Rémond, Jean-François
Biographie
Né le 24 germinal an XII (25 mars 1804) à Saint-Vit (Doubs), fils de Rémond, Jean-François et de Nicolin, Anne, son épouse. Cocher de cabriolet. Il reçut un coup de feu sur le côté gauche de la poitrine, et un autre à la verge et au bas de la jambe droite alors qu’il combattait le 29 juillet sous les colonnes du Théâtre Français. Il fut aussitôt transporté chez Hurbain, restaurateur au Palais-Royal, où le docteur Legroux le saigna immédiatement et appliqua le premier appareil sur la plaie. Ce médecin délivra, par la suite le certificat suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine, certifie avoir donné les premiers soins à M. Rémond, François, conducteur de cabriolet, demeurant rue Sainte-Anne n° 75, blessé par un coup de feu près des colonnes du Théâtre-Français, le 29 juillet dernier, en combattant pour la cause de la liberté. La balle a pénétré à la partie antérieure supérieure gauche de la poitrine, à quinze lignes environ au-dessous de la clavicule, a traversé l’espace intercostal, le poumon et est restée dans la poitrine, sans que l’on puisse affirmer quel est le point précis où elle est logée. Au moment où j’ai vu le blessé, il venait d’être frappé. L’entrée et la sortie de l’air par la plaie, l’écoulement du sang qui s’opérait par cette voie, la grande quantité de sang rendue par expectoration ne laissaient aucun doute sur le trajet de la balle à travers les parois de la poitrine et sur la lésion du poumon. La gêne de la respiration, qui allait croissante et qui, en peu d’instants, fut portée jusqu’à l’imminence de suffocation, la faiblesse du pouls, la soif inextinguible, jointes aux circonstances précédentes, faisaient craindre la lésion d’un ou plusieurs vaisseaux importants et l’on pouvait présumer que la blessure serait promptement mortelle. Cependant, j’appliquai un appareil, je pratiquai une saignée et je rassurai le blessé sur les suites. Il fut un peu soulagé et on le transporta à son domicile. Rémond supporta les dangers de sa blessure avec le même courage qu’il avait déployé dans le combat et l’on peut affirmer que cette circonstance n’a pas peu contribué à sa guérison. Il n’est d’ailleurs survenu aucun accident grave. Les inquiétudes conçues au moment de la blessure, et qui ont persisté les premiers jours, se sont bientôt dissipées et la blessure a marché vers une guérison prompte. Toutefois il est résulté de cet accident que le bras gauche a conservé de la faiblesse et que les mouvements en sont douloureux, soit que cela vienne de la déchirure faite au muscle pectoral soit que la balle se soit logée dans le voisinage du plexus nerveux, il est impossible de dire maintenant si le bras reprendra sa force et si les mouvements ne continueront pas à être entravés. Nous croyons que Rémond est digne de participer aux récompenses données aux blessés, tant par le courage qu’il a montré dans le combat que pour l’impossibilité dans laquelle il sera longtemps encore de se servir du bras gauche pour des travaux pénibles. » Signé, le 4 septembre 1830 : docteur Legroux, demeurant 4, rue Thérèse. Le docteur Leroy d’Etiolles (voir Leroy d’Etiolles, Jean-Jacques, Joseph) ajouta l’apostille suivante, le 5 septembre 1830 : « Je, soussigné, docteur en médecine, chevalier de la Légion d’honneur, certifie véritables les traits exposés ci-dessus par mon confrère M. Legroux. J’ai parfaitement connaissance de leur exactitude, pour avoir donné des soins au nommé Rémond depuis le moment de sa blessure jusqu’à sa guérison. Il est digne de tout l’intérêt de MM. les commissaires chargés de donner des récompenses et des secours aux blessés. » Signé, le 5 septembre 1830 : Leroy d’Etiolles, demeurant 71, rue Sainte-Anne. Soutien de ses parents, il reçut un secours de cinquante francs et un autre de cent vingt francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il était porteur du certificat suivant : « Je, soussigné, déclare qu’il est à ma connaissance que le réclamant est tombé blessé sous les colonnes du Théâtre-Français, le 29 juillet, en se battant pour nos libertés, armé d’un fusil qui lui a été enlevé lorsqu’il a perdu connaissance, et que ce citoyen mérite la récompense nationale. » Signé, le 14 mai 1831 : Guinard ou Guittard, lieutenant des voltigeurs de la IIe légion de la garde nationale. Il reçut la médaille de Juillet (sous le simple nom de Rémond sur la liste du Bulletin des lois et sur celle du Moniteur). Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales chargé de juger la nature et les conséquences des blessures pour chacun des blessés, donna à son sujet, le 9 avril 1831, les conclusions suivantes : « A été atteint, dans les journées de Juillet, de blessures par arme à feu. Premièrement, à ouverture unique et à balle perdue à la partie supérieure et antérieure de la poitrine du côté gauche, à deux pouces au-dessous de la clavicule ; guérie mais après de graves accidents du côté des poumons. Deuxièmement, de plusieurs autres blessures au côté gauche de la poitrine, au corps de la verge et au bas de la jambe du côté droit, produites par grains de plomb ou par éclats de balles ; blessures dont la réunion doit le faire ranger dans la cinquième classe des blessés. » Il fut admis dans la 5e classe des blessés et pensionné de six cents francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. En 1841, père de trois enfants en bas âge, sa femme enceinte, « dans une position de gêne et presque sans moyens d’existence », il sollicita des secours. Il mourut le 14 mars 1846 à Rouen, sans doute des suites de sa blessure à la poitrine ; un certificat médical établissait ainsi les causes de sa mort : « Le poumon gauche était rempli de tubercules. Des fragments des balles qui l’avaient frappé séjournaient en dedans du côté gauche et pesaient sur la plèvre et le poumon. » Sa veuve, la même année, sollicita des secours ; elle n’avait aucunes ressources et, un mois avant de décès de son mari, avait perdu l’unique enfant qui lui restait de son mariage. Rémond demeurait 22, rue Saint-Joseph puis 75, rue Sainte-Anne en 1830-1831 ; 99, rue d’Orléans aux Batignolles-Monceau en 1841 ; sa veuve, 9, Petite-Rue Saint-Gervais à Rouen (Seine-Maritime) en 1846. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 71 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 95 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/73 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIe arrondissement, blessés de 5e classe.