Muisement, Guillaume
Biographie
Né vers 1803. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Le 17 juin 1848, il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « A la révolution de 1830, comme volontaire rouennais et mon patriotisme connu, la Commission des récompenses nationales du département de la Seine-Inférieure me décerna une mention honorable publique. Quand on organisa la Société des droits de l’homme à Rouen, je fus un des premiers vingt et un qui l’organisèrent. Nommé chef de section, je vins à Paris en février. Je reçus des ordres secrets du citoyen Patey, président en chef de la Société, pour lui faire part des nouvelles qui se passaient à Paris. Je pris part aux affaires d’Avril. J’étais dans le groupe qui s’est trouvé rue Saint-Hyacinthe-d’Enfer, qui désarma les huit gardes nationaux qui escortaient les tambours qui battaient le rappel. Tout ce qui se passa dans l’intervalle de trois quarts d’heure que nous gardâmes la position, rien ne me fut personnel tout fut collectif. J’ai fait partie des Sociétés des familles et des Saisons. J’étais sous les ordres du citoyen Lyon (voir Lyon, Charles), formier. Etant chef de saison, j’ai pris part aux affaires des 12 et 13 mai. Je fus un des derniers qui quittèrent le magasin Lepage après la prise des armes que l’on fit chez lui rue Bourg-Labbé. Présent à l’attaque du poste du Châtelet, à l’Hôtel de ville, marché Saint-Jean, mairie du ... arrondissement, j’ai quitté les lieux du combat vers les 9 heures du soir. Me ralliant à plusieurs de mes amis, nous sommes restés en permanence toute la nuit. A la coalition de tous les corps d’Etat, en septembre 1839 (sic !!), je fus arrêté le dimanche à 1 heure de l’après-midi à la pointe d’Ivry par un commissaire de police, pour ne pas avoir obéi aux trois sommations faites sans roulement ni son de trompette. J’ai été relâché une demi-heure après par le maire de Gentilly. La Révolution de Février a éclaté. J’ai rempli selon mes forces le devoir que m’ordonnaient mes convictions de démocrate. Désigné par des membres de la Commission du banquet du (ancien) XIIe pour être un des commissaires dudit banquet. Ma mission commença le 22 au matin 8 heures et je l’ai continuée jusqu’à la fin du triomphe de la révolution. Le 24 au matin 7 heures et demie, seul en garde national dans la rue où je demeure, rue Pascal 26, en criant Aux armes ! je distribuais près de seize cents cartouches aux citoyens qui se présentaient. Je crois que ce furent les premières qui furent données dans mon quartier. Je pris part au désarmement du Val-de-Grâce, à l’affaire de l’Ecole polytechnique, à la caserne du Foin, etc. Trois jours après la révolution, comme récompense civique, je fus choisi par le citoyen B. Bocquet, commissaire du gouvernement provisoire, comme membre de la commission de l’organisation de la XIIe légion. Citoyens, voilà ma vie politique depuis dix-huit ans, vous l’apprécierez. Ma vie privée, ma conscience me dit qu’elle a été toujours probe, morale et sobre. Je suis obligé de surmonter ma répugnance d’être forcé de demander à la république qu’elle s’occupe de moi mais un malheur inattendu pour moi, ma femme est tombée paralysée de tout le côté gauche depuis six semaines [m’est survenu]. J’ai usé toutes mes ressources. J’ai quarante-cinq ans. J’ai plusieurs blessures que je me suis faites en travaillant dans la boucherie, comme garçon boucher et je suis dans le besoin. » Suivaient plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je connais le citoyen Muisement depuis neuf ans. Il est d’une probité et d’une sobriété sans exemple. Nous avons fait partie de la Société des saisons et du Comité pour la réforme électorale et depuis nous nous sommes occupés énergiquement au renversement de la tyrannie. Aux trois glorieuses journées de Février, nous nous sommes souvent vus sur la brèche. Du reste, il y a peu de citoyens qui ont si bien mérité que lui. » Signé : Bruère, capitaine en premier à la 6e compagnie du 4e bataillon de la XIIe légion, combattant de juin, mai et février ; Seyris illisible. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Il y a nombre d’années que je connais le citoyen Muisement. J’ai toujours remarqué en lui un grand amour pour la liberté, sacrifiant ses propres intérêts à la cause commune. Ardent défenseur de nos libertés, il était lors des événements de Février commissaire du banquet du (ancien) XIIe arrondissement. Il a pris une part active dans nos trois glorieuses journées de Février. Il est patriote dévoué, homme de cœur et de principes, sobre, généreux et mérite les sympathies des hommes animés de sentiments patriotiques. J’ai été témoin du malheur qui est venu l’affliger, en frappant son épouse de paralysie. Depuis il a épuisé ses ressources, c’est ce qui l’oblige à faire une demande. Je compte sur votre dévouement à la république pour avoir égard à celui qui a combattu une partie de sa vie pour la conquérir. » Signé : Collet, commandant le 1er bataillon de la XIIe légion. Suivaient les signatures de : Dufournel, lieutenant à la 5e compagnie de la XIIe légion, demeurant 238, rue Mouffetard ; Caila... aîné, ouvrier cambreur ; Leba..., épicier, demeurant 89, rue Mouffetard. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je déclare que depuis les affaires du 12 mai 1839 où j’ai connu le citoyen Muisement, il a été sans cesse un des plus ardents et dévoué serviteur de la grande cause de l’humanité. » Signé : Jourdain, L., graveur, demeurant 157, rue Saint-Jacques. La quatrième apostille, ainsi rédigée : « J’atteste que le citoyen Muisement est un de ceux qui, par leurs actes, ont donné le plus de gages de leur attachement à la cause démocratique. Courage, désintéressement et moralité, voilà ce dont Muisement n’a cessé de donner l’exemple, en pratiquant au plus haut degré les vertus républicaines. » Signé : Dany illisible, cambreur. Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le sieur Nuisement, Georges (sic), exerçant la profession de maroquinier, demeurant rue Pascal, quartier Saint-Marcel, a fait partie de la Société des saisons, s’est comporté avec toute la sagesse due à la position qu’il occupait alors ; ainsi que le courage digne d’éloges (les 13 et 14 mai 1839. » Signé, le 15 juin 1848 : Lyon (voir Lyon, Charles), ex-membre du comité dit des Saisons. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que je connais depuis quatre ans le citoyen Muisement, qui est un excellent patriote, de mœurs irréprochables, d’un dévouement sans borne, soldat intrépide de la démocratie, toujours à l’avant-poste. Dans toutes les circonstances difficiles, il n’a jamais manqué à l’appel. Enfin, il a pris une large part à notre dernière révolution. Il se trouvait à côté des citoyens qui tombèrent frappés à mort à l’Ecole polytechnique. Il assista à la prise du Val-de-Grâce comme combattant. Depuis lors, il n’a cessé de donner tout son temps à la consolidation de notre jeune république. C’est un citoyen qui mérite beaucoup. » Signé : Courtait, lieutenant à la XIIe légion ; Chazelet, capitaine en premier à la 3e compagnie du 4e bataillon de la XIIe légion. Dans une autre lettre adressée à la Commission, il sollicitait une place d’inspecteur aux halles ou marchés pour les viandes de boucherie « comme ayant été garçon boucher jusqu’à l’âge de trente ans » ; il précisait qu’il se satisferait de toute autre place soit à Paris soit en province, son commerce ayant été anéanti. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. Il demeurait 26, rue Pascal en 1848. Archives de la préfecture de police AA 404.