Pelars
Biographie
« Des gardes royaux faisaient depuis plusieurs heures des décharges terribles sur les braves défenseurs de la liberté. Un grand nombre de ces derniers étaient tombés, et leurs compagnons, animés par le désir de venger leur mort, combattaient avec un tel acharnement qu’ils parvinrent à mettre en fuite leurs adversaires. Dix de ces malheureux s’avancent et offrent de rendre leurs armes. “Point de quartier pour ces brigands”, répètent mille voix ensemble, et aussitôt on marche sur eux pour les écraser ; un jeune homme, M. Pelars, qui s’était avancé au milieu de la mitraille pour secourir un blessé, frémissant de douleur en voyant que le sang français va recommencer à couler, s’élance avec courage, et se tenant au milieu des deux partis : “Qu’allez-vous faire, dit-il au peuple en fureur, verser le sang de vos concitoyens…. Ils sont Français, ils sont nos frères ; ils nous rendent leurs armes, seriez-vous assez barbares pour les égorger ?... – Regardez, monsieur, s’écrie un des plus furieux en montrant un cadavre ensanglanté, c’est mon frère, il vient de périr à côté de moi ; ce sont ces bourreaux qui l’ont tué. Point de quartier”, et ces sanglantes paroles sortent de toutes les bouches. “Ils ne périront pas, ou je mourrai le premier”, leur répond le généreux jeune homme. Il se place aussitôt devant les gardes royaux, leur fait un rempart de son corps, et saisissant la baïonnette d’un fusil : “Tirez sur moi si vous l’osez !...” Ce dévouement héroïque, ce courage inaltérable frappent les esprits et désarment les plus irrités. Les gardes royaux rendent les armes ; on s’embrasse de part et d’autre, et le sang français ne coule pas… Ce trait s’est passé dans les environs de la Grève, et nous a été rapporté par un témoin oculaire. » Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 311-313.