Rieusset, Auguste
Biographie
Né le 29 mars 1793 à Narbonne (Aude). Employé comme rédacteur dans les bureaux de l’Hôtel de ville en juillet 1830. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Renusset, Auguste), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1848, il était toujours employé à l’Hôtel de ville. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 28 mars 1848, une lettre à cette dernière Commission, mais qui fut perdue (et retrouvée puisque présente dans son dossier) par la Commission et il dut renouveler sa demande, le 4 août 1848. Cette dernière lettre était ainsi rédigée : « J’avais adressé, au mois de mars dernier, à la Commission des récompenses nationales une lettre contenant l’exposé de ma conduite en juillet 1830 et en février 1848, quand ces jours derniers je me suis présenté à la Commission à l’Hôtel de ville, on a fait d’inutiles recherches pour retrouver ma lettre et le certificat qui y était joint. On m’a dit que ces pièces avaient été perdues au Luxembourg. J’ai été engagé à renouveler ma demande. Je suis né à Narbonne, département de l’Aude ; mon père, républicain de 89, consul [de sa ville natale, N.D.A.] en 1793, y a planté le premier arbre de la liberté. Elevé dans des principes républicains, j’ai été l’objet des persécutions de tous les gouvernements. En 1815, j’ai été rayé des contrôles de la garde nationale comme ennemi de la Restauration. La maison que j’habitais a été l’objet d’une visite de la police, qui avait pour but de désarmer tous les citoyens suspects ; on nous prit nos fusils de chasse et même des pistolets de poche. J’occupais en 1823 un emploi à l’armée d’Espagne, dans une entreprise particulière ; un ordre du ministre de la Guerre, provoqué par une dénonciation du sous-préfet de mon pays, me fit perdre mon emploi et reconduire à la frontière. Par la protection de M. Laffitte, j’entrai à l’Hôtel de ville en 1827. Je n’avais pour tout moyen d’existence que le modique emploi que j’y occupais [il était aussi le soutien de son vieux père, N.D.A.], cependant lorsque parurent les ordonnances liberticides de juillet, je n’hésitai point à prendre les armes pour le triomphe de nos libertés. La décoration de Juillet fut la seule récompense de ma conduite et l’on sait qu’elle a été un objet de réprobation de la part du gouvernement déchu. Elle m’a valu dans l’administration un honorable oubli et de fréquentes injustices. Au mois de février dernier, je me suis mêlé à tous les groupes qui manifestaient leurs opinions aux cris de Vive la réforme ! J’ai été chargé à plusieurs reprises par la cavalerie, dans la rue Saint-Honoré, place du Louvre, sur les quais, etc. [Dans son autre lettre, il donnait davantage de détails : “Le soir de ce jour, à 9 heures j’étais dans la rue Saint-Honoré au milieu d’une foule de citoyens que j’invitais à crier Vive la réforme ! A bas les ministres ! lorsque nous fûmes chargés par un escadron de cavalerie qui venait de l’autre côté de la rue de la Ferronnerie. Nous nous retirâmes alors sur la place du Louvre mais un détachement de dragons nous entendant crier Vive la réforme ! se précipita sur nous au galop. Le désordre se mit parmi nous, quelques-uns tombèrent et ces chutes en occasionnèrent d’autres ; on me déposa sur le trottoir au moment où la cavalerie allait m’atteindre. Abîmé par ma chute, je me traînai jusqu’au poste qui était place de l’Oratoire pour m’y reposer un instant ; mais on refusa de m’y recevoir.”] Le 24 à 10 heures du matin, je me suis réuni à une vingtaine d’élèves de l’Ecole polytechnique, que j’ai rencontrés à l’entrée du Pont-Neuf. Nous avons été harangués sur le quai du Louvre par un officier supérieur de la maison du roi, qui nous invita à rentrer chez nous en nous assurant de la part de Louis-Philippe que les réformes que nous demandions nous seraient accordées. Nous avons exprimé énergiquement notre incrédulité et nous avons continué notre route. Arrivés à la hauteur du premier guichet du Carrousel, nous avons essayé d’entrer sur la place ; les élèves de l’Ecole furent seuls admis à y pénétrer. Je me glissai parmi eux mais on nous en fit sortir presque aussitôt. Nous nous sommes dirigés alors en suivant les quais vers le pont de la Concorde, en criant sur notre passage Vive la réforme ! Un escadron de dragons placé à l’extrémité du quai nous empêcha de passer. Deux élèves demandèrent à parler au commandant, mais celui-ci, ne croyant pas devoir prendre sur lui de nous laisser passer, les fit accompagner à l’état-major de la place. Je quittai alors le rassemblement et j’allai me joindre aux citoyens qui construisaient des barricades. A 2 heures, j’entrais aux Tuileries, armé d’un fusil que j’avais acheté [dix francs, N.D.A.] à un homme en blouse. Je fis tous mes efforts pour empêcher la dévastation du palais. Je me joignis ensuite aux citoyens qui se disposaient à marcher sur la Chambre [il précise dans son autre lettre : “Mais arrivé sur le quai des Tuileries, je fus obligé de m’arrêter un instant et je plaçai mon fusil contre le mur du jardin. La foule qui courait à la Chambre et qui encombrait les quais emporta mon fusil. Je courus après le citoyen que je supposais l’avoir pris mais bientôt je le perdis de vue au milieu de la foule. Je donnai alors mes cartouches à un citoyen qui en manquait. Exténué de fatigue et de faim (je n’avais rien pris depuis la veille), je rentrai un instant chez moi ; quand j’en ressortis à 4 heures la république était proclamée.”]. Ces faits sont constatés par le certificat que j’avais joint à ma demande et qui a été perdu, m’a-t-on dit, au Luxembourg. Le lendemain 25, je fus le premier des employés de l’Hôtel de ville qui vint offrir ses services à la république et se mettre à la disposition du gouvernement provisoire. Je me présentai à M. de Lamartine et je travaillai toute la journée dans sa salle qui précède celle où se tenaient les membres du gouvernement. Le soir de ce jour M. de Lamartine me chargea d’une lettre pour M. Bastide. A 9 heures j’étais encore à jeun. Ce que j’ai fait est peu de chose sans doute mais si l’on considère que deux fois j’ai pris les armes contre la monarchie, au risque de perdre ma place, mon unique ressource, peut-être trouvera-t-on quelque mérite dans ma conduite. S’il en était ainsi je serais heureux d’obtenir pour toute récompense une recommandation de la Commission à M. le préfet de la Seine pour qu’il veuille bien améliorer ma position. » Le certificat, perdu et retrouvé, qu’il joignit à sa lettre était ainsi rédigé : « Je, soussigné, déclare que le citoyen Rieusset, Auguste, décoré de Juillet, faisait partie des premières bandes armées qui sont entrées aux Tuileries le 24 février et qu’il a fait tous ses efforts pour empêcher les dégâts que le peuple commençait à faire dans les appartements. Je l’ai vu ensuite se joindre aux citoyens qui quittèrent le château en criant qu’ils allaient à la Chambre des députés. » Signé, le 14 mai 1848 : Verany, Joseph illisible, demeurant 3, rue Thévenot. La Commission décida de le recommander auprès du préfet de la Seine pour obtenir de l’avancement. Il était veuf en 1848. Il demeurait 26, rue de Seine en 1831 ; 33, rue du Cherche-Midi puis 18, rue Cadet en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement et liste supplémentaire des citoyens proposés pour la médaille, IIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 411.