Philipon, Charles

Biographie


Né le 19 avril 1800 à Lyon (Rhône) « Court, peintre d’histoire, un ancien de l’atelier Gros, a vu parmi les assaillants Philipon, l’éminence grise de la Silhouette, l’auteur de la charge homicide de Charles X en jésuite : “Le célèbre faiseur de caricatures assure le Cabinet de lectures *, est un des soldats qui ont montré le plus d’adresse et d’intrépidité à l’attaque du Louvre. Il était partout, tirait partout, tuait partout”. Il rappellera lui-même avec ironie, quelques mois plus tard, en défendant sa liberté devant les tribunaux de la meilleure des républiques, qu’un grand nombre de témoins l’ont vu “dans les journées des 28 et 29 juillet, rôdant aux alentours du Palais Royal. Il cachait sur son épaule un fusil, des pistolets à sa ceinture, et quel usage criminel ne devons-nous pas penser, Messieurs, qu’il a fait de ces armes, puisque après la victoire, il n’a ni prôné son courage, ni demandé un morceau de ruban pour récompense **”. […] Philipon devait avoir souvent l’occasion de déplorer la trahison de l’espérance républicaine, celle-là même qui avait mis un fusil entre les mains du maigre Granville ou fait monter à l’assaut du Louvre et des Tuileries les pacifiques dessinateurs de la Silhouette. Par la suite, le tir des crayons de la Caricature fut beaucoup mieux ajusté que celui des armes. On poursuivit Philipon, Aubert, et leur lithographe pour avoir représenté le nouveau roi en maçon occupé à effacer les inscriptions de Juillet ou soufflant des bulles de savon qui emportaient chacune une promesse de la révolution. Traîné pour la treizième fois en une année devant les tribunaux, obligé de se défendre, lui, “soldat des trois jours, d’avoir fait injure au roi des barricades”, Philipon résumera d’un mot amer la duperie de Juillet : “Je suis accusé de haine contre le pouvoir, vous avez compris que je suis un de ceux qui lui prêtèrent leur tête pour s’établir ***. […] Philipon qui avait refusé de “gueuser” un morceau de ruban pouvait s’écrier devant ses juges, et à la face du siècle : “Juillet ne m’a valu ni titre, ni croix, ni pension, ni place, et cependant, alors qu’il n’y avait qu’à se baisser et à prendre, je ne me suis point baissé ****. » In R. Chollet, Balzac journaliste, le tournant de 1830, Paris, Klincksieck, 1983. * Supplément au numéro du 24 juillet, dans une longue série de faits divers. ** Défense en forme de réquisitoire ironique, présentée par Philipon devant le tribunal qui poursuit Aubert pour une charge intitulée Les Bulles de savon. Les accusés sont acquittés le 23 mai 1831. Nous citons le compte-rendu publié dans la Caricature (26 mai 1831). *** Procès, le 14 novembre 1831 du numéro 35 de la Caricature. Compte rendu reproduit dans le numéro 55 du même journal. **** Procès du 14 novembre 1831 (la Caricature, 17 novembre) ; Trois jours !!! histoire politique, militaire et anecdotique de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, par E.M.S. caporal dans la garde nationale, témoin oculaire, Paris, Levavasseur, 1830, p. 34 ; LAmi de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, Paris, 26 mai 1831 tome 62, p. 173 (qui donne l’article suivant : « Le sieur Philippon, peintre, gérant de la Caricature, et Aubert, marchand d’estampes, ont comparu le 24 devant la cour d’assises, pour publication et vente d’une lithographie représentant Louis-Philippe, occupé à souffler des bulles de savon, sur lesquelles sont écrits ces mots : Plus de sinécures… La Charte sera une vérité… Le gouvernement à bon marché, etc. Le sieur Philippon a prononcé pour sa défense un discours, dans lequel il s’est plu a énumérer toutes les espérances que l’on avait pu concevoir au mois de juillet, et qui n’ont pas été réalisées. Les jurés ont déclaré les prévenus non coupables, et le tribunal s’est borné à prononcer, d’après l’offre de ceux-ci, la destruction des exemplaires saisis et l’effaçage de la pierre. »). En 1832, Chateaubriand fut emprisonné, prévenu de complot contre la sûreté de l’Etat, d’abord à la préfecture de police, puis dans les appartements mêmes du préfet de police, Gisquet, dont par amabilité celui-ci lui avait offert une pièce. Philippon était aussi l’objet de poursuites et il sollicita Chateaubriand pour lui venir en aide dans une affaire qui lui tenait particulièrement à cœur ; Chateaubriand, dans ses Mémoires doutre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, rapporte comment : « J’eus le bonheur de faire accorder une faveur toute semblable à celle dont je jouissais, la faveur de la geôle, à M. Ch. Philippon ; condamné pour son talent à quelques mois de détention, il les passait dans une maison de santé à Chaillot ; appelé en témoignage à Paris dans un procès, il profita de l’occasion et ne retourna pas à son gîte ; mais il s’en repentit : dans le lieu où il se tenait caché, il ne pouvait plus voir à l’aise une enfant qu’il aimait ; il regretta sa prison, et, ne sachant comment y rentrer, il m’écrivit la lettre suivante pour me prier de négocier cette affaire avec mon hôte : “Monsieur, Vous êtes prisonnier et vous me comprendriez, ne fussiez-vous pas Chateaubriand... Je suis prisonnier aussi, prisonnier volontaire depuis la mise en état de siège, chez un ami, chez un pauvre artiste comme moi. J’ai voulu fuir la justice des conseils de guerre dont j’étais menacé par la saisie de mon journal du 9 courant. Mais pour me cacher il a fallu me priver des embrassements d’un enfant que j’idolâtre, d’une fille adoptive âgée de cinq ans, mon bonheur et ma joie, Cette privation est un supplice que je ne pourrais supporter plus longtemps, c’est la mort ! Je vais me trahir et ils me jetteront à Sainte-Pélagie, où je ne verrai ma pauvre enfant que rarement, s’ils le veulent encore, et à des heures données, où je tremblerai pour sa santé et où je mourrai d’inquiétude, si je ne la vois pas tous les jours. Je m’adresse à vous, monsieur, à vous légitimiste, moi républicain de tout cœur, à vous homme grave et parlementaire moi caricaturiste et partisan de la plus âcre personnalité politique, à vous de qui je ne suis nullement connu et qui êtes prisonnier comme moi, pour obtenir de M. le préfet de police qu’il me laisse rentrer dans la maison de santé où l’on m’avait transféré. Je m’engage sur l’honneur à me présenter à la justice toutes les fois que j’en serai requis et je renonce à me soustraire à quelque tribunal que ce soit, si l’on veut me laisser avec ma pauvre enfant. Vous me croirez, vous, monsieur, quand je parle d’honneur et que je jure de ne pas m’enfuir, et je suis persuadé que vous serez mon avocat, quoique les profonds politiques puissent voir là une nouvelle preuve d’alliance entre les légitimistes et les républicains, tous hommes dont les opinions s’accordent si bien. Si à un tel hôte, à un tel avocat, on refusait ce que je demande, je saurais que je n’ai plus rien à espérer, et je me verrais pour neuf mois séparé de ma pauvre Emma. Toujours, monsieur, quel que soit le résultat de votre généreuse intervention, ma reconnaissance n’en sera pas moins éternelle, car je ne douterai jamais des pressantes sollicitations que votre cœur va vous suggérer. Agréez, monsieur, l’expression de la plus sincère admiration, et croyez-moi votre très humble et très dévoué serviteur. Charles Philippon, propriétaire de la Caricature (journal), condamné à treize mois de prison. Paris, le 21 juin 1852.” J’obtins la faveur que M. Philipon demandait ; il me remercia par un billet qui prouve non la grandeur du service (lequel se réduisait à faire garder à Chaillot mon client par un gendarme), mais cette joie secrète des passions, qui ne peut être bien comprise que par ceux qui l’ont véritablement sentie. “Monsieur, Je pars pour Chaillot, avec ma chère enfant. Je voudrais vous remercier, mais je sens les mots trop froids pour exprimer ce que j’éprouve de reconnaissance ; j’ai eu raison de penser, monsieur, que votre cœur vous suggérerait d’éloquentes instances. Je suis sûr de ne pas me tromper en croyant qu’il vous dira que je ne suis point ingrat, et qu’il vous peindra mieux que je ne le ferais le trouble de bonheur où votre bonté m’a mis. Agréez, je vous en prie, monsieur, mes très sincères remerciements, et daignez me croire votre serviteur, le plus affectionné de vos serviteurs.” » Il mourut le 25 janvier 1862 à Paris ; Chateaubriand, Mémoires doutre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 340-342 ; lire Balzac, œuvres diverses tome II p. 1510.

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