Pecheux d’Herbinville, François, Etienne

Biographie


Né le 5 avril 1809 à Paris. Licencié en droit. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Il est mentionné comme « artilleur de la 2e batterie ; combattant de Juillet, blessé à la prise du Louvre le 29 » in Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république. Il fut compromis et traduit devant la cour d’assises de la Seine, en 1831, à la suite des troubles occasionnés par le procès, en décembre 1830, des ex-ministres de Charles X. A l’issue du procès, il fut acquitté, comme tous les autres accusés. On trouve dans les Mémoires d’Alexandre Dumas, au chapitre CXCVIII du Procès des artilleurs un passage le concernant : « […] Nous avons dit la difficulté qu’il y avait pour un avocat général d’accuser des hommes tout noirs encore de la poudre de juillet, comme l’étaient Trélat, Cavaignac, Guinard, Sambuc, Danton, Chamarre et leurs coaccusés. Tous ces hommes, d’ailleurs, – à part le commissionnaire Gourdin, contre la moralité duquel, au reste, il n’y avait absolument rien à dire, – vivaient de leur fortune ou de leur talent, et étaient plutôt riches que pauvres. On ne pouvait donc attaquer chez eux qu’une opinion dangereuse peut-être, au point de vue du gouvernement, mais, à coup sûr, désintéressée. M. le procureur général Miller eut l’intelligence de comprendre la situation, et, au début de son réquisitoire, se tournant vers les prévenus : “– Nous gémissons plus que personne, dit-il, de voir traduits sur ces bancs des citoyens honorables, dont la vie privée paraît commander l’estime ; des jeunes gens riches de nobles pensées, d’inspirations généreuses. Ce n’est pas nous, messieurs, qui chercherons à récuser leurs titres à la considération publique ou à la bienveillance de leurs concitoyens, et les services qu’ils ont pu rendre à la patrie. L’auditoire, visiblement alléché par ce préambule, fit entendre un murmure d’approbation qu’il eût certainement réprimé s’il eût eu la patience d’attendre la suite. Le procureur général reprit : – Mais les services que l’on a pu rendre à l’Etat donneraient-ils le droit de l’ébranler jusque dans ses fondements, s’il n’est point administré selon des doctrines qui conviennent à des imaginations peut-être déréglées ? Mais l’ardeur de la jeunesse suffirait-elle pour légitimer des essais qui alarment tous les bons citoyens et froissent tous les intérêts ? Faut-il donc que les hommes paisibles puissent devenir les victimes des manœuvres coupables de ceux qui parleraient de liberté en attaquant celle d’autrui, et qui se vanteraient de travailler au bonheur de la France en brisant avec violence tous les liens sociaux ?” On comprend de quel air dédaigneux les prévenus recevaient ces filandreuses et banales observations. Loin qu’ils songeassent à se défendre, on sentait que, le moment venu de charger, c’étaient eux qui allaient prendre l’offensive. Pescheux d’Herbinville, le premier, s’élançant à toute bride, sabra juges et procureur général. “– Monsieur Pescheux d’Herbinville, lui dit le président Hardouin, vous êtes accusé d’avoir eu des armes à votre disposition, et d’en avoir distribué. Avouez-vous le fait ?” Pescheux d’Herbinville se leva. C’était un beau jeune homme de vingt-deux à vingt-trois ans, blond, soigné de sa personne, délicat dans ses manières. Les cartouches qu’on avait saisies chez lui étaient enveloppées de papier de soie, et enjolivées de faveurs roses. “Non-seulement, dit-il, j’avoue le fait, monsieur le président, mais encore je m’en vante. Oui, j’ai eu des armes, et beaucoup ! et je vais vous dire comment je les ai eues. En juillet, j’ai, à la tête d’une quinzaine d’hommes, au milieu du feu, pris successivement trois postes ; les armes que j’ai eues, ce sont celles des soldats que j’ai désarmés. Or, moi, je me battais pour le peuple, et ces soldats tiraient sur le peuple. Suis-je coupable d’avoir pris des armes qui, dans les mains où elles se trouvaient, donnaient la mort à des citoyens ?” Une salve d’applaudissements accueillit ces paroles. “– Quant à les avoir distribuées, continua l’accusé, c’est encore vrai, je l’ai fait ; et non seulement j’ai distribué des armes, mais encore, croyant que, dans des temps pareils au nôtre, il était bon de reconnaître les amis de la France de ses ennemis, j’ai, à mes frais, quoique je ne sois pas riche, habillé en gardes nationaux quelques-uns des hommes qui m’avaient suivi. C’est à ces hommes-là que j’ai distribué des armes auxquelles, d’ailleurs, ils avaient bien droit, puisqu’ils m’avaient aidé à les prendre ! Vous m’avez demandé ce que j’avais à dire pour ma défense, je l’ai dit.” Et il se rassit au milieu d’applaudissements que les injonctions réitérées du président purent seules faire cesser […]. » Le Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république reprend à peu près les mêmes termes de Dumas et donne les précisions suivantes : « M. le président. – On vous reproche d’avoir eu des armes et des cartouches à votre disposition, et d’en avoir distribué. – Pécheux, avec chaleur : Oui, j’ai eu des cartouches, beaucoup de cartouches dans un temps ; j’ai eu des armes, beaucoup d’armes, et je vais vous expliquer comment je les ai eues. J’étais à ma fenêtre, le 27 juillet, lorsque je vis des ouvriers passant dans la rue, et portant un cadavre sur une planche ; je n’avais chez moi que des pistolets de combat, comme un jeune homme peut en avoir ; je sortis précipitamment, et je me joignis aux combattants jusqu’à 11 heures du soir. En rentrant, j’arrachai une gouttière, je fondis des balles pendant toute la nuit. Le lendemain matin, je me présentai avec quelques personnes au poste Mauconseil. Je fis feu de mes pistolets, non sur le factionnaire, mais sur les fenêtres du poste ; le factionnaire me présenta son arme. Tout le monde se rendit. Mes camarades et moi nous nous armâmes avec les fusils du poste. Nous allâmes avec les soldats boire chez un marchand de vin. En partant de là, nous nous dirigeâmes vers le poste de la halle aux blés, alors occupé par des gendarmes. Je me présentai seul devant eux ; je les exhortai à ne pas tirer contre des frères et des amis. […] Le commandant du poste me remit son épée. Nous nous emparâmes encore en cet endroit de toutes les armes, et nous nous dirigeâmes vers la place du Châtelet, le combat commença. » Il ajouta à une question que le président lui posait : « J’ajouterai qu’on m’a signalé comme ayant voulu désarmer la garde nationale ; il faut encore que j’explique ce que j’ai fait des fusils que j’avais entre les mains. Eh bien, messieurs, je dois dire que, retiré à la campagne près Vernon, j’ai armé et équipé, à mes frais, trois gardes nationaux ; j’ai équipé un officier, je lui ai acheté des épaulettes, je lui ai donné l’épée que l’officier de gendarmerie m’avait mise entre les mains. Ma position me force à déclarer ces faits : mais vous le voyez, je suis jeune, je ne suis pas riche, eh bien ! j’ai armé et équipé trois gardes nationaux (mouvement), et je ne l’ai pas fait mettre dans le journal, ainsi que le font beaucoup de personnes pour des dons patriotiques de dix ou quinze francs. (Marques du plus vif intérêt dans l’auditoire). » A l’occasion de ce procès, son avocat, dans la plaidoirie qu’il prononça, donnait les indications suivantes concernant Pécheux-d’Herbinville : « […] Orphelin, son tuteur le destinait à l’état militaire ; aux études ordinaires de collège, il joignit celle des mathématiques, et fut reçu à Saint-Cyr. Cette première direction donnée au jeune d’Herbinville fut changée ; il obéit non sans regret, mais avec courage, à une impulsion nouvelle, fit marcher de front la théorie des lois et la pratique des affaires. Lorsque l’accusation est venue le surprendre, absent depuis quelques jours de l’étude dont déjà la direction lui avait été remise, d’Herbinville allait subir sa dernière épreuve à l’école de droit. S’il compte peu d’années, au moins faut-il convenir qu’elles ont été remplies par des travaux graves et des études consciencieuses. » Et lui-même, à l’occasion du même procès, précisait : « […] Fils d’un de nos volontaires du Rhin, orphelin à onze ans, j’étudiai neuf ans au collège, et j’en sortis à dix-neuf. La carrière militaire me souriait d’abord ; j’en fus détourné par mon tuteur, et j’embrassai celle du barreau. A la vérité, les fusillades de la rue Saint-Denis, en 1827, furent pour beaucoup dans cette résolution. Jamais, me disais-je alors, je ne pourrais tirer sur le peuple […]. » Toujours selon Alexandre Dumas, ce fut lui qui tua en duel Evariste Galois, le 30 mai 1832. La veille d’être tué, Galois avait rédigé trois lettres, sur lesquelles LEpopée des régicides, Passions et Drames, donne les explications suivantes : « La première, adressée à tous les républicains, priait ceux-ci de ne pas lui reprocher de mourir autrement que pour son pays : “Je meurs victime d’une infâme coquette. C’est dans un misérable cancan que s’éteint ma vie. Oh ! pourquoi mourir pour si peu de chose, mourir pour quelque chose d’aussi méprisable ! Je prends le ciel à témoin que c’est contraint et forcé que j’ai cédé à une provocation que j’ai conjurée par tous les moyens. Je me repens d’avoir dit une vérité funeste à des hommes si peu en état de l’entendre de sang-froid. Mais enfin j’ai dit la vérité. J’emporte au tombeau une conscience nette de sang patriote. Adieu ! j’avais bien de la vie pour le bien public. Pardon pour ceux qui m’ont tué, ils sont de bonne foi.” La deuxième, adressée à deux de ses amis, leur demandait de prouver qu’il s’était battu malgré lui, après avoir épuisé tout moyen d’accommodement, et de dire s’il était vrai qu’il était capable de mentir, et de mentir même pour un si petit objet que celui dont il s’agissait. La troisième enfin, accompagnée de deux mémoires, était une longue explication mathématique. » Nous empruntons à l’article d’Olivier Courcelle, paru dans Images des mathématiques, les informations biographiques suivantes : Pecheux d’Herbenville, François, Etienne est né le 5 avril 1809 à Paris, fils de Pecheux dit Herbenville, Pierre, Pascal, commis voyageur, et de Mallet, Antoinette, Françoise non mariée, mais que le père épousera le 14 novembre 1811 à Paris. Il eut deux enfants avec une première épouse Deschamps, Marie, Joséphine, Jenny, qu’il avait épousée le 27 juillet 1845 à Paris : Lucien, Etienne né le 7 novembre 1845 au Pré-Saint-Gervais ; Léon, Alexandre né le 9 janvier 1849 à Paris. Deschamps mourut le 8 mai 1855 à Paris, à l’âge de trente ans, et les deux enfants furent confiés à la branche maternelle. Il épousa, le 1er juin 1859 à Paris, Pépin, Lucie, Marie, Dorothée, née le 10 juillet 1814 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe et mère de ses deux premiers enfants ; un contrat de mariage avait été signé le 18 octobre 1856 et qui mentionnait l’existence d’un enfant naturel reconnu quatorze ans auparavant et légitimé par ledit mariage. Deux enfants naturels étaient en fait nés de cette union : Etienne, Lucien, Auguste née le 8 avril 1839 à Paris ; Marie, Mathilde, Pauline née le 15 juillet 1843 aussi à Paris. Il fut sans doute nommé conservateur du château de Fontainebleau après la révolution de Février. Il publia Essai sur lappropriation générale et dutilité publique du château de Fontainebleau ; Fontainebleau et les charmantes promenades aux sites et rochers qui lenvironnent (Fontainebleau, 1850) ; Notes sur la création détablissements de colonisation en Algérie (Fontainebleau, 1850). En 1845, sur l’acte de naissance de son enfant, il est dit propriétaire. Parfois qualifié de conducteur principal de travaux, ingénieur, ingénieur civil ou géomètre, il se lance aussi en 1846 dans l’exploitation d’un nouveau procédé de production d’huile de houille dédié à l’éclairage public. Il mourut le 22 mars 1871 à Paris. Il demeurait 12, rue Plâtrière au Pré-Saint-Gervais ou 19 rue Neuve-de-la-Fidélité à Paris entre 1843 et 1847 ; 13, rue Neuve-Ménilmontant en 1855 ; 23, rue du Faubourg-Saint-Denis de 1856 à 1863 ; 27, rue Neuve-Coquenard entre 1864 et 1865 ; 138, rue Saint-Lazare en 1867 ; route du Pavé-Neuf au Pecq (Yvelines) de 1869 à sa mort. Il demeurait 12, rue Culture-Sainte-Catherine en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIe arrondissement ; Archives de Paris AP VD6 356 n° 5 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIe arrondissement ; Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot éditeur-libraire, 1831 ; La Gazette des tribunaux 6 avril 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 97-98, 161 ; Procès des dix-neuf citoyens accusés de complot tendant à remplacer le gouvernement royal par la république, Paris, Prévot éditeur-libraire, 1831 ; LEpopée des régicides, Passions et Drames, Laurent Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.

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