Pinel, Paul

Biographie


Né vers 1793 à Saint-Quentin-sur-le-Homme (Manche). Marchand de draps en gros. Frère de Pinel, Eugène (voir ce nom) Il s’illustra au Louvre. Porté d’abord pour la Croix de Juillet, il ne réussit pas à faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IVe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, docteurs médecins de Paris, certifions que M. Paul Pinel, négociant en draperies, demeurant rue de Béthisy n° 11, a été atteint à la suite des fatigues et accidents qu’il a éprouvés pendant la mémorable semaine de Paris d’une inflammation générale des membranes muqueuses, compliquée d’abord d’une fièvre ataxique qui ont cédé difficilement aux ressources de l’art, ensuite d’une fièvre intermittente pernicieuse dont les accès renouvelés ont failli nous enlever ce brave défenseur de nos libertés. Les soussignés attestent encore que l’état de leur malade ne lui permettant pas qu’il se livrât aux moyens de faire rédiger l’attestation de ses faits glorieux qui devaient parvenir à la Commission a été cause du retard qu’elle aura éprouvé. » Signé, le 14 septembre 1830 : Pinel (voir Pinel, Eugène), demeurant 14, rue des Bernardins ; Husson, médecin à l’Hôtel-Dieu ; Gautet. Le deuxième certificat était l’attestation qui avait été ainsi rédigée pour son homme de confiance, Brandebourg, François, et qui s’était particulièrement illustré dans les combats : « Attestation pour M. Brandebourg. Dans la mémorable journée du 28 juillet 1830, François Brandebourg, âgé de 25 ans, natif de Wuillers-Lachevre, département de la Moselle, garçon de confiance de M. Pinel, négociant en draperies, rue Béthisi, n° 11. Tandis que son maître était avec son frère Eugène, médecin (voir Pinel, Marie, Eugène) dans les rangs des braves défenseurs de nos libertés, brûlant aussi de combattre, mais n’ayant pas d’armes, il se précipita sur les tirailleurs du 15e léger, qui parcourait la rue de la Monnaie, renversa l’un d’eux, s’empara de son fusil, franchit deux barricades, et revint sain et sauf au milieu de nous. Après cette expédition périlleuse, ainsi armé, il s’embusqua, et fit mordre la poussière à sept de nos ennemis. Le lendemain 29, M. Pinel, avant que de partir pour la prise du Louvre et du Palais-Royal, confia ses magasins à Brandebourg ; ce dernier disposa de l’arme qu’il avait conquise la veille en faveur d’un ami qui en manquait ; mais bientôt après Brandebourg, échauffé par la fusillade du Louvre, oublie sa consigne, sort une seconde fois, arrive jusqu’au Carrousel, au milieu du feu de la mousqueterie, désarme encore un de nos ennemis, et assiste en vainqueur à la prise des Tuileries. Les soussignés, tous témoins oculaires de ces actes de courage, se font un devoir de les signaler à la reconnaissance nationale. Paris le 4 août 1830. Signé : Doineau, capitaine en disponibilité, officier de l’ancienne armée, demeurant 11, rue de Bétisy ; Lemarchand, agent d’affaires, électeur, demeurant 11, rue de Bétisy ; Lesage, marchand de drap, demeurant 9, rue de Bétisy ; Lecomte, épicier, demeurant 9, rue de Bétisy ; Fronquier ou Tronquier, vitrier-peintre, demeurant 11, rue de Bétisy ; Locque, marchand de vin, électeur, demeurant 21, rue de Bétisy ; Yver, négociant, demeurant 10, rue de Bétisy ; Cauchelier, épicier, demeurant 13, rue de Bétisy ; Girard, négociant, demeurant 10, rue de Bétisy ; Will, tailleur, demeurant 10, rue de Bétisy ; Drin, limonadier, demeurant 10, rue de Bétisy ; Lepage, coiffeur, demeurant 21, rue de Bétisy. » Le P.S. suivant était écrit sur ce certificat : « Le 29 juillet aux Tuileries, MM. Pinel ont sauvé deux tableaux de piété d’un grand prix, qui allaient être foulés aux pieds, au moment de l’effervescence, ils ont été déposés chez M. le commissaire de police de leur quartier. » Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Parmi les faits divers des glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet qui ont distingué les gens de commerce du quartier des Bourdonnais, les soussignés croient devoir payer leur tribut de reconnaissance à M. Paul Pinel, en exposant à la Commission pour les récompenses nationales la belle conduite de ce généreux citoyen pendant notre mémorable semaine. M. Pinel, Paul, négociant marchand de draps et sergent de la garde nationale depuis quinze ans, demeurant rue de Béthisy n° 11, a été un des premiers à porter les armes dans ces derniers événements. Le 27 justement indigné des mesures brutales du gouvernement, il sortit plutôt pour observer que illisible témoin de la plus infâme agression dirigée contre les groupes dont il faisait partie sur la place du Palais-Royal, exalté par le sang versé et les cris de ses concitoyens, revint chez lui pour s’armer d’une paire de pistolets et d’un poignard, se dirigea sur le Palais-Royal, où il contribua à expulser partie du manuscrit brûlée qui venaient d’opérer la saisie d’un journal appelé le Régénérateur et se porta sur les boulevards à la tête de citoyens dont le nombre avait été augmenté par des commis marchands pour haranguer et exciter à résister à la force par la force, gagna la place de la Bourse, où des gendarmes partie du manuscrit brûlée un poste. Le premier, il s’élança à la tête des braves qui l’avaient suivi et malgré la vive résistance ils parvinrent à s’emparer du corps de garde, en chassèrent les sicaires du despotisme et y mirent le feu. Il resta sur ce point jusqu’à minuit et se retira chez lui pour prendre quelque repos, se promettant dès le matin de concourir de tous ses efforts à la journée du 28. Dès les 4 heures du matin, ne sachant quel serait le résultat de la journée, il fit installer des barricades dans les rues de Béthisy et B... partie du manuscrit brûlée (sans doute Bourdonnais), secondé merveilleusement par le brave Brandebourg (voir Brandebourg, François), son homme de confiance, qui procura par ses ordres les outils nécessaires au dépavage. Il encouragea par l’exemple les travailleurs et leur fit distribuer du pain, du vin et des partie du manuscrit brûlée. Au premier rappel du tambour de la garde nationale, il court revêtir son uniforme de sergent et arrive un des premiers au Louvre, lieu du partie du manuscrit brûlée armé, équipé et pourvu principalement d’une soixantaine de cartouches. Après s’être dirigé de là sur la place des Victoires, celle de la Bourse, poursuivi les gardes royaux, il revint au marché des Prouvaires, où embusqué il se battit à 11 heures du matin contre les gendarmes et les gardes royaux stationnés aux environs de la place des Innocents et de la rue Saint-Honoré, jusqu’à ce qu’ils furent obligés de se replier. Il se porta ensuite dans la rue de Béthisy où derrière les barricades aboutissant à la rue de la Monnaie il fit mordre la poussière à plusieurs de nos ennemis. Le combat ayant cessé sur les 5 heures du soir, son enthousiasme pour la cause de la liberté fut si grande qu’il ne pensait à prendre ni nourriture ni repos pour faire tourner au profit des citoyens de Paris les avantages d’une si héroïque résistance. Il s’occupa sans relâche à faire construire de nouvelles barricades dans toutes les rues de Béthisy, Bourdonnais etc., distantes l’une de l’autre de quarante pas, payant de ses propres deniers des ouvriers et des enfants pour casser et faire monter des pavés dans les maisons. Constamment sur pied jusqu’à 1 heure du matin, il s’efforça aussi de maintenir l’ordre en faisant des patrouilles avec des ouvriers. Le lendemain, dès le matin, apprenant que les troupes avaient effectué leur retraite pendant la nuit du côté du Louvre et des Tuileries, il fit élever encore de nombreuses barricades sur les quais de la Ferraille et de la Mégisserie pour assurer la victoire à jamais mémorable du 29. A l’évêché, où il se dirigea ce même jour sur les 9 heures du matin, il empêcha l’enlèvement de plusieurs objets précieux, qu’il fit déposer chez le commissaire de police du quartier du Jardin du roi, notamment une pendule très belle et des tableaux de prix, que des forcenés voulaient jeter dans la Seine. La fusillade du côté du Louvre devenant très vive, il court reprendre son fusil et il assiste en vainqueur à la prise de ce point important. Il concourt à l’expulsion totale des troupes du Palais-Royal, où il fit de sa propre main un sergent prisonnier, qu’il parvint à soustraire à la vengeance populaire. Dans ces scènes de désordre et d’horreur, il empêcha encore le pillage d’un magasin de nouveautés ayant pour enseigne Jeanne d’Arc ainsi que le massacre de plusieurs soldats. Venant de prendre quelque nourriture chez lui, où il ne rencontra pas le brave Brandebourg, qui, n’ayant pu rester étranger à la gloire des Parisiens pour la conquête du Louvre et des Tuileries, avait levé la consigne que lui avait donné son maître pour la garde de son magasin, on le vit au château des Tuileries établir un poste de garde nationale pris parmi les gens de sa rue, où il resta en qualité de sergent pendant deux jours, contribuant puissamment de concert avec des élèves de l’Ecole polytechnique au rétablissement de l’ordre et à la conservation de beaucoup d’objets de prix, qu’il fait diriger sur l’Hôtel de ville. Là encore sa vigilance infatigable le porte à examiner tout ce qui l’entoure. Un gouverneur provisoire du château vient d’être nommé par surprise. Il le reconnaît pour être un ancien affidé partie du manuscrit brûlée. Il fait révoquer de suite cette nomination, qui pouvait avoir des suites fâcheuses. Par une déclaration signée de lui, qu’il présente et remet lui-même au général Lafayette, M. Carel, colonel de l’ancienne armée, est nommé à sa place. Ce brave, qui était bien digne d’occuper un poste aussi important attestera avec reconnaissance l’exacte vérité de ce fait, ainsi que le colonel et l’état-major de la IVe légion, qui ont eu entre les mains le certificat. Après avoir pris une part aussi active dans ces trois mémorables journées, M. Pinel fit partie du piquet de gardes nationaux pour l’installation de la Chambre. Il fut aussi un des premiers à répondre à l’appel fait à la population parisienne pour se porter à Rambouillet, où il arriva sur les minuit. On sait du reste que cette levée en masse et sa marche sur ce point précipita le départ de l’ex-roi et des troupes qui l’accompagnaient. A la suite de tant de fatigues physiques et morales, il fut atteint d’une maladie des plus graves, dont il commence d’être convalescent. Tels sont les actes de courage et de dévouement à la cause sacrée de nos libertés que les signataires, témoins oculaires, s’empressent de signaler à la reconnaissance nationale. » Signé, le 14 septembre 1830 : Gautet, Ph. Min. de Paris, demeurant 13, rue de la Comtesse-d’Artois, « témoin oculaire du courage de M. Pinel embusqué au marché des Prouvaires » ; Bachelot, A., architecte, demeurant 9, rue Mandar ; Deschamps ; Delvigne, négociant, demeurant 9, rue des Déchargeurs ; Ponsot, élève en médecine, « témoin de la bonne contenance de M. Pinel marché des Prouvaires » ; D...rateaux, sous-directeur au collège Louis-le-Grand ; Chauvel, avocat à la cour royale de Paris ; Lemarchand, G., agent d’affaires, demeurant 11, rue de Béthisy ; Doineau (sans doute le Doineau qui signe un certificat pour Brandebourg, François), capitaine au 66e de ligne, « témoin oculaire des faits ci-dessus énoncés » ; Danguillecourt, qui l’avait vu travailler aux barricades ; Cruss..., négociant en draperies, demeurant 11, rue de Béthisy ; Lecomte, tailleur, demeurant 11, rue de Béthisy ; ...ointdelisle illisible, avocat à la cour royale de Paris, qui certifiait « avoir vu M. Pinel occupé aux barricades de la rue de Béthisy et en armes ranimer chacun partie du manuscrit brûlée à maintenir l’ordre et s’est comporté en tout dignement » ; Rondel, marchand de draps et tailleur, demeurant 35, bd Bonne-Nouvelle, qui précisait avoir « vu M. Pinel au Louvre et aux Tuileries se distinguer par son courage » ; Constant, demeurant 6, rue Vivienne, qui précisait : « Atteste sincère et véritable que M. Pinel était avec moi lors de la prise du corps de garde de la Bourse et qu’il m’a secondé à arracher l’insigne du commissaire de police Dehoste. » Sedillot, Ch. (voir Sedillot, Charles, Antoine), lieutenant-colonel de la IVe légion, qui ajoutait « avoir eu connaissance du fait concernant le sieur Marion, nommé provisoirement gouverneur des Tuileries ». Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, major commandant le Louvre en vertu des ordres de S. M. Louis-Philippe Ier, certifie que lors de mon commandement aux Tuileries les 29, 30, 31 juillet, 1er, 2 et 3 août, j’avais sous mes ordres M. Pinel, négociant en draperies, demeurant rue Béthisy n° 11, qu’il s’est parfaitement conduit, m’a aidé à rétablir l’ordre, a rempli plusieurs missions que je lui confiai pour l’état-major général et a manifesté dans toutes les occasions un patriotisme et un zèle dignes des plus grands éloges. » Signé, le 14 septembre 1830 : Carel (voir Carel, Eustache, Auguste). Dans la demande de récompense nationale que Fleury, D. présenta auprès de la Commission des réclamants de Juillet, il citait le nom de Pinel, « combattant de Juillet, porté pour la médaille », comme une des personnes auprès desquelles on pouvait s’informer sur sa participation aux combats de Juillet. De la même manière, Barbier, Victor, Antoine, toujours auprès de la Commission des réclamants de Juillet, donna aussi son nom pour avoir des renseignements sur son compte. Il demeurait 11, rue Béthisy en 1831. Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Fleury, D. ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Barbier, Victor, Antoine ; Archives de la préfecture de police AA 375 in dossier Brandebourg, François ; Archives de la préfecture de police AA 408.

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