Paccard, Philibert
Biographie
Né le 25 janvier 1802 à Montreillon (Savoie), fils d’un ancien capitaine de la campagne d’Egypte, mort en Espagne au champ d’honneur, neveu d’un chef de bataillon de la Grande Armée. Ancien négociant. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Dans une lettre adressée à la Commission, il rappelait ainsi sa participation aux combats : « J’ai employé mon temps dans les mémorables journées en bon et vrai citoyen : le jour aux barricades les armes à la main, le soir à fabriquer des balles avec le plomb provenant de mon établissement de bains. » Il joignait la copie du laissez-passer qui lui avait été délivré par un « colonel d’état-major », pour circuler librement parce que fournisseur de balles ; ce certificat précisait qu’il n’avait réclamé aucune rétribution. Un certificat était ainsi rédigé : « Nous, soussignés, négociants et propriétaires du quartier Montmartre, certifions que M. Paccard, demeurant rue du Faubourg-Montmartre, n° 4, à nous connu, a montré le plus grand zèle dans les trois mémorables journées de Juillet, à la tête des braves citoyens, pour la formation des barricades et la lecture en public des proclamations excitant aux armes et qu’il a participé avec le même zèle à la fabrication des soixante mille balles qui se sont faites dans les ateliers du faubourg Montmartre, n° 4. » Signé (pour les noms lisibles), le 4 septembre 1830 : Lamotte ; Prévot ; Fontaine ; Mode, François aîné ; Paraud ; Marais ; Tirelfils, manufacturier et breveté de Philippe Ier ; Lemesle ; Trarieux ; Buveau ; Armillier. Après la révolution, il fut nommé à l’unanimité sergent dans la 2e compagnie du 2e bataillon de la garde nationale. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il fit parvenir la lettre suivante à la Commission : « C’est avec le respect le plus profond et la considération la plus distinguée que je prends la liberté de mettre sous vos yeux un aperçu de ma conduite dans les trois mémorables journées de Juillet. Mes droits à la décoration ayant été méconnus, je compte sur votre impartialité, messieurs, et je viens avec confiance réclamer votre justice, toujours en protestant contre la médaille qui m’a été offerte. Le 26 juillet, lorsque j’eus connaissance des fatales ordonnances qui nous débarrassèrent trois jours après d’un roi parjure, je passais la nuit à composer des proclamations pour exciter le peuple aux armes. Le 27, je courais les rues, montant sur les bornes, lisant à haute voix mes proclamations. De 3 à 4 heures, je me dirigeais au Palais-Royal par la rue de Valois. Arrivé au bout de cette rue, qui était encombré de monde, nous fûmes chargés par un escadron de gendarmes, et au moment où je lançais une pierre à l’un d’eux, j’eus mon chapeau fendu d’un coup de sabre. Je me dirigeais ensuite dans la rue Saint-Honoré, toujours lisant mes proclamations. Le 28, à 4 heures du matin, j’étais sur la place de la Bourse. J’emmenais avec moi plus de quatre cents personnes à la porte Saint-Denis, où je coopérais à l’arrestation d’un lancier, porteur d’ordre pour Vincennes. Je dirigeai la formation des barricades ; ensuite je me transportai boulevard Montmartre lorsque la garde royale, les lanciers et l’artillerie eurent défilé sur le boulevard, se dirigeant vers la porte Saint-Denis. Je m’occupais ensuite à leur couper la retraite sur ce point. J’appelais du monde à moi. Couper les arbres, faire de nombreuses barricades fut l’affaire d’un moment. C’est sur ce point que la voiture de M. Saulo Magno (lire Saulot-Baguenault, N.D.A.) servit de barricade (certificat signé par trente personnes, entre autres par M. Varin, manufacturier, demeurant rue du Faubourg-Montmartre n° 4 ; M. Maistre Jean, banquier, M. Lesueur, marchand teinturier, demeurant tous deux cité Bergère). Je me mis ensuite à fabriquer des balles, aidé par plusieurs personnes. J’en eus bientôt un nombre considérable, que je m’empressais d’aller distribuer au péril de ma vie (autre certificat et un reçu me servant de laissez-passer comme fournisseur de balles, qui m’a été délivré par M. le colonel chef d’état-major de la Bourse). Je passais donc une partie de la nuit du 28 au 29 à fabriquer de nouvelles balles et le 29 au matin quand mon quartier fut en sûreté par ses nombreuses barricades, je me dirigeais du côté du Pont-Neuf. Je pris une part active à la prise du Louvre. Je me dirigeais ensuite par la rue Croix-des-Petits-Champs au Théâtre-Français et la rue du Rempart, où je me battis avec acharnement. Je fournissais des balles à ceux qui en manquaient. J’en avais encore au moins quinze ou vingt livres. Je tuais un Suisse à bout portant, dans la maison du chapelier (voir Moizard) rue Saint-Honoré, qui venait de tuer le nommé Baunal (voir Bonal, Claude), ébéniste, demeurant passage de l’Industrie (certificat signé par le sieur Casamiglia [voir Casamiglia, François, Antoine] et autres demeurant rue de Tracy n° 5, blessé et décoré). Je ne rentrais chez moi, auprès de ma famille qui est composée de six enfants, que lorsque le palais des Tuileries fut en notre pouvoir. Un autre certificat me fut délivré, qui atteste que je fus le premier armé et équipé comme garde national et que je restais pendant trois jours consécutifs au corps de garde comme sergent du poste. Voilà, messieurs, l’exposé de ma conduite. Si vous croyez, dans votre sagesse, que j’ai des droits à la décoration, je serai jaloux de la porter, parce que mon père portait aussi la croix. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Pannard, Philibert), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 4, rue du Faubourg-Montmartre en 1830 ; 62, rue Montmartre (aussi 13, rue de la Bibliothèque dans la lettre qu’il signe in Archives de la préfecture de police AA 406) en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 406.