Receveur, Jacques, Philippe

Biographie


Militaire depuis 1789, totalisant vingt-deux années de service, devenu matelassier. Il eut la poitrine traversée par une balle tirée par les Suisses qui arrivaient de la rue Montmartre, le 28 juillet vers 15 heures rue de la Cordonnerie. Transporté à son domicile, Receveur mourut des suites de sa blessure le 30. Le certificat médical suivant constatait les causes de son décès : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, remplissant les fonctions de chirurgien de l’Institution des sourds-muets de Paris, certifie avoir donné mes soins le jeudi et le vendredi à M. Jacques, Philippe Receveur, âgé de soixante ans, blessé d’un coup de feu dans la rue de la Cordonnerie (quartier des halles). La balle dont M. Receveur a été atteint a pénétré dans la poitrine à travers l’intervalle qui sépare les deux premières cotes du côté droit et est sortie du côté gauche à la même hauteur, un peu en avant de l’épaule gauche. Dans son trajet le projectile a enlevé un pouce et demi environ des téguments et muscles intercostaux unissant les deux premières cotes du côté droit, est passée derrière le sternum, effleurant la substance même des deux poumons dans leur sommet et a enlevé encore dans l’intervalle des deux premières cotes du côté gauche une partie assez considérable des parties molles, de telle sorte que cette blessure grave était nécessairement mortelle. » Signé, le 5 août 1830 : Berjaud (voir Berjaud, Jean-Baptiste, Marie), médecin. Il fut enterré le même jour à 17 heures, place de la colonnade du Louvre. On trouve dans le supplément du numéro 48 du Courrier des électeurs, le récit suivant de la cérémonie funèbre de l’enterrement des victimes de Juillet sous la colonnade du Louvre : « Il existe, vis-à-vis le Louvre, sous la colonnade, et vis-à-vis l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, une place nue qui était entourée d’une simple barricade en bois : c’est dans un coin de cette place et du côté de la Seine qu’on été ensevelis aujourd’hui d’héroïques citoyens qui ont succombé dans les journées du 28 et du 29. On a creusé deux grandes fosses dans lesquelles quatre-vingts cadavres à peu près ont été placés entre deux couches de chaux vive ; les morts étaient apportés dans de grands fourgons et retirés l’un après l’autre. Un frère a reconnu son frère ; le cadavre était ensanglanté et presque méconnaissable ; cependant le frère de la victime s’est jeté sur ce corps avec des cris et des plaintes : le jeune homme a voulu couper une mèche de cheveux à ce cadavre ; on lui a prêté un couteau, il a coupé les cheveux, il a embrassé son frère, après quoi il l’a abandonné à la fosse qui le réclamait. Les citoyens ont rendu à ces corps tous les honneurs dus aux soldats et aux chrétiens. Il ont déchargé leurs fusils sur cette vaste tombe ; ils ont appelé un prêtre de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois : M. L’abbé Paravey est venu en habits sacerdotaux, et qui a béni la terre des morts ; la garde nationale a reconduit M. le curé jusqu’à sa porte. Quelle guerre ! quelle histoire ! quel peuple ! En ce moment il élève sur le champ de repos une croix de bois sur laquelle on lit pout toute inscription funéraire : Aux Français morts pour la liberté ! » Il fut dressé un procès-verbal de son inhumation, ainsi rédigé : « 31 juillet 1830, inhumation du sieur Receveur, place de la colonnade du Louvre. Ledit jour, vendredi 30 juillet 1830, 5 heures du soir, nous Barthélemy Guiton, maire du [ancien] IVe arrondissement de la Ville de Paris, officier de l’état civil, accompagné de MM. Lavilletelle, Troche, et Agy, dénommés et qualifiés aux procès-verbaux qui précèdent nous sommes transportés à la place de la colonnade du Louvre, côté du quai, où nous avons fait ouvrir à côté de la fosse remplie par les inhumations qui ont eu lieu aujourd’hui une nouvelle fosse à peu près de la même grandeur pour y recevoir les corps des personnes décédées dont l’inhumation ne peut avoir lieu dans les cimetières de la ville et ce jusqu’à ce que les empêchements aient cessé. Il a été apporté le corps de Jacques, Philippe Receveur, matelassier, âgé de soixante ans, demeurant rue de la Cordonnerie n° 24, décédé en son domicile, et dont l’acte du décès vient d’être dressé à la marie du (ancien) IVe arrondissement. Nous avons fait placer ce corps au fond de la nouvelle fosse et l’avons fait couvrir de terre, dont l’acte que nous avons signé avec MM. Lavilletelle, Troche, Agy, Guiton. » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le 8 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Franjon, Antoine, marchand de vin, demeurant 24, rue de la Cordonnerie ; Ladmiral, Pierre, Victor, vannier-fontainier, demeurant 24, rue de la Cordonnerie ; Debauve, Jean-Louis, bottier, demeurant 14, rue de la Comtesse-d’Artois. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Receveur, Jacques, Philippe et savoir « que le 28 juillet dernier, à environ 3 heures après-midi, il a été atteint dans la rue de la Cordonnerie d’une balle qui lui a traversé la poitrine, étant entrée par le côté droit et ressortie par le côté gauche, et que cette balle venait des Suisses qui sortaient de la rue Montmartre ; et qu’il est mort des suites de cette blessure le 30 dudit mois de juillet en son domicile ». Il laissait une concubine, Waroquy, Marie, Catherine, née le 26 septembre 1771 à Paris (fille de Waroquy, Nicolas, ébéniste, et de Lequin, Catherine, son épouse), ouvrière en cols, avec laquelle il vivait depuis vingt-deux ans. Le 24 décembre 1830, devant Me Champion, notaire à Paris, comparurent : Champdavoine, Louis, Philippe, Charles, serrurier, demeurant 26, rue de la Cordonnerie ; Bouron, Eugène, coiffeur, demeurant 28, rue de la Cordonnerie. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Receveur, Jacques, Philippe et savoir « que depuis environ vingt-deux ans il cohabitait avec Marie, Catherine Waroquy, ouvrière en cols ». Elle reçut des secours (sans que ni la date ni le montant soient précisés) auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, fut pensionnée et il lui fut accordé (curieusement sous le nom de Waroguy, née Receveur, Marie, Catherine) par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes de soixante-quinze francs. La police donna sur le compte de celle-ci les renseignements suivants : « On n’a rien que de bien à répéter en ce qui touche sa moralité et sa conduite. Elle vivait maritalement depuis vingt ans avec le sieur Receveur, dont le travail soutenait puissamment ce petit ménage. Aussi, sa compagne, réduite aujourd’hui à l’état de matelassière, ne peut-elle plus payer son loyer. Elle a reçu congé pour le mois prochain. Enfin, on paraît porter quelque intérêt à la position de cette femme, qui est malheureuse sans, dit-on, avoir rien fait pour l’être. » Dans son dossier, on trouve un certificat de vie, en date du 24 décembre 1830, signé de : Quesnet, Jacques, Laurent, propriétaire, demeurant 15, rue de la Grande-Friperie (sic) ; Vallé, Jean-Baptiste, bottier, demeurant 14, rue de la Tonnellerie. Receveur était veuf de Mercier, Victoire. Il demeurait 24, rue de la Cordonnerie, un petit logement de soixante-dix francs par an, depuis 1815 ; sa concubine, même adresse en 1831. Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Notice sur les inhumations provisoires faites sur la place du Marché des Innocents, devant la colonnade du Louvre, etc., offrant le récit véritable et détaillé des circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi ces inhumations, par N.-M. Troche, chef de bureau de l’état civil du 4e arrondissement, Paris, chez Delaunay, libraire au Palais-Royal, et à l’ancienne maison Postel, rue de la Monnaie, 22, 1837, p. 52 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, ms 1028 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves auxquelles il a été accordé des inscriptions de rentes du IVe arrondissement, p. 97 (curieusement sous le nom de Waroguy, née Receveur, Marie, Catherine), liste nominative du IVe arrondissement des personnes au nom desquelles il a été déposé des inscriptions de rentes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit, avant le 1er janvier 1834, terme de la déchéance, p. 120, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD6 288 n° 7 mairie du (ancien) IVe arrondissement, Etat des inscriptions de rentes qui ont été envoyées à la mairie du IVe arrondissement de Paris, comme appartenant à des veuves, orphelins, ascendants ou blessés de Juillet, domiciliés dans cet arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Liste des morts, pensions, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens du (ancien) IVe arrondissement dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon et dont la cause de la mort est douteuse quant à sa nature pour mériter l’inscription au Panthéon ; Archives nationales F 9 1157, dommages de Juillet, objets généraux (1830-1834), état des renseignements demandés à M. le préfet de police sur les dénommées ci-après (sous le nom de Philippe, Jacques) ; Archives nationales F/1dIII/33 relevé des informations prises par la préfecture de police sur les personnes désignées (sous le nom de Philippe, Jacques) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831, par la mairie du (ancien) IVe arrondissement comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, veuves des citoyens tués dans les journées de Juillet (seize veuves) ; Archives nationales F/1dIII/73 ; Archives nationales F/1dIII/78 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IVe arrondissement, veuves (curieusement sous le nom de Waroguy, née Receveur, Marie, Catherine) et aussi même référence liste nominative des personnes pour lesquelles il a été déposé des inscriptions de rentes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit jusqu’au 31 décembre 1833, (ancien) IVe arrondissement (sans indication du motif de l’attribution de la rente) (sous le seul nom de Waroquy, Marie, Catherine).

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