pour la défense de nos libertés. Il s’est aussi trouvé le premier à la prise de Saint-Thomas-d’Aquin, pour désarmer le poste de Suisses, desquels il aidé à distribuer les armes aux citoyens non armés. » Il signa le certificat suivant en faveur de Martin, Marie, Louis, Narcisse : « Nous, soussignés, volontaires du passage Dauphine, sous le commandement de M. le lieutenant-colonel Levasseur (voir Levasseur, André, Nicolas ?), certifions que Louis, Narcisse, Marie Martin, de Paris, s’est conduit de la manière la plus honorable pendant les trois jours de la glorieuse révolution de Juillet ; que le 28 il reçut le commandement d’un poste organisé dans le passage Dauphine, où, voyant le manque de munitions, il envoya à la Salpêtrière (sic) et obtint de la poudre ; que le lendemain 29 les volontaires du passage, de retour de Saint-Thomas-d’Aquin, mirent sous sa garde trente Suisses, qui l’aidèrent à fabriquer des cartouches, qu’il distribua aux braves qui combattaient pour notre belle cause, que cinq mille cartouches furent ainsi distribuées et le reste de la poudre remis à la garde nationale après la prise des Tuileries ; que le 30, il engagea ses camarades à demeurer sous les armes et que, nommé chef du poste en l’absence de M. Levasseur, blessé, il remplit avec soin les fonctions, jusqu’à l’entier rétablissement de la tranquillité ; qu’enfin il s’est battu avec courage contre les lanciers à la descente du pont Saint-Michel. » Il apostilla ainsi la demande de décoration présentée par Deschamps, Michel, Hyacinthe (voir ce nom) : « Moi, ayant pleine connaissance de la belle conduite de M. Deschamps, je déclare que personne à Paris n’a mieux mérité la bienveillance du gouvernement. Son dévouement a été au-dessus de tout éloge. Inhabile à lui être directement utile, je ne puis mieux faire que de prier M. Jules Guyot de faire prendre sur M. Deschamps quelques informations. Il serai convaincu que si quelqu’un porte la décoration de Juillet, il n’est personne qui l’ait mieux mérité que lui. » Il signa, le 21 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Lobrot, Antoine, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, chirurgien aide-major au 13e régiment de ligne, promu sur la proposition de la Commission des récompenses nationales, certifie que le sieur Lobrot, courrier aux malles postes, nommé sur la proposition de la Commission des récompenses nationales, s’est comporté le 27, le 28 et le 29 juillet 1830 en homme de cœur et surtout a fait preuve d’un dévouement remarquable. Toute la journée du 28, il combattit dans la rue Saint-Honoré et à la Grève. Le 29, nous étions ensemble à la caserne de Babylone ; il fut un de ceux qui en incendièrent la porte. Il était à mes côtés quand je tombai frappé d’une balle et fut un des premiers qui se précipitèrent dans ladite caserne. Il contribua, les jours suivants, au maintien du bon ordre, fit partie de l’expédition qui se porta sur Rambouillet. Sur sa demande, je me plais à lui renouveler ce témoignage d’estime ; son civisme et sa conduite irréprochable me font sincèrement désirer qu’il lui soit utile. » En délivrant ce certificat à Lobrot, Morin lui avait cependant adressé la lettre suivante : « Mon cher Lobrot, bien que la lettre que vous m’avez écrite en date du 1er courant n’ait éprouvé aucun retard, je me suis néanmoins trouvé dans l’impossibilité de vous répondre ; une fièvre grave me retient depuis un mois à l’hôpital. Je saisis un jour de mieux pour le faire. J’applaudis au désir que vous manifestez d’obtenir la Croix de Juillet : vous l’avez méritée et je comprendrais difficilement qu’elle pût vous être refusée. La promotion que vous avez obtenue dans les postes, à tire de récompense nationale, comporte de droit la décoration et je me rappelle avoir entendu M. Guyot dire, il y a sept mois, que toutes les personnes appelées par la Commission à remplir tel ou tel emploi la recevraient comme titre justificatif de la récompense qu’ils auraient obtenue. Je ne puis vous envoyer un certificat tel que vous me le demandez. Je ne ferai point pour vous ce à quoi je n’ai pas daigné condescendre pour moi-même. Ma santé me permît-elle d’aller faire des révérences et quêter des apostilles, vous figurerez-vous que ce sont celles de personnes qui ne se trouvaient pas avec nous que j’irais réclamer ? Eux, absents de Paris, comment pourraient-ils garantir la véracité des faits que je mentionnerais dans ce certificat que je vous destine et moi j’irais leur en faire la proposition, n’en parlons plus. Loin de nous l’idée de démarches que ne légitime pas le respect que je professe pour moi-même. Les gens qui vous ont conseillé ces démarches peuvent les trouver fort naturelles mais leur morale facile se trouvera rarement d’accord avec la mienne. Si au mois de septembre dernier ma signature a paru digne de foi à M. Guyot et s’il est vrai que le motif réel pour lequel on vous refuse cette décoration c’est la perte du certificat, vous en trouverez ci-joint un nouveau, il mentionnera les mêmes faits, la bouche qui les exprime est également pure, qu’il soit heureux comme l’autre, il est également digne de confiance. En démentant ses propres actes, la Commission tendrait à les avilir. Je suis extrêmement sensible au souvenir amical que M. Lay et son aimable famille veulent bien conserver de moi. Faites-leur agréer l’assurance de ma sincère affection. » Il était célibataire en 1830. Il demeurait 26, place Vendôme (mais 24, place Vendôme in Archives de Paris VK3 28 un récapitulatif alphabétique des secours donnés aux combattants avec indication précise des dates) en août 1830 ; 27, rue Louis-le-Grand en 1831 ; à Besançon en juillet 1831. La Gazette des écoles, n° 68 dimanche 8 août 1830 ; Le National, 10 août 1830 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 71 ; Le Figaro, 19 septembre 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Deschamps, Michel, Hyacinthe ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Martin, Marie, Louis, Narcisse ; Archives de Paris VK3 28 un récapitulatif alphabétique des secours donnés aux combattants avec indication précise des dates ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Boutteville, Marc, Lucien ; Archives de Paris VK3 48 classé par erreur dans le dossier de Monin, Napoléon, Pierre, Edouard, Victoire ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, ministère de la Guerre, emplois d’officiers de santé, d’officiers d’administration des hôpitaux militaires de chirurgiens et d’officiers dans le bataillon d’ouvriers (par erreur sous le nom de Maurin, Léon) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/58 in dossier Hardy ; Archives nationales F/1dIII/73 in dossier Ramel, François ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Lobrot, Antoine.