Renaud, Henri, Marie
Biographie
Né vers 1808 à Paris. Marinier. Il fut tué d’un coup de feu le 29 juillet, rue Saint-Honoré entre la rue du Coq et la rue des Poulies. Il fut enterré sous la colonnade du Louvre. On trouve dans le supplément du numéro 48 du Courrier des électeurs, le récit suivant de la cérémonie funèbre de l’enterrement des victimes de Juillet sous la colonnade du Louvre : « Il existe, vis-à-vis le Louvre, sous la colonnade, et vis-à-vis l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, une place nue qui était entourée d’une simple barricade en bois : c’est dans un coin de cette place et du côté de la Seine qu’on été ensevelis aujourd’hui d’héroïques citoyens qui ont succombé dans les journées du 28 et du 29. On a creusé deux grandes fosses dans lesquelles quatre-vingts cadavres à peu près ont été placés entre deux couches de chaux vive ; les morts étaient apportés dans de grands fourgons et retirés l’un après l’autre. Un frère a reconnu son frère ; le cadavre était ensanglanté et presque méconnaissable ; cependant le frère de la victime s’est jeté sur ce corps avec des cris et des plaintes : le jeune homme a voulu couper une mèche de cheveux à ce cadavre ; on lui a prêté un couteau, il a coupé les cheveux, il a embrassé son frère, après quoi il l’a abandonné à la fosse qui le réclamait. Les citoyens ont rendu à ces corps tous les honneurs dus aux soldats et aux chrétiens. Il ont déchargé leurs fusils sur cette vaste tombe ; ils ont appelé un prêtre de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois : M. L’abbé Paravey est venu en habits sacerdotaux, et qui a béni la terre des morts ; la garde nationale a reconduit M. le curé jusqu’à sa porte. Quelle guerre ! quelle histoire ! quel peuple ! En ce moment il élève sur le champ de repos une croix de bois sur laquelle on lit pout toute inscription funéraire : Aux Français morts pour la liberté ! » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. L’abbé Paravey, par un certificat en date du 11 août 1830, reconnut que Renaud avait fait partie des victimes enterrées au pied du Louvre. Le certificat suivant fut établi pour constater sa disparition : « Je certifie que le sieur Henry, Marie Renaud (sic), âgé de vingt-deux ans et cinq mois, est parti pour prendre part à l’action des journées 27, 28 et 29 juillet dernier et que depuis il n’est pas revenu. » Signé, le 12 août 1830 : Malard, principal locataire, demeurant 4, rue Geoffroy-Lasnier ; Montenot, propriétaire, demeurant 2, quai de la Grève ; Rabache, marchand de meubles, demeurant 70, quai des Ormes ; Chicandard, boulanger, demeurant 56, rue de la Mortellerie ; Carlat, marchand de vin, demeurant 72, quai des Ormes ; Laboexière, demeurant 44, quai de la Grève ; Moreau, demeurant 70, quai de la Grève ; Lesieur (voir Lesieur, Jacques, Marie), demeurant 118, rue de la Mortellerie ; Morillon fils, demeurant 153, rue de la Mortellerie ; Benoit, Joseph, demeurant 66, quai des Ormes ; Maupas, demeurant 80, quai de la Grève ; Blandin, demeurant 46, quai de la Grève ; Valentin, Michel, demeurant 70, quai de la Grève ; Verdier, demeurant 60, quai des Ormes. Le 26 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Delanne, Jean-François (voir ce nom), ouvrier sur les ports, demeurant 23, rue de la Mortellerie ; Milliet, Antoine (voir ce nom), doreur sur bois, demeurant 183, rue Saint-Antoine ; Chiniard, Cive (voir ce nom), charbonnier de terre, demeurant 88, rue de la Mortellerie. Ils attestèrent qu’ils avaient l’habitude de travailler avec lui et « que le 29 juillet dernier sur les 3 heures un quart, étant dans la rue Saint-Honoré, entre la rue du Coq et la rue des Poulies, au moment où on se battait, ils ont vu par terre un grand nombre de cadavres ; que le sieur Delanne, l’un des déclarants, ayant cru reconnaître le cadavre du sieur Renaud, Henry, Marie, l’ayant soulevé par ses vêtements, ils ont parfaitement reconnu que c’était lui ; qu’ayant entendu une nouvelle fusillade ils ont cherché à s’y soustraire et n’ont pu savoir quelle genre de blessures avaient pu lui donner la mort mais qu’ils l’ont tous les trois vu et reconnu, mort, de manière à n’avoir aucun doute sur son décès ni sur l’identité de la personne dudit Renaud ». Il laissait des parents, les époux Renaud, Pierre, Marie, né le 11 septembre 1778 à Paris, marinier gagnant deux à trois francs par jour, et Noël, Edmée, née le 18 septembre 1780 à Poissy (Yonne) (fille de Noêl, Claude, manouvrier, et de Blin, Geneviève, son épouse), marchande des quatre-saisons, parents de deux autres fils âgés de huit et dix ans en 1830, reçurent (sous le nom de Renault, Henri, Marie) deux secours de cent francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Devant le maire du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Delanne, Jean-François (voir ce nom), ouvrier sur les ports, demeurant 23, rue de la Mortellerie ; Milliet, Antoine (voir ce nom), doreur sur bois, demeurant 183, rue Saint-Antoine ; Chiniard, Cyr (voir ce nom), charbonnier de terre, demeurant 88, rue de la Mortellerie. Ils attestèrent que les parents étaient « dans un état très nécessiteux, ayant à leur charge deux enfants en bas âge, que leur état de malaise s’est accru surtout depuis la perte qu’ils ont faite de Henri, Marie Renaud leur fils, tué le 29 juillet dernier rue Saint-Honoré et qui faisait jouir ses parents du fruit de son travail ». Ils furent pensionnés et reçurent de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Renaud était célibataire. Il demeurait chez ses parents 4, rue Geoffroy-Lasnier, un logement au loyer annuel de cent vingt francs ; ses parents, toujours 4, rue Geoffroy-Lasnier en 1831. Le nom de Renaud (H.-M. Renaud) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 276. ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 72 ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IXe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 107 ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IXe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IXe arrondissement, ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.