Pelletier, Etienne
Biographie
Né vers 1775. Cordier. Il fut tué de trois coups de feu, le 29 dans la rue Saint-Honoré. Le décès de Pelletier fut prononcé par jugement en date du 9 novembre 1830 du tribunal civil de la Seine. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de l’arrondissement de Sceaux. Le 20 septembre 1830, devant le juge de paix de Vincennes, comparut Pelletier, Pierre, Henry, né en 1811, ouvrier carrier, demeurant 8, rue de la Pissotte, fils de Pelletier, Etienne. Il déclara « que le jeudi 29 juillet dernier à 8 heures du matin, son père est parti de Vincennes pour aller à Paris, que n’étant pas rentré à son domicile le même jour, ainsi qu’il était dans l’usage de le faire, il en conçut de l’inquiétude, sachant que les habitants de Paris se battaient avec la troupe réglée. Que, quelques jours après, plusieurs personnes lui ont dit que son père avait eu le malheur de succomber le même jour 29 juillet dernier à Paris, dans un combat qui eut lieu avec la troupe et que comme il a intérêt, ainsi que sa famille, de faire constater légalement le décès de son père il nous prie pour y parvenir de procéder à une enquête et recevoir les déclarations des personnes qui nous seront désignées comme pouvant donner des renseignements sur la mort dudit sieur Pelletier, son père ». Comparurent ensuite Guigny, Jean-Marie, né vers 1783, cultivateur, demeurant 10, rue de la Pissotte. Il déclara « que le jeudi 29 juillet dernier, vers 8 heures du matin, il rencontra dans ladite rue le sieur Etienne Pelletier, son voisin, qui paraissait disposé à voyager et lui dit C’est bien M. Pelletier, vous voilà parti. Que le sieur Pelletier lui répondit Oui je vais à Paris voir ce qui s’y passe. Que de fait il s’est de suite dirigé vers Paris, en suivant l’ancien chemin de Lagny, et que depuis ce jour le comparant ne l’a pas vu reparaître à son domicile à Vincennes ». Savard, Jean-Claude, né vers 1792, cultivateur, demeurant 10, rue de la Pissotte. Il déclara « que le 28 juillet dernier à 7 heures du soir, il a rencontré le sieur Pelletier, son voisin, accompagné de son jeune fils sur l’ancien chemin de Lagny ; que l’ayant questionné sur le lieu d’où il venait le sieur Pelletier répondit qu’il venait du faubourg Saint-Antoine ; que son intention était de pénétrer plus avant mais qu’il avait été obligé de rebrousser chemin, son petit garçon étant avec lui ; que le lendemain 29 juillet le comparant avait appris que ledit sieur Pelletier était retourné seul à Paris ; que depuis ce moment il est certain comme habitant la maison contiguë à la sienne que ledit Pelletier n’a plus reparu chez lui, ce qui lui fait présumer qu’il n’est que trop vrai qu’il aura péri dans les engagements qui ont eu lieu entre les troupes soldées et les habitants de Paris, ledit Pelletier ayant pour habitude de ne jamais découcher ». Comparut ensuite Collin, François, né vers 1796, compagnon maçon, demeurant 7, rue du Terrier à Vincennes. Il déclara que « dans les derniers jours de Juillet il travaillait dans un atelier de maçonnerie dirigé par le sieur Champignon, maître maçon faubourg Poissonnière ; que le 27 dudit mois une multitude de citoyens étaient venus à son atelier et avaient engagé tous les ouvriers à se joindre à eux pour repousser les agressions de la troupe soldée, ce qu’il avait fait, ainsi que tous ses camarades. Que le 28 pareille chose lui était arrivée et qu’il avait quitté son ouvrage dès 9 heures du matin et s’était réuni aux autres citoyens qui combattaient pour la défense de Paris et était resté avec eux jusqu’au soir ; qu’il ait revenu coucher à Vincennes ; qu’il est retourné à Paris le lendemain 29 vers 10 heures du matin et s’était réuni à ceux qui combattaient contre les Suisses et autres corps d’infanterie de la garde à la place de Grève ; qu’ils ont poursuivi ces troupes, qui battaient en retraite jusqu’au marché des Innocents ; qu’étant arrivé dans cette place il y a remarqué un nombre considérable de troupes soldées, tant d’infanterie que d’artillerie ; que vers les 3 heures de relevée, il a reconnu dans la foule le sieur Pelletier, Etienne, qu’il savait être de Vincennes, ayant travaillé une partie de l’hiver à la construction de l’église provisoire de Vincennes, que, l’ayant abordé, ce dernier lui dit qu’il était venu pour tâcher d’avoir des nouvelles de son fils aîné canonnier conducteur attaché à la batterie de service à l’Ecole militaire, qu’à l’instant ledit sieur Pelletier lui dit que le brigadier d’artillerie qui servait l’une des pièces placées dans le marché et dont le feu avait cessé lui avait permis d’approcher de sa pièce, que là il avait reconnu le corps de son fils gisant à terre, que voulant venger la mort de son fils dont l’acharnement de la troupe était cause, il s’était emparé de la giberne et du fusil d’un fantassin mort (objet dont il était en effet possesseur au moment de leur rencontre) qu’ayant été se rafraîchir ensemble avec une foule d’autres citoyens chez un marchand de vins rue aux Fers ils se sont réunis à la foule du peuple qui s’est mis à la poursuite de la troupe qui battait en retraite par la rue Saint-Honoré pour se rendre aux Tuileries que la foule les ayant séparés vers les 8 heures du soir, le déclarant était resté à Paris et avait couché sur la place de Grève que, le 30 juillet au matin, ayant été requis avec environ quatre cent autres personnes pour aller ramasser les morts et les blessés il avait reconnu le cadavre dudit sieur Pelletier, qui gisait dans la rue Saint-Honoré, entre la rue de Grenelle et la rue Croix-des-Petits-Champs, lequel avait reçu trois coups de feu, que le déclarant avec trois autres de ses camarades l’avait porté dans une grande fosse pratiquée au bout de la rue Fromenteau près le Louvre où il a été inhumé avec une foule d’autres morts en combattant. » Comparut ensuite Papanis, Etienne, René, né vers 1798, monteur en cuivre, demeurant rue de Périgueux n° 9 au Marais, lequel déclara « que le vendredi 30 juillet dernier, sur les 8 heures du matin, étant à Paris, place de l’Hôtel-de-Ville, on vint demander des hommes de bonne volonté pour enlever et inhumer les personnes tuées les jours précédents dans les combats qui avaient eu lieu avec les troupes, qu’ayant suivi un grand nombre de personnes qui se rendaient à cette invitation et étant parvenu rue Saint-Honoré, en face celle du Coq, le sieur Collin compagnon maçon à Vincennes, dont il avait fait connaissance la veille, lui dit en examinant les morts qui se trouvaient là Tiens, voilà le cordier ! que le comparant lui ayant demandé qui était ce cordier, Collin lui dit C’est un particulier qui est cordier et qui demeure à Vincennes ; qu’alors, aidé de plusieurs autres personnes, Collin et lui l’ont porté jusqu’au bout de la rue Fromenteau, près le Louvre, où il a été inhumé dans une grande fosse avec vingt-quatre ou vingt-cinq autres hommes morts en combattant. Le comparant nous observe que le cadavre que le sieur Collin lui a fait remarquer parmi les morts paraissait âgé d’environ cinquante-cinq à soixante ans, taille d’environ cinq pieds un pouce, cheveux gris, ayant une forte blessure de balle au front près l’œil droit et deux autres à la poitrine et qu’il ne pouvait le signaler plus amplement, sa figure étant couverte de sang, qu’il était vêtu d’un pantalon de velours bleu passé, un tablier de toile bleu attaché avec des cordes, une chemise de toile, sans bas, chausson ni aucun autre vêtement, à côté de lui était une casquette de drap bleu avec visière en cuir noir ». Comparut enfin Mongey, Honoré, Parfait, né vers 1800, garçon jardinier, demeurant chez Vauché, jardinier, 11, rue de la Pissotte. Il déclara « avoir rencontré le sieur Pelletier père à la barrière de Vincennes, l’un des derniers jours de juillet, qu’ils ont suivi ensemble la grande rue du Faubourg-Saint-Antoine jusqu’à la rue Traversière mais qu’il ne se rappelle pas au juste à quelle heure ni quel jour ; que voyant la troupe qui se portait de côté et d’autre pour en imposer aux citoyens qui paraissaient animés contre les militaires et ayant entendu la détonation de plusieurs coups de feu et notamment un coup de canon qui partit en ce moment de la rue Traversière, il dit au sieur Pelletier qu’il y avait du danger à rester plus longtemps dans cette position et l’a engagé à retourner à Vincennes, ce que ledit Pelletier a refusé de faire, en disant qu’il voulait aller plus loin pour voir ce que cela deviendrait ; qu’alors lui déclarant s’est de suite mis en route pour regagner Vincennes ; que depuis ce moment il n’a plus revu ledit Pelletier, quoique sa demeure soit en face de celle qu’il habite à Vincennes ». Ce fils était en fait un beau-fils, Aucher, Jean, Furcy, né le 30 juin 1808 à Paris, deuxième canonnier conducteur à la huitième batterie de la garde royale, et qui fut tué, le 29 juillet, d’un coup de feu sur le pont Notre-Dame. Pelletier laissait une veuve, Aucher, Marie, Euphrasie, née le 12 septembre 1787 (bien le 12 septembre 1787 dans son acte de mariage et in Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831 ou le 14 septembre 1788) à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) (fille de Aucher, Pierre, Furcy, cordier, et de Garnier, Marie, Jeanne, son épouse), qu’il avait épousée le 31 décembre 1810 à la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement de Paris, cordière, qui reçut un secours de trente francs le 20 octobre 1830, un secours de cent cinquante francs le 29 octobre 1830, un secours de deux cents francs le 3 novembre 1830, un secours de cinquante francs le 5 janvier 1831, auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, et cinq cent quarante un francs et cinquante centimes de la commune de Vincennes. Dans le dossier d’Aucher, Jean, Furcy, il est noté les renseignements suivants : « La veuve Pelletier étant domiciliée dans la commune de Vincennes, où elle a reçu 541,50 francs de secours suivant la lettre du maire de cette commune, en date du 28 janvier 1831, elle a usurpé au VIIIe arrondissement de Paris 430 francs de secours auxquels elle n’avait aucun droit. » Ces renseignements sont repris dans une note de la mairie in Archives de Paris VD3 1-2. Elle était porteuse du certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions et attestons que la dame Marie, Euphrasie veuve Pelletier, s’est toujours très bien comportée depuis qu’elle habite la commune de Saint-Mandé, où elle demeure avenue de Saint-Mandé, chemin de ronde, maison de M. Hulin, propriétaire ; qu’il n’est jamais parvenu à notre connaissance le plus léger reproche sur elle ; que depuis quatre ans elle n’a pas quitté la maison où elle sert ; qu’elle est du nombre des veuves qui ont eu le malheur de perdre leur époux dans les journées de Juillet ; que son malheur est d’autant plus grand qu’elle a perdu son mari le 28 et son fils le 27 ; qu’elle se trouve sans ressources et n’a encore touché de secours que l’on accorde que la somme de vingt francs. » Signé, le 8 septembre 1830 : Hulin, propriétaire, demeurant 4, avenue de Saint-Mandé. Elle fut pensionnée et il lui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il laissait aussi trois enfants : Pierre, Henry, né le 3 septembre 1811 à Paris, ouvrier carrier ; et deux autres qui furent pensionnés et à qui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes : Louis, Etienne, né le 17 mai 1817 à Champigny (Seine) (mais à Vincennes in Archives nationales F/15/2553 ; mais bien à Champigny in Archives nationales F/1dIII/38 B et in Archives de la préfecture de police AA 406), et Victoire, Jeannette, née le 13 septembre 1814 à Loyaumont (Somme). Le conseil de famille des orphelins était composé de Aucher, Jean-Pierre, Furcy, oncle des orphelins, cordier, demeurant à la Petite-Villette, n° 134, nommé tuteur en lieu et place de la mère, qui se désista de ses fonctions, et de Guillotin, Adrien, employé au ministère des Finances, subrogé-tuteur, demeurant 176, rue du Faubourg-Saint-Denis en 1831. En 1831, la Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet rapportait au sujet de la mère et du tuteur qu’ils n’avaient « pas de conduite ». En 1832 (les bans furent publiés le 1er juillet de cette année), Victoire, Jeannette épousa son subrogé-tuteur, Guillotin. En 1832-1834, Louis apprenait l’état de serrurier, profession pour laquelle il avait selon la Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet, « montré le moins de dégoût », et était apprenti chez Bligny, François, Victor, Aimé, serrurier, 30, rue du Levant à Vincennes. La même Commission de surveillance spéciale des orphelins et orphelines de Juillet rapportait encore : « Quand cet enfant est entré en apprentissage, il était presque nu. Le maire de Vincennes lui a acheté effets, linge, chaussures, lit complet, etc. » Le 2 septembre 1832, le Service de sous-surveillance des orphelins et orphelines de Juillet adressait la lettre suivante au maître des requêtes chargé de la surveillance des orphelins et orphelines de Juillet : « Monsieur, Le jeune Pelletier, Louis, Étienne, orphelin de juillet du (ancien) XIVe arrondissement, qui avait été placé par la commission municipale chez le sieur Bligny, serrurier à Vincennes, pour y apprendre cette profession, a quitté cette maison, le vendredi 24 du mois dernier, et s’est retiré chez sa mère, habitant la même commune. Les faits qui ont donné lieu à cette séparation m’ont été expliqués par le maire de Vincennes, qui s’était chargé de la surveillance ce jeune homme, de la manière la plus défavorable pour lui. Déjà, le bulletin numéro 1, qui nous avait été transmis, l’avait désigné ainsi que sa mère comme ayant fort peu de conduite, mais j’ai appris, dans mon entrevue avec M. le maire, que le sieur Pelletier était très mauvais sujet. A peine âgé de quinze ans, ce jeune homme a tous les vices et toutes les habitudes d’une éducation détestable. Il est paresseux, menteur et insolent. Le prétexte qu’il a pris pour sortir de chez son maître est qu’il ne voulait pas se laisser frapper et que souvent M. Bligny s’oubliait au point de le battre. J’ai pu facilement me convaincre de la fausseté de ces assertions, en interrogeant, aux termes de l’article 16 du règlement de la sous-surveillance, la notoriété publique sur la conduite et les antécédents du sieur Bligny, et ces renseignements lui ont été aussi favorables que défavorables à l’orphelin Pelletier et à sa famille. Le sieur Bligny est père d’une nombreuse famille, qu’il a parfaitement élevée, il est avantageusement connu dans Vincennes depuis trente ans ; il a fait un grand nombre d’apprentis, qui sont maintenant établis dans cette commune ; il est vif mais bon et humain. Dans deux maladies qu’a faites le sieur Pelletier, il a été soigné comme l’enfant de la maison. Tels sont, monsieur le surveillant, les renseignements que j’ai reçus de M. le maire et de plusieurs de ses administrés. Il est donc hors de doute que l’orphelin ait eu à supporter de mauvais traitements. C’est, au contraire, parce qu’il connaissait parfaitement le sieur Bligny que M. le maire de Vincennes a placé chez lui le jeune Pelletier. Dans un tel état de choses, j’ai dû demander quelle détermination on comptait prendre à l’égard du jeune homme et j’ai appris que jamais famille n’était aussi peu digne des bienfaits du gouvernement que la famille Pelletier, que c’était la mère qui perdait son fils et ne pouvait lui donner que de mauvais exemples, que c’était par intérêt personnel qu’elle cherchait à l’attirer chez elle, espérant toucher sa pension et laisser ensuite son enfant sans état et sans éducation. J’ai quitté Monsieur le maire fort embarrassé et me déclarant qu’il donnerait tout au monde pour être débarrassé de cette famille. Il doit en écrire à M. le sous-préfet de Sceaux, afin d’aviser au moyen de soustraire ce jeune homme à l’empire que sa mère exerce sur lui et à le placer dans une autre maison d’apprentissage, s’il veut bien s’y tenir. Quant à moi, je demeure convaincu que l’état militaire est peut-être le seul qui lui convienne, il est fâcheux que son âge ne lui permette pas encore embrasser cette carrière ; ce serait peut-être le seul moyen de l’empêcher de tourner tout à fait mal. » Le 30 septembre 1834, Louis fut arrêté pour vol. Le procès-verbal de son arrestation était ainsi rédigé : « L’an 1834, le mardi 30 septembre à 9 heures du soir. Devant nous, François, Nicolas Bavard, adjoint au maire de Vincennes, est comparu, M. Viénot, Louis, Marie, Auguste, cultivateur, demeurant à Vincennes, rue du Midi, n° 31. Lequel nous a déclaré que le dimanche 28 de ce mois, on s’est introduit dans son domicile et qu’on a soustrait une montre à boîte d’argent, clef, cachet et chaîne en cuivre, appartenant à son fils, et qui se trouvait placée sur la commode de sa chambre au premier étage et que le lundi 29 du même mois, en entrant dans cette même chambre, il a reconnu que plusieurs objets avaient été dérangés et retirés des tiroirs de sa commode, puisqu’il y avait encore à terre une veste et un pantalon ; qu’alors il s’est aperçu de la disparition d’une petite boîte en bois couleur acajou, renfermant une somme de cent dix francs environ, composée de vingt pièces de cinq francs, une pièce de deux francs, trois pièces d’un franc cinquante, deux pièces d’un franc et le reste en monnaie de billon ; une épingle en or et deux boutons de chemise, aussi en or, le tout appartenant à son fils. Qu’il n’avait pas cru nécessaire de faire la déclaration, espérant que le hasard lui ferait découvrir les voleurs. Aujourd’hui le sieur Viénot a été informé que le sieur Adolphe Tehioust, fils de Louis, Toussaint, avait reconnu sa montre entre les mains de la fille Louise, Caroline Cretin, demeurant à Vincennes, rue de la Pissotte, n° 44, chez le sieur Amable Cretin, son père ; que l’ayant été trouver chez la dame Poussé, sa maîtresse d’apprentissage, demeurant à Vincennes, rue de la Pissotte, n° 5, pour s’en assurer, il l’a également reconnue et lui a demandé comment elle se trouvait en sa possession, à quoi elle répondit que Louis Pelletier lui en avait fait cadeau dimanche dernier dans l’après-midi, en lui disant qu’il y avait dix-huit mois qu’elle lui appartenait ; qu’en conséquence il l’emmenait devant nous pour l’interroger et parvenir à la découverte de la vérité. Questionné de nouveau par nous pour savoir comment cette montre se trouvait entre ses mains, cette fille nous a fait absolument la même réponse qu’au sieur Viénot. Ensuite, nous avons été chercher le nommé Pelletier, qui nous a déclaré se nommer Louis, Etienne, être âgé de dix-sept ans, exercer la profession d’ouvrier serrurier et demeurer à Vincennes, rue de la Pissotte, n° 17, chez sa mère. Nous lui avons représenté la montre ; il a avoué l’avoir donnée dimanche dernier à ladite fille Crétin, mais il a prétendu ne pas l’avoir prise chez le sieur Viénot et a allégué que ce dernier savait très bien qu’elle était en sa possession. Le sieur Viénot a soutenu, au contraire, qu’il l’ignorait et que jamais il ne l’a lui avait prêtée. Le vol de cette montre et divers soupçons que fait naître la conduite antérieure du sieur Pelletier portant naturellement à présumer que le vol du lundi peut avoir également été commis par lui, nous l’avons interrogé sur les circonstances qui s’y rattachent mais il s’est renfermé dans un système complet de dénégation. Sur la réquisition de M. Viénot, nous nous sommes assurés qu’il n’avait sur lui aucun des objets volés ; après, nous nous sommes transportés, accompagné du maréchal des logis de la gendarmerie et de MM. Guyot, Jean-Baptiste, et Verdier, habitants de cette commune, dans la chambre habitée par ledit sieur Pelletier, où, en sa présence, nous avons fait une perquisition, qui n’a produit aucune résultat. Attendu les relations intimes qui, à la connaissance de plusieurs personnes, existent entre lui et la fille Cretin, nous avons procédé de même à son égard ; mais nos recherches ont été aussi infructueuses. M. Viénot déclare 1° qu’il y a environ trois mois, on a déjà volé dans sa chambre, une redingote en drap, un chapeau de feutre, deux chemises de calicot et une montre d’argent. 2° Que les voisins l’ont prévenu que le jeune Pelletier avait essayé, en plein jour, de crocheter la porte d’entrée de sa maison. 3° Et qu’étant lié avec son fils, il connaissait parfaitement les localités ; que tout récemment il l’avait aidé à tirer son vin de la récolte dernière et avait couché chez lui. La montre dont est question au présent procès-verbal et trouvée sur la fille Cretin, est à cadran d’émail, chiffres romains, sans nom d’auteur. Elle a été par nous enveloppée et scellée du timbre de la mairie pour être jointe au présent procès-verbal, comme pièce à conviction. Avant de clore, nous avons demandé compte au nommé Pelletier de l’emploi de son temps pendant la journée de lundi. Il dit être parti de Vincennes à 7 heures du matin, pour se rendre chez son frère, rue Popincourt, n° 40, où il est resté jusqu’à 10 heures. Ensuite, il est allé voir son beau-frère, nommé Guillotin, demeurant à Paris, rue du Faubourg-Saint-Denis, n° 174, d’où il est parti à 2 heures, pour revenir à Vincennes, où il est rentré à 6 heures du soir. Aucun fait objectif ne détruisant la prévention dont ledit Pelletier est atteint, nous l’avons remis entre les mains de la gendarmerie, pour être conduit par devant monsieur le préfet de police. » Le jeune homme fut détenu à la prison de Bicêtre (au moins jusqu’au mois de janvier 1835). Il fut sans doute condamné puisque nous est parvenu le montant des frais qu’il fut condamné à payer (cinquante-huit francs et dix centimes), et dont le maire de Vincennes demandait au sous-préfet de faire la retenue sur les versements prévus en la faveur du jeune Louis : « Il vaut mieux, précisait-il, […] que cette somme retourne à l’Etat que de servir à favoriser la débauche. » Le maître chez qui Louis était en apprentissage, Bligny, sollicita auprès du sous-préfet d’être indemnisé du préjudice qu’il subissait par la perte de son apprenti, à qui il n’avait cessé de donner les meilleurs soins, expliquant ainsi : « Pendant dix-huit mois que le jeune Pelletier est resté chez son patron, le sieur Bligny peut dire avoir religieusement gardé la foi de ses engagements, en prenant le plus grand soin de l’élève qui lui était confié. Malgré le malheureux caractère de ce jeune homme, il ne s’est pas rebuté un seul instant et a toujours cherché à le diriger en bon père de famille ; il le voyait déjà même lui donner l’espoir d’être un jour ouvrier, lorsque d’un coup de tête, monté par de mauvais conseils (à ce que l’on dit), il prit la résolution de quitter la maison de son maître et de rompre ainsi de son chef la convention qui le liait pour son propre avantage. Parmi les clauses du traité, il était stipulé en faveur du sieur Bligny qu’au bout des deux premières années, il toucherait les deux cents francs servant de complément à la somme convenue pour l’apprentissage du fils Pelletier, attendu qu’on avait compté sur son travail pour compenser ses frais journaliers durant les douze derniers mois. Ces honorables prévisions étant déçues, le sieur Bligny se trouve non seulement avoir perdu toutes ses peines mais a encore logé, nourri, couché et blanchi son disciple pendant un an et demi moyennant la modicité de cinquante-cinq centimes par jour. Dans cette circonstance tout à fait préjudiciable, le signataire se voit forcé de recourir à votre bienveillance. Il vous supplie, monsieur le sous-préfet, d’avoir la bonté de l’indemniser proportionnellement au dommage à lui causé 1° par l’anéantissement de l’acte conclu avec le sieur Aucher. 2° par la perte du temps que son apprenti devait employer en dernier lieu dans son intérêt. 3° par dédommagement du temps et des soins qu’ont nécessité les deux maladies qui lui sont survenues. 4° et enfin par l’insuffisance de la rétribution qu’il a reçue. » En 1848, Louis, Etienne était chaudronnier-machiniste en fer (mais marchand de vin dans un certificat de la mairie), marié et père d’un enfant ; il avait accompli trois années de service militaire. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, afin d’obtenir un bureau de tabac ou une place de commissaire de station dans les chemins de fer. Le 22 mars 1848, il adressa la lettre suivante à cette Commission : « Le citoyen Pelletier, Louis, Etienne, chaudronnier-machiniste en fer, rue au Maire n° 1, à Bagnolet, a l’honneur de vous exposer que fils d’Etienne Pelletier, tué dans les journées de juillet 1830 et lui blessé dans les mêmes rangs, à l’âge de treize ans, il a également eu le désagrément de voir périr son frère, victime des défenseurs de nos libertés ! Que dans les journées de Février, le 23, l’exposant se trouvait lui-même au nombre des premiers combattants de la rue du Pont-aux-Choux, quartier du Temple, où il a couru les plus grands dangers. Que dans ce moment un second bureau de débit de tabacs se trouve nécessaire à Bagnolet et que l’exposant se propose de le remplir avec toutes les conditions voulues […]. » Il joignait à sa demande deux certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions avoir vu le citoyen Louis, Etienne, Peltier (sic), sur la barricade du Pont-aux-Choux et à celle du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.] aux affaires de Février et qu’il s’est conduit et comporté comme un brave, tout en combattant pour la liberté. » Signé : Doudin, E. ; Foret, E. ; Daban... A. ; Hérard, E. Le second certificat, ainsi rédigé : « Nous, maire de la commune de Bagnolet, certifions qu’il est nécessaire qu’il y ait un second bureau de tabac dans cette commune et que rien ne s’oppose à ce qu’il soit accordé au citoyen Pelletier, Louis, Etienne, marchand de vin en cette commune, rue Aumaire n° 1. » Signé, le 20 mars 1848 : le maire. Le 16 avril 1848, par une nouvelle lettre, il sollicitait une place de garde ou de surveillant dans l’un des musées de la république. Il fut recommandé par la Commission pour une place de concierge dans une propriété nationale. Louis, le 19 novembre 1848, était garde national du 5e bataillon de la Ire légion de la banlieue, et se fractura la jambe « en se rendant à l’église pour la promulgation de la Constitution ». Le 7 février 1849, il rappela qu’on lui avait promis une place en tant qu’orphelin de Juillet, sans que jamais on la lui donnât ; aujourd’hui placé « dans un état très précaire », père de famille, il sollicitait la réalisation de cette promesse. La police donna sur son compte les renseignements suivants : « […] Mécanicien et sa femme tient un débit de vins. Ils n’ont qu’un enfant et leur position n’est pas malheureuse. On ne peut rien dire de défavorable sur sa conduite morale et politique. » Il joignait à sa demande le certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine, chirurgien-major du 5e bataillon de Charonne et Bagnolet, médecin du bureau de bienfaisance, certifie que le citoyen Pelletier, serrurier, marchand de vin, rue Aumaire n° 1 à Bagnolet, se rendant, comme garde national, à la cérémonie de la proclamation de la Constitution, le 19 novembre 1848, s’est fracturé, par une chute, le fémur gauche. Ce grave accident ne le laissera pas infirme mais il entraîne pour lui une incapacité de travail pendant trois mois et lui fait désirer vivement d’obtenir bientôt la place pour laquelle il a été recommandé. » Signé, le 8 janvier 1849 : Pellassy des Fayolles (voir Pelassy des Fayolles, Nestor). Il joignait aussi à sa demande le certificat suivant : « Nous, officiers, sous-officiers et gardes nationaux du 5e bataillon, Ire légion de la banlieue, certifions que le citoyen Louis Pelletier s’est cassé la cuisse dans l’exercice de ses fonctions de garde national et qu’il mérite toute la sollicitude de ses chefs. » Signé, le 27 janvier 1849 (pour les noms lisibles) : Lebœuf, capitaine ; Faucheur ; Biaury ; Gastine ; Goudaud ; Souchet ; Berthe, simple garde national ; Chrétien, sapeur. Pelletier demeurait 4, avenue de Saint-Mandé, chemin de ronde à Saint-Mandé depuis 1826 ; sa veuve dans le faubourg Saint-Antoine maison de Mme Croisé, aubergiste en septembre 1830 ; 8, rue de la Pissotte à Vincennes en 1831 ; 11, rue de la Pissotte en 1832 ; 17, rue de la Pissotte en 1834 ; Louis, Etienne, 1, rue au Maire à Bagnolet en 1848-1849. Le nom de Pelletier (E. Pelletier) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves et liste nominative des orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de l’arrondissement de Sceaux lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 113 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 5 pour la veuve, p. 110 pour les enfants ; Archives de Paris DM13 1, état nominatif des personnes domiciliées dans les cantons de Charenton et de Vincennes (arrondissement de Sceaux) qui ont succombé lors des événements de juillet 1830, soit sur la voie publique, soit à leurs domicile, ou dans les hospices de Paris, par suite de leurs blessures ; Archives de Paris VD3 1-2, (ancien) VIIIe arrondissement (1830-1849), cahier contenant les noms de personnes tuées ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet, Etat général des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins et orphelines de Juillet ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur l’exécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de l’ordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de l’Etat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 42-43 ; Archives de Paris VD3 8, révolution de 1830, secours, pensions, orphelins de Juillet 1830-1835 ; Archives de Paris VK3 56 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelines du (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux), orphelins du (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux) et état des veuves des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (dossier de cinq états et 260 veuves) ; Archives nationales F/1dIII/40 (orphelins des victimes Juillet non pourvus de subrogés tuteurs à la date du 30 septembre 1831 ; année 1833, arrondissement de Sceaux, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés) ; Archives nationales F/1dIII/42 ; Archives nationales F/1dIII/42 in dossier Aucher, Jean, Furcy ; Archives nationales F/1dIII/70 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIVe arrondissement, arrondissement de Sceaux, veuves et orphelins ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/15/2556 in Sous-surveillant pièces relatives ; Archives nationales F/15/2557-2559 un état officiel des orphelins (ancien XIVe arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 86, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74 (sous le nom de Peltier, Louis) ; Archives de la préfecture de police AA 406.