Moura, Jean-Jacques

Biographie


Né le 4 août 1802 à Paris. Typographe. Il est répertorié (sous le numéro 931) dans la liste des demandes de secours posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Il reçut un secours de dix francs, le 2 février 1831, à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il reçut un total de trente-cinq francs de secours auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le 17 novembre 1830, il adressa la lettre suivante à la Commission, afin d’obtenir un secours provisoire : « Moura, Jean-Jacques, âgé de vingt-quatre ans (sic), typographe, chargé d’un enfant de sept ans, dont il est le seul soutien, a l’honneur de vous exposer qu’il a concouru comme tant de citoyens à renverser l’hydre du despotisme qui planait depuis si longtemps sur son pays ; qu’il s’est battu le 28 à la place des Innocents et dans les rues adjacentes ; enfin qu’il a formé deux barricades rue Saint-Denis sous le feu de la garde royale et d’une pièce d’artillerie et qu’il a assisté le 29 à la prise du Louvre et des Tuileries. Jusqu’à ce jour, messieurs, il n’a rien demandé et conséquemment rien reçu ; il a vendu jusqu’à ses effets pour empêcher son enfant de mourir de faim ; mais qu’aujourd’hui, nu, sans linge, au point de ne plus oser se présenter, à la veille d’être sans asile, dépourvu de toutes nouvelles ressources, il a cru devoir avoir recours à votre Commission et la prier de le faire participer comme les autres aux secours qu’elle accorde provisoirement ou définitivement à ceux qui ont combattu dans les journées des 27, 28 et 29 juillet. Le pétitionnaire pense avoir plus que tout autre droit aux récompenses accordées : premièrement comme appartenant à cette classe d’hommes (typographes) qui ont commencé notre si glorieuse révolution, qui y ont concouru de toutes les manières et qui se sont montrées en tout dignes d’elle ; deuxièmement comme n’ayant encore reçu aucun secours ; troisièmement enfin qu’il travaillait avant nos mémorables journées et que depuis ce temps notamment il y a plus de deux mois il a manqué totalement d’ouvrage. Il est inutile de vous ajouter qu’il aidait son vieux père, presque aveugle et septuagénaire. Toutes ces circonstances, réunies ensemble, le font espérer que vous examinerez sa demande avec toute l’attention possible et que vous prononcerez favorablement sur son sort. Sa position est si désespérante qu’hier il s’est vu forcé, muni des certificats ci-joints qui attestent les faits susmentionnés de se présenter à sa mairie pour obtenir un morceau de pain, mais ce fut en vain ; car on lui objecta qu’il fallait que sa demande passât sous vos yeux. Et cependant, messieurs, son enfant lui criait Jai faim ! Ah ! si vous êtes père, vous concevrez ce qu’il a ressenti en ce moment. D’après toutes ces considérations, il vous supplie de lui accorder de suite un secours provisoire, en attendant que vous ayez décidé dans votre sagesse, ce qui lui sera définitivement alloué. J’ai l’honneur, etc. P.S. J’avais oublié de mentionner aussi que dès le 26 au soir je faisais partie du bataillon qui se rendit au ministère des Affaires étrangères et le 27 au Palais-Royal, où, monté sur une chaise, je lus au milieu des gendarmes, les protestations des journaux non sans courir de grands dangers. » Dans sa lettre, il précisait être « inscrit par M. Perducé, un des quatre commissaires nommés pour recueillir des renseignements sur les trois journées ». Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Arsonneau, Félix (voir ce nom), ancien officier maintenant en retraite, atteste sur l’honneur que le sieur Moura, Jean-Jacques après avoir, sous le feu meurtrier de la garde royale aidé à la construction de plusieurs barricades, notamment celles près des halles, s’est battu dans nos trois mémorables journées, principalement à la place des Innocents ; qu’il est aussi à ma connaissance qu’il a assisté à la prise du Louvre ; enfin que ce jeune citoyen a concouru de tout son pouvoir à la délivrance de son pays. » Signé, le 16 novembre 1830 : Arsonneau, Félix, lieutenant. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu le sieur Moura, Jean-Jacques former des barricades rue Saint-Denis et aider de tous ses moyens à repousser les troupes ; qu’il m’a été assuré par des personnes dignes de foi qu’il avait fait partie de plusieurs pelotons qui ont contribué à repousser lesdites troupes royales. » Signé, le 15 novembre 1830 : Boullot (voir Boullot, Jean), blessé des trois jours, chasseur de la VIe légion, demeurant 7, rue des Trois-Maures. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie et atteste avoir vu les 27, 28 et 29 juillet le sieur Jean-Jacques Moura armé d’un fusil parcourant le quartier Saint-Denis ; qu’il a formé avec d’autres citoyens de ce quartier plusieurs barricades et que pendant ces trois jours il a pris peu de repos. » Signé, le 12 novembre 1830 : Fougeron, concierge de la maison du 11, rue de l’Aiguillerie. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le sieur Moura, Jean-Jacques demeure chez moi depuis l’espace de cinq mois ; qu’avant les journées des 27, 28 et 29 juillet auxquelles il a concouru il travaillait habituellement mais que depuis cette époque et notamment depuis deux mois il est totalement privé d’ouvrage ; qu’il est chargé d’un enfant de sept ans, dont il est le seul soutien ; qu’il est dans un besoin des plus urgents ; enfin qu’il est digne d’une grande sollicitude par sa bonne conduite, à laquelle je me plais à rendre un témoignage flatteur. » Signé, le 16 novembre 1830 : Corne, principal locataire. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 6 avril 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 26, lui quarantième, alla au ministère des Affaires étrangères, où ils brisèrent les vitres. Le 27 matin au Palais-Royal, il lut la protestation des députés. Le 28, au quartier de la halle, a fait des barricades et fait le coup de feu rue Saint-Denis. Le 29, à Saint-Thomas-d’Aquin, au Louvre avec la petite pièce vers 11 heures et demie, sorti du Louvre par la rue du Coq vers midi, a traversé la place du Palais-Royal et est allé combattre rue de Rohan. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 14 avril 1831, à une voix pour la croix, deux voix pour la médaille, quatre voix pour une mention et une voix pour rien. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé, puis 6, rue Dalayrac afin d’obtenir la Croix de Juillet. Le 17 juin 1831, il relatait dans une lettre à cette Commission les griefs qu’il avait contre « […] La Commission des récompenses […] qui lui accorda, après avoir été la mendier plus de trente fois, la somme de vingt-cinq francs », expliquant : « J’ai même été sur le point de les faire sommer par huissier de me rendre mes pièces. Croyez, monsieur, que je me ferai un devoir de me rendre tant aux assemblées préparatoires que définitives que votre assemblée jugera convenables de convoquer. » Dans une autre lettre, en date du 24 août 1831, il précisait encore : « Jusqu’à ce jour, j’avais toujours reculé le moment où je me verrai forcé de m’adresser à mes frères de Juillet ; mais la situation peut-être unique dans laquelle je me trouve m’y contraint. Compositeur d’imprimerie, je suis depuis le mois de juillet 1830 privé de travail ; après avoir fait usage de tous les moyens en mon pouvoir, je me trouve nu, sans souliers, au point que je marche sur la chrétienté sans chemise et oserai-je vous l’avouer sans pain depuis vingt-quatre heures. Chargé d’un enfant en bas âge, vous devez penser si je suis digne de votre sollicitude. Voilà, monsieur, une simple esquisse de mes maux. Vainement je me suis adressé à la Commission des récompenses. Elle a été sourde à ma voix, qui lui demandait le pain de la pitié. Victime de ses injustices, j’ai été forcé de retirer mes pièces, non sans peine, de ses bureaux et de les déposer dans les vôtres. Vous en dire davantage serait abuser de vos moments, qui sont trop précieux pour le faire. » Il fournit à la Commission des réclamants les pièces (voir plus haut) qu’il avait déjà fournies à la Commission des récompenses nationales. Il comparut, le 6 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester parfaitement connaître Kramel, Auguste et « bien savoir qu’il a combattu le 28 juillet dernier au pont d’Arcole et qu’il y a été blessé d’un coup de balle qui lui a traversé la cheville du pied gauche ». Il comparut, le 8 avril 1831, devant le maire du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester parfaitement connaître Kramel, Auguste et qu’il était « dans la position la plus nécessiteuse ; qu’il a été blessé dans la journée du 28 juillet 1830 au pied et jambe gauche, blessure non encore guérie, qui le force à marcher avec une jambe de bois, le genou plié sur ledit appareil, ce qui lui est arrivé au pont d’Arcole, ce qui suspend absolument son travail, qui seul pouvait lui procurer les moyens de subvenir à ses premiers besoins ; que par cette suspension de travail, sa position indigente n’a pu que s’aggraver et exige actuellement des secours pressants pour soulager la gêne où il est ». Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il adressa, le 30 mars 1848, la lettre suivante à cette Commission : « Enfant de Paris, ce fut au nom de la république seule qu’en 1830, au moyen d’une propagande de tous les jours, de chaque instant, et les armes à la main, je concourus à briser le trône d’une royauté caduque dont les projets liberticides ne se cachaient même plus. Au lieu de cette république que je rêvais alors, surgit des barricades du peuple une nouvelle royauté, qui, pendant dix-huit années, exploita la France avec la bourgeoise, appuyée exclusivement sur une garde nationale prise en grande partie dans ses rangs. Pendant ce trop long laps de temps d’asservissement et de servitude, je me remis à l’œuvre avec ardeur pour reconquérir des droits qui m’étaient enlevés chaque jour un à un et je travaillais sans relâche à briser de nouveau un pouvoir à la fois égoïste et corrupteur. Arrivèrent alors les journées de juin auxquelles je pris une part active, tant à la prise de la poudrière boulevard de l’Hôpital, où je fus armé, qu’aux combats qui se livrèrent successivement place Maubert, où j’assistais à la prise du poste, et dans tout le littoral de ce quartier populeux. La victoire resta encore cette fois au pouvoir. Arrêté d’abord, jeté ensuite dans les cachots de la préfecture, transféré ensuite à Sainte-Pélagie, j’y étais encore et je devais même être conduit le lendemain au conseil de guerre pour y suivre l’instruction de mon affaire quand, la veille, la Cour de cassation déclara illégale la mise en état de siège de Paris sur une ordonnance du roi mitrailleur. Ce fut dans cette prison que je vis plusieurs patriotes martyrs de la liberté condamnés à mort et mis en partie du manuscrit brûlée instruction partie du manuscrit brûlée civile. Interrogé plusieurs fois avec un soin minutieux par M. Legoudec Constant illisible, que mes souvenirs peuvent me le rappeler car je ne pourrai affirmer que ce fût lui et mis au secret. Plus tard on me relaxa sur la promesse que je fis de me présenter à la première sommation de la justice. Compositeur d’imprimerie, attaché depuis longtemps à un journal qui n’est plus (la Tribune) et qui a coopéré pour beaucoup au triomphe de nos libertés actuelles, je ne le quittais que lorsque le fisc lui porta le coup de mort. Un de ses rédacteurs paya même de sa vie en prison le tort de porter le titre de républicain et de l’être en effet. J’arrive enfin aux journées de Février, ère d’émancipation pour tous les peuples et de terreur pour tous les rois. Plus que jamais, depuis longtemps, je faisais de la propagande. Le 23, je parcourais les rues, les boulevards, excitant dans les groupes les citoyens à la révolte, cherchant à leur faire partager l’indignation que je ressentais. Chargé d’un côté par la garde municipale et les dragons, je n’en persistais pas moins dans mes projets. Dans la nuit de ce jour au 24, c’est au son du tocsin que je fus réveillé. Armé l’un des premiers, je fis immédiatement élever plusieurs barricades rue Mouffetard, de la rue de l’Arbalète à la barrière de Fontainebleau, distribuer les fusils des gardes nationaux qui n’osaient sortir de chez eux, les uns par peur, les autres ne partageant pas l’opinion populaire. J’assistais à la prise du poste du Val-de-Grâce, où, par le mauvais vouloir de son chef, deux de ses hommes y trouvèrent la mort. Ce fut en sortant de là que nous eûmes deux combattants mortellement frappés par la troupe de ligne en face l’Ecole polytechnique. Je crois devoir vous faire connaître aussi que c’est à mon sang-froid et au langage que je tins à une bande armée en face les Gobelins que je préservais plusieurs boutiques d’un bris complet et que des tambours de la XIIe légion qui battaient alors le rappel durent de ne pas être maltraités et de pouvoir continuer à exécuter les ordres qu’ils avaient reçus, m’étant mis moi et plusieurs autres citoyens à leur tête. Ces faits pourront vous être attestés notamment par le tambour Lecocq, tambour-maître qui était à leur tête. Une foule d’habitants de ce quartier que j’habite viendrait au besoin confirmer mes dires. Garde national inscrit sur les contrôles partie du manuscrit brûlée électeur de par la volonté du peuple, je serai fier aujourd’hui de partager les récompenses que vous êtes appelés à décerner si vous pensez que je m’en suis montré digne. Repoussé sous le gouvernement déchu de tous les emplois auxquels j’étais apte, je sollicite aussi de la Commission mon entrée dans quelque administration publique. Assez de grosses sinécures sont encore occupées aujourd’hui par des hommes rétribués au centuple, presque tous ennemis de notre république, pour que les enfants du peuple y trouvent, après le combat, le pain de tous les jours dont ils sauront se contenter. » Sa demande fut rejetée par la Commission (il n’est pas dans la base de données des insurgés de juin 1848). Il demeurait 40, rue Traversine à la Montagne-Sainte-Geneviève en 1830-1831 ; 7, rue de La Reynie, chez M. Arsonneau (voir ce nom) quartier des Halles en juin-août 1831 ; 11, marché des Patriarches (mais le courrier revint avec la mention Inconnu), ou marché des Patriarches boutique n° 11) en 1848. Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des demandes de secours ; Archives de Paris VK3 22, relevé des quittances remises à M. le pair de France, préfet de la Seine, par M. Delestre, délégué de la Commission des récompenses nationales, à l’appui des paiements faits aux blessés de Juillet, veuves et orphelins, depuis le 2 février 1831 jusqu’au 31 mai inclusivement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 1er mars 1831, 14 avril 1831, Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 9 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 6 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Kramel, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 404.

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