Nicolin, Joseph

Biographie


Né le 28 septembre 1784 à Chaumont (Haute-Marne). Teinturier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 1er avril 1848, la lettre suivante à cette dernière Commission : « […] A l’honneur de vous exposer que le 28 juillet 1830 lors de la prise de l’Hôtel de ville, ce monument étant gardé par la gendarmerie de Paris, déjà le poste était abandonné. Un sergent-chef de ce poste était seul resté lorsqu’un peloton du peuple armé, arrivant place de la Grève, saisit ce malheureux, qui allait être victime de la fureur du peuple, lorsque l’exposant se précipita au milieu du groupe en leur disant : “Mes amis, soyons généreux après la victoire. Tuer un homme sans défense serait un assassinat. Vous ne voudriez pas commettre un pareil crime.” Ce discours fut applaudi et le chef du poste, sauvé. Un instant après l’exposant fut blessé à la jambe droite, par le ricochet d’une balle. Malgré les vives douleurs qu’il éprouvait il se mit à la tête de plusieurs hommes de bonne volonté et dirigea l’établissement de deux barricades, rue du Tourniquet-Saint-Jean, afin d’empêcher la jonction de différentes compagnies de la garde royale qui, venant de divers quartiers, devaient se réunir sur la place de Grève. Après la construction de ces barricades, l’exposant, dont l’habitation était située rue de la Tixéranderie n° 35, rentra chez lui et malgré le danger imminent auquel il s’exposait resta à ses croisées, criblées de balles, faisant mouvoir ses mains et ses bras comme un télégraphe afin d’indiquer au peuple le mouvement des troupes et de se soustraire au feu constamment dirigé sur lui. Il resta en cette position depuis 4 heures du soir le 28 juillet jusqu’au lendemain 29 2 heures du matin et l’exposant n’exagère pas en assurant que, par ces manœuvres, il a sauvé la vie à plus de deux cents personnes, qui si elles n’avaient été prévenues en temps utile seraient tombées sous les balles meurtrières de la garde et des Suisses. Indépendamment des services rendus alors par le soussigné, son fils, alors âgé de vingt et quelques années, a constamment combattu à l’Hôtel de ville avec le peuple. Il y est entré un des premiers les trois fois qu’il a été pris et repris par le peuple et c’est lui qui le deuxième est arrivé au clocher pour y faire sonner le tocsin. Les 23 et 24 février dernier, il n’est pas de poste important et d’affaire chaude auxquels il ne se soit trouvé, tels qu’au Palais-Royal, Tuileries, fontaine Molière etc. L’exposant âgé de près de soixante ans mais néanmoins encore fort en état d’occuper une place, connu d’ailleurs depuis longtemps pour un brave républicain, étant sans travail et fort gêné, ose solliciter près des citoyens membres du gouvernement provisoire une place soit de concierge soit de gardien dans un parc, jardin ou château national, et ce sera justice. » Suivaient les signatures de : Loipellier, secrétaire de la justice de paix du (ancien) VIe arrondissement ; Rolin, demeurant 56, rue de la Tixéranderie ; Dupire, A., demeurant 64, rue des Vieux-Augustins ; Lefebvre, demeurant 42, quai de Grève ; Guérard, marchand de vin, demeurant 122, rue de l’Hôtel-de-Ville, qui attestait que Nicolin père et fils étaient resté une année en 1830 dans la maison du 35, rue de la Tixéranderie ; Fresoul illisible, demeurant 64, rue des Vieux-Augustins ; Gilles, E., demeurant 64, rue des Vieux-Augustins, qui certifiait avoir vu « M. Nicolin sortant tous les jours armé pour la défense des trois jours de février » ; Doudet illisible, demeurant rue des Fossés-Saint-Honoré, qui certifiait que « Nicolin père et fils m’ont accompagné armé en plusieurs endroits dans les journées de février 1848 » et qu’ils étaient « tous deux de vrais républicains » ; Menu, tourneur, demeurant 18, rue des Mauvais-Garçons-Saint-Jean (les identités de Lefebvre, Rolin, Guérard et Menu étaient attestées par : Colin, Christophe, gantier, demeurant 5, rue des Ecouffes ; Coblence, Moyse, marchand colporteur, demeurant 5, rue des Ecouffes ; Lacroix, Ferdinand, commis droguiste, demeurant 9, rue des Arcis ; Torrent, Albert, chapelier, demeurant 42, quai de la Grève. Il fut recommandé par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le Moniteur. Il demeurait 35, rue de la Tixéranderie en 1830 ; 64, rue des Vieux-Augustins en 1848 ; 1, rue du Gros-Chenet en 1850. Archives de la préfecture de police AA 369, Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet 1830, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 20 mai 1850, minutes 105-109 ; Archives de la préfecture de police AA 405.

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