Rodrigues, Benjamin

Biographie


Né à Bordeaux (Gironde), fils d’un banquier, « banquier des fermiers généraux et notamment de M. Tourton de Septeuil, valet de chambre de l’infortuné Louis XVI », selon qu’il le précisait lui-même. Ancien banquier, électeur aux deux collèges électoraux sous la Restauration. Vice-président du consistoire israélite, représentant les Juifs portugais. Il sollicita, dès 1826 la décoration de la Légion d’honneur, comme nommé par le roi au consistoire central des Israélites pour représenter les juifs portugais de Bordeaux, et alors avançait-il que « ses collègues représentants les Juifs allemands de plusieurs autres villes ont été décorés de cette croix si chère aux Français, portant l’effigie d’Henri IV », précisant dans une autre demande qu’il s’agissait de « M. Worms, représentant les Juifs allemands de Paris et M. Mayer Dalmbert, représentant les Juifs allemands d’une partie du Nord ». Par une lettre en date du 25 avril 1826, qu’il signait comme un des capitaines en second de la IIe légion de la garde nationale, il avançait ainsi les mérites qu’il avait à une telle décoration : « […] Je suis Bordelais, ancien banquier et électeur aux deux collèges. Mon père était à Bordeaux le banquier des fermiers généraux et notamment de M. Tourton de Septeuil, valet de chambre de l’infortuné Louis XVI. Depuis sa création, je suis officier de la garde nationale. Dans le temps les plus citriques et en l’absence de M. le baron Turgot, capitaine, j’ai constamment commandé ma compagnie jusqu’à la nomination de M. le chevalier Dusommerard. En mars 1815, sur l’invitation officielle de M. Decazes, commandant alors le recrutement, je réunis chez moi (souligné par Rodrigues) tous mes chasseurs pour les engager à prendre les armes contre l’invasion de Bonaparte. J’envoyai à M. Decazes, actuellement pair de France, la liste de ceux qui s’offraient à partir. Cette seule action démontre bien si je me suis exposé pour la famille régnante. Si malheureusement pour la France les choses avaient tourné autrement quelles persécutions n’aurais-je pas éprouvées et quelle a été la récompense honorifique qu’on m’a accordée, tout en m’en ayant toujours fait espérer ? Mon dévouement à nos princes légitimes est aussi connu à Bordeaux qu’à Paris et voici à ce sujet ce que disait aux Tuileries, le 12 avril (lorsque nous gardions le château) le colonel Agier, député, à mon colonel : “Je peux attester que Rodrigues était royaliste avant 1814.” De père en fils, nous l’avons été par principes. Toute la députation bordelaise pourrait l’attester. » Sa demande était revêtue de plusieurs apostilles. La première, ainsi rédigée : « M. Rodrigues a été nommé lieutenant dans la IIe légion à sa formation en 1814, puis capitaine en second en 1820. Il a constamment fait son service avec zèle et exactitude et son dévouement au roi et à son auguste famille ne se sont jamais démentis. Il est digne à tous égards de l’honorable récompense qu’il sollicite et cette faveur serait vue avec plaisir dans sa compagnie. » Signé : Villot, colonel de la IIe légion. La seconde, ainsi rédigée : « J’ai un grand bonheur à rendre à la vérité, en attestant que dans les temps les plus difficiles j’ai toujours connu M. B. Rodrigues et ses enfants on ne peut plus dévoués au roi, à la monarchie et à la famille royale. » Signé : Agier, colonel de la XIIe légion. Sa demande était aussi appuyée, affirmait-il, par le maréchal duc de Reggio. Le 6 février 1830 il sollicitait encore et dans ces termes, auprès du dauphin, la décoration, à un pouvoir qui allait bientôt disparaître : « La faveur insigne dont vous m’avez honoré en m’interrogeant en particulier comme ayant été des premières députations qui, en 1814, saluèrent à Bordeaux votre retour dans le royaume de vos ancêtres, et d’après les bons témoignages que monseigneur le ministre de la Marine a rendus à Sa Majesté sur ses sujets israélites des départements de la Gironde et des Landes, que je représente comme leur député au consistoire central, m’enhardit, monseigneur, à vous faire la demande de cette croix si chère aux Français depuis qu’elle porte l’effigie de Henri IV, comme l’ont déjà obtenue deux de mes collègues, représentants d’autres circonscriptions. Après quinze années de service, à l’âge de soixante-cinq ans, prêt à retourner à Bordeaux parmi mes concitoyens, il me serait bien doux de leur montrer cette marque de bienveillance de mon souverain et de la devoir à votre auguste protection. » Il signait sa lettre « le fidèle sujet et respectueux serviteur Rodrigues aîné, de Bordeaux, neveu et gendre Gradis (Gradis, Abraham, négociant, financier et armateur bordelais, N.D.A.], dont le nom n’est sans doute pas effacé de la mémoire royale pour les services rendus à la Marine sous le règne des Bourbons ». Dans une autre demande, il se présentait comme le « neveu et héritier de Gradis, qui a rendu à la marine royale d’assez importants services pour que le roi Louis XVI ait daigné lui faire adresser une lettre de satisfaction ». Le 21 mars 1830 encore, il rappelait ainsi la demande qu’il avait faite : « […] Si une réputation sans tâche dans le commerce, si un dévouement sans borne à la dynastie régnante, si depuis 1814 je n’ai cessé de remplir mes fonctions de membre du consistoire des Israélites soit à Paris soit à Bordeaux d’après l’ordonnance renouvelée, si une perte de ma part dans les habitations de Saint-Domingue, si des services rendus par mes ancêtres à la marine royale avant la Révolution, si deux de mes collègues au consistoire central représentant d’autres circonscriptions n’étaient pas décorés de la faveur que je demande à mon roi, je n’aurais pas hasardé pour la première fois ma demande à Son Altesse Royale. Mais, monseigneur, je représente la circonscription la plus distinguée de la France, j’ose l’avancer sans crainte et mes commettants sont humiliés, j’ose le dire, que leur représentant soit oublié. Je peux assurer à Son Excellence que j’ai été un de ceux qui ont coopéré le plus à régénérer mes coreligionnaires. Grand électeur, j’exerce une grande influence sur eux […]. » Le 17 novembre 1830, la Restauration était tombée, et Rodrigues sollicitait ainsi la décoration de la Légion d’honneur auprès du nouveau régime, qui avait chassé l’ancien : « B. Rodrigues, ancien banquier, né à Bordeaux et propriétaire dans cette ville, vient solliciter de la magnanimité du roi des Français, la croix de la Légion d’honneur et voici à quel titre. Dès 1789 il fut officier de la garde nationale et ensuite il partit pour les frontières d’Espagne, où il servit en qualité de cavalier, sous le commandement du maréchal Moncey. En 1801, il vint s’établir à Paris et en 1814 dès la création de la garde nationale, il fut nommé premier lieutenant pendant le séjour des prétendus alliés ; il fit un service actif et difficile ; il commanda la compagnie, le baron Turgot capitaine étant toujours absent, et pour toute récompense il fut nommé capitaine en second le 23 octobre 1820. Comme il n’a jamais voulu s’écarter des formes légales au lieu de se mettre sur les rangs pour obtenir dans sa légion une des croix qui se distribuaient chaque année, il adressa sa demande au ministère de l’Intérieur. Cette demande était appuyée des plus honorables attestations du duc de Reggio et de tous les officiers supérieurs de la IIe légion, à laquelle B. Rodrigues appartenait. Néanmoins elle resta sans réponse. A dater du 27 juillet, il se rendit à Paris, reprit son uniforme et fit le service de la nuit chez l’honorable Ganneron (juge et député) (voir Ganneron, Auguste, Victor, Hippolyte) jusqu’à ce que la garde nationale fût organisée. Lors de l’élection pour la nomination des officiers, vu son âge, il se démit de son grade ; alors l’assemblée le nomma président de l’élection et il eut la satisfaction de voir tous les suffrages se réunir pour nommer son fils aîné capitaine en second et le cadet lieutenant en premier. La compagnie de ses fils se distingue tellement par sa belle tenue, la subordination et l’esprit qui y règne qu’elle a attiré l’attention de Sa Majesté, ce que peut attester le chef de la Ire légion, le colonel Marmies. Les élections des officiers de Paris étant terminées, B. Rodrigues se retira à sa campagne de Châtillon, qu’il habite pendant la belle saison ; là, on vint le prier d’accepter le grade de capitaine commandant la garde nationale de cette commune ; comme le service ne lui semblait pas aussi pénible qu’à Paris il céda aux solliciteurs ; cependant tout était à faire pour organiser, discipliner les habitants de la campagne jusqu’alors peu accoutumés en général au maniement des armes et à l’organisation militaire. B. Rodrigues s’occupa sans relâche de la formation et du perfectionnement de sa compagnie, qui est maintenant une des plus belles de la banlieue et renferme deux cents hommes sachant manœuvrer, bien disciplinés, animés du meilleur esprit, dévoués à la défense du roi, de la patrie et au maintien de l’ordre public. A peine avait-il été nommé capitaine qu’il se manifesta dans la commune un mouvement contre le curé. B. Rodrigues se fit un devoir d’apaiser ce mouvement. Dès lors, le curé vint réclamer sa protection. B. Rodrigues se rendit envers lui garant de sa sûreté, ramena les esprits et grâce à sa fermeté la commune de Châtillon jouit aujourd’hui d’une paix et d’une union parfaites. Rodrigues fut ensuite nommé par le sous-préfet de Sceaux commissaire spécial pour présider à la nomination des maires et adjoints provisoires. Il s’acquitta non sans peine de cette tâche et parvint à apaiser les divisions et à tout concilier de manière à mériter les témoignages de la satisfaction des autorités supérieures. Enfin, il fut également choisi à Sceaux pour présider à l’élection du commandant du bataillon IIIe légion de la banlieue. B. Rodrigues a soixante-deux ans ; il est assez bien portant pour servir encore son roi et sa patrie et pour toute récompense de son zèle il ne demande que la croix de la Légion d’honneur. En la lui accordant, on honorera à la fois et lui-même et la commune qu’il commande. Attendant tout de la bonté de notre bon roi, etc. » Dans une demande suivante, il avançait que le président du consistoire israélite (voir Goudchaux, Michel) ayant été décoré, il sollicitait de l’être aussi. L’état-major de la garde nationale, en date du 18 février 1831, donnait pourtant les précisions suivantes sur les droits que pouvait avoir Rodrigues, comme garde national, à la décoration de la Légion d’honneur : « […] M. Rodrigues lui-même a écrit qu’âgé de soixante-six ans et affligé de quelques infirmités, il n’avait pu se faire inscrire dans la garde nationale mais qu’il y avait fait inscrire son fils, âgé de dix-huit ans, dans une compagnie de la IIe légion. Ce n’est donc pas à moi à vous fournir aucun renseignement ni à vous faire de proposition sur le mérite de cette demande […]. » Le Préfet de la Seine, en date du 22 janvier 1831, donna les informations suivantes : « […] M. Rodrigues est membre du consistoire israélite de Bordeaux et député de la circonscription de la Gironde au consistoire central des Israélites de France, dont il est en même temps le vice-président. Vingt-deux ans de fonctions lui ont valu le titre de leur régénérateur. Sous tous les rapports, il jouit de la meilleure réputation et on fait le plus grand éloge de son caractère, de sa probité et de sa bienfaisance. Bon pour tous, il est pourtant regardé comme la providence des malheureux de sa religion. Sincèrement attaché au gouvernement et à ses institutions, ses principes politiques n’ont jamais varié. Il s’est fait remarquer par son empressement à prendre l’uniforme de la garde nationale ; et s’il n’a pas combattu en personne dans les grandes journées de Juillet, il n’en a pas moins rendu de grands services à la patrie, en animant constamment par ses discours les braves qui défendaient nos libertés et en leur faisant distribuer des vivres et de l’argent. » Et pourtant le même préfet de la Seine, en date du 26 janvier 1831, rapportait : « […] Il résulte des diverses informations que j’ai fait prendre que M. B. Rodrigues jouit d’une bonne réputation sous le rapport de la délicatesse et de la moralité. On ajoute qu’il professe des principes conformes à nos institutions mais quant à sa conduite pendant les derniers jours de juillet elle a été celle d’un homme qui craint de prendre part à des événements qui lui paraissent incertains. Il n’est pas sorti de chez lui pendant les trois grandes journées et si depuis il a rendu quelques services dans l’organisation de la garde nationale, leur importance n’a pas été au-delà de ce qu’on doit attendre de tout bon citoyen. Je ne lui connais du reste, monsieur le ministre, aucun droit à l’honorable distinction qu’il sollicite et j’estime que sa demande doit être rejetée. » En 1839, dans une lettre au duc d’Orléans, il rappelait qu’il avait été un des premiers à travailler à la réorganisation de la garde nationale, qu’il avait écrit pour obtenir quelque récompense ou gratification en 1830, et qu’il n’avait jamais obtenu de réponse ni le retour des certificats qu’il avait joints à sa pétition (absents de son dossier). Il demeurait 5, rue Lepeltier à une date indéterminée mais sous la Restauration ; 5, rue de la Chaussée-d’Antin en 1826 ; 12, rue de Provence en 1829-1830 ; 20, rue Neuve-des-Mathurins et à Châtillon l’été en 1830 ; 25, rue Bouhaut en 1839. Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIV/R/7 Récompenses honorifiques.

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