Pernet, Pierre
Biographie
Né le 3 floréal an III (3 mai 1795) à Faverney (Haute-Saône). Enrôlé volontaire en 1813 au 6e régiment de hussard, ayant fait les campagnes de 1813, 1814 et 1815, licencié en 1815, ayant reçu deux blessures dont une au bras et l’autre à l’articulation de la partie postérieure... (sans autre précision). Il était garçon de caisse en 1848. Il fut touché par une balle qui traversa son chapeau et le blessa à la tête, lui faisant une plaie contuse au cuir chevelu, le 24 février à la prise du château d’eau. Sa blessure était attestée par un certificat médical délivré par le docteur Woirhaye, demeurant 4, rue de Trévise, en date du 2 avril 1848 et qui précisait : « […] Pernet […] que j’ai trouvé atteint d’une plaie d’arme à feu, située à la partie supérieure gauche de la tête, dans une étendue de cinq centimètres environ et intéressant toute l’épaisseur du cuir chevelu […] et que cette plaie, qui s’était cicatrisée au bout de quinze jours environ, s’est ouverte récemment pour donner issue à des portions d’os et d’aponévrose qui avaient été lésés par le projectile. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à cette dernière Commission : « J’ai l’honneur de vous faire la demande d’un emploi de garçon de bureau dans un ministère ou autre administration de la république, ou un emploi analogue dans la dépendance du gouvernement. En juillet 1830, j’ai combattu dans le (ancien) IVe arrondissement, où j’étais domicilié, et pendant les trois journées je me suis constamment maintenu avec le citoyen Steiner, alors employé à la Gazette de France et aujourd’hui au chemin de fer d’Orléans à Bordeaux. Ce compatriote et moi avons été assez heureux pour prendre et sauver de la fureur populaire trois militaires du 6e de la garde, que nous avons conduits à la mairie du (ancien) Ier arrondissement, où nous avons déposé leurs armes, qui n’avaient pas fait feu. Cette dernière circonstance méritait bien que l’on épargnât ces malheureux à regret armés contre nous. Pendant les mémorables journées des 22, 23 et 24 février, j’ai compris et fait mon devoir de citoyen au château d’eau, place du Palais-National [lire Palais-Royal, N.D.A.]. J’ai été frappé d’une balle à la tête. Cette blessure se cicatrise et le premier certificat de médecin qui m’a été délivré se trouve à la mairie du (ancien) IIe arrondissement, où j’en ai fait le dépôt […]. » Il reçut, à l’Hôtel de ville, un secours de vingt-cinq francs le 19 juillet, un secours de vingt-cinq francs le 26 juillet, un secours de vingt-cinq francs le 2 août, un secours de vingt-cinq francs le 9 août, un secours de vingt-cinq francs le 16 août, un secours de vingt-cinq francs le 17 août, un secours de vingt-cinq francs le 23 août, un secours de vingt-cinq francs le 30 août, un secours de vingt-cinq francs le 6 septembre, un secours de vingt-cinq francs le 13 septembre, un secours de quatre francs et vingt centimes en septembre à la mairie du (ancien) IIe arrondissement, soit un total de deux cent cinquante-quatre francs et vingt centimes, un secours de cent francs le 21 novembre à l’Hôtel de ville, un secours de cent quarante-six francs le 21 décembre, soit un total de cinq cents francs sur les fonds de souscription en 1848. Il sollicita une place de garçon de bureau ou de concierge dans un des domaines de l’Etat. Il participa à la répression de l’émeute de juin 1848 « en défendant l’ordre et la liberté », expliquait-il, et « pour comprimer l’anarchie et réprimer une insurrection que rien ne pouvait justifier et qui malheureusement est l’opprobre de notre histoire ». Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, capitaine commandant la 6e compagnie du 2e bataillon de la IIe légion, sur la demande de Pernet, Pierre, garçon de caisse, certifie que ce citoyen a fait preuve de bravoure pour la défense de l’ordre dans les journées de juin 1848, principalement à la barricade de la barrière Saint-Denis et à celle des Vertus, poursuivant les insurgés dans la plaine, ainsi qu’il m’en a donné les preuves. » Signé, le 27 juin 1848 : illisible Duval. En décembre 1848, il fut, écrivait-il, « avec bonheur offrir mes services à la Société du 10 décembre, présidé par l’honorable général Piat ». En janvier 1850, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Ancien militaire, le sieur Pernet, Pierre reçut à la tête dans les affaires de Février un coup de crosse de fusil, dont il souffre toujours. Il est employé en qualité de garçon de recettes chez M. Goldschmitz, banquier rue de la Chaussée-d’Antin 26, aux appointements de mille deux cents francs par an. Marié et sans enfant, il a d’assez lourdes charges de famille, il est obligé de subvenir à l’existence de sa belle-mère, septuagénaire, et d’une nièce orpheline. Son loyer est de deux cents francs rue Saint-Lazare 87. Sa conduite paraît exempte de reproches. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1850. En 1851, dans la demande de secours qu’il présentait, il affirmait souffrir toujours de la balle qu’il avait reçue. Il était d’ailleurs porteur du certificat médical suivant, délivré en date du 3 octobre 1851, par le docteur Tardieu : « Le sieur Pernet présente à la partie supérieure de la région pariétale gauche du crâne une cicatrice cruciale avec légère dépression des os, produite par un coup de feu. Cette blessure détermine des douleurs de tête très rebelles et un affaiblissement de la vue, qui peuvent lui rendre plus pénible l’exercice de sa profession. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1851. Il fit une nouvelle demande de secours en 1852, expliquant : « […] Je suis soldat enrôlé volontaire sous l’Empire et la cause napoléonienne a toujours été ma religion sincère. Souffrant des douleurs de l’auguste prince-président pendant son injuste captivité je crus le 24 février comme moyen décisif pour prendre les armes afin de hâter son retour au sein de la patrie. Le combat a eu lieu et qui amena le résultat qui combla l’objet de mes vœux […]. » Il reçut un secours de quarante francs en 1852, un secours de quarante francs en 1853. En 1855, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « M. Pernet demeure rue Neuve-Coquenard ; il occupe depuis quatre mois un logement de deux cent vingt-cinq francs. M. Pernet est âgé de soixante et un ans, marié, n’a pas d’enfant ; il est employé depuis dix ans chez M. Bischoffsheim et cie, banquiers rue de la Chaussée-d’Antin n° 26, comme garçon de recettes, aux appointements de mille deux cents francs par an. Sa femme est ouvrière en dentelles, gagne deux francs par jour mais elle manque souvent d’ouvrage. M. Pernet doit un terme à son propriétaire ; leur intérieur est propre ; ils passent pour d’honnêtes gens dans la maison. » Il reçut un secours de quarante francs en 1855. En 1856, il fit une nouvelle demande de secours, mais qui resta sans effet, sa demande ayant été notée au crayon à papier de l’appréciation suivante : Rien à faire, sans doute du fait qu’il n’était pas réellement dans une situation nécessiteuse. Il renouvela sa demande, protestant : « […] A ma douloureuse surprise, je n’ai rien reçu jusqu’ici. Ma situation est cependant bien digne d’intérêt et je proteste avec justice contre toute insinuation contraire de même que contre tout rapport dicté ou par la jalousie ou par la malveillance. Je suis d’un âge déjà avancé, ma femme est d’une santé débile et je suis bien aise quand il m’est possible de venir au secours de sa bonne mère, âgée de quatre-vingt-deux ans […]. » En 1867, dans une « situation nécessiteuse », il fit une nouvelle demande de secours. Le 20 novembre 1867, la Direction générale de la sûreté publique donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Marié, sans enfant, a servi comme hussard sous le Premier Empire. Il est depuis plusieurs années concierge et occupe actuellement cet emploi rue de Tivoli n° 9. Ses gages annuels sont de quatre cents francs ; il gagne en outre environ vingt francs par mois en aidant deux garçons de recette de la Banque de France, les jours de nombreuses échéances, et touche quatre-vingts francs par an comme médaillé de Sainte-Hélène. On ne lui connaît pas d’autres ressources. Sa femme s’occupe des soins du ménage. Les renseignements recueillis sur la conduite du sieur Pernet lui sont favorables. Il est noté aux sommiers judiciaires comme ayant été condamné le 11 janvier 1816 à quinze mois de prison pour vol (tribunal correctionnel de Vesoul). » Sur ce rapport, est inscrit au crayon à papier cette note : Rien à faire, il n’est pas dans le besoin. C’est d’ailleurs un combattant de toutes les époques, dont le nom figure aux sommiers judiciaires. Il demeurait 7, rue de Trévise en février 1848 ; 3, impasse de l’Ecole dans la rue Neuve-Coquenard en 1848 ; 87, rue Saint-Lazare en 1849-1851 ; 148, rue Saint-Denis en 1853 ; 14, passage Tivoli en 1852-1855 ; 5, rue Neuve-Coquenard en 1855 ; 12, passage Tivoli en 1856 ; 9, rue de Tivoli en 1867. Archives de la préfecture de police AA 407.