Muller, Marie, Marguerite, veuve de Marande
Biographie
Née vers 1767 à Strasbourg. Rentière. Lors de l’attaque de la caserne de Babylone, les assaillants prirent position dans son appartement (à vérifier), elle y secourut et soigna les blessés et mit tout ce qu’elle possédait à leur disposition ; elle-même fut blessée. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Elle reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (par erreur sous le nom de Desmarandes sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). A titre de récompense nationale, pour avoir « prodigué avec un dévouement remarquable des secours aux citoyens blessés à l’attaque de la caserne de Babylone », il fut accordé à son petit-fils, Lautour, une demi-bourse dans un collège. Elle obtint un débit de tabac (à vérifier). Elle apostilla, comme « pensionnaire du gouvernement », la lettre adressée, le 23 novembre 1830, par Spiquel, au préfet de police, pour obtenir un emploi dans les éclairages en récompense de sa conduite en juillet. Sa médaille lui fut délivrée le 28 juin 1831 et son brevet le 18 août de la même année. En octobre 1831, une demande de secours qu’elle présentait, nous donne les indications biographiques suivantes : « […] Je suis la veuve de deux braves officiers, le premier a péri sur l’échafaud, victime de ses principes et de son amour, le second est mort en Angleterre, en émigration. Restée mère de quatre enfants, dont trois fils à l’armée, ne pouvant espérer aucune ressource de leur part, victime de tous les changements de gouvernement, le 29 juillet 1830, j’ai tout sacrifié pour soulager les malheureux blessés. La nation m’a accordé la décoration mais elle ne me soulage point dans l’état affreux dans lequel je suis plongée. J’ai été obligée de mettre tous mes effets au mont-de-piété, jusqu’à la médaille, afin de subvenir à mes pressants besoins. Je dois à mon propriétaire, qui a obtenu un jugement contre moi pour la vente de mes meubles. Je me trouve dans la position la plus malheureuse, après avoir rendu des services à mon pays et à l’humanité. » Matis (voir ce nom) apostilla la demande, de l’observation suivante : « Le 29 juillet 1830, madame de Marande, au péril de sa vie, est venue soigner les blessés près de moi sous le feu des Suisses. Cette brave dame, d’après mon invitation, a donné ses paillasses afin de tenter de mettre le feu à la caserne de Babylone pour épargner l’effusion du sang. Il ne pouvait entrer ni sortir personne de la maison 9, rue Traverse, où nous demeurons sans être exposé à se faire tuer. Mme Demarande, ne consultant que l’impulsion de son cœur pour rendre service à l’humanité, s’est exposée aux plus grands dangers et elle a tout sacrifié ce qu’elle possédait. Ayant été témoin de tous ces faits et connaissant sa cruelle position, c’est sous ces rapports que je prends la liberté de la recommander aux bontés et à la bienveillance de monsieur le président des ministres. Madame de Marande ayant perdu sa pension de la liste civile et n’ayant pas d’autres ressources, se trouve dans la misère la plus affreuse. » En octobre 1831, le ministère de l’Intérieur lui faisait connaître qu’un secours de cent cinquante francs lui avait été alloué. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, elle reçut (sous le nom de Demarande), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décorée mais non blessée. Elle signa la lettre envoyée, le 20 mai 1832, par Matis (voir Matis, Jean, Sébastien), délégué par les réclamants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement (voir Benard de Courtigis pour la Commission des réclamants), au ministre de l’Intérieur. Cette lettre reprenait certaines des réclamations que formulèrent des combattants de Juillet sur les répartitions qui furent faites des décorations, pensions et secours après la révolution. Elle présentait aussi les signataires, à la différence de beaucoup d’autres réclamants, comme des soutiens indéfectibles au trône de Louis-Philippe. Cette lettre était ainsi rédigée (la rédaction hasardeuse est respectée, N.D.A.) : « Les combattants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ont l’honneur de vous exposer que n’ayant point reçu de réponse à leur mémoire adressé unanimement par les membres de la Chambre des députés à M. le ministre de l’Intérieur (votre prédécesseur) (voir Benard de Courtigis sur l’envoi de la pétition de la Commission des réclamants à la Chambre des députés et son adoption à l’unanimité par celle-ci, N.D.A.), qui avait pour objet le mérite de leur réclamation appuyée par le droit qu’ils ont dans la loi sur les récompenses nationales, protestent avec le sentiment de l’indignation contre l’infâme conduite des intrigants, qui se précipitent dans toutes les révolutions où ils ne trouvent leur avenir que dans le meurtre et le pillage. Ils ne doutent pas que les ennemis de l’ordre et de la paix sont les causes immédiates du silence de l’autorité, qui s’est trouvée offensée que dans le travail qui lui a été présenté les noms de quelques-uns de ces vagabonds s’y trouvent insérés, comme ayant bravement combattu dans les trois jours. Les vrais combattants de Juillet éprouvent le besoin, monsieur le ministre, de repousser de leurs rangs ces perturbateurs et, par cette épuration, il ne sera présenté à l’autorité que les noms des combattants du (ancien) Xe arrondissement dont l’homogénéité de leurs principes et leurs opinions seront une garantie de leur dévouement pour le roi des Français. En conséquence, nous avons nommé et nommons M. Matis, rue Traverse n° 9, faubourg Saint-Germain, notre commissaire, afin de suivre devant l’autorité le mérite de nos réclamations, son attachement invariable au gouvernement et ses louables opinions étant bien connues, c’est à ces titres qu’il a toute notre confiance et qu’il mérite celle du gouvernement, que nous le prions de ne recevoir au bas de la présente que les signatures des combattants qui professent les opinions susmentionnées, comme étant à même par ses investigations pleines de jugement et de sagacité de pouvoir séparer l’ivraie du bon grain. D’après cette épuration, nous vous supplions, M. le ministre, de vouloir bien ordonner que tous les dossiers des signataires de la présente soient déposés entre les mains de M. le maire du (ancien) Xe arrondissement, où un commissaire nommé par le gouvernement appréciera tous les services que nous avons rendus qui ont été méconnus par la Commission des récompenses nationales, soit par erreur ou par omission. Ce préjudice a augmenté l’infortune des gens qui méritaient des secours viagers et l’affliction des autres de ce que la loi avait reconnu des catégories, dont on a fait un déplorable abus, les décorés de la médaille qui demandent la croix justifient par leurs dossiers qu’ils ont été plus longtemps exposés au feu de l’ennemi et blessés plus gravement dans la même affaire que ceux qui ont obtenu la croix. Nous demeurons dans la conviction la plus profonde, monsieur le ministre, que la Croix de Juillet ne peut être honorable que lorsqu’elle sera portée par le roi des Français et que son éclat ne peut être durable que lorsqu’elle sera donnée par son auguste main, qui daignera recevoir nos serments de fidélité, de courage et de dévouement qui entoureront le trône impérissable. » L’apostille suivante était placée au début de la lettre : « Les combattants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement, interprètes fidèles de leurs compagnons d’armes des autres arrondissements, qui comme eux combattirent franchement pour la Charte et le principe constitutionnel, désirent ardemment que Louis-Philippe, roi des Français qu’ils ont porté de leurs vœux sur le trône national, veuille bien daigner accepter l’ordre de la Croix de Juillet, qui ne peut avoir de mérite et d’éclat que sur la poitrine de l’auguste personne de Sa Majesté. » En juin 1833, « dans une position désastreuse », « étant toujours malade », elle sollicita des secours. La réponse tarda ; elle renouvela plusieurs fois sa demande : « Ah ! quel est donc mon crime d’avoir sauvé aux dépens de mes jours, la vie à beaucoup de blessés dans les derniers jours de juillet 1830 ? on a accordé des pensions aux vainqueurs de la Bastille et moi qui a tout sacrifié on me refuserait ce que je sollicite en ce moment de votre justice et de votre humanité ? » Sa demande était apostillée favorablement par le maire du (ancien) Xe arrondissement. De Schonen devait déclarer à son sujet devant la Chambre des députés : « Enfin, pour vous prouver combien peu il faut s’attacher au titre de ces pensions (celles de la liste civile), je vous dirai qu’une telle a été accordée à une femme honorable, comme veuve d’émigré. Cette femme est une décorée de Juillet : cette femme a dépensé une partie de sa fortune, de son mobilier, à venir au secours des hommes blessés dans sa rue ; elle les arrachait au feu, elle les portait dans sa chambre pour leur donner des soins. Cette femme est mère de deux braves défenseurs de la patrie, en ce moment au service. Cette personne s’appelle madame de Marande. » Sur la promesse écrite qu’elle avait reçue de recevoir des secours, elle montra la lettre à son propriétaire, à qui elle devait cent vingt francs et qui la menaçait de retenir ses meubles jusqu’au parfait paiement de ce qu’elle devait. En décembre 1834, la réponse se faisait toujours attendre. Elle renouvela sa demande de secours, se présentait comme « dans la plus affreuse des positions », et pénétrée des « principes monarchiques » : « J’ai subi en plein les ravages des deux révolutions. Hélas ! j’aurais moins à gémir si elles n’avaient qu’englouti une fortune brillante, mais elles m’ont privée de tout, de mes deux époux, ils m’ont laissée pauvre et sans autre héritage que leurs vertus et leur énergie. Je suis demeurée veuve avec quatre enfants, une demoiselle et trois fils, qui se sont consacrés à l’art militaire. Toute ma famille a rendu à la France et à la monarchie depuis nombre de siècles les plus signalés services. Moi-même, j’ai fait preuve de dévouement et d’humanité dans les journées de juillet 1830 », qui l’avaient privée de son unique moyen d’existence : une pension de huit cents francs sur la liste civile. En 1834, Matis lui délivrait le nouveau certificat suivant : « Je certifie que le 29 juillet 1830, étant dans la rue de Traverse et près de la maison du n° 9 (où je demeure) à faire enlever des blessés, entre autres MM. Joubert et Oger, élèves de l’Ecole polytechnique, qui étaient sous le feu des Suisses, madame veuve Demarande, me voyant dans un extrême embarras et ne consultant que son cœur, est venue m’aider à les soigner et à les enlever pour les conduire en notre domicile rue Traverse, n° 9, où ils ont été soignés et traités à nos frais ; plus, elle a donné tout son linge, ses matelas, pour faire transporter les blessés à l’hospice Necker. Cette brave et digne dame a couru les plus grands dangers en plusieurs circonstances, d’après le rapport des élève de l’Ecole et le mien. Elle a été décorée mais, le même jour, elle a perdu sa pension sur la liste civile. Il est aussi à ma connaissance que madame Demarande est veuve de deux officiers supérieurs, qu’elle a deux fils officiers, l’un dans le 39e et l’autre dans le 44e de ligne, qui se sont dernièrement distingués en Vendée ; qu’elle a été entièrement ruinée par les deux révolutions. Personne, plus que madame Demarande, ne mérite de conserver sa pension sur la nouvelle liste civile ou une autre récompense nationale. » En février 1835, la préfecture de police faisait savoir que les renseignements qu’elle attendait sur son compte lui étaient enfin parvenus et d’une « entière exactitude » avec ceux que la veuve Marande avait avancés : « Cette femme est d’une mauvaise santé et dans l’impossibilité de se livrer à aucun travail, […] elle est en outre digne d’intérêt sous le rapport de la conduite et de la moralité ». Elle reçut cent francs de secours. En 1835, devant l’insuffisance du secours, elle était contrainte de renouveler sa demande. Elle reçut cent francs en juillet 1835 (c’est pas le même secours ?). En juillet 1835, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, elle reçut une gratification de sept francs et cinquante centimes à titre de décoré non pensionné. Elle demeurait 9, rue Traverse dans le faubourg Saint-Germain en 1830-1832 ; 60, Grand-Montrouge en 1833-1834 mais 9, rue Traverse en 1835 in Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1835. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1835, état de répartition entre MM. les décorés de Juillet du (ancien) Xe arrondissement non pensionnés ; Archives nationales F/1dIII/33 état des places et faveurs accordées par le gouvernement, à la suite de la révolution de Juillet et des événements qui s’y rattachent et en considération de la part qu’y ont prise les impétrants ou leurs familles, aussi dossier indemnités et récompenses, envoi du 16 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/65 ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Notin ; Archives nationales F/1dIII/76 in dossier Sisco ; Archives nationales F/1dIII/82 lettre en date du 20 mai 1832 envoyée par Matis ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet 1831-1835 ; Archives nationales F/9/1156 ; Archives de la préfecture de police AA 414 in dossier Spiquel ; Le moniteur, 16 juin 1833.