Prüé, Fleury

Biographie


Né à Lyon. Luthier. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier était ainsi rédigé : « Les soussignés, habitants de la rue de Valois-Batave, certifient et attestent que le sieur Prüé, Fleury […] a été désarmé par les troupes de la garde royale, lorsqu’il est venu pour les combattre, le 29 juillet dernier et que c’est monsieur Payen, traiteur rue de Valois-Batave, n° 5, au coin de celle des Quinze-Vingts, qui l’a retiré chez lui et d’entre les mains de la susdite garde royale. Les soussignés déclarent en outre que le sieur Prüé Fleury n’a succombé que par la force du nombre qui l’a assailli mais qu’il n’en n’a pas moins combattu antécédemment avec un courage et une bravoure dignes d’éloges et que le dévouement et les sentiments patriotiques qu’il a déployés dans cette périlleuse circonstance lui ont mérité l’estime de ses concitoyens. » Signé, à Paris le 1er octobre 1830 : Payen (voir ce nom), restaurateur, demeurant 5, rue de Valois-Batave ; Morin, principal locataire du 5, rue de Valois-Batave. Le deuxième était ainsi rédigé : « Les soussignés, habitants de la rue des Vieilles-Etuves-Saint-Honoré, certifient et attestent qu’il est à leur parfaite connaissance que le sieur Prüé, Fleury […] a combattu pendant les mémorables journées de Juillet avec un courage vraiment digne d’éloges et qu’il a fait preuve d’un patriotisme éprouvé en contribuant de tous ses efforts au recouvrement de nos libertés. Ils déclarent en outre que le sieur Prüé, Fleury a été absent de son domicile, rue des Vieilles-Etuves-Saint-Honoré, n° 14, pendant toute la mémorable semaine des événements. Ils pensent avec justice que le dénommé a conquis l’estime et la reconnaissance de ses concitoyens, qu’il a bien mérité de la patrie et qu’il a acquis des droits à la bienveillance du gouvernement. » Signé à Paris le 1er octobre 1830 : Duru ; Megnier ; Capendu ; Louvet, Delacroix ; Damars, Magny ; Tricotet. Le troisième était ainsi rédigé : « Les soussignés, habitants de la rue du Chantre-Saint-Honoré, certifient et attestent que le sieur Prüé, Fleury […] a combattu pendant les mémorables journées de Juillet et qu’il a déployé un courage et un dévouement sans bornes, en coopérant au grand œuvre de la liberté. Les soussignés estiment que ce brave a mérité l’estime de ses concitoyens, tant par sa bravoure que par ses sentiments patriotiques dont il a fait preuve dans ces circonstances difficiles et périlleuses. » Signé le 1er octobre 1830 : Nivelon ; Pauchet, Et. ; Villemain ; Warin ; Patrelle ; et deux autres illisibles. Prospert, Victor (voir ce nom) écrivit, à son sujet, une lettre à Lannoy, membre de la Commission des récompenses nationales : « Monsieur,

»Un avis de la Commission des récompenses nationales et signé par vous, indiquait une réunion pour hier, de 3 à 5 heures, à l’Hôtel de ville, salle Saint-Jean. Ceux qui se sont montrés le plus dans les mémorables journées y étaient appelés à l’effet de vous éclairer sur certaines réclamations et de vous signaler ceux qui, par modestie, n’ont encore fait aucune demande. Leur nombre est bien petit je crois et, cependant, j’en connais un, pour ma part, et je ne crains pas d’affirmer que plus de la moitié des demandeurs ont moins mérité que lui. Je combattis à ses côtés et j’ai pu juger de son courage et de son habileté. Depuis midi le 28 jusque près de minuit il ne cessa de poursuivre les soldats et de tirer sur eux le soir. Au Louvre le jeudi matin à 6 heures et tirant déjà, il ne quitta qu’à la fin.

»Toutes les personnes de l’hôtel où il demeure sont d’accord sur sa belle conduite et le verraient récompenser avec plaisir. Il demeure à l’hôtel Montpellier, rue des Vieilles-Etuves-Saint-Honoré, n° 14, et se nomme Fleury.

»Comme je n’ai pas l’honneur d’être connu de vous, j’ai besoin d’entrer dans quelques détails sur ma conduite, afin de vous prouver que je suis un de ceux que vous appeliez près de vous. Le mardi je me voyais près de la place du palais (lire Palais-Royal, N.D.A) lors du premier coup de feu et j’aidais à transporter les morts. Le mercredi, j’allais chez plusieurs personnes, pour emprunter un fusil. N’en n’ayant pas trouvé et voulant absolument contribuer au renversement d’un gouvernement sous lequel il aurait fallu marcher toujours avec un billet de confession dans la poche, je résolus d’attendre qu’il fût tué quelqu’un à côté de moi. Je n’attendis pas longtemps. Les soldats du 3e ayant tiré dans la rue du Four, ils tuèrent deux hommes ; je pris le fusil de l’un d’eux et courus les venger.

»Je restai environ six heures dans ce quartier-là. Après quoi, je me rendis à la Grève. Ce fut moi qui relevais un nègre qui venait d’avoir plusieurs doigts coupés dans la rue d’Avignon et qui le fis entrer dans une maison où on promit d’en avoir soin. Après avoir brûlé ma dernière cartouche à la Grève, je retournai dans le quartier Saint-Honoré. Quelqu’un m’en ayant donné de nouvelles, je fus au coin de la rue de l’Arbre-Sec et je les envoyais aux soldats qui étaient devant le Louvre et je fus me coucher.

»Le 29, à 7 heures, j’assistais à la prise de la caserne de l’Estrapade et ensuite à celle de Lourcine. La maison de M. Salleron, ayant été indiquée comme ayant de la poudre, j’y fus avec un élève de l’Ecole. Nous fûmes de là aux Gobelins, où M. Salleron nous conduisit lui-même. On nous donna de la poudre, que nous portâmes à l’Odéon. Je me rendis ensuite au Palais-Royal, où je pris de ma propre main et l’un après l’autre deux Suisses blessés et, pensant qu’un blessé n’est plus un ennemi, je conduisis l’un chez M. Thourel, avocat, rue de Chartres, n° 8, et l’autre chez le marchand de vins, rue de Rohan, n° 12, (des certificats déposés à la Commission attestent ces faits).

»Le vendredi, je me rendis au bois de Boulogne, lorsqu’on me requit pour le poste de l’état-major (j’en ai pour témoin le commandant Roux), où je restais deux jours, de bonne volonté. Fatigué que j’étais, je fus me reposer et, lorsque le mardi j’entendis battre la générale, je saisis mon arme et je partis pour Rambouillet, où j’eus l’occasion de m’entretenir avec M. Fournier, élève de l’Ecole polytechnique.

»Je sais que beaucoup ont mieux fait que moi mais j’ose affirmer que personne n’avait envie de mieux faire. » Signé, Prospert (voir Prospert, Victor), ouvrier tailleur, demeurant 63, rue de la Verrerie. Prüé, Fleury demeurait 14, rue des Vieilles-Etuves-Saint-Honoré en 1830. Archives de Paris VD6 281 n° 1.

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