Pelletier
Biographie
Marchand grainetier. Une lettre envoyée au National révélait dans ces termes sa participation à l’attaque de la caserne de Babylone : « A M. le rédacteur du National,
»Paris, le 3 août 1830
»Monsieur,
»Un fait qui n’a pas été oublié et qui mérite cependant de l’être, m’engage à vous adresser ce peu de mots.
»A la prise de la caserne Babylone, un jeune élève de l’Ecole polytechnique, déjà blessé à la tête en faisant rendre les gendarmes d’élite de la rue de Vaugirard, prit à peine le temps de faire appliquer un linge sur sa blessure, et courut à la tête de 30 à 40 hommes dont il avait pris le commandement, pour faire déposer les armes aux Suisses ; mais, à peine arrivé au coin de la rue des Brodeurs et de celle Plumet, il tombe frappé d’une balle à la tempe, dans les bras d’un charbonnier, en disant : “Mes amis, ne vous effrayez pas, je meurs pour la liberté !… Vengez-moi !…” A ces mots, il expire. Si ce brave eût vécu un quart d’heure de plus, il aurait vu les Suisses déposer les armes, après avoir été harcelés par le peuple, qui mit le feu aux portes, et s’empara d’une pièce de canon.
»Un jeune homme, nommé Pelletier, marchand grainetier, rue de Sèvres, au coin de celle des Brodeurs, périt à la même affaire, frappé de deux balles, dont l’une au cœur et l’autre à la cuisse.
»On transporta ces deux braves défenseurs de notre liberté à l’hospice des Incurables, rue de Sèvres, et le convoi eut lieu le lendemain. Jamais je n’ai rien vu de si imposant. Plus de 600 hommes armés, le fusil sous le bras, suivaient silencieusement. Une foule considérable de femmes, de vieillards et d’enfants augmentait ce cortège ; le silence qui régnait n’était interrompu que par les cris de vive la liberté ! vivent les élèves de l’Ecole polytechnique ! Arrivés au cimetière Montparnasse, trois décharges de mousqueterie annoncèrent aux nombreux assistants que la terre venait de recevoir dans son sein les corps de ces deux infortunés.
»Je tâcherai de vous faire savoir incessamment le nom du jeune élève, mort si courageusement.
»J’ai l’honneur, etc.,
»Auguste Bry, imprimeur-lithographe. » Le National, 5 août 1830.