Pinel, Eugène
Biographie
Né le 3 germinal an IV à Paris. Médecin, reçu docteur le 11 janvier 1825 (ou 28 décembre 1824) à la faculté de médecine de Paris. Il fut blessé par un coup de crosse de fusil reçu à la poitrine et par un coup de baïonnette reçu à la cuisse gauche. Il signa, le 24 août 1830, soit la veille de la mort de Pinloche, Jean, Sébastien, le certificat suivant pour constater les blessures que ce dernier avait reçues : « Nous, soussignés, docteurs en médecine de la faculté de Paris, certifions que le nommé Jean Painloche (sic), ouvrier scieur de pierres, demeurant chez Mme veuve Dubois, rue de la Coutellerie n° 10, a reçu une balle dans le genou gauche, qui a brisé la rotule et ouvert l’articulation fémuro-tibiale ; cet accident est arrivé le 28 juillet dernier et ce malade a été transporté le 29 à l’hospice Saint-Louis, où il est resté jusqu’au 19 du courant, époque de sa sortie et de sa translation chez M. Gaumy de la Chapelle (voir Goumy, François, dit Lachapelle), rue Basse-des-Ursins n° 3, qui a eu la bonté de le recevoir et de nous charger de le soigner en même temps que lui-même, qui a eu le fémur droit brisé par la même cause que son ouvrier. L’état dans lequel ce malheureux est arrivé était le plus désespérant possible et malgré toute l’assiduité de nos soins il nous sera impossible de conserver le membre malade et peut-être la vie de cette victime du fléau qui afflige toute l’espèce humaine. Nous pensons que ce pauvre ouvrier n’ayant que la grande philanthropie de son maître pour subvenir à la multitude de ses besoins de première nécessité, les secours accordés à tous nos malheureux blessés ne seront jamais plus justement employés qu’à son égard. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] Ve arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la décoration de Juillet. Il adressa, le 12 juillet 1831, la lettre suivante à cette dernière Commission : « Permettez-moi de vous soumettre l’état de la part que j’ai prise dans notre heureuse révolution de juillet dernier, en vous suppliant de me faire rendre toute la justice que vous vous proposez de demander au nom d’un très grand nombre de héros de cette époque, dont les droits justement acquis ont été très injustement oubliés par les membres de la Commission nationale. Le 27 juillet, M. Goumy de la Chapelle (voir Goumy dit Lachapelle, François), chef d’atelier rue Basse-des-Ursins n° 3 (Cité), me fit appeler pour le secourir d’un coup de feu qu’il venait de recevoir dans la cuisse au bout du pont d’Arcole ; m’étant transporté chez lui, je le trouvais dans les plus vives douleurs et reconnut qu’il avait la cuisse cassée. Je lui appliquais les secours nécessaires et n’ai cessé de le soigner jusqu’à sa parfaite guérison, qui n’a eu lieu que le neuvième mois. Il faut remarquer qu’au moment où je fus le secourir pour la première fois les boulets et balles tombaient si fort que mon confrère Tuture illisible n’osa y aller tant les dangers étaient grands ; que cette blessure était des plus graves puisque j’ai extrait quinze portions osseuses de cette partie que j’ai eu le bonheur de conserver et de mettre en état de servir à ses fonctions naturelles. M. Pierre Veiller (voir Veiller, Pierre), demeurant rue des Bernardins n° 20, m’a requis pour une blessure causée par une balle qui lui avait traversé la cuisse droite ; je l’ai rétabli bien promptement. Troisièmement M. Sassé (voir Sassey, Antoine, Jean), rue des Bernardins n° 5, que j’ai soigné de trois illisibles à la tête et à la figure provenant de coups de sabre reçus le 28 juillet. Quatrièmement un ouvrier relieur (je ne sais son nom) reçut le 28 juillet un coup de balle à l’avant-bras gauche ; je l’emmenais chez moi et le pansais ; il n’y avait que les téguments de divisés. Cinquièmement un ouvrier carreleur que son ami, M. Fligny, rue des Fossés-Saint-Victor n° 1, portait sur son dos, avait reçu une balle dans le genou droit ; je le pansais et il fut bientôt à l’hospice Cochin. Sixièmement un ouvrier de chez M. Gouy ci-dessus, que j’ai soigné chez lui pendant cinq jours pour une fracture compliquée de la rotule et du fémur gauche ; il est mort et il avait été soigné quinze jours à Saint-Louis. Septièmement, enfin soixante blessés que j’ai pansés, sur le quai de l’Evêché et de la Tournelle, dont je n’ai entendu parler attendu que leurs amis les emportaient immédiatement après mes secours. Voilà, messieurs, la partie active que j’ai prise dans notre belle et heureuse révolution. Si je n’ai pas fait davantage c’est que l’occasion m’en a manqué. Elle a été entièrement dans le sens des sentiments que je n’ai cessé de professer depuis que j’ai aperçu la marche rétrograde et avilissante du gouvernement qui a été renversé. Le 20 août dernier, j’ai eu l’honneur de remettre une pareille demande entre les mains de M. Lavocat (voir Lavocat, Gaspard), membre de la commission des récompenses nationales. Je n’en ai aucune réponse. Messieurs, je vous soumets ces faibles services rendus à notre patrie, dans l’espoir que vous me ferez rendre justice et daignerez me porter au nombre de ceux qui obtiendront je l’espère par votre juste et courageuse intercession la marque d’honneur si justement due à tous ceux qui ont sauvé notre pays et beaucoup d’autres du despotisme européen qui nous écrasait depuis de longues années. » Il signa, le 14 septembre 1830, le certificat médical suivant en faveur de Pinel, Paul (qui était sans doute son frère) : « Nous, soussignés, docteurs médecins de Paris, certifions que M. Paul Pinel, négociant en draperies, demeurant rue de Béthisy n° 11, a été atteint à la suite des fatigues et accidents qu’il a éprouvés pendant la mémorable semaine de Paris d’une inflammation générale des membranes muqueuses, compliquée d’abord d’une fièvre ataxique qui ont cédé difficilement aux ressources de l’art, ensuite d’une fièvre intermittente pernicieuse dont les accès renouvelés ont failli nous enlever ce brave défenseur de nos libertés. Les soussignés attestent encore que l’état de leur malade ne lui permettant pas qu’il se livrât aux moyens de faire rédiger l’attestation de ses faits glorieux qui devaient parvenir à la Commission a été cause du retard qu’elle aura éprouvé. » Dans l’attestation qui avait été délivrée à Brandebourg, François, pour constater sa participation aux combats de Juillet, on trouve quelques indications concernant Pinel, Eugène : « […] Le 29 juillet aux Tuileries, MM. Pinel ont sauvé deux tableaux de piété d’un grand prix, qui allaient être foulés aux pieds, au moment de l’effervescence, ils ont été déposés chez M. le commissaire de police de leur quartier. » En 1835, il était médecin auxiliaire à la prison de Sainte-Pélagie. Il était le frère de Pinel, Paul (voir ce nom). Il demeurait 14, rue des Bernardins en 1830-1831 ; 25, rue Montorgueil en 1831-1838. Archives nationales F/1dIII/72 in dossier Pinloche, Jean, Sébastien ; Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusqu’au 31 mai 1833, idem pièce 3164 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1838 ; Archives de la préfecture de police AA 408 (aussi le dossier de Pinel, Paul) ; Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs, p. 458.