Pierron
Biographie
Professeur de mathématiques appliquées aux arts, répétiteur du baron Dupin. Il fut blessé le 28 à 4 heures du soir au genou droit. Il adressa une première demande à la Commission des récompenses nationales, mais sans obtenir de réponse. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ve arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa la lettre suivante à la Commission : « Dans le mois de septembre 1830, je fis parvenir à la Commission chargée de réclamer les faveurs du gouvernement pour les condamnés et les détenus politiques sous le règne de la Restauration une pétition dans laquelle j’exposai premièrement qu’en 1823 je supportai à Lyon (Rhône) une longue détention, avec toutes les horreurs qu’elle entraîne après elle, attendu, portait l’acte d’accusation, que j’étais véhémentement soupçonné d’entretenir des correspondances avec les ennemis de l’Etat, d’être l’agent du comité directeur parisien, le chef des carbonari du Rhône, etc. Après deux ou trois appels du procureur du roi et l’audition de plus de cent témoins, force fut de me mettre en liberté, mais après avoir perdu mon état, ma santé et mon petit avoir. Le mois de juillet 1830 ne me trouva pas des derniers à l’appel de la patrie. […] Je succombais enfin le 28 à 4 heures du soir, une blessure grave du genou droit, de laquelle je serai infirme toute ma vie peut-être, me fit transporter à l’ambulance Saint-Merri, au troisième, salle 3, confié aux soins du docteur Paris et Marisot et d’une sœur de la charité nommée sœur Rosalie. Plusieurs blessés moururent dans ma salle. J’avais près de moi un petit jeune homme de quatorze ans, blessé par une balle à la face, un bijoutier blessé au pied droit, un tourneur blessé à la clavicule droite, etc., etc. Le cinquième jour, je me fis transporter chez moi. J’écrivis cette pétition. Je me fis traiter. Je me traite encore. Je marche avec deux béquilles, attendu qu’il se forme une ankylose à mon genou et je n’ai reçu ni lettre, ni avis, ni secours. Cependant mes nombreux élèves et moi pensions que si l’on faisait le relevé des blessés entrés et sortis des hospices, je ne serais pas oublié. Ils se sont trompés et sans les patriotiques secours d’un marchand orfèvre de la rue Michel-le-Comte n° 32 (M. Carpentier), qui me fit sortir de Saint-Merri et qui m’a aidé de sa bourse, je serais mort de misère ou de blessures. Voilà, messieurs, des vérités qu’il me sera facile de faire constater et qui me donnent des droits à la décoration que je viens réclamer. C’est la seule récompense que j’ambitionne. Elle m’est due depuis longtemps et j’ose me flatter de l’obtenir. Je ne veux aucun secours pécuniaire, c’est le signe de l’honneur qu’il me faut et je l’attends de votre justice. Car si les travaux reprennent, les élèves des Beaux-Arts retrouveront le chemin des cours que je leur professe annuellement. En attendant, je prends patience et j’attends un meilleur avenir de cette Providence qui protège la France et j’ai partie du manuscrit brûlée toujours les patriotes à leur désespoir. Daignez, messieurs, m’accuser réception de ma lettre et me faire part de votre décision à mon égard. Je ne sors pas de chez moi ; il me serait impossible de faire de longues courses dans Paris, attendu mes souffrances. C’est pour quoi je me suis permis de vous adresser cette lettre par la poste. Si, contre mon attente, je n’obtiendrai rien de Votre Commission que le criminel et indigne oubli qui a servi de réponse à ma première demande, je prendrais le parti de m’adresser à celui duquel émane toute justice, convaincu qu’il me la fera. » Il terminait sa lettre en précisant qu’il vivait « de la vente de ses hardes et de son mobilier pour nourrir sa femme et ses deux enfants » et ajoutait cette appréciation : « Si je vous montrais ma correspondance avec plusieurs députés et quelques gens en place, qui m’ont négligé parce que je suis aussi fier que pauvre, vous seriez étonnés et vous ririez du rire de Démocrite. » Il demeurait 19, rue du Faubourg-du-Temple en 1831. Archives de la préfecture de police AA 408.