Peytel
Biographie
Jugé coupable de l’assassinat de sa femme et de son domestique, Louis Rey, il fut condamné à mort par le tribunal de Bourg-en-Bresse, le 30 août 1839. « Naguère, Peytel avait compté dans le milieu de la petite presse parisienne, où Balzac l’avait connu journaliste, puis propriétaire du Voleur. Il avait aussi joué un rôle politique, comme opposant libéral, à la fin de la Restauration, combattant en juillet 1830, puis adversaire de Louis-Philippe et célèbre du jour au lendemain par sa fracassante Physiologie de la Poire. Poursuivi par la vindicte de la Poire, Peytel devait quitter Paris et finit par s’établir notaire à Belley, en 1838. Il fut aussitôt tenu pour “un étranger, un Parisien, il y a soulevé des animosités violentes ; le fond de son procès se trouve là”, note Balzac dans sa Lettre. Ecrite après une enquête menée sur place avec Gavarni du 8 au 11 septembre 1839, cette Lettre prouve jusqu’à quel point de minutieuse attention Balzac observa gens et lieux. C’est sur une opinion scrupuleusement fondée qu’il motive son accusation : “Une fois le Parisien mal vu dans une ville de province, il est incroyable comme vont les choses.” Cela peut aller jusqu’à fausser la justice, et Balzac dénonce “ces implacables haines de petite ville qui ont agi dans l’Instruction”. […] Préjugés, haines ont pesé lourd contre Peytel. Et la politique. De sa prison, l’ancien journaliste libéral réussit à faire passer un mot pour avertir ses amis de Paris qu’“on reconnaît dans tout ce qui s’est fait contre P . une haute influence”. Après des démarches à la cour, Joséphine d’Abrantès jugera que sa défense présentait un “danger” et suppliera Gavarni de cesser d’intervenir : à cause de “la vengeance qu’on en tirera contre vous”. Ce “on” pourrait fort bien désigner Louis-Philippe : il ne recevra pas un seul de ceux – nombreux et souvent éminents – qui sollicitèrent une audience au sujet du condamné, fait unique, semble-t-il, dans sa carrière de magistrat suprême ; pas même la sœur de celui qu’il nomme “un monstre”. Il usera de ses talents procéduriers pour obtenir une version accablante du recours en grâce. Il refusera la grâce et Peytel sera guillotiné le 28 octobre 1839. Aussitôt après Balzac écrira Pierrette, son plus sombre tableau de la vie de province, où, tragédie et politique mêlées, se retrouvaient “ces implacables haines de petite ville” qui peuvent tuer un homme ou une enfant. » Balzac, tome XII de la Comédie humaine, page 431. Lire Lettre sur le procès de Peytel, notaire à Belley. Lire P.-A. Perrod L’Affaire Peytel, Hachette, 1958, P ; 547. La Lettre publiée les 27, 28 et 29 septembre 1839 dans Le Siècle est pages 533-572 ; lire Balzac, œuvres diverses tome II p. 1286.