Richard, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 14 octobre 1787 à Plounévézel (Côtes-d’Armor). Coiffeur du duc d’Orléans. Il rédigea et fit parvenir à la Commission des récompenses nationales l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les combats de Juillet : « Le 26 juillet 1830. Dès l’apparition des ordonnances qui détruisait la Charte, le sieur Richard, coiffeur de S.A.R. Mgr d’Orléans (aujourd’hui roi) ferme sa boutique, exhorte ses voisins à opposer une vigoureuse résistance, à protester de nos droits et à prouver, par des actes de fermeté, au gouvernement, que le peuple est décidé à combattre l’oppression d’un tyran et pour ses libertés menacées. Mardi 27. Le M. Richard se joint aux premiers attroupements qui se forment sur la place du Palais-Royal. Il y reste jusqu’au moment où des ordres sont donnés à la troupe de faire feu sur le peuple… Trois personnes tombent à ses côtés. Il s’écrit alors : Vengeance ! et conduit l’une des victimes au corps de garde de la place de la Bourse, où les gendarmes s’étant refusé à recevoir le mourant, furent désarmés et leur poste devint la proie des flammes. De retour chez lui, le sieur Richard s’empresse de faire des cartouches, les distribue à ses ouvriers, avec l’argent qu’il peut mettre à leur disposition. Il les exhorte à venger ceux qu’il a vus si lâchement, si impitoyablement massacrés sous ses yeux. Lui-même, père de famille s’apprête déjà à seconder de tous ses efforts ses compatriotes. Mercredi 28. Le sieur Richard et Defremont, bijoutier, Palais-Royal inquiètent vivement les Suisses et gardes royaux qui s’étaient retranchés dans l’intérieur de la grande cour (rue Saint-Honoré) et sous le grand vestibule, en résistant à leurs attaques et se faisant un rempart des comptoirs et colonnes des galeries de Valois. Obligés de céder un instant, ils se retirent, à travers le feu le plus meurtrier, chez le sieur Richard, près du passage conduisant à la rue de Valois, où des balles dirigées sur eux laissent encore des traces profondes sur les colonnes. Le soir, le sieur Richard s’occupe à faire de nouvelles cartouches avec un sieur Rémy Combres (voir Combres, Léon, Rémy) demeurant rue Saint-Martin n° 205. Jeudi 29. Les sieurs Richard et Defremont (voir Defremond, Reguaudin, Alexandre) se rendent cour des Fontaines avec un grand nombre de leurs amis. En cet instant, ces citoyens engagent une vive fusillade contre les Suisses et gardes royaux. L’avantage tourne au profit du peuple. Le sieur Richard demande à parlementer. Le feu cesse. Mais, au moment où il se rapproche des gardes, ceux-ci font feu. Trois citoyens tombent, pour ne plus se relever. Obligé de se mettre en retraite, le sieur Richard se rend, à travers le plus éminent danger à la rue de Rohan. Là, en embuscade dans l’embrasure de la porte cochère près d’un bureau de loterie, il tire sur les Suisses et gardes royaux placés au balcon des croisées des rues de Rohan et Saint-Honoré. Menacé par les Suisses dont il est aperçu, il cherche à effectuer sa retraite sur la place du Palais-Royal mais une décharge à mitraille, partie de la rue Saint-Honoré, près celle Saint-Nicaise, le force à rétrograder. Enfin, il gagne le palais avec une vingtaine de citoyens, qui, comme lui, s’étaient bien battus, les emmène chez lui, leur donne à boire et à manger et leur délivre des cartouches, puis retourne au combat avec le même Desfremont, dont il se trouva un instant séparé. Il y avait déjà longtemps qu’ils tiraillaient, lorsqu’ils s’essayèrent pour la seconde fois à parlementer. Le sieur Garnesson, marchand tabletier, Palais-Royal, se joint à eux et les aide à désarmer des Suisses et gardes royaux. Le sieur Richard en conduit quelques-uns chez le sieur Degoujon, au café d’Orléans. Ce dernier leur fait couper les moustaches et leur donne des vêtements pour les soustraire à la vindicte publique. D’autres sont conduits, par ses ordres, aux Petits-pères et à la place de la Bourse. Rambouillet. Le sieur Richard se disposait à faire partie de cette expédition, lorsqu’il en fut empêché avec bienveillance par M. le comte de Rumigny, aide de camp du roi Philippe, ce dernier lui ayant fait remarquer que sa présence pourrait être utile à Paris. Le sieur Richard resta donc, mais il procura des armes à plusieurs ouvriers qui partaient, entre autres un nommé Gounelle, tailleur, rue Saint-Sauveur n° 44. Par suite de la défaite des gardes royaux et Suisses au palais, le sieur Richard se trouvait possesseur d’un grand nombre d’effets et objets militaires : il les déposa à la maison royale militaire ; il en a retiré un reçu, signé Duclos pour M. le comte de Rumigny. Ces effets consistaient en, savoir : dix-huit sacs, neuf habits de Suisses, six habits de gardes royaux, quatre capotes et enfin quelques chemises et cols. D’après l’exposé ci-dessus, dont l’exactitude est attestée par les cinq certificats ci-joints de Messieurs Desfremont, Dugoujon, Combres, Garnesson et Gounelle, le sieur Richard croit avoir mérité de participer aux récompenses nationales. Il ose avec confiance s’adresser à Messieurs les membres composant la commission créée à l’effet de les décerner et s’il en est qui en soit plus digne que lui il aura toujours la satisfaction d’avoir concouru au beau résultat de la grande semaine. Il à l’honneur, etc. » Il joignait à sa lettre les cinq certificats. Le premier : « J’atteste que le sieur Richard, Caron (sic) s’est battu avec moi tant autour du Palais que rue Saint-Honoré dans les mémorables affaires des 28 et 29 juillet. » Signé : Defremont, Reguaudin, demeurant 178, Palais-Royal. Le deuxième : « Je certifie et atteste que M. Richard Caron fut le 29 juillet un des premiers à entrer cour du Palais-Royal et qu’il dirigea chez moi gardes royaux et Suisses pour les soustraire à la vindicte publique et auxquels je fis moi-même couper les moustaches et leur donnait des vêtements nécessaires. » Signé : Dugoujon (voir Dugoujon, Jean), café d’Orléans au Palais-Royal. Le troisième : « Je déclare que le sieur Richard a eu la bonne volonté de me prêter son fusil pour partir volontairement pour l’expédition de Rambouillet. » Signé : Gounel, demeurant 24, rue Saint-Sauveur. Le quatrième : « J’atteste que le 29 juillet le sieur Richard Caron se trouva avec nous cour des Fontaines au moment du feu le plus meurtrier, dont trois personnes furent atteintes de coups mortels à nos côtés et se dirigea ensuite rue Saint-Honoré. » Signé : Garnesson (peut-être H.), demeurant au Palais-Royal. Le cinquième : « « Je certifie que le 28 juillet au matin je fus chez M. Richard, coiffeur du duc d’Orléans, pour le voir et qu’il me témoigna le regret de ne pas avoir des cartouches pour voler à la défense de la liberté. Je me proposais, comme ancien canonnier, de lui en faire s’il avait de la poudre et des balles. En moins de quinze minutes, il me procura l’un et l’autre. Je fis de suite un mandrin et lui confectionna soixante cartouches et satisfait de cela il me donna des munitions pour en faire pour moi-même. Il est à ma connaissance que le lendemain 29 je le vis armé rue Saint-Honoré. Je le quittai là pour voler à la défense de mon quartier. Il est en outre à ma connaissance que le sieur Richard proposa à ses garçons de leur donner des armes pour combattre, qu’ayant tous adhéré ils reçurent chacun une paire de pistolets, des munitions et de l’argent pour subvenir à leurs besoins et d’en venir chercher d’autre s’ils en avaient besoin. J’ai su en outre que ledit Richard, après avoir combattu en brave contre les Suisses, en a sauvés de la mort plusieurs en les faisant prisonniers. » Signé : Combres, brigadier d’artillerie, demeurant 205, rue Saint-Martin. Dans le dossier de Leroy, Pierre, Auguste, Camille, on trouve comme indications sur sa participation aux combats qu’il aida Leroy, le 27 juillet 1830, à transporter à la Bourse le corps des premières victimes faites par les décharges de la garde royale, rue Saint-Honoré. Le 29, toujours avec lui, il fit le coup de feu au Palais-Royal galerie d’Orléans et peut-être aussi rue Saint-Honoré, cour des Fontaines, rue de Rohan, rue de Richelieu, rue Montmartre et au Louvre. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. La Commission des récompenses nationales fit le rapport suivant sur l’activité que lui, Defremont et Garnesson avaient déployées pendant les combats : « le sieur Richard, coiffeur, avait son domicile au lieu même où les luttes ont été les plus longues et les plus fréquents. Il est d’un caractère vif et bon citoyen. Il a pu prendre part aux combats engagés et contribué par ses exhortations à encourager ses concitoyens à la résistance. Rien ne prouve toutefois qu’il se soit plus particulièrement distingué que les autres habitants du quartier. Les sieurs Defremont et Garnesson ont les mêmes droits que M. Richard car c’est au dernier de ses citoyens qu’on doit la reddition d’armes des hommes dont le sieur Richard présente la dépouille. La médaille est applicable à ces trois individus. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa la pétition en faveur de Leroy, Pierre, Auguste, Camille, qui ne pouvait retirer la médaille qu’il avait obtenue, faute d’être inscrit sur les listes de la mairie, alors qu’il l’était sur celles du Moniteur. Il apostilla comme sincère et véritable la demande de décoration présentée par Chaumerot, Jean-Baptiste (voir ce nom) et Barbichon, Alexandre (voir ce nom). En 1853, par décret impérial, il lui fut fait, en tant qu’ancien employé et agent de la liste civile, une indemnité viagère de retraite, avec jouissance au 1er janvier 1852. Il demeurait 179, Palais-Royal en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831. Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Chaumerot, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/63 in dossier Leroy, Pierre, Auguste, Camille ; Bulletin des lois, partie supplémentaire n° 45, ordonnance n° 833 du 8 octobre 1853 p. 686.

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