Nicolle
Biographie
Entrepreneur de menuiserie. Porté, selon lui, à l’unanimité pour la Croix de Juillet après son passage devant la Commission, il s’étonna de n’être pas compris sur les listes du Moniteur et sollicita auprès du roi, en date du 11 septembre 1831, la réparation de ce qu’il considérait comme une injustice. Il rappelait ainsi sa participation aux trois journées : « Le 27 juillet, en sortant de la Bourse, je passais par le Palais-Royal au moment où les gendarmes venaient de faire une décharge sur le peuple ; j’aperçus alors un bourgeois qui venait d’avoir la tête fendue par un coup de sabre ; je voulus lui porter secours. Aussitôt, bravant le danger, je traversais les troupes qui se trouvaient sur la place lorsque je vis un jeune homme qui venait d’être renversé d’un coup de feu et qui avait le bras cassé. N’écoutant que le sentiment que tout bon citoyen doit avoir pour son semblable, je courus à lui pendant que les gendarmes rechargeaient leurs armes et m’étant emparé du malheureux blessé je fus le déposer chez une personne qui s’empressa de lui donner les secours qu’exigeait sa triste position. A peine étais-je sorti de la place avec mon précieux fardeau qu’une seconde décharge eut lieu, sans la promptitude avec laquelle j’emportais le blessé je payais de ma vie ma témérité.
»Le 28 juillet on criait aux armes de toutes parts et le désir d’être utile à mon pays me les fit prendre aussitôt. En me rendant à l’Hôtel de ville par le pont au Change, je fus arrêté par les tirailleurs. Je me décidai à passer par le quai aux Fleurs. Arrivé en ce lieu, et voyant que le pont Notre-Dame était gardé par la troupe de ligne, qui empêchait les bourgeois de passer, je me décidai à monter sur un arbre pour reconnaître la situation des deux partis. J’aperçus alors un soldat mort sur le milieu du pont. Dans le seul espoir de m’emparer de ses armes je voulus aller vers lui mais j’en fus empêché par un soldat de la ligne. Pendant que ce factionnaire me tournait le dos, je me mis à courir et je parvins près du cadavre et je pris son fusil ; mais bientôt je vis arriver un officier et ledit factionnaire qui me saisirent le fusil. Je me débattis et j’employai toutes mes forces à leur résister, aussi l’arme resta-t-elle en mon pouvoir ; je continuai donc ma course et je fus prendre rang parmi les patriotes qui se battaient avec acharnement de l’autre côté du pont.
»Après quatre heures environ d’un combat opiniâtre, une charge de cavalerie nous fit battre en retraite ; mais en la battant je tombai et mon fusil fut cassé dans sa crosse. Comme il y avait dans nos rangs un homme extrêmement pris de boisson et qui voulait tirer sur la troupe de ligne qui se trouvait de l’autre côté du pont et qui nous protégeait je me précipitais sur ce furieux qui couchait en joue des bourgeois qui voulaient le désarmer et je parvins à m’emparer de son arme.
Les Suisses nous ayant poursuivi jusque sur la place du Châtelet, le combat s’engagea avec une opiniâtreté sans exemple. Déjà deux de ces soldats allaient faire feu sur moi lorsque j’eus l’adresse d’en tuer un et de blesser l’autre du même coup de fusil qui était chargé de deux balles. Je courus aussitôt, malgré les décharges que l’on faisait, porter des secours au Suisse à qui je venais de casser la cuisse je m’emparais de tout son fourniment. En continuant à faire feu, une balle vint frapper le canon de mon fusil, qui fut forcé sur le coup ; il est encore chez moi.
»Epuisé de fatigue, pouvant à peine me soutenir, accablé de besoin, je parvins à prendre un peu de repos ; il était près de dix heures du soir lorsque je rentrais chez moi.
»Le 29 juillet au matin, quatre gens de l’Ecole polytechnique vinrent, avec des patriotes ayant à leurs têtes des tambours, au manège du Luxembourg, prirent des chevaux et m’engagèrent à me rendre avec eux sur la place de l’Odéon où une pièce de canon les attendait pour aller attaquer la caserne Babylone. Je ne mis dans leurs rangs. On me donna une vielle lame d’épée rouillée emmanchée dans un morceau de bois ficelé et nous nous mîmes en route pour Babylone. Avant de commencer l’attaque, les quatre jeunes gens et moi nous nous concertâmes et nous décidâmes d’envoyer un parlementaire afin d’éviter l’effusion du sang. Quand il fut revenu, nous fîmes commencer le feu.
»Une pluie de balles tombait par les fenêtres des Suisses et elle renversa à côté de moi un de mes quatre jeunes compagnons de l’Ecole. Ces jeunes citoyens qui se portaient partout où besoin était m’envoyèrent pour savoir si nous n’étions pas surpris par les derrières. Ce fut alors que j’aperçus un officier supérieur suisse qui fuyait lâchement ; cependant il vint sur moi me porta un coup de sabre que je sus détourner heureusement ; alors me précipitant sur lui je lui passais mon épée au travers du corps ; je lui arrachais son sabre et ses épaulettes, que des femmes témoins de mon action m’attachèrent aussitôt sur les épaules et me décorèrent de rubans tricolores.
»Au même instant je montai à cheval et je pris le commandement d’un détachement composé d’environ deux mille hommes. Les Suisses ne voulant pas se rendre et faisant toujours sur nous un feu très vif, nous nous décidâmes à faire mettre le feu à leur caserne. La frayeur s’étant emparée d'eux, ils se sauvèrent par la porte de derrière. Voyant leur déroute, je me précipitais malgré le feu, un des premiers dans la caserne et je m’emparais de deux caissons et d’une petite pièce de canon qui était enfermée dans un de ces caissons. On trouva dans la caserne plus de trois cents cartouches, qui me furent remises. J’en fis de suite la distribution à ma troupe. Sept prisonniers suisses furent faits dans la caserne. Les bourgeois demandèrent qu’ils fussent mis à mort en me disant : “Mon colonel, nous n’attendons que vos ordres pour les fusiller.” Aussitôt je me mis devant ces malheureux prisonniers et j'implorais leur grâce. Mon action causa beaucoup de rumeur, car sans un jeune homme de l’Ecole polytechnique je crois que j’aurais été moi-même victime de ce que j’avais sauvé la vie à ces sept Suisses, qui se précipitèrent à mes pieds. Je les conduisis au poste qui se trouvait à la place du Carrousel.
»Je m’aperçus que l’on pillait dans le château des Tuileries, où l’on avait déjà jeté des bergères, des canapés, des fauteuils et beaucoup d’autres objets par les fenêtres ; je les fis remonter et je mis des factionnaires aux croisées et aux portes, en leur donnant la consigne de ne rien laisser sortir.
Je conduisis ensuite ma troupe à l’Hôtel de ville, où le général Lafayette et le général Gérard vinrent nous rejoindre. Ce dernier voulut bien me faire l’honneur de me tendre la main en me disant : “C’est bien mon brave, je sais votre conduite.” Ces paroles je l’avoue, retentissent encore au fond de mon cœur. Ce brave général me députa ensuite à la barrière d’Enfer pour m’informer si ses Suisses n’arrivaient pas comme on en faisait courir le bruit. Il fut satisfait. Telle est, messieurs, la conduite que tint pendant trois jours le soussigné, qui ferma ses ateliers en engageant même ses ouvriers à prendre les armes pour défendre la patrie opprimée, conduite qui est attestée par les témoins oculaires ci-joints. J’ai l’honneur, etc. » Suivaient de nombreuses apostilles. Chabert (voir Chabert, Charles, Claude), demeurant 36, rue Saint-Nicolas-d’Antin ; De Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), élève de l’Ecole polytechnique ; Barcabé (voir Barabé, Marie, Jean, Amand), marchand de bouteilles, demeurant 40, rue de la Tannerie, qui précisait « Je certifie que le nommé Nicolle m’a apporté chez moi des blessés le 28 juillet dernier » ; Fabre, demeurant 47, rue Dauphine, qui ajoutait « Je certifie avoir vu M. Nicolle, à cheval, à la tête d’un détachement de bourgeois très nombreux, revenant de la prise de Babylone » ; illisible, lieutenant de la garde nationale, demeurant 60, rue de Vaugirard, qui ajoutait « Je certifie que le sieur Nicolle a pris une part très active dans les trois grandes journées » ; Imbert (voir Imbert, Auguste), homme de lettres, comme « témoin d’une partie des faits », demeurant 38 ter, rue Notre-Dame-des-Champs ; Sevron, demeurant 29, rue du Four-Saint-Germain, qui ajoutait « Je certifie que le sieur Nicolle a été le vainqueur d’un officier suisse et s’est muni de ses armes et de ses épaulettes, ayant monté de suite sur le cheval du dit et nous l’avons reconnu comme notre chef » ; Besson, demeurant 40, rue Beaubourg ; G..., demeurant 2, rue de Vaugirard, qui précisait « L’adjudant-major du 1er bataillon de la 11e légion déclare et atteste que le sieur Nicolle s’est comporté à la prise de la caserne de Babylone comme le meilleur citoyen, en bravoure et en prudence » ; ..., marchand de vin, demeurant 14, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel ; Floriot (voir Floriot, Symphorien, François), demeurant 8, rue du Gindre ; Naudot (voir Naudot, François), brossier, « blessé à la joue gauche par une balle, rue de Traverse à la prise de la caserne de Babylone », demeurant 16, rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice, qui ajoutait « Je certifie que le sieur Nicolle, menuisier, s’est trouvé aux endroits ci-dessus et qu’il a été vu par moi, le mercredi 28 juillet, armé près la place de Grève et l’avoir vu prendre le fusil d’un individu pour s’en servir, ce que l’autre ne pouvait faire, étant ivre » ; France..., demeurant 38, rue de Varennes, qui ajoutait « J’atteste avoir vu M. Nicolle se battre comme un brave contre les Suisses de la caserne de Babylone. Moi-même je lui ai fait dépaver les barricades pour qu’il puisse passer avec son cheval » ; Thirion, lieutenant de la garde nationale à cheval, demeurant 38, rue de Varennes, qui certifiait que Nicolle s’était trouvé à la caserne de Babylone le 29 juillet ; Giron (voir ce nom), demeurant 66, quai des Orfèvres ; Clément, sergent de grenadiers au 4e bataillon de la XIe légion, demeurant 51, quai de l’Horloge, qui ajoutait « Je, soussigné, certifie avoir connaissance des faits rapportés dans le présent mémoire et avoir vu, le 29 après-midi ledit sieur Nicolle à la tête du détachement qui s’est porté à la préfecture de police, accompagnant M. le général Gerard » ; Guillot, Charles, demeurant 14, bd Montmartre, qui ajoutait « Je certifie que le sieur Nicolle, menuisier, a empêché de fusiller sept Suisses pris prisonniers à la caserne Babylone qui étaient en notre pouvoir, après un discours qu’il nous a tenu et nous les a fait conduire au poste du Carrousel » ; Miller Joseph, demeurant 16 bis, rue du Petit-Bourbon, qui précisait « Je certifie que le nommé Nicolle faisait les fonctions de colonel à la caserne de Babylone, étant à cheval à la tête de deux mille hommes » ; Miller, Michel, demeurant 16 bis, rue du Petit-Bourbon, qui précisait « J’atteste avoir reconnu M. Nicolle ainsi que tous les bourgeois qui étaient avec nous à Babylone ; nous le nommions notre colonel, notre général, voyant qu’il avait des épaulettes d’un officier suisse qu’il avait tué à Babylone ». Il signa un certificat pour attester que Chabert, Charles, Claude avait « donné des secours aux blessés du 28 juillet 1830 ». Il était grenadier à la 1re compagnie du 1er bataillon de la XIe légion de la garde nationale. Il demeurait 15, rue de Fleurus en 1831. Archives de Paris VK3 42 in dossier Chabert, Charles, Claude ; Archives nationales F/1dIII/69 ; Almanach du commerce de Paris, 1829, p. 263. Voir Nicolle, Pierre ? non il n’a pas eu le bras cassé…