Moulin, Louis, Laurent

Biographie


Né le 5 germinal an II (25 mars 1794) à Paris. Ancien soldat de l’Empire, blessé en 1813, établi serrurier en bâtiments. Il s’illustra à la Grève, rue des Prouvaires, rue Saint-Honoré, au Louvre, au Palais-Royal et fut blessé de deux coups de baïonnette à la main droite. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut, comme médaillé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. En 1846, il sollicita des secours ; la police le dit marié, père de deux enfants, jouissant d’une bonne réputation et ne se trouvant pas dans une position aisée. En 1848, il était père de trois enfants et sans ouvrage depuis deux ans. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il adressa la lettre suivante à la Commission : « Le nommé Louis, Laurent Moulin, âgé de cinquante-quatre ans, serrurier, a l’honneur de vous exposer sa position. Ayant été chef de section depuis la formation de la Société des droits de l’homme et dans celle dite des saisons, dont le citoyen Sobrier était notre commissaire et le citoyen Montassier dont la réunion se tenait chez le citoyen Aubert, médecin, maintenant rue du Faubourg-Saint-Denis, plus pour la Société des saisons, dont le citoyen Martin Bernard et Blanqui et Barbès étaient nos chefs et dont nos réunions étaient chez le nommé Jean Tébau, rue Mazarine, hôtel Mazarine, dont nous recevions vos ordres tant pour la fabrication des munitions et l’armement dont j’ai tenu longtemps le dépôt et dont j’avais cinquante-six hommes, formant une section. J’ai donc fait tous mes efforts, tout bravé, tant par ma présence, mes cotisations, mes courses et propagande et en opposition au tyran que nous venons de chasser. Par ces faits, j’ai donc attiré sur moi et ma famille toute la perte de mon établissement et ma ruine complète. Me trouvant maintenant dans un dénuement complet car vous le savez les riches et les boutiquiers ne nous aimaient pas et ce qui m’a fait encore le plus de mal c’est toutes les poursuites de la police. J’ai reçu quatorze visites domiciliaires, trois mandats de comparution et de plus arrêté une fois dans l’affaire Meunier, dont je ne connaissais pas même l’existence. Mais ne sachant par quel moyen nous détruire, tout leur était bon jusqu’à faire des enquêtes dans le voisinage pour me faire perdre mes travaux. N’étant déjà pas trop bien avec l’aristocratie, vu que j’ai contribué à la révolution de Juillet, dont j’ai été blessé et décoré. La Révolution de Février m’a aussi compté dans ses rangs car je l’aspirais avec ardeur et j’emploie aujourd’hui tous mes moyens et toutes mes forces à faire triompher notre sublime république, qui marchera malgré tous les intrigants, soyez-en sûrs citoyen. Quant aux certificats, je crois que les citoyens que j’ai nommés ci-dessus doivent se rappeler de moi, car ils sont venus souvent chez moi, surtout le citoyen Martin Bernard et le citoyen Sobrier. Si ces preuves ne suffisaient pas, j’aurais à vous présenter toutes les signatures de mes voisins et de tous les membres de ma section et même des membres d’autres sections qui connaissent ma conduite et mon dévouement dans tous les temps pour la liberté. Car tous les hommes qui ont fait partie de ma section n’ont point été poursuivis, vu que je ne me suis jamais laissé saisir aucun papier qui aurait pu les compromettre. Moi seul a été victime. Je ne vous dirais pas comme bien des hommes qui se flattent d’avoir tout fait, je vous informerai seulement que moi et quatre amis de la même cause, nous avons commencé la première attaque contre les gardes municipaux, placés à la tête du pont de la Révolution, qui a reconquis son nom dans cette dernière affaire. Nous les avons forcés d’abandonner leur poste, aidés aussi par les assistants. C’est de là que le peuple jeta des pierres à ce peloton qui se sauvait, ne pouvant faire mieux vu que c’était le 22 et que l’on n’avait pas d’armes. De là, commença les charges et les coups de sabre et je suis sûr d’avoir commencé la révolution, qui me tardait de voir engager. Ensuite, nous fûmes aux boulevards, rue Saint-Denis, les Halles et le Marais pour engager à faire des barricades dans tous les groupes, harangué le peuple, l’encouragé mais rien de sérieux dans cette journée. Le 23, nous fûmes à la barricade de la rue Rambuteau, dans les halles, rue Saint-Antoine et le Marais, toujours sans armes, ne pouvant nous en procurer. Plusieurs fois, j’ai proposé de désarmer les boutiques, sans réussite. Le 24 seulement, j’ai pu avoir un fusil, donc j’ai été prendre le poste de la prison militaire de l’Abbaye, ensuite désarmé la caserne de la rue du Foin et celle de la rue des Grès avec un élève de l’Ecole polytechnique, et de là aux Tuileries, qui venaient d’être prises. Voilà, citoyen, l’emploi de mon temps. Ainsi, citoyen, je vous prie de prendre ma situation en considération. Vous obligerez un soldat de la Vieille Armée, blessé deux fois en 1813 en défendant la patrie et n’ayant pas de pension et père de trois enfants. S’il plaisait aux membres de la Commission de me charger d’une place de sûreté ou de garde de confiance, n’importe dans quel emploi, tel périlleux ou dangereux qu’il soit, je réponds de mourir à mon poste plutôt que de manquer à mon devoir de républicain ferme et invariable. Quant aux poursuites dont j’ai été l’objet les dossiers doivent être à la préfecture. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le nommé Moulin, Louis, Laurent a été notre chef de section dans la Société des droits de l’homme et dont les nommés Sobrier et Montassier étaient commissaires de quartier, et qu’il était avec nous aux barricades de la rue d’Enfer et de la rue Saint-Hyacinthe et nous a distribué les munitions et que nous avons passé deux nuits dans sa cave, toute la section qui se composait de cinquante-six hommes en attendant les ordres du comité pour agir aux affaires d’Avril (dite Transnonain). » Signé, le 5 septembre 1848 : Morau, demeurant 8, rue des Noyers ; Langlois, demeurant 12, rue de l’Echaudé-Saint-Germain ; Sepchat, demeurant 10, rue du Bon-Puits ; Davant, demeurant 12, rue de Tournon ; Thébault, demeurant 15, rue de la Harpe ; Jourdain, demeurant 7, quai Saint-Michel ; Lacombe, employé au musée national, demeurant 17, rue des Boucheries ; Ibos, demeurant 4, rue de Tournon ; ...bard, demeurant 33, rue de Verneuil, qui ajoutait : « Je certifie que le citoyen Moulin a été dans toutes les sociétés secrètes comme chef et qu’il a fait partie de ma saison comme Juillet et a participé aux affaires de mai 1839 et peut inspirer la confiance pour toute munitions, armement, etc. Il en a tenu le dépôt pendant deux ans. Je recommande tout particulièrement ce citoyen, sur lequel on peut compter comme sur moi-même. » Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le nommé Moulin, Louis, Laurent était avec nous le 22 février 1848 sur la place de la Révolution, dont nous avons forcé le passage du pont de ladite place pour aller à la Chambre des députés et forcé les gardes municipaux à se sauver, d’ou nous avons forcé d’ouvrir les grilles. Ensuite nous avons parcouru les boulevards en excitant le peuple à résister. Le 23, nous avons parcouru les halles, la rue Saint-Denis, Saint-Martin, le Marais, la rue Saint-Antoine et de là à la Ville (lire à l’Hôtel de ville, N.D.A.), toujours en excitant le peuple à prendre les armes des boutiques qui restaient disponibles. Le 24, nous avons été désarmer la caserne de la rue du Foin et celle de la rue des Grès et de là aux Tuileries, qui étaient prises. » Signé, le 6 septembre 1848 : Langlois, marchand de bois, demeurant rue de l’Echaudé-Saint-Germain ; Sepchat, demeurant 10, rue du Bon-Puits ; Davant, demeurant 12, rue de Tournon ; Thébault, demeurant 15, rue de la Harpe ; Jourdain aîné, demeurant 7, quai Saint-Michel ; Lacombe, employé au musée national depuis le 24 février, demeurant 17, rue des Boucheries ; Ibos, demeurant 4, rue de Tournon ; ...ard, demeurant 33, rue de Verneuil ; Villette, demeurant 42, rue Mazarine ; Bentz, demeurant 14, rue des Boucheries. Il fut proposé par la Commission pour une place de concierge dans un ministère et pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. En 1849, il était maître serrurier, dans une position malheureuse et « honnête homme » selon la police. En 1859, il était infirme. Il reçut quarante francs de secours en 1847, cinquante francs en 1849, à titre de médaillé de Juillet, et quarante francs en 1859. Il demeurait 14, rue du Cœur-Volant (mais 12, rue du Cœur-Volant sur les listes de la mairie in Archives de Paris, VD6 631 n° 1 et in Archives nationales F/1dIII/37, mais 14, rue du Cœur-Volant in Archives de Paris VD6 3 et deux fois in Archives de Paris VD6 639) en 1831 ; puis 15, rue des Boucheries-Saint-Germain jusqu’en 1849 ; 4, rue de la Pépinière à Montrouge en 1859. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, état nominatif des citoyens décorés de la médaille, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, liste des citoyens décorés de la médaille, XIe arrondissement, convocations des décorés à la mairie ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, mairie du (ancien) XIe arrondissement, liste des décorés de la médaille de Juillet, présumés à habiller ; Archives de Paris VK3 32, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/68 ; Archives nationales CC 709 (à consulter affaire Meunier) ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 73 ; Archives de la préfecture de police AA 404.

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